Aífé
Aífe (en vieil irlandais), orthographié Aoife (API : [ˈiːfʲə]) en irlandais moderne et en gaélique écossais, est un personnage issu du cycle d'Ulster de la mythologie irlandaise.

Elle apparaît dans deux sagas. Dans la première saga, Tochmarc Emire (« La cour d'Emer »), elle vit à l'est d'une contrée appelée Alpi, généralement interprétée comme étant Alba, le mot gaélique pour désigner l'Écosse. Elle est en guerre contre une rivale, Scáthach[1]. Tandis que dans la deuxième saga, intitulée Aided Óenfhir Aífe (« Le Meurtre du fils unique d'Aifé »), elle vit à Letha ; elle est la sœur de Scáthach, mais aussi sa rivale, toutes deux sont filles d’Árd-Greimne de Lethra[2],[3].
A la fois magicienne (druidesse) et guerrière, elle réside en Écosse. Elle est en guerre avec Scáthach pour le commandement d'une armée.
Mythologie
modifierDans le récit Tochmarc Emire, elle se confronte au héros Cúchulainn d'Ulaid, venu s'entraîner au maniement des armes auprès de Scáthach sur l'île de Skye. Craignant pour la sécurité de CúChulainn, Scáthach lui administre un breuvage soporifique afin de l'écarter du combat ; toutefois, alors qu'une telle potion plongerait le commun des mortels dans un sommeil de vingt-quatre heures, elle ne neutralise Cúchulainn que pendant une heure, après quoi il rejoint le combat. Aífe défie Scáthach en duel ; Cúchulainn se bat alors en tant que champion de cette dernière. Avant l'affrontement, il demande à Scáthach ce qu'Aífe chérit par-dessus tout ; elle lui révèle qu'il s'agit de son char et de ses chevaux. Au cours du combat, Aífe brise l'épée de Cúchulainn. Ce dernier s'écrie alors que le char et les chevaux d'Aífe viennent de basculer dans un précipice. Tandis qu'Aífe se retourne pour vérifier, Cúchulainn prend le dessus, la hisse sur son épaule et l'emmène dans son camp. Il maintient son épée contre la gorge de la guerrière, qui implore qu'on lui laisse la vie sauve. Il choisit de l'épargner, à deux conditions : qu'elle cesse les hostilités contre Scáthach et qu'elle lui donne un fils[4].
C'est ainsi qu'elle donnera naissance à un fils, Conla (ou Conlaech). Aífé est chargée de l’éducation de l’enfant, notamment de sa magie guerrière, à l’exception du maniement de la gae bolga, arme réservée au seul Cúchulainn, avec laquelle il tuera son fils malencontreusement.
Cúchulainn propose que son fils le rejoigne en Irlande quand il sera plus âgé, mais le garçon est sous le coup de trois obligations (voir article geisa) : ne jamais révéler à un étranger son nom ni son pays d’origine, ne jamais s’humilier et enfin, ne jamais refuser le combat. À l’âge de sept ans, Conla embarque pour l’Irlande afin de rejoindre son père. Le respect des obligations les conduit à se battre, lors de leur rencontre et Cúchulainn tue son fils d’un coup de gae bolga.
Interprétation
modifierLe combat du père contre son fils est un motif traditionnel indo-européen. Il se retrouve notamment dans le Chant de Hildebrand dans le monde germanique ou encore dans l'histoire de Rostam et Sohrab en Perse. Ce motif de l'affrontement du père et du fils illustre le passage de la société lignagère à la société héroïque. Alors que dans la société lignagère, l'essentiel réside dans la lignée et l'individu privilégie sa descendance par laquelle il survit, avec la société héroïque apparaît une nouvelle conception de l'outre-tombe, la « voie des dieux » réservée au héros. Elle marque une transformation de la société où un chef réunit autour de lui des compagnons qu'il a choisi et qui lui doivent davantage qu'au lignage dont ils sont issus. Ils doivent au besoin affronter des membres de leur lignage, voire leur propre descendance. Le seigneur devient le père et ses compagnons ses enfants[5],[6].
Sources primaires
modifier- Tochmarc Emire (La Courtise d’Emer)
- Aided Óenfhir Aífe (Le Meurtre du fils unique d'Aifé)
Dans la fiction
modifier- Aifé apparait notamment dans Les Secrets de l'immortel Nicolas Flamel, de Michael Scott (tome 4, tome 5 et tome 6).
Note
modifier- ↑ (en) Kuno Meyer (dir.), « Tochmarc Emire la Coinculaind (Harleian 5280, fo. 27a) », Zeitschrift für celtische Philologie, Halle an der Saale, vol. 3, , p. 229–263
- ↑ (en) Kuno Meyer (édition et traduction), « The Death of Conla », Ériu, no 1, , p. 113–121
- ↑ Le Meurtre du fils unique d'Aifé, traduction de Georges Dottin.
- ↑ (en) Kuno Meyer (traducteur), « The Wooing of Emer" », Archaeological Review, Londres, vol. 1, , p. 68–75; 150–155; 231–235; 298–307
- ↑ (de) Jan de Vries, « Das Motiv des Vater-Sohn-Kampfes im Hildebrandslied », Germanisch-romanische Monatsschrift, 34, p.257-274
- ↑ Jean Haudry, Sur les pas des Indos-Européens : Religion - Mythologie - Linguistique, Yoran Embanner, 2022, p.192-193