Mythologie celtique irlandaise

ensemble de récits mythologiques de la civilisation celtique irlandaise

La mythologie irlandaise nous est parvenue grâce à la mise par écrit de la tradition orale celte par les moines chrétiens à partir du VIe siècle. Les légendes irlandaises ont été fortement remaniées pour devenir compatibles avec la religion chrétienne, ce qui rend très difficile l'identification des concepts purement celtes. Néanmoins, l'Irlande n'ayant pas été préalablement conquise par l'empire romain, ces textes présentent la branche la mieux conservée de la mythologie celte, même si de très nombreux mythes n'ont pas survécu jusqu'à nos jours.

Riders of the Sidh de John Duncan, 1911.

La mythologie irlandaise, organisée en 4 cycles regroupant les textes de manière chronologique et thématique, met en scène un grand nombre de divinités et de héros sur une période allant des descendants de Noé jusqu'aux rois d'Irlande du VIIIe siècle.

Contexte historique

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Origines celtes

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Les Celtes sont arrivés en Irlande depuis l'Espagne au cours du VIe siècle av. J.-C., amenant avec eux leurs légendes et rituels. Ils n'ont pas été conquis par l'empire romain, ce qui a permis à la mythologie irlandaise de rester relativement intacte, contrairement aux autres peuples celtes dont les légendes ont été fortement influencées par la mythologie romaine. Le christianisme est arrivé vers le Ve siècle apr. J.-C., apporté notamment par saint Patrick[1], et a eu une influence majeure sur les légendes irlandaises.

Transcription des mythes au VIe siècle apr. J.-C.

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Avant le VIe siècle apr. J.-C., les mythes irlandais ne sont jamais consignés par écrit. Selon les lois des brehons en vigueur en Irlande avant les invasions vikings, seuls les filid, bardes professionnels situés à mi-chemin entre la religion et la société civile[2], étaient autorisés à réciter les sagas et les contes. Leur formation durait au moins 5 ans pour apprendre 200 œuvres principales et 100 contes mineurs, et pouvait prendre 12 ans pour maîtriser l'intégralité des histoires, personnages et objets cités dans les mythes[3].

Les plus anciens écrits irlandais prennent la forme de courtes épitaphes utilisant l'écriture oghamique et ne concernent pas les mythes ou les traditions[4]. La tradition orale irlandaise n'a été consignée par écrit qu'à partir du VIe siècle apr. J.-C., et seuls quelques fragments de manuscrits ont survécu jusqu'aujourd'hui, compilés par les moines chrétiens au cours du XIIe siècle[5], ajoutant un vernis chrétien plus ou moins habile sur les textes originaux[6] qui rend délicate la tâche d'identifier les thèmes purement celtes[7].

Ces textes contiennent des restes de matériel pré-chrétien, tel que les fées ou l'association des tumulus avec le supernaturel, mais édité et reformulé pour devenir compatible avec la pensée chrétienne[8]. Les légendes ont été adaptées, les dieux ont perdu leur divinité et sont parfois devenus des anges, et les héros ont été convertis en saints pour venir enrichir l'hagiographie classique[9].

Evolution sous la domination anglaise

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Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, pendant la période des lois pénales britanniques, la langue et la culture irlandaises ont été fortement réprimées et de nombreux livres et manuscrits ont été détruits. La mythologie irlandaise est passée au rang de simple folklore, leurs origines et symbolismes oubliés[10].

Cependant, vers la fin du XVIIIe siècle, des efforts considérables ont été produits pour condamner la répression anglaise de la culture irlandaise et retranscrire les nouvelles traditions orales en anglais[note 1]. Ce mouvement va progressivement démocratiser les légendes irlandaises au cours du XIXe siècle et de nombreux auteurs vont s'en emparer et les actualiser[11], le plus célèbre étant le poète William Butler Yeats[12].

Sources

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Les principaux manuscrits consignant la mythologie irlandaise encore existant aujourd'hui sont[13] :

  • Lebor na hUidre, ou Livre de la Vache Brune, est un manuscrit entièrement écrit en irlandais qui date du début du XIIe siècle, qui comprend entre autres des histoires du Cycle d'Ulster (dont la plus ancienne version du Táin Bó Cúailnge (Rafle des vaches de Cooley),
  • Lebor Laignech, ou Livre de Leinster, est un manuscrit irlandais médiéval compilé vers 1160, qui comprend de nombreuses histoires du Cycle d'Ulster,
  • Rawlinson B 502 (en), datant du XVIIe siècle, regroupant deux manuscrits du XIIe siècle contenant une partie des Chroniques d'Irlande, et de nombreux textes du Cycle des Rois.

Ces textes étaient autrefois répartis entre contes principaux (prim-scéil) : récits de bataille, voyages, tragédies, ... ; et contes mineurs (fo-scéil) : visions, exils, ...[3] Les experts modernes répartissent aujourd'hui ces textes selon 4 cycles thématiques.

Cycle mythologique

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Ce cycle regroupe les récits de l'époque antérieure aux humains, décrivant l'arrivée de différents peuples en Irlande depuis les descendants de Noé jusqu'aux Gaëls dans le Lebor Gabála Érenn (Livre des conquêtes de l'Irlande), et listant les lieux importants de l'île et les traditions associées dans le Dindsenchas (en) (L’histoire des lieux éminents).

Cycle d'Ulster

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Ce cycle s'intéresse particulièrement à la cour du roi d'Ulster Conchobar Mac Nessa et au héros Cúchulainn pendant la période de à . Il regroupe environ 80 récits, dont le plus célèbre est Táin Bó Cúailnge (Rafle des vaches de Cooley).

Cycle Fenian

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Ce cycle se concentre sur les exploits de Fionn Mac Cumhaill et ses guerriers, contés par son fils Ossian, et qui se déroulent sur la période précédant l'arrivée du christianisme. Ossian rencontre saint Patrick au cours de l'une de ces aventures.

Cycle des rois

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Ce cycle recense la généalogie et les exploits des rois d'Irlande du IIIe siècle av. J.-C. au VIIIe siècle apr. J.-C., mélangeant des personnages de légende et des personnages historiques attestés, et romançant leur vie.

L’histoire mythique

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Avant l’installation des Gaëls, l’île a connu plusieurs occupations successives qui sont narrées dans le Lebor Gabála Érenn, un texte dont il existe 5 versions de l’« histoire » (R1, R2, R3, Min et K) réparties dans 18 manuscrits, rédigés entre le XIIe siècle et le XVIIIe siècle. Les clercs qui ont retranscrit ce mythe fondateur ont rajouté la référence biblique du Déluge, qui est originellement inconnue des Celtes. Ces différentes « races » sont dans l’ordre chronologique :

Les Tuatha Dé Danann (tribu de la déesse Dana) sont le peuple des dieux de l’Irlande, ils sont évincés par les fils de Mile et doivent se réfugier dans les « sidh ». Mile est l’ancêtre des Gaëls.

Personnages

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Les dieux de l’Irlande celtique sont les Tuatha Dé Danann, derniers occupants de l’ile avant l’invasion des Milésiens qui vont les contraindre à se réfugier dans le Sidh. Les Sidh (chaque dieu ayant le sien) deviennent donc leur résidence et représentent l’Autre Monde.

La société divine reprend la structure trifonctionnelle de la société humaine (classe sacerdotale, aristocratie guerrière, producteurs), de manière plus complexe :

- hors classe :

  • Lug Samildanach (dieu primordial)

- fonction sacerdotale :

  • le Dagda (dieu-druide) - Eochaid Ollathair de son vrai nom.

- fonction guerrière :

  • Ogme (dieu de la magie guerrière)
  • Nuada (royauté)

- fonction artisanale :

- participent aux trois fonctions :

- déesse unique :

  • Brigit (déesse des poètes, des forgerons et des médecins), connue sous différents avatars :
    • Étain ou Eithne (reine d’Irlande, mère de tous les dieux)
    • Boann (autre nom de Brigit, déesse éponyme de la Boyne)
    • Mórrígan (déesse guerrière, ou bien de la souveraineté)
    • Macha, autre aspect de Mórrígan, responsable de la faiblesse des Ulates - en rapport avec la Gauloise Epona, de par son caractère équin

Les Banshee (bean sí, les « femmes du sidh ») sont les messagères des dieux, leur magie est plus puissante que celle des druides, en matière d’amour. Elles apparaissent souvent sous forme de cygnes et attirent des guerriers émérites pour des séjours voluptueux, telles les aventures de Conle, Bran Mac Febail ou Nechtan.

Druides

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Les druides sont omniprésents dans les sources littéraires, ils interviennent à tout moment dans la vie des Celtes et plus particulièrement pour tout ce qui relève du religieux. Si le roi est dépositaire de la souveraineté, le druide incarne la parole des dieux, ce qui, de fait, lui donne droit de vie et de mort sur quiconque. Le roi règne sous la direction spirituelle de son (ses) druide(s). Toute la vie de la société celtique est soumise aux membres de la classe sacerdotale.

La transmission du savoir et l’enseignement oral sont des missions qui s’étalent sur des années, il est largement fait appel à la magie dont les rituels les plus connus sont la geis et le glam dicinn. Rien n’interdit à un druide de se marier ou de prendre les armes, l’exemple le plus caractéristique étant celui de Cathbad.

Il existe quelques druides despotiques, comme Aithirne Ailgesach, qui se servent de leur science pour extorquer à leurs victimes des faveurs impossibles.

Le calendrier celtique est ponctué par quatre grandes fêtes religieuses : Beltaine, Imbolc, Lugnasad et Samain.

Rois et héros

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Toponymes mythiques

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Certains toponymes sont imaginaires ou indéterminés, d’autres précisément localisés. En voici quelques-uns parmi les plus célèbres :

Notes et références

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  1. ↑ Voir notamment les œuvres de William Carleton (en) et de Thomas Crofton Croker (en)

Références

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  1. ↑ Matson et Roberts 2010, p. XV.
  2. ↑ Williams 2016, p. 75.
  3. 1 2 Ellis 1987, p. 9.
  4. ↑ Sterckx 2014, p. 58-59.
  5. ↑ Aldhouse-Green 1992, p. 18.
  6. ↑ Ellis 1987, p. 7.
  7. ↑ Monaghan 2004, p. X.
  8. ↑ Williams 2016, p. 70.
  9. ↑ Sterckx 2014, p. 82-83.
  10. ↑ Ellis 1987, p. 11-12.
  11. ↑ Ellis 1987, p. 13-14.
  12. ↑ MacKillop 1998, p. XV-XVI.
  13. ↑ Frehan 2012, p. 194.

Bibliographie

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Ouvrages

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  • (en) Mark Andrew Williams, Ireland’s immortals: a history of the gods of Irish myth, Princeton university press, (ISBN 978-0-691-15731-3).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout, coll. « Poche Marabout », (ISBN 978-2-501-09385-9).
  • (en) Pádraic Frehan, Education and Celtic myth: national self-image and schoolbooks in 20th century Ireland, Amsterdam, Rodopi, (ISBN 978-94-012-0865-9, DOI 10.1163/9789401208659, lire en ligne).
  • Georges Roth, Cúchulainn, Héros légendaire de l’Irlande, Coop Breizh, Spézet, 1995, (ISBN 2-909924-54-8).
  • Nora Kershaw Chadwick, The Celts, Pelican Books, 1971
  • T.F. O'Rahilly, Early Irish History and Mythology, Medieval Academy of America, 1947
  • Barry Raftery, L’Irlande celtique avant l’ère chrétienne, éditions Errance, Paris, 2000 (ISBN 2-87772-320-8)
  • Garrett S. Olmsted, The Gods of the Celts and the Indo-Europeans, Universität Innsbruck Institut für Sprachwissenschaft, 1994 (ISBN 9782914855921)
  • Guyonvarc’h, Christian-Jacques, Textes Mythologiques Irlandais (Rennes : Ogam-Celticum, 2e édition, 1978-198

Dictionnaires

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  • (en) Peter Berresford Ellis, A dictionary of Irish mythology, Santa Barbara, CA, ABC-Clio, (ISBN 978-0-87436-553-5).
  • (en) James MacKillop, Dictionary of Celtic mythology, Oxford Univ. Press, , 402 p. (ISBN 978-0-19-869157-0).
  • (en) Miranda J. Aldhouse-Green, Dictionary of Celtic myth and legend, London, Thames and Hudson, , 240 p. (ISBN 978-0-500-01516-2).
  • (en) Patricia Monaghan, The encyclopedia of Celtic mythology and folklore, New York, Facts on file, (ISBN 978-0-8160-4524-2).
  • (en) Gienna Matson et Jeremy Roberts, Celtic Mythology A to Z, New York, Chelsea House, , 2e éd. (ISBN 978-0-8160-4890-8).
  • Philippe Jouët, Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques (ISBN 9782914855921)

Articles connexes

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