Sidh
Sídh (anglicisé « shee », parfois orthographié Sid) désigne un monticule ou tumulus associé à l'aos sí. En irlandais le concept s'exprime par le mot sí (pluriel síthe) ; en gaélique écossais, c'est sìth (pluriel sìthean) ; en vieil irlandais, c'est síd (pluriel síde)[1].
Ce mot désigne l’autre monde dans la mythologie celtique.
Dans certains textes anglophones récents, le mot sídhe est employé à tort pour désigner aussi bien les tumulus que le peuple qui les habite. Par exemple, dans un texte écrit en 1908, William Butler Yeats désignait les aos sí (« peuple du sidh ») simplement sous le nom de « sídhe »[2]. Toutefois, dans les textes plus anciens, le terme sidh renvoie spécifiquement aux résidences (palais, cours, salles ou demeures) des êtres de l'autre monde censés y habiter[3],[4].
Concept
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Le concept de péché était inconnu des Celtes. Les notions de « paradis » et d’« enfer » étaient également inexistantes dans leur religion ; on ne trouve pas chez eux d'équivalent des Enfers ou des champs Élysées pour les Romains, et pas davantage à la « résurrection de la chair » du monde chrétien. Nombre de textes irlandais utilisent pour l'état qui suit la mort ce mot, dont le sens est « paix »[5].
Dans la littérature médiévale et pré-médiévale, trois localisations distinctes sont associées au Sidh : à l'ouest, au-delà de l'horizon de la mer, dans des îles magnifiques ; sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses ; sous les collines et les tertres résidence des Tuatha Dé Danann[5]. L’eau en est le moyen d’accès privilégié.
Selon la mythologie, les Tuatha Dé Danann sont dépeints comme des rois, des reines, des druides, des bardes, des guerriers, des héros, des guérisseurs et des artisans dotés de pouvoirs surnaturels et apparentés à des divinités et dont le royaume serait lié au Sidh[6],[7]. D'après ces récits, d'anciens tumulus importants tels que le site archéologique de Brú na Bóinne, seraient des entrées vers les royaumes de l'autre monde[7],[6].
Mythologie
modifierLe Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes d'Irlande), écrit par des clercs au XIIe siècle, est un récit mythologique qui narre les occupations successives de l'Irlande, depuis l'époque du déluge. Les Tuatha Dé Danann (les gens de la déesse Dana) sont des dieux qui viennent de quatre îles du nord du monde : Falias, Gorias, Finias et Murias, ils doivent éliminer les Fir Bolg lors de la « Première Bataille de Mag Tuireadh », pour s’installer. Les derniers arrivants sont les Milesiens, les « fils de Mile », originaires d’Espagne, ils vont battre les Tuatha Dé Danann qui sont contraints de se réfugier dans le Sidh, chaque dieu ayant le sien. Cependant, ce lieu mythique échappe à la géographie, puisqu’il est partout, en parallèle au monde des hommes.
Si les dieux peuvent venir et déambuler à leur guise dans le monde des humains, l'inverse n’est que rarement possible. Seuls des héros, des êtres exceptionnels, tel Cúchulainn, Conle ou Bran Mac Febail ont le privilège de visiter et de séjourner dans le Sidh, généralement à l’invitation d'une Bansidh. Éternel par essence, tout homme qui y pénètre ne peut revenir à la condition humaine. Ainsi ces hommes qui croient passer quelques heures ou quelques jours en compagnie des dieux y restent plusieurs siècles. Quand ils reviennent chez eux, ils tombent en poussière car ils sont morts depuis longtemps. La période de Samain (nouvel an des Celtes, vers le ) est propice à l’ouverture du Sidh.
L'Autre Monde des anciens Irlandais porte aussi les noms de Mag Mell (« Delightful plain » en anglais[8], plaine de joie en français), Mag Mor (« Grande Plaine »), Tir na mBéo (« Terre des Vivants »), Tir na mBân (« Terre des Femmes »), Tir na nOg (« Terre des Jeunes »), et Tir Tairngire (« Terre des Promesses »).
Sources
modifier- ↑ (en + ga) « síd, síth », sur Electronic Dictionary of the Irish Language,
- ↑ (en) William Butler Yeats, The Collected Works in Verse and Prose of William Butler Yeats, Stratford-on-Avon, UK, Shakespeare Head, , p. 3
- ↑ (en) E. O'Curry, Lectures on Manuscript Materials, Dublin, , p. 504
- ↑ (en) W. Y. Evans-Wentz, The Fairy-Faith in Celtic Countries, London, Oxford University Press, , p. 291
- 1 2 Miranda Jane Green, Mythes celtiques, éditions du Seuil, coll. « Points », , « Mort, renaissance et Autre Monde », p. 139-150
- 1 2 (en) John T. Koch (dir.) et John Carey (auteur), Celtic Culture: A Historical Encyclopedia, ABC-CLIO, , « Tuath Dé », p. 1693–1697
- 1 2 (en) Dáithí Ó hÓgáin, Myth, Legend & Romance: An encyclopaedia of the Irish folk tradition, Prentice Hall Press, , « Tuatha Dé Danann », p. 407 - 409
- ↑ (en) Dáithí Ó hÓgáin, Myth, Legend & Romance: An encyclopaedia of the Irish folk tradition, Prentice Hall Press, , p. 409
Bibliographie
modifierŒuvres littéraires
modifier- Echtra Condla Chaïm (VIIIe s.), trad. H. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique (1883-1902), t. V, p. 385-390.
- Tochmarc Étaine, trad. Christian-Joseph Guyonvarc'h, Textes mythologiques irlandais, Rennes, Celticum, 1980, p. 242-266.
- Navigation de saint Brendan à la recherche du Paradis, version latine 1106, trad. in Francis Lacassin, Voyages aux pays de nulle part, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1990.
Études
modifier- The electronic Dictionary of the Irish Language (eDIL), Royal Irish Academy (1913-1976), article "sid"
- Jan de Vries, La religion des Celtes (1961), trad., Payot, 1977, p. 263-268.
- Françoise Le Roux et Christian-Joseph Guyonvarc'h, Les druides (1961), Rennes, Ogam-Celticum, 1982, p. 271-289, 365, 413.
- Philippe Jouët, Dictionnaire de la mythologie et de la religion celtiques, Fouesnant, Yoran Embanner, 2012, p. 132-135, 905-907.
