ACAB
ACAB ([a.kab]), initialement acronyme de l'anglais « All cops are bastards » (« Tous les flics sont des bâtards »), est un slogan occidental, à l'origine anti-police, popularisé durant la grève des mineurs britanniques de 1984-1985[1]. Il est tagué sur les murs ou sur des affiches pour les recouvrir[2].

ACAB est parfois remplacé par le nombre 1312[3], en référence à la position des quatre lettres dans l'alphabet latin[4].
Historique
modifierLe Monde situe la création de l'acronyme dans l'Angleterre ouvrière des années 1920 ou 1940[5]. Selon une autre source, ACAB aurait été utilisé comme tatouage dans les prisons au Royaume-Uni à partir des années 1940, puis a été repris par les bikers américains dans les années 1960, avant d’être popularisé par les skinheads dans les années 1970[6]. The 4-Skins, groupe britannique de punk rock Oi! a participé à populariser cet acronyme dans une chanson du même nom datant de 1980[5],[6].
Plus tard, il a été réutilisé lors d’affrontements dans les rues ou par certains supporters de football Ultras[7],[6],[8].
L'acronyme est souvent jugé comme une insulte par la police et les tribunaux, notamment en Allemagne[9], ou en France particulièrement alors que Laurent Nuñez, ministre de l'intérieur, multiplie les plaintes pour diffamatation, dans le contexte d'une lutte contre les réflexions abolitionnistes[10].
Selon l'avocat Antoine Lyon-Caen, « ACAB ce n'est pas une injure. Initialement, ça fait état de l'origine populaire des policiers. La formule aux États-Unis n'a rien d'injurieux, elle a été inventée pour marquer la tension qui existe au sein de la police d'être né dans les milieux populaires et d'intervenir dans ces mêmes milieux. C'est ça la bâtardise initiale. »[11]
Selon l'avocate belge Selma Benkhelifa, « Vous ne pouvez pas traiter un policier en particulier de «bastard». Mais dès lors que vous visez la police dans son ensemble, en tant qu’institution, il s’agit d’une opinion politique protégée par la liberté d’expression. »[12]. Des chercheurs corroborent cette vision, en considérant que le slogan est employé - par les abolitionnistes et anti-autoritaires - comme une critique systémique de l'institution policière et de son rôle social et non comme une insulte portées sur les qualités individuelles de chaque policier[13].
- « ACAB » dans les manifestations
- Pancarte « All Colors Are Beautiful » visant à promouvoir la tolérance, ou à cacher le sens anti-police de l'acronyme derrière un message plus pacifique
- Anarchistes protestant avec une bannière ACAB
- « ACAB » dans sa version chantée, lors des manifestations du 17 octobre 2026, ici à Valence (Drôme), France
- « ACAB » sur les murs
- Graffiti ACAB à Turin
- Détournement populaire « All Cats are Beautiful ».
Détournements
modifierDepuis, l'acronyme a été réinterprété et étendu à d'autres revendications politiques, signifiant par exemple :
- « All Capitalists Are Bastards » (« Tous les capitalistes sont des bâtards ») chez les militants anticapitalistes[14] ;
- « All Colors Are Beautiful » (« Toutes les couleurs sont belles ») dans le mouvement antiraciste[15] ;
- « All Clitoris Are Beautiful » (« Tous les clitoris sont beaux ») au sein de la mouvance féministe[16],
devenant ainsi un acronyme généraliste d'opposition à l'oppression.
L'acronyme peut être ambigu, comme dans « All Cats Are Beautiful » (tous les chats sont beaux)[17], ou faire l'objet d'un détournement, comme dans « All Cops are Brothers » (« tous les flics sont frères »), utilisé par la police[18].
Dans la culture
modifier- A.C.A.B.: All Cops Are Bastards, film italien réalisé par Stefano Sollima sorti en 2012.
Notes et références
modifier- ↑ « ACAB, histoire d’une insulte anti-flics », sur France Culture, (consulté le )
- ↑ Marion Dupont, « « ACAB » ou la rage anti-flics », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Terri Gordon-Zolov et Eric Zolov, The Walls of Santiago: Social Revolution and Political Aesthetics in Contemporary Chile, Berghahn Books, (ISBN 978-1-80073-256-8, lire en ligne)
- ↑ (it) S. Gar., « Pestaggi in stile Gta altri 4 minori in cella », sur Leggo, (consulté le ).
- 1 2 « « ACAB » ou la rage anti-flics », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 « Que signifie le tag ACAB ? », sur OpenMinded (consulté le ).
- ↑ (en) Tim Thompson et Sue Black, Forensic Human Identification : An Introduction, Boca Raton, Taylor & Francis, , 518 p. (ISBN 978-0-8493-3954-7 et 0-8493-3954-5, lire en ligne), p. 384.
- ↑ (it) Nicola Guerra, Dalla strada alla letteratura, le spericolate e propizie vicende del forestierismo A.C.A.B.. Il contatto linguistico tra italiano e inglese nelle sottoculture Skinhead e Ultras, Analele Universităţii din Craiova, Seria Ştiinţe Filologice Linguistică, (lire en ligne), p. 272-279
- ↑ (en) Trent Aitken-Smith et Ashley Tyson, The Tattoo Dictionary, Octopus, (ISBN 978-1-78472-254-8, lire en ligne), p. 13
- ↑ Jérôme Hourdeaux, « « Acab », « la police tue » : le gouvernement réprime la critique de la police », sur Mediapart, (consulté le )
- ↑ « Nouveau camouflet pour Darmanin : le Conseil d’Etat suspend la dissolution d’un groupe antifasciste », basta.media, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Peut-on critiquer la police sous le slogan ACAB ? La commune d’Uccle sanctionne, puis fait marche arrière », sur basta.media (consulté le )
- ↑ (en) Bill McClanahan et Tyler Wall, « “Little wars with the police”: Aesthetic arsenals and intellects of insult », Crime, Media, Culture: An International Journal, vol. 21, no 1, (lire en ligne)
- ↑ Aurélie Sipos, « Croix de Lorraine, «Acab»… Ces symboles aperçus dans les manifestations des Gilets jaunes », sur Le Parisien, (consulté le ).
- ↑ Nicolas Mollé, « Que ce veut dire Acab, le nouveau cri de ralliement des insurgés ? », sur Les Inrocks, (consulté le ).
- ↑ (es) Esperanza Escribano, « All Clitoris are Beautiful: la protesta de las feministas italianas », 20 Minutos, (lire en ligne)
- ↑ Pierre Sautreuil, « D’où vient le slogan ACAB? », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ (en) Mitja Velikonja, Post-Socialist Political Graffiti in the Balkans and Central Europe, Routledge, (ISBN 978-1-000-70225-5, lire en ligne)