Absalon, Absalon !

roman de William Faulkner
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Absalon, Absalon ! (en anglais Absalom, Absalom!) est un roman de William Faulkner publié aux États-Unis en 1936. Considéré comme un chef-d'œuvre de la littérature anglophone, cet ouvrage a été traduit en de nombreuses langues et a joué un rôle majeur dans l’obtention par son auteur, en 1949, du Prix Nobel de littérature.

Absalon, Absalon !
Auteur William Faulkner
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre roman
Version originale
Langue anglais américain
Titre Absalom, Absalom!
Date de parution
Version française
Traducteur René N. Raimbault
Charles P. Vorce
Éditeur Gallimard
Lieu de parution Paris
Date de parution 1953
Chronologie

Devenu un classique du XXe siècle, il a été sélectionné par le Cercle norvégien du livre comme l'un des 100 meilleurs livres de tous les temps et, en 2009, un panel de juges l'a classé comme le meilleur roman du Sud jamais écrit.

Cette oeuvre peut être vue comme le point culminant de la longue interrogation de Faulkner sur le naufrage sudiste et le conflit racial qui en était la source, occupant de ce fait une place à part dans l'histoire du roman américain. Il importe aussi de rappeler que ce roman a été écrit en grande partie durant la période suivant la mort du frère cadet de l'auteur, décédé brutalement dans un accident d'avion.

Le titre

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Le titre de l'œuvre dérive d'Absalom/Absalon, une figure biblique qui apparaît dans les chapitres 13 à 19 du Deuxième Livre de Samuel – qui relate le règne de David et de ses descendants. Absalom est le fils de David, il est beau et pressenti comme successeur de David. Dans le chapitre 13, il tue un de ses frères qui a violé leur sœur. Ensuite, à la suite d'intrigues qui l’éloignent du roi David, il fait sécession, se met à la tête d’une troupe d’Israélites dont il devient roi et commence une longue guerre contre son père au terme de laquelle il est tué (non par David mais par l'un de ses officiers). L'exclamation "Absalon ! Absalon !" est celle de David pleurant la mort de son fils (2S 19, 5).

Au premier abord, il est difficile de saisir le sens du titre.

La question de l’inceste apparaît aussi bien dans l’histoire du personnage biblique que dans le roman de Faulkner : Amnôn désire et viole sa sœur Tamar, à la suite de quoi Absalom le tue. Charles Bon veut épouser sa sœur Judith et Henry le tue pour l’en empêcher (non en raison de l’inceste mais à cause du sang noir).

Il y a ensuite la question dynastique : David voit mourir son fils destiné à lui succéder, comme Sutpen voit sa descendance se déliter et disparaître, soit en raison de l’absence de sang pur, soit parce que ce sont des filles et non des garçons.

Personnages

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  • Thomas Sutpen :
    Sutpen arrive dans le Comté imaginaire de Yoknapatawpha (Mississippi) dans les années 1830 et y établit une plantation de 259 km², "Sutpen's Hundred'', avec l'espoir d'y créer sa dynastie.
    Très vite, l'idéal de Thomas Sutpen tourne à l'échec. Les relations, empreintes de vices, de mépris entre les Noirs et les Blancs, l'alcoolisme, les abus sexuels, se complexifient et vont jusqu'à l'inceste. Sa fille tombe amoureuse de Charles Bon, qui s'avère être son demi-frère caché et avoir du sang noir, fils très vite assassiné par son autre frère.
    On assiste à la chute de son empire vers le début du XXe siècle.
  • Clytemnestra Sutpen (ou Clytie)
    Elle est la fille mulâtre de Thomas Sutpen et d'une de ses esclaves.

Résumé

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C'est l'histoire de trois familles du Sud des États-Unis avant, pendant et après la guerre de Sécession, et plus particulièrement la révélation de l'existence du personnage de Thomas Sutpen.

Le roman est constitué par le récit et les discours tenus en alternance par quatre narrateurs : Rosa Coldfield, belle-sœur de Thomas Sutpen (chapitre 5, les chapitres précédents font entendre sa voix mais ce sont des propos rapportés par M. Compson et le narrateur omniscient), M. Compson, fils d'un ami de Thomas Sutpen (chapitres 2, 3, 4 et 6), Quentin Compson, fils du précédent (chapitres 6 à 9) et Shreve, camarade de Quentin (chapitres 6 à 9).

Chapitre I : les souvenirs de Rosa Coldfield

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L'incipit se déroule dans le salon de Miss Rosa Coldfield, où Quentin, convoqué, écoute cette dernière lui narrer l'histoire de sa famille. Rosa vit recluse depuis quarante-trois ans, pour un motif encore obscur, après l'arrivée à Jefferson d'un jeune homme de vingt-cinq ans au passé mystérieux. Afin de se donner une apparence honnête, il épouse Ellen, la sœur de Rosa, avec le consentement paternel ; de cette union naissent Henry et Judith. Henry s'enfuit puis revient tuer le fiancé de Judith la veille des noces. Avant de mourir, Ellen confie Judith à sa cadette Rosa.

Le premier chapitre s'achève sur la crise de nerfs de Judith à la vue du phaéton sans son père, et sur le vomissement d'Henry, témoin d'un combat organisé entre son père et un Noir qualifié de « nègre ».

Chapitre II : Thomas Sutpen - son arrivée, sa maison, son mariage

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Dans ce deuxième chapitre, Quentin écoute son père, M. Compson, relater l’arrivée de Thomas Sutpen à Jefferson en 1833, accompagné de plusieurs esclaves noirs et d’une charrette. Ayant acquis mystérieusement des terres auprès d’un Indien, Sutpen consacre trois années à bâtir une vaste demeure sur Sutpen’s Hundred. En 1838, deux ans plus tard, il épouse Ellen, fille de M. Coldfield, à la surprise générale. Le mariage ne rassemble presque personne ; un comité posté devant l’église jette des mottes de terre sur Sutpen à sa sortie, geste rappelant son arrestation puis sa libération le jour de ses fiançailles.

Chapitre III : la vie de Rosa Coldfield

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Le troisième chapitre, dialogué entre Quentin et M. Compson, adopte une narration polyphonique. Il s'ouvre sur Miss Rosa qui, après la mort de son père, s'installe chez Sutpen, probablement pour l'épouser, sans certitude toutefois. M. Coldfield, qui s'était laissé mourir de faim dans son grenier au début de la guerre de Sécession, avait été nourri par Rosa pendant trois ans avant d'être retrouvé sans vie. Son décès survient deux ans après celui d'Ellen, mariée à Sutpen depuis vingt ans et victime d'une union subie. Sur son lit de mort, Ellen avait confié sa fille Judith à sa sœur cadette, après la fuite d'Henry, qui avait renoncé à son héritage et disparu avec Charles Bon, fiancé de Judith, abattu par Henry la veille du mariage. Avant de rejoindre Sutpen, Rosa avait dû prendre en charge le foyer paternel, qu'elle exècre inconsciemment, sa tante ayant fui après avoir vainement tenté de contraindre les habitants de Jefferson à assister au mariage d'Ellen.

Chapitre IV : motifs du meurtre de Charles Bon

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Quentin et M. Compson poursuivent leur échange, ce dernier lui montrant la lettre confiée par Judith à sa grand-mère après la mort de Charles Bon. Rédigée quatre ans après les fiançailles, alors que la guerre de Sécession a épargné Bon, cette lettre contient son consentement au mariage avec Judith. Henry, le frère de celle-ci, l'accepte malgré l'inceste possible et l'union antérieure de Bon avec une femme de sang noir, dont il a un enfant qu'il ne saurait abandonner. Informé par leur père Thomas Sutpen, qui a enquêté à La Nouvelle-Orléans, Henry refuse d'abord cette révélation, puis quitte foyer et héritage pour suivre Bon. La guerre civile éclate, ils s'engagent. Quand Bon se résout à épouser Judith, Henry l'abat d'un coup de fusil, laissant planer le mystère sur son mobile fratricide.

Chapitre V : les vaines fiançailles de Rosa

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Quarante-trois ans après la rupture, Rosa, âgée, narre à Quentin sa course vers la maison des Sutpen – Thomas Sutpen étant à la guerre – après un coup de feu, freinée par Clytie la "noire", puis stoppée par Judith devant la chambre où gisait Charles Bon, tué par Henry et mis en cercueil peu après.

Rosa séjourna deux ans chez Judith et Clytie, survivant à peine, jusqu'au retour de Sutpen. Voulant rebâtir maison et plantations, il fiança Rosa sept mois après son arrivée, puis rompit sans motif dévoilé. Le chapitre s'achève sur le questionnement de Quentin face à ce que cache la maison.

Chapitre VI : les tombes

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Le chapitre consiste en le discours de Shreve, ami de Quentin, qui rapporte, comme pour l’attester, le récit que Quentin lui a fait. Le point de départ est la lettre de M. Compson, père de Quentin, annonçant la mort de Miss Rosa Coldfield. Cette lettre récapitule les événements déjà évoqués et ajoute la mort de Sutpen, fauché par une faux tenue par Wash Jones, après l’accouchement de Millie, petite-fille de Jones.

Le récit passe ensuite au point de vue de Quentin : accompagné de son père, il contemple cinq tombes près de Sutpen’s Hundred, celles d’Ellen (1863), de Sutpen (1869), de Charles Bon (1865), de Charles Etienne Saint-Valery Bon (1884) et de Judith (1884). Charles Etienne, fils de Charles Bon et d’une femme de sang noir, fut amené par sa mère, venue pleurer sur la tombe de son époux ; après la mort de celle-ci, Judith et Clytie l’accueillirent, alors âgé de dix ans. Devenu violent, il est arrêté après une altercation avec des Noirs, puis libéré grâce au grand-père de Quentin, source majeure du récit. Il quitte la ville et revient un an plus tard marié à une Noire, dont il a un fils, Jim Bond. Quelques années après, il meurt de la fièvre jaune, ainsi que Judith qui l’avait soigné. Jim Bond, déficient mental, reste alors dans une case avec Clytie, fille de Sutpen et d’une esclave noire.

Chapitre VII : le noir-singe, l'innocence et le dessein de Sutpen

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Dans la poursuite du dialogue entre Quentin et Shreve, mêlée à la voix de M. Compson, se révèle l’événement fondateur de Thomas Sutpen. Encore enfant, il est envoyé par son père chez un planteur ; un Noir vêtu d’une livrée grotesque lui refuse l’entrée principale, le confrontant pour la première fois à l’injustice sociale. De cette humiliation naît son grand dessein : fonder, par la volonté, le courage et la clairvoyance, une plantation et une lignée à l’abri d’un tel mépris.

Il part alors aux Indes occidentales, puis à Haïti, où il épouse la fille d’un planteur. Ils ont un fils, mais Sutpen répudie la mère et l’enfant lorsqu’il découvre qu’on lui a dissimulé leur ascendance noire. Installé à Jefferson, il épouse Ellen, dont il a Henry et Judith. Sa première erreur resurgit en la personne de Charles Bon, fils de son premier mariage, que Henry tue sous son influence.

Après la fuite de Henry, Sutpen, âgé de soixante ans, se fiance à Miss Rosa. Il lui propose d’avoir un enfant avant le mariage, qu’il ne conclurait que si l’enfant est un garçon. Elle refuse, humiliée. Il finit par engrosser la petite-fille de son serviteur Wash Jones ; à la naissance, il compare la jeune femme à une jument. Wash le tue d’un coup de faux, puis tue l’enfant, une fille.

Chapitre VIII : la destinée de Charles Bon

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Quentin et Shreve poursuivent leur dialogue entrecroisé, parcourant la trajectoire de Charles Bon selon trois points de vue. D'abord celui de sa mère, première épouse de Sutpen répudiée pour avoir caché son sang noir, qui façonne son fils en instrument de vengeance sans savoir précisément comment il agira. Ensuite celui de l'avocat de celle-ci, qui accompagne Charles pour s'assurer du butin final. Enfin celui de Charles lui-même, prêt à renoncer à son union incestueuse avec Judith en échange d'une simple reconnaissance de Sutpen. Ce geste ne vient jamais, malgré leurs rencontres, et au bout de quatre ans, il épouse Judith. Henry accepte la possibilité de l'inceste, mais l'interdit infranchissable du mariage « mixte » le contraint à abattre Charles. Le chapitre évoque aussi ce qui demeure caché dans la maison Sutpen durant la guerre, sans encore rien dévoiler.

Chapitre IX : la mort de Henry et le règne à venir de Jim Bond

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Couchés à cause du froid, Quentin et Shreve ravivent un souvenir : Quentin accompagnant miss Rosa à la maison délabrée des Sutpen, où ils aperçurent Jim Bond, fils du fils de Charles Bon, tandis que Clytie s’efforçait en vain de les empêcher de monter à l’étage où gisait Henry, revenu depuis quatre ans pour mourir.

Peu après, un incendie consume la maison où se trouvent Henry et Clytie ; seul Jim Bond en réchappe, hurlant, impossible à capturer. « Il fallut Charles Bon et sa mère pour supprimer le vieux Tom, Charles Bon et l’octavonne pour supprimer Judith, Charles Bon et Clytie pour supprimer Henry ; et la mère et la grand-mère de Charles Bon pour supprimer Charles Bon. Deux nègres pour un seul Sutpen, n’est-ce pas ? » (Le traducteur écrit nègre, là où Faulkner emploie toujours nigger, soit noir.) Shreve prophétise : « Un jour, les Jim Bond domineront l’hémisphère occidental. »

Le roman se clôt sur la réponse de Quentin à la question de Shreve : « Pourquoi hais-tu le Sud ? » Quentin : encore dévoilé.

Bibliographie

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  • Pouillon (Jean), "A propos d'Absalon, Absalon!, in L'Homme, 1997, n§ 143, p. 133-140 (https://www.persee.fr/doc/hom_0439-4216_1997_num_37_143_370306)
  • Regazzi (Jean), L'Expérience du roman (Lecture et mise en abyme chez Melville, Faulkner et Welles), Paris, L'Harmattan, 2011, "Dark houses : Absalon, Absalon ! et Le Bruit et la fureur", p. 53-147. (ISBN 978-2-296-54927-2)
  • Romano (Claude), Le chant de la vie. Phénoménologie de Faulkner, Gallimard, 2005 (p. 218-252).

Liens externes

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