Abu Chataa al-Jamaï

savant islamique et résistant marocain

Abu Chataa al-Jama’i (en arabe : أبو الشتاء الجامعي), de son nom complet Abu Chataa ben Sid al-Hajj Abd Allah ben Qadour al-Hayani al-Jamai’i (en arabe أبو الشتاء بن السيد الحاج عبد الله بن قدور الحياني الجامعي) ou encore Bouchta Jamaï (en arabe : بوشتى الجامعي), est un savant de la mouvance salafi et résistant anti-colonial marocain.

Abu Chataa al-Jamaï
Biographie
Naissance
1904 ou 1905
Douar Zaytouna, Jabal Halawi, tribu Ouled Jamaa, Empire chérifien
Décès
Sépulture
Cimetière des Martyrs de Casablanca
Nom dans la langue maternelle
أبو الشتاء بن السيد الحاج عبد الله بن قدور الحياني الجامعي
Nationalité
Formation
Activités
Appartenance ethno-culturelle
Famille
Khalid Jamaï (fils)
Aboubakr Jamaï (petit-fils)
Autres informations
Religion
Parti politique
Mouvement
Maître

Biographie

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Naissance et éducation

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Abu Chataa (Bouchta) né en 1904[1] ou 1905 dans le village de Zaytouna, dans la tribu des Oulad Jamaa dans la région de Fès, dont il prendra le nom (nisba) "al-Jama’i", en référence à sa naissance et son éducation dans cette tribu, bien qu'il soit d'origine Hyayna[2], tribu hilalienne, d'où le nom (nisba) "al-Hayani"[1]. Il est le fils de Sid al-Hajj Abd Allah ben Qadour al-Hayani.

Il se lance très jeune dans l'apprentissage de la religion, en s'inscrivant dès avoir dépassé « l'âge du discernement » (environ vers sept ans, le stade avant la puberté islamiquement) dans un kuttab (école de pensée), où il apprendra la lecture et la mémorisation du Coran, ainsi que son orthographe et ses règles de lecture[3]. Il est fortement influencé et soutenu dans ce chemin par sa mère, Maryam, qui pourtant illettrée, fait de son mieux pour orienter l'avenir de son fils[4].

Études supérieures dans la religion

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À la fin de son cursus vers 1919, il rejoint l'université al-Qaraouiyin, où il recevra des cours de plusieurs savants sur plusieurs livres et matières islamiques différentes tels que le Sahih al-Bukhari (qu'il étudiera directement auprès du pionnier du mouvement salafiste au Maroc, Abu Shuaib ad-Dukkali[5]) et d'autres livres de matières scientifiques islamiques. Il y étudiera avec de nombreuses personnalités telles que le Fqih Moulay Ali Darqawi, le Fqih Ahmed Shami al-Khazraji, le fqih Idriss Ouazzani al-Yamlani, Abd al-Aziz al-Amraoui et surtout Allal al-Fassi[6].

Lutte nationale

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Il rentrera très tôt dans les rangs de la résistance marocaine contre le Protectorat, et prit de fortes positions politiques contre ce dernier, ce qui lui vaudra d'ailleurs d'être arrêté et emprisonné entre 1928 et 1929, et ensuite exilé dans le territoire tribal des Hyayna[7]. Dès son retour à Fès en 1930, il forma une cellule de résistants, principalement issus de l'université al-Qaraouiyin, luttant principalement contre les réformes coloniales sur l'éducation et contre le Dahir Berbère. Il continua à faire cours a ses élèves chez son ami, le cheikh Hashemi Filali. Il connaîtra à nouveaux plusieurs autres lieux de détention tel que Kénitra, Settat (Ain Ali Moumen), Casablanca (prison d'Agbila) et même dans le désert pour ses positions indépendantistes et son activisme. Il aura l'honneur également de signer le Manifeste de l'Indépendance du Maroc, le [6].

Original du Manifeste de l'Indépendance du Maroc, du 11 janvier 1944, où figure la signature d'Abu Chataa al-Jama’i

Lutte pour l'Éducation

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Abu Chataa est parmi les fondateurs de l'école gratuite au Maroc et crut fortement en ce projet. Il fut directeur de l'école Rahbat al-Qays à Fès, puis enseignant dans les « écoles libres » de Sidi Bennani et de la Zawiyah Nasseriyah[7],[6]. Son combat pour l'éducation est également intense dans la région d'Oujda, Mohamed Ghazi al-Meknassi lui confia là-bas cette mission. Il deviendra alors un des premiers professeurs et chef de la gestion pédagogique de la toute nouvelle école gratuite d'Oujda, formellement appelée « École Coranique d'Oujda » avant de devenir l'école al-’Urubah[8]. Il s'installa en 1937 à Kénitra (Port-Lyautey à l'époque) où il fonda l'école arabe libre du Progrès, où il lutta contre l'analphabétisme et l'ignorance, moyen selon lui qui permettra l'émancipation du peuple marocain de la colonisation et inspirant les nouvelles générations à ces idées. À la suite de cela il fut une deuxième fois exilé avant de s'installer définitivement à Casablanca, devenant ensuite enseignant dans l'école Najah. Après l'indépendance du pays, il continua sa lutte pour l'éducation gratuite devenant directeur des lycées Moulay Idriss al-Azhar et de l'Hermitage avant sa retraite et continuant après à donner des cours religieux bénévolement dans des mosquées[6].

Fin de vie et décès

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Abu Chataa décède à Casablanca le 9 Joumada al-Thani 1410 de l'Hégire (), son décès fut un choc pour ses proches compagnons et le Maroc ayant perdu un de ses plus fidèles combattants. Le même jour il reçut la prière funéraire (Salat Janaza) à la mosquée Muqabara al-Had et fut enterré au cimetière des Martyrs de Casablanca[9]. Son ami proche le décrit ainsi «Si[10]Bouchta était un salafiste au sens le plus profond du terme. Son salafisme était un véritable engagement envers le mode de vie islamique, non seulement d'un point de vue intellectuel et idéologique, mais aussi en termes d'application et de pratique.» et « La vie mondaine n'attirait pas Si Bouchta, le diplômé universitaire… L'administration coloniale lui a offert un poste de justice, comme aux autres diplômés d'Al-Qarra. Il a refusé cette offre avec dignité, la considérant comme une simple tentation qui l'empêcherait d'accomplir son devoir national et intellectuel. »[6].

Famille

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Abu Chataa al-Jama’i se mariera deux fois durant sa vie, sa première épouse fut une femme de son village avec qui il aura deux filles, Khadija et Fatima, mais quand la mort survint à cette dernière, il devint veuf et seul avec ses deux filles, c'est alors que Allal al-Fassi lui-même lui présentera sa future seconde épouse et la fille d'un important personnage de Fès, Mohamed Chraibi, issue de la grande famille fassi des Chraibi. Il eut avec elle Soukaina l'ainée de ses filles, première médecin anesthésiste réanimatrice du monde arabo-musulman, Khansaa son fils Khalid, père de son petit-fils, Abu Bakr Jamaï, tous deux journalistes de renom[4] Saad, Mohamed médecin psychiatre et Abdelaziz.

Références

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  1. 1 2 KADDOURI, « ذاكرة مدينة وجدة المعرفية: بوشتا الجامعي (1904-1990) - الحلقة 59 », sur OujdaCity, (consulté le )
  2. (ar) محمد من الفاطمي بن الحاج السلمي, إسعاف الإخوان الراغبين بتراجم ثلة من علماء المغرب المعاصرين, (lire en ligne), p. 492
  3. (ar) معلمة, « أبو الشتاء الجامعي.. سيرة علم ونضال - معلمة », sur ma3lama.com, (consulté le )
  4. 1 2 « الجامعي: نواة حزب الاستقلال تأسست في «بيت» والدي », sur مغرس (consulté le )
  5. (ar) محمد من الفاطمي بن الحاج السلمي, إسعاف الإخوان الراغبين بتراجم ثلة من علماء المغرب المعاصرين, (lire en ligne), p. 493
  6. 1 2 3 4 5 (ar) معلمة, « أبو الشتاء الجامعي.. سيرة علم ونضال - معلمة », sur ma3lama.com, (consulté le )
  7. 1 2 (ar) محمد من الفاطمي بن الحاج السلمي, إسعاف الإخوان الراغبين بتراجم ثلة من علماء المغرب المعاصرين, (lire en ligne), p. 494
  8. KADDOURI, « ذاكرة مدينة وجدة المعرفية: بوشتا الجامعي (1904-1990) - الحلقة 59 », sur OujdaCity, (consulté le )
  9. (ar) محمد من الفاطمي بن الحاج السلمي, إسعاف الإخوان الراغبين بتراجم ثلة من علماء المغرب المعاصرين, (lire en ligne), p. 495
  10. Ici, le « Si » est synonyme de « Sidi » (litt. « Mon maître ») qui, dans le dialecte marocain, est une forme de respect adressé avant le prénom d'un proche aimé et respecté.

Articles connexes

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