Ibn Abî Mahalli

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Abū Maḥallī l-Filālī l-Sijilmāsī ou Abu Al-Abbas Ahmed Ben Abdellah Ben Kadi (en arabe : أبو العباس أحمد بن عبد الله بن قاضي), né à Sijilmassa vers 1560 (967 de l'hégire) et mort à Marrakech en 1613 (1022 de l'hégire), est un voyageur, écrivain, érudit musulman et Mahdi marocain. Se présentant comme le mahdi attendu, il dirige un mouvement religieux insurrectionnel qui, dans le contexte de crise de la dynastie saadienne, permet de conquérir Marrakech et d'y exercer le pouvoir brièvement.

Ibn Abu Mahalli
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
أحمد بن عبد الله السلجماسي العباسي الفلاليVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Période d'activité
XVIe siècle ou XVIIe siècleVoir et modifier les données sur Wikidata

Son pouvoir combine réforme religieuse, dénonciation de la corruption politique et revendications messianiques. Sa défaite et sa mort mettent fin à une expérience de pouvoir dépassant les cadres des rivalités politiques régionales.

Biographie

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Origine et formation

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Ibn Abi Mahalli naît vers 1560 à Sijilmassa. Les origines familiales d'Ahmad ibn Abi Mahalli restent mal connues. Sa lignée, désignée sous les noms d'Oulad Mahalli ou d'Ayt al-Qadi, compte plusieurs cadis dans la région du Tafilalet, où elle dispose d'une zaouïa[1]. Ibn Abi Mahalli revendique par son père une ascendance abbasside et, par sa mère, une ascendance idrisside, cette dernière jouant un rôle important dans ses prétentions à la légitimité religieuse et politique[2].

Éduqué par son père, lui-même cadi, il poursuit ses études à Fès à partir des années 1570 (entre 1572 et 1578), où il se forme aux sciences religieuses. Après une période de crainte provoquée par l’expédition portugaise de 1578, il quitte Fès et se rapproche du soufi Muhammad ibn Mubarak al-Tastawi al-Za‘ri[2],[1]. Cette rencontre entraîne sa conversion au soufisme et une rupture avec son père[2]. Il fut également élève à une médersa à Hayy al ‘Attarîn (parfumeurs) pendant 5 à 6 ans où il porta le titre de « Hafîz », destiné à ceux qui connaissent le Coran par cœur[réf. nécessaire].

Il entreprit ensuite le Hajj à La Mecque, au cours duquel il traversa la Cyrénaïque et séjourna au Caire[2]. Il passe sur Figuig, Biskra, Tunis jusqu'à la libye mais ne peut accéder à Tripoli. Il assiste à la révolte de Sayeh Abdelaziz de Fezzan en 1577[3]. De retour au Maroc, il s’installa à Figuig, où il poursuit ses études religieuses et devient brièvement le disciple d’un maître soufi de la région, Abd al-Qadir ibn Abi Samha, connu sous le nom de Sidi Shaykh[2]. Il continue dès lors sa formation auprès de Muhammad bin Mbarak jusqu'en 1593, date à laquelle ce dernier l'envoie à Sijilmassa. Après y avoir retrouvé ses proches, il les convainct de quitter Sijilmassa pour s'établir dans la vallée de la Saoura, un déplacement visant vraisemblablement à se soustraire à la surveillance du sultan saadien Ahmad al-Mansour. Dans la Saoura, il se fait connaître comme figure religieuse et entretient des correspondances théologiques avec divers érudits de son époque[1].

Doctrine et prédication réformatrice

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Entre 1606 et 1610, Ibn Abi Mahalli développe une importante activité littéraire. Ses écrits dénonçent les innovations religieuses jugées blâmables (bi'da), les pratiques magiques, la nécromancie, les fraudes attribuées à certains personnages religieux et la corruption des mœurs. Il défend un retour à une pratique purifiée de l’islam et insiste sur le devoir d’ordonner le bien et d’interdire le mal (hisba). Sa réflexion religieuse évolue vers une remise en cause de la légitimité du pouvoir saadien. Selon lui, l’obéissance au souverain doit dépendre de son respect des obligations religieuses et de sa capacité à gouverner justement. L’ascendance chérifienne ne suffit donc pas, à elle seule, à justifier l’autorité politique. Il défend ainsi le droit de se révolter contre un souverain considéré comme corrompu[2].

Son discours s’inscrit dans une tradition soufie de réforme morale et de critique du pouvoir, mais il prend une dimension messianique. Ibn Abi Mahalli associe les crises de son époque aux signes annonciateurs de la venue du mahdi. Il affirme que celui-ci doit apparaître au Maghreb et que plusieurs des caractéristiques traditionnellement attribuées à cette figure correspondent à sa propre personne. Ses prétentions rencontrent un écho auprès de nombreux adeptes, qui le considèrent comme le mahdi attendu. Sa prédication associe la restauration de l’ordre religieux à la lutte contre les souverains jugés illégitimes et à la reprise du djihad contre les puissances chrétiennes[2].

Révolte et prise de pouvoir

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L’ascension d’Ibn Abi Mahalli se déroule dans une période de profonde instabilité. Après la mort du sultan Ahmad al-Mansur en 1603, ses héritiers se disputent le pouvoir. Les conflits dynastiques s’ajoutent aux sécheresses, aux famines et aux épidémies, tandis que les pertes territoriales et les relations avec les puissances européennes alimentent le sentiment d’une crise politique et religieuse[2].

Dans le contexte du soulèvement de Mohammed ech-Cheikh el-Mamoun Zaydân al-Nâsir à Marrakech, provoquant la cession de la ville de Larache aux Espagnols le 20 novembre 1610, Abu Mahalli proclame la guerre sainte et se revendique comme le Mahdi (al-Mahdawiya) impeccable à l'instar d'Ibn Tûmart, s'appuyant sur sa renommée locale et sur la prospérité économique du Tafilalet[1],[4]. Il prend Sijilmasa à la tête d’un groupe de partisans peu nombreux et mal équipés, expulsant les autorités saadiennes. Il y entreprend la mise en œuvre de son programme de réforme morale. Son mouvement s’étend ensuite au Drâa, puis franchit l’Atlas en direction de Marrakech. À mesure que sa réputation de saint et de mahdi se diffuse, il rallie des partisans venus notamment des régions sahariennes. Les croyances en son caractère providentiel renforçent leur détermination militaire, certains étant convaincus que les projectiles ennemis ne pouvaient les atteindre[2].

Après plusieurs victoires contre les forces saadiennes, Ibn Abi Mahalli s’empare de Marrakech en 1612 et se proclame souverain. Il conteste directement la légitimité de Zaydân al-Nasir et prétend exercer une autorité fondée sur une mission divine. Il entend rétablir la justice, réformer les mœurs et combattre les puissances chrétiennes, tout en cherchant à établir des relations commerciales avec les marchands européens dont les pays pouvaient fournir des armes[2]. Il fait frapper de la monnaie d'or à son nom[1].

Son succès est cependant de courte durée car son mouvement dépend de son charisme personnel et des attentes messianiques de ses partisans. Certaines tribus commencèrent à se détacher de lui, tandis que des autorités religieuses contestent ses prétentions et dénonçent les dangers d’une réforme des mœurs devenue un instrument d’ambition politique[2].

Chute et mort

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Le sultan Zaydan obtient le soutien de Yahya ibn Abd Allah al-Hahi, juriste et chef religieux du Sous, auparavant disciple d’Ibn Abi Mahalli à Fès. Après une campagne de mobilisation et de contestation de son autorité, Yahya rassemble des troupes et marche sur Marrakech en octobre 1613. Lors de l’affrontement, Ibn Abi Mahalli fest tué par un coup de feu. Ses troupes, qui croient bénéficier d’une protection surnaturelle contre les projectiles, sont prises de panique et se dispersent. Yahya entre dans Marrakech, puis se retire et rend finalement la capitale au sultan Saadien[2].

La tête d’Ibn Abi Mahalli est exposée sur les remparts de Marrakech jusqu’à sa décomposition. Les restes sont ensuite enterrés dans le sanctuaire d’Abu al-Abbas al-Sabti. Malgré sa mort, une partie des populations du sud de l’Atlas et du Sahara continue longtemps à croire qu’il reviendrait[2].

Analyse historique

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Le mouvement d’Ibn Abi Mahalli constitue un exemple de l’articulation entre autorité religieuse et pouvoir politique dans le Maroc du début du XVIIe siècle. Son parcours montre comment un lettré issu d’une famille religieuse périphérique peut transformer une prédication soufie de réforme morale en un mouvement messianique capable de conquérir la capitale. Sa révolte ne peut être réduite à une simple lutte de factions pendant la guerre civile saadienne. Elle s’appuyait également sur des attentes eschatologiques, sur la dénonciation de l’injustice et sur la volonté de restaurer un ordre religieux considéré comme dégradé. Le contexte de crise facilite la convergence entre les ambitions du prédicateur et les aspirations de groupes affectés par la désorganisation politique et sociale[2].

L’épisode met aussi en évidence les rivalités entre les détenteurs du pouvoir dynastique, les oulémas et les chefs soufis. Si certains voient dans Ibn Abi Mahalli un réformateur et un juriste respecté, d’autres contestent sa prétention messianique et estiment que son action illustre les risques d’une censure religieuse transformée en entreprise politique. Contrairement au mouvement almohade fondé par Ibn Tumart, auquel Ibn Abi Mahalli s’intéresseparticulièrement, son entreprise ne parvient pas à se doter d’une organisation capable d’assurer sa continuité après la disparition de son chef. Son pouvoir reste éphémère, malgré l’ampleur de son succès initial et la persistance de sa mémoire dans certaines populations du sud marocain[2].

Œuvres

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Il a laissé des dizaines de manuscrits notamment:

  • Islit Al-Khirit Fi Kalie Bouloume Al-Ifrit A'Nnefrit (en arabe : إصليت الخريت في قطع بلعوم العفريت النفريت)
  • El-Haoudadj (en arabe : الهودج)
  • Al-KOstas El-Mostakim Fi Maarifat A'sahih Mina A'sakim (en arabe : القسطاس المستقيم في معرفة الصحيح من السقيم)
  • El Ouaddah arabe : الوضاح)
  • Manjanik Sokhor Lihadmi Binaa Cheikh El Ghoror Ou'Rass El-Fodjor (en arabe : منجنيق الصخور لهدم بناء شيخ الغرور ورأس الفجور)
  • Jaouab El-Kharoubi arabe : جواب الخروبي)

Abu Mahali en littérature

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De nombreux écrivains ont fait d'Abu Mahali le sujet de leurs livres en étudiant sa personnalité ou l'un de ses manuscrits.

  • R. Le Tourneau, Abu Mahalli rebelle à la dynastie saâdienne, 1956
  • Said Ouahihi, La mahdaoui de Ibn Abi Mahali El-Filali et son manuscrit Takiid Fi A'Taarif Bi-Madinat sijilmassa (arabe : مهدوية إبن أبي محلي الفيلالي ومخطوطه تقييد في التعريف بمدينة سجلماسة)[5]

Références

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  1. 1 2 3 4 5 (en) Aomar Boum et Thomas K. Park, Historical Dictionary of Morocco, Bloomsbury Publishing PLC, (ISBN 978-1-4422-6297-3, lire en ligne), p. 23-24
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Mercedes García-Arenal, « Imam et Mahdi : Ibn Abî Mahallî », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, nos 91-94,‎ , p. 157–180 (ISSN 0997-1327, DOI 10.4000/remmm.254, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ El-Islit: manuscrit d'Abu Al-Abbas Ahmed Ben Abdellah Ben Kadi (1603)
  4. ↑ Muḥammad al-Ṣaghīr ibn Muḥammad Ifrānī, Nozhet-Elhâdi: Histoire de la dynastie saadienne au Maroc (1511-1670), E. Leroux, (lire en ligne), p. 338
  5. ↑ مغرس سعيد واحيحي ينبش في مهدوية أحمد بن أبي محلي الفيلالي

Liens externes

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