Abu Lahab
ʿAbd al-ʿUzzā ibn ʿAbd al-Muttalib (arabe : عبد العزى ابن عبد المطلب), surnommé Abû Lahab (arabe : اب لهب), né vers 563 et mort en 624, est l'un des oncles paternels de Mahomet. Notable mecquois polythéiste issu du clan des Banu Hachim, il est l'une des figures de la tribu de Quraych s'étant le plus farouchement opposées au prophète de l'islam.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom dans la langue maternelle |
أبو لهب |
| Nom de naissance |
ʿAbd al-ʿUzzā ibn ʿAbd al-Muttalib |
| Surnom |
Abu Lahab |
| Activités | |
| Appartenance ethno-culturelle | |
| Famille | |
| Père | |
| Mère |
Lubna bint Hajar (en) |
| Fratrie |
Abû Tâlib 'Abdullah ibn 'Abdil-Mouttalib Hamza ibn Abd al-Muttalib Al-Abbas ibn Abd al-Muttalib Safiyyah bint ‘Abd al-Muttalib (en) Az-Zubayr ibn ‘Abd al-Muttalib Al Hârith Ibn 'Abd Il Muttalib (en) Al-Muqawwim ibn Abdul-muttalib (d) Umayma bint Abd al-Muttalib |
| Conjoint | |
| Enfant |
Dura bint Abu Lahab |
| Religion |
|---|
Avec Zayd ibn Harithah, il est l'un des très rares contemporains de Mahomet mentionnés par son nom dans le texte coranique[1].
Nom
modifierCertaines interprétations avancent que « Lahab » (arabe : لهب) ne signifierait pas ici « flamme », mais constituerait une forme emphatique dérivée du mot « Hab » (arabe : هب), signifiant « celui qui donne ». Avec l'ajout du préfixe « La » (arabe : ل), le terme prendrait alors le sens de « celui qui donne abondamment » ou « qui a plus que donné ». Cette lecture ferait référence à la grande générosité attribuée à Abou Lahab, rendue possible par son immense richesse. Toutefois, selon la sourate 111 (Al-Masad), cette fortune et ces biens ne lui seront d'aucune utilité en raison de son opposition à Mahomet : « Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu'il a acquis[2]. »
À titre d'exemple : l'expression « Inna ilāhakum lawāḥid » (arabe : إن إلهكم لواحد) — qui apparaît au verset 4 de la sourate 37 — peut être comprise comme : « Votre Seigneur est assurément unique » ou « plus qu'unique ». Certains interprètent ici le préfixe « La » (arabe : ل) comme une particule d'insistance renforçant le mot « Wāḥid » (arabe : واحد), qui signifie « unique ». Dans cette perspective, « Lawāḥid » exprimerait donc une unicité absolue et emphatique.
Le mot « Hab », signifiant « accorde » ou « donne », apparaît également dans le Coran, en particulier au verset 35 de la sourate 38, qui constitue une invocation de Salomon : « Qāla Rabbi ghfir lī wa hab lī mulkan lā yanbaghī li-aḥadin min ba‘dī » (arabe : قال رب اغفر لي وهب لي ملكا لا ينبغي لأحد من بعدي), traduit par : « Il dit : « Seigneur, pardonne-moi et fais-moi don d'un royaume tel que nul après moi n'aura de pareil [...] » ». Cette occurrence est parfois mise en parallèle avec certaines interprétations du terme « Lahab », où la racine « hab » renverrait à l'idée de don, de générosité ou d'abondance.
Selon certaines lectures interprétatives, le nom « Abou Lahab » ne renverrait pas nécessairement à l'idée de « flamme » au sens littéral. En effet, dans la tradition islamique, les djinns — y compris ceux qui sont musulmans — sont décrits comme créés à partir du feu. Associer directement « Lahab » à la flamme pourrait donc introduire une ambiguïté symbolique ou théologique, puisqu'un tel terme pourrait alors évoquer les djinns, ce qui ne semblerait pas cohérent dans le contexte de la sourate 111.
Dans cette perspective, certains avancent que « Lahab » pourrait plutôt être compris comme une forme emphatique liée à la racine « hab », associée au fait de donner. Le nom ferait alors référence à une générosité excessive ou ostentatoire. Cette interprétation est parfois rapprochée d'autres passages coraniques mettant en garde contre les excès, y compris dans la dépense et la charité. Ainsi, le verset 29 de la sourate 17 dit : « Ne porte pas ta main enchaînée à ton cou [par avarice], et ne l'étends pas non plus trop largement, sinon tu te trouveras blâmé et chagriné. » »
Selon cette lecture, « Lahab » ne serait donc pas utilisé ici dans le sens de « flamme », mais dans celui d'« excès dans le don », en référence à Abou Lahab, adversaire de Mahomet. Cette distinction ne serait pas inhabituelle en arabe, où plusieurs mots peuvent partager une prononciation proche tout en ayant des sens différents selon le contexte, nécessitant parfois une interprétation ou une précision contextuelle.
Une figure traditionnelle
modifierAbu Lahab est une figure citée dans la sourate CXI du Coran, intitulée Al-Masad (La Corde torsadée en fibres).
Certains théologiens mu'tazilites trouvaient « répréhensible » la présence de cette sourate et de certains versets dans le Coran contenant des malédictions. Pour eux, cela montre un caractère trop humain et non divin au Coran[3],[4].
Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.
Que les deux mains d'Abû Lahab périssent et que lui-même périsse !
Ses richesses et tout ce qu'il a acquis ne lui serviront à rien.
Il sera exposé à un feu ardent
Ainsi que sa femme, porteuse de bois,
Dont le cou est attaché par une corde de fibres
— Le Coran, « Abou-Lahab », CXI, (ar) المسد
Pour la plupart des savants, qui suivent l'interprétation traditionnelle[5], il s'agit d'un sobriquet donné à l'un des oncles de Mahomet[3]. Pour Lohmann, le surnom apparaît avec cette sourate : elle ne lui est pas antérieure[6]. Celui-ci est l'un des opposants « les plus féroces du prophète de l'islam ». Son nom serait 'Abd al-Uzzâ b. 'Abd al-Muttalib. Selon les traditions musulmanes, Mahomet aurait entretenu avec lui de bonnes relations avant sa mission prophétique. Deux de ses fils auraient été mariés (ou fiancés) à des filles de Mahomet. Les relations se seraient détériorées lors de l'exclusion de Mahomet par le clan de Banû Hashim. Selon ce qui ressort des sources et d'allusions coraniques, Abû-Lahab serait un notable qui craignait que la réforme de Mahomet ne brise la stabilité sociale, politique, religieuse et économique de La Mecque[3]. Selon des traditions divergentes, il aurait jeté des pierres sur Mahomet, ou l'aurait maudit[5]. Abû-Lahab est mort peu après la bataille de Badr menée contre Mahomet[3].
Interprétations du texte coranique
modifierNéanmoins, pour l'islamologue Neuenkirchen, ce texte peut être interprété comme une malédiction contre des personnes historiques, si l'on suit la lecture traditionnelle, ou contre l'homme pécheur en général si l'on s'attache seulement au Coran[5]. Pour Guillaume Dye, « Un verset (Q 111 :1) parle d’Abū Lahab, « le père de la flamme », que la tradition musulmane identifie à un oncle du Prophète. On peut cependant comprendre cette sourate différemment : le texte parle simplement d’un homme (et de sa femme), pris dans le feu de l’enfer. »[7]
Pour Prémare, les Circonstances de la Révélation (asbāb al-nuzūl (en)) ont pour but d'expliquer a posteriori cette sourate qui reste énigmatique[5]. Van Reeth considère le cas d'Abu Lahab comme « énigmatique » et son existence historique discutable[8].
Les savants interprètent souvent « Abou Lahab » comme le « père » (أَبٌ) de la « flamme » (لَهَبٌ)[7] ou littéralement « père flamme »[5].
La forme arabe « Abū + nom » ne désigne pas toujours une filiation réelle ; elle peut également servir de surnom symbolique, métaphorique ou descriptif. Dans la langue, cette construction est fréquemment employée pour caractériser une qualité, une fonction ou un objet. Par exemple, « Abū Jābir » (« père de ce qui répare/restaure ») peut désigner le pain, dans l'idée qu'il « répare » ou restaure les forces du corps[5].
Notes
modifier- ↑ Le premier, fils adoptif du prophète de l'islam, est mentionné au verset 37 de la sourate 33, tandis que le second est l'objet d'une malédiction avec son épouse (qualifiée de « porteuse de bois ») dans la sourate 111.
- ↑ Verset 2 de la sourate 111.
- 1 2 3 4 Bar-Asher M., "Abu Lahab", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.18-19.
- ↑ Voir aussi : Gilliot, Claude. « Origines et fixation du texte coranique », Études, vol. tome 409, no. 12, 2008, pp. 643-652.
- 1 2 3 4 5 6 Neuenkirchen P., "Sourate 111", Le Coran des historiens, t.2b, 2019, p 2295 et suiv.
- ↑ THEODOR LOHMANN, « Abū Lahab: Übersetzung und Erklärung von Sure 111 », Zeitschrift für Religions- und Geistesgeschichte, vol. 18, no 4, , p. 326–348 (ISSN 0044-3441, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Lieux saints communs, partagés ou confisqués : aux sources de quelques péricopes coraniques (Q 19 : 16-33), dans Isabelle Dépret & Guillaume Dye (éds), Partage du sacré : transferts, dévotions mixtes, rivalités interconfessionnelles, pp. 55-121
- ↑ Van Reeth J., "Sourate 33", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, p.1119 et suiv.