Adélaïde Billet Dufrénoy
Adélaïde Billet Dufrénoy, née Adélaïde Gillette Billet le à Paris où elle est morte le , est une écrivaine et poétesse française.
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Adélaïde Gillette Dufrénoy |
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Biographie
modifierAdélaïde Gillette Billet est née dans la paroisse Saint-Barthélémy à Paris en 1765[1],[a]. Elle est la fille de Jacques Billet, marchand joaillier, et de Marie Madeleine Bresse, son épouse, demeurant rue de Harlay dans l'île de la Cité. Son père, dont l’inclination pour la littérature lui a valu l’amitié de quelques hommes célèbres, qu’il reçoit chez lui. Adélaïde apprend des conversations littéraires et politiques de ces réunions, au contact de l’urbanité de Rochon de Chabannes, de la morgue décisive de La Harpe, des saillies ingénieuses de Chamfort et les dissertations poétiques d’André-Murville[2].
Elle apprend la lecture et la musique dans une institution religieuse, les sœurs hospitalières de la Roquette, auprès de sa tante, sœur Saint-Félix, qui en est la supérieure[2]. Elle apprend ensuite le latin, au point d’être en état de traduire Horace et Virgile, tandis que Laya, dont elle est la cousine germaine par son père, l’initie aux charmes de la poésie française.
Elle épouse, à l’âge de quinze ans, Simon Petit-Dufrénoy, en 1780[b], un riche procureur au Châtelet de Paris, qui avait été l’homme de confiance de Voltaire[c]. Alors qu’émerge sa vraie vocation de poète, son domicile s’impose comme le quartier général de l’élite intellectuelle du moment. En 1783, la mort de son père lui permet de récupérer son héritage.
La Harpe encourage ses premiers essais[4]. Elle débute, en 1787, dans la carrière des lettres, par une petite pièce intitulée Boutade, à un ami et de charmantes poésies insérées dans l’Almanach des muses. L’année suivante, elle se risque au théâtre où elle fait jouer L’Amour exilé des cieux, mais elle doit surtout sa réputation littéraire à ses élégies.
En 1791, son époux choisit de « fermer son étude, située quai de l’École près le Pont-Neuf, plutôt que de prendre le titre d'avoué comme le firent 81 % de ses confrères, auxquels la réforme de la procédure civile en avait laissé la faculté[5]. » Un incendie achève la ruine de son mari.
En 1792, ils s'installent à Sevran dans l'ancien fief de la Fossée. Tout son cercle littéraire et amical l'y rejoint. À leur installation, au fief de la Fossée de Sevran, en 1792, ils sont rejoints par l’ensemble de leurs amis et de leur cercle littéraire. Elle y donne le jour le , à un fils, Ours Pierre Armand Petit Dufrénoy qui deviendra un célèbre géologue et minéralogiste[6]. Son mari, Simon Petit Dufrenoy, fait fonction d'officier public à Sevran pendant la période de 1796 à 1798. Elle-même est qualifiée de « bonne Dame de la Fossée ».
Plus tard, Dufrenoy accepte, sous le Consulat, une place de greffier en Italie, à Alexandrie. Adélaïde l’y accompagne et, lorsqu’il est frappé de cécité, elle se fait son indispensable soutien, assurant la copie des dossiers et des actes juridiques copiant les dossiers et les jugements. Loin de tarir son génie poétique, cette épreuve ne brise pas son inspiration, sans toutefois rien perdre de son génie poétique car cette époque difficile voit naitre ses plus belles élégies, empreintes d’une mélancolie sincère née de l’éloignement de sa patrie.
De retour en France après la retraite de son mari, elle subsiste presque exclusivement grâce à ses travaux littéraires. Sa situation change lorsqu’Antoine-Vincent Arnault et le comte de Ségur intercèdent en sa faveur auprès de Napoléon Bonaparte, qui lui accorde une aide financière la libérant des soucis matériels. Reconnaissante, elle peut enfin privilégier l’art à la nécessité et compose de nombreuses poésies à caractère érotiques, qu’elle publie sous le titre plus convenable de poésies « élégiaques ». La première édition de ses Élégies, parue en 1806, rencontre un immense succès.
En 1811 et 1812, elle célèbre le roi de Rome dans ses vers. L’année suivante, elle intègre la suite officielle accompagnant l’impératrice Marie-Louise, lors de son voyage à Cherbourg. Contrainte de reprendre la plume, lorsque la chute de l’Empire bouleverse à nouveau sa situation financière, elle se tourne vers la littérature de jeunesse pour subsister, et prend la direction de plusieurs publications réputées : La Minerve littéraire, L’Almanach des dames et L’Hommage aux demoiselles. Son talent est salué par de nombreuses académies qui couronnent ses pièces. En 1814, elle remporte le prestigieux prix de l’Académie française pour son poème Derniers Moments de Bayard.
Très en vue, elle est recherchée par l'élite intellectuelle de l'époque, notamment par Jean-Pierre Louis de Fontanes, qui la place à côté d’Antoinette Des Houlières[4], qu'elle accueille à Sevran, Amable Tastu, Marceline Desbordes-Valmore, Tissot, l’abbé Sicard ou Béranger. Elle a également traduit plusieurs romans ainsi que des ouvrages consacrés à l’éducation des jeunes filles.
Le recueil de ses élégies a paru en 1807 et a été plusieurs fois réimprimé avec des augmentations. On y remarque :
- la Boutade
- le Pouvoir d'un amant
- la Journée d'une amante
- Anniversaire
- Les Beautés de l’histoire de la Grèce moderne (1825)
- les Derniers Moments de Bayard, couronné par l'Académie en 1815.
À l’époque de la Restauration, elle tient, dans son logis à l’angle de la rue des Francs-Bourgeois et de la rue Vieille-du-Temple, un salon réunissant des survivants de la Révolution, le comte de Ségur, Jay, Tissot, Pongerville, Viennet, Soumet, Laya, Gérando, Legouvé, Girodet, Dupaty, Chérubini, Juliette Récamier[7].
À la mort de sa mère, elle déménage pour aller s'installer dans un petit appartement touchant à un petit jardin dans la rue des Francs-Bourgeois, mais tombe rapidement malade. À sa mort, d’une « maladie de poitrine[8] », elle est inhumée, le au cimetière du Père-Lachaise. Ses souvenirs ont été publiés à titre posthume, sous le titre Œuvres poétiques, grâce au beau-père de son fils, Antoine Jay[d], chez Moutardier, 1827.
Commentaire
modifier« Veille, ma lampe, veille encore, Je lis les vers de Dufresnoy »
— Béranger, Ma lampe
Œuvres
modifier- Abécédaire des petits gourmands, Paris, Lefuel, 1822, lire en ligne sur Gallica.
- Beautés de l'histoire de la Grèce moderne, ou Récit des faits mémorables des Hellènes depuis 1770 jusqu'à ce jour, Paris, A. Eymery, 1825.
- Biographie des jeunes demoiselles ou vies des femmes célèbres depuis les hébreux jusqu'à nos jours, Paris, A. Eymery, 1816.
- Cabinet du petit naturaliste, Paris, A. Rigaud, 1810-1819.
- Élégies, suivies de poésies diverses, par Mme Dufrénoy, Paris, A. Eymery, 1813.
- Étrennes à ma fille, ou Soirées amusantes de la jeunesse, Paris, A. Eymery, 1816.
- Faits historiques et moraux, Paris, A. Rigaud, 1877.
- Hommage aux demoiselles, Paris, Le Fuel, 1818, lire en ligne sur Gallica.
- L'Anniversaire de la naissance du Roi de Rome, Paris, P. Didot l'aîné, 1812.
- L'Enfance éclairée, ou les Vertus et les vices, par Mme Dufrénoy, Paris, A. Eymery, 1816.
- L'Hymne des Français... à S. A. R. la duchesse d'Angoulême, lors de son entrée à Paris, Paris, Brasseur aîné, 1814.
- La Convalescence, élégie, Paris, J. Tastu, 1823.
- La Femme auteur, ou Les inconvéniens de la célébrité, Paris, Béchet, 1812.
- La Petite Ménagère, ou l'Éducation maternelle, Paris, A. Eymery, 1816, lire en ligne sur Gallica.
- Le Tour du monde, ou, Tableau géographique et historique : de tous les peuples de la terre, Paris, A. Rigaud, 1814.
- Les Conversations maternelles, Paris, A. Eymery, 1826.
- Les Françaises, nouvelles, Paris, A. Eymery, 1818, lire en ligne sur Gallica.
- Nouvel Abécédaire des petits gourmands, Paris, J. Langlumé, 1837-1857.
- Petite Encyclopédie de l'enfance, ou, Leçons élémentaires de grammaire, de géographie, de mythologie, d'histoire ancienne et moderne, d'histoire des religions, d'arithmétique et mathématique, de physique, d'histoire naturelle, des arts et métiers, Paris, A. Eymery, 1817.
- Plaintes d'une jeune Israélite sur la destruction de Jérusalem, élégie, Paris, A. Eymery, 1817.
- Antoine Jay (éd.), Œuvres poétiques de Mme Dufrénoy, précédées d'observations sur sa vie et ses ouvrages, Paris, Moutardier, 1827.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Elle n'est pas née à Nantes, comme l’indiquent plusieurs publications. Son acte de baptême à l'église Saint-Barthélémy dans la Cité est reproduit par G. Castel Çagarriga, « Madame Dufrenoy et Monsieur de Fontanes », Revue des Deux Mondes, , p. 86.
- ↑ Ou Dufresnoy.
- ↑ Sur son mariage, voir le témoignage de Félix Faulcon qui deviendra son ami[3].
- ↑ Son fils, le géologue Armand Dufrénoy a épousé en 1819 Caroline Jeanne Jay, fille d'Antoine Jay et Magdelaine Agathe Moutardier.
Références
modifier- ↑ « née le trois du présent »).
- 1 2 Antoine Jay (éd.), Œuvres poétiques de Mme Dufrénoy, Paris, Moutardier, , 342 p., in-8º (OCLC 15147540, lire en ligne), x-xii.
- ↑ Gabriel Debien (éd.), Correspondance de Félix Faulcon, t. I, 1770–1789, 1939
- 1 2 « Nécrologie », Le Constitutionnel, Paris, no 68, , p. 2 (ISSN 1255-9938, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ Arthur Birembaut, compte rendu de Jean Orcel, « Armand Dufrénoy (1792-1857) », Revue de l’histoire des sciences et de leurs applications, oct-déc. 1958, p. 368, (ISSN 0048-7996).
- ↑ Biographie d'Armand Dufrénoy, Annales de Nîmes.
- ↑ M.-H. Fucore, « Le Centenaire de Madame Dufresnoy », La Cité, bulletin de la Société historique et archéologique du IVe arrondissement, Paris, vol. 23, t. 17, no 89, , p. 267-8 (ISSN 1163-8524, lire en ligne sur Gallica).
- ↑ « Mme Dufrénoy », Journal du département de la Haute-Saône, Vesoul, Bobillier, vol. 8, no 11, , p. 42 (ISSN 2025-1254, lire en ligne sur Gallica).
Sources
modifier- Ferdinand Hoefer, Nouvelle Biographie générale, t. XV, Paris, Firmin-Didot, 1855, p. 70-1.
Bibliographie
modifier- Marie Aurore Dupin de Francueil, La France illustrée par ses femmes : ou, Beaux exemples d’amour filial, de tendresse maternelle, de dévouement conjugal, de modestie de traits d’esprit, amour de l’étude, mérite litteraire des femmes qui se sont distinguées en France par leurs talens ou leurs vertus, Paris, Maumus, , 374 p., pl., illustr. ; in-12, p. 325-41.
- Claudine Brécourt-Villars, Écrire d'amour, anthologie de textes érotiques féminins 1799-1984, Paris, Ramsay, , 416 p., 25 cm (ISBN 978-2-85956-429-2, OCLC 13870370).
- Christine Planté, Femmes poètes du XIXe siècle, Lyon, Presses universitaires de Lyon, , 370 p., 21 cm (ISBN 978-2-72970-823-8, OCLC 713692620)
- Christine Planté, Masculin/Féminin dans la poésie et les poétiques du XIXe siècle, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, , 517 p., 24 cm (ISBN 978-2-72970-719-4, OCLC 52572412).
Liens externes
modifier- Ressources relatives au spectacle :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Œuvres de Adélaïde Dufrénoy sur le projet Gutenberg
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