Adûnaïque

langue construite de l'univers de J.R.R Tolkien

L'adûnaïque (Adûnaic en anglais) est une langue construite imaginée par l'écrivain et philologue J. R. R. Tolkien. Dans l'univers de fiction dans lequel se déroulent les récits de la Terre du Milieu, l'adûnaïque (« langue de l'Ouest ») est la langue des Hommes de Númenor pendant le Second Âge. Elle est à l'origine de l'occidentalien, la langue véhiculaire de la plupart des peuples de la Terre du Milieu au Troisième Âge.

Adûnaïque
Auteur J. R. R. Tolkien
Date de création vers 1945
Région Monde imaginaire de la Terre du Milieu
Catégorie Langue imaginaire
Classification par famille
Codes de langue
IETF art[1]
ISO 639-3 mis (aucun)
Échantillon

Êphalak îdôn Yôzâyan.
Êphal êphalak îdôn hi-Akallabêth.

Traduction :
Loin à présent (est) la Terre du Don.
Loin, très loin à présent (est) Celle-qui-a-chu[2].

Histoire

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En adûnaïque, comme pour les autres langues inventées par Tolkien, il faut distinguer deux axes chronologiques de développement :

  • l'un, externe, concerne l'évolution des conceptions de la langue pendant la vie de leur auteur,
  • l'autre, interne, concerne l'évolution historique de la langue à l'intérieur même du monde imaginaire dans lequel elle se parle.

Histoire externe

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Vers 1945-1946, Tolkien s'attelle pour un temps à un nouveau récit, Les Archives du Notion Club (The Notion Club Papers). Reprenant des idées abordées vers 1936-1937 dans son roman inachevé La Route perdue, Tolkien développe l'histoire de l'île de Númenor et de sa chute sous la domination du maléfique Sauron. Il conçoit alors les premiers éléments de l'adûnaïque, une langue dont la structure trilitère rappelle les langues sémitiques[3]. En marge du récit où apparaît brièvement cette nouvelle langue (par le biais de rêves effectués par l'un des personnages, Alwin Lowdham), Tolkien en donne une description assez détaillée mais aussi inachevée qui adopte la forme d'un « rapport » prétendument écrit par Lowdham[4].

Comme souvent dans ce domaine, les conceptions de Tolkien sont mouvantes. Un peu moins d'une dizaine d'années plus tard, alors qu'il travaille à la rédaction des appendices du Seigneur des anneaux, Tolkien envisage brièvement que les Númenóréens abandonnent leurs langues au profit du sindarin, une langue elfique[5]. Il reste finalement sur son idée originale et cite plusieurs noms adûnaïques de rois de Númenor dans les appendices. La publication du Seigneur des anneaux fige dans le marbre cette dernière position. D'autres textes de cette période ont été publiés dans Contes et légendes inachevés, et « La Lignée d'Elros », liste des rois de l'île de Númenor, vient compléter la liste des noms adûnaïques connus.

Contrairement aux autres langues inventées par Tolkien (notamment le sindarin et le quenya), qui font l'objet de constantes révisions tout au long de sa vie, il semble n'avoir travaillé sur l'adûnaïque que pendant ces deux phases. Les données du Lowdham's Report on the Adûnaic Language ne semblent pas entièrement compatibles avec les informations provenant des appendices du Seigneur des anneaux, mais il est impossible d'évaluer l'ampleur des changements que Tolkien aurait apportés à sa description de cette langue s'il avait cherché à en donner une version définitive[6].

Histoire interne

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L'adûnaïque dérive des langues des peuples humains qui s'établissent sur l'île de Númenor au début du Second Âge, et plus particulièrement de celle du peuple de Hador.

Aux premiers temps de leur histoire, les Hommes entrent en contact avec le peuple des Nains, et leurs idiomes naissants subissent alors l'influence de la langue de ces derniers, le khuzdul[7]. Le vocabulaire adûnaïque se base, comme celui du khuzdul, sur des racines consonantiques trilitères ou parfois bilitères. Le khuzdul étant par ailleurs une invention du Vala Aulë, certaines ressemblances entre le valarin et l'adûnaïque peuvent s'expliquer par des emprunts via le khuzdul : ainsi pourrait-on par exemple rapprocher le valarin iniðil de l'adûnaïque inzil[8]. L'influence des langues elfiques, en particulier du quenya et du sindarin, se fait aussi sentir par la suite : on peut comparer l'adûnaïque bêth[9] avec le sindarin peth « mot », ou beth sous forme mutée.

Au cours du Second Âge, les Hommes de Númenor établissent plusieurs colonies en Terre du Milieu. Une langue véhiculaire mêlant l'adûnaïque aux langues locales s'y développe pour permettre les échanges, notamment commerciaux, avec les autochtones. Ce pidgin se répand et évolue vers ce qui devint ensuite le « parler commun » de la Terre du Milieu, l'occidentalien.

Après la submersion de l'île de Númenor, les Númenóréens en exil fondent les royaumes de Gondor et d'Arnor en Terre du Milieu. L'adûnaïque disparaît au profit du parler commun. Cependant, les habitants de Dol Amroth, qui sont de souche númenóréenne mais dont l'établissement en Terre du Milieu date d'une colonisation antérieure[Note 1], continuent apparemment à se donner des noms en adûnaïque, même s'ils n'usent plus probablement de cette langue au quotidien : Imrahil, prince de Dol Amroth à l'époque du Seigneur des Anneaux, porte un nom adûnaïque.

Attestations

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Durant la brève période de développement de l'adûnaïque, Tolkien produit une quantité relativement importante de textes relatifs à cette langue qui ont été publiés pour l'essentiel en 1992 par Christopher Tolkien dans Sauron Defeated, neuvième tome de l'Histoire de la Terre du Milieu. Outre le Lowdham's Report on the Adunaic Language, The Notion Club Papers présente quelques phrases en adûnaïque, ainsi qu'un long texte fragmentaire : une complainte sur la submersion de Númenor bilingue (adûnaïque et quenya) dont la quasi-totalité des mots sont glosés. En dehors de ces phrases, plusieurs noms de rois de Númenor sont connus par les appendices du Seigneur des anneaux et le texte « La Lignée d'Elros », publié dans Contes et légendes inachevés. D'autres termes apparaissent ponctuellement : des noms de personnes dans le conte Aldarion et Erendis (Ulbar, Zâmin), ou bien le nom adûnaïque de la Gwathló dans un essai linguistique sur les noms de quelques rivières de la Terre du Milieu.

Phonétique et écriture

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Consonnes

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À l'époque de la Submersion, l'adûnaïque possède les consonnes suivantes, transcrites dans l'alphabet phonétique international (API) ; les représentations orthographiques suivent en gras[10].

  Labiale Dentale Alvéolaire Palatale Vélaire Labiovélaire Glottale
Occlusive p p b b t t d d   k k g g    
Nasale m m n n   ŋ n (dans ng)    
Fricative ou spirante f ph θ th s s z z j y x kh, h w w h h
Latérale     l l        
Roulée     r r        

Remarques :

Voyelles

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L'adûnaïque possède des voyelles brèves et longues, ces dernières marquées dans l'orthographe romanisée par un accent circonflexe ou un macron. Dans le Lowdham's Report on the Adunaic Language, Tolkien réserve le macron aux voyelles longues et le circonflexe aux voyelles « extra-longues ». À l'époque de la Submersion, la plupart des diphtongues de l'adûnaïque ont disparu par monophtongaison (ai ayant donné ē et au, ō), à l'exception de ōi et (plus rarement) ēu[11].

Degré d'aperture Monophtongues
Antérieure Postérieure
Non arrondie Arrondie Non arrondie Arrondie
Fermée i i iː ī   u u uː ū
Mi-ouverte ɛː ē   ɔː ō
Ouverte     ɑ a ɑː ā  

Grammaire

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Le texte inachevé Lowdham's Report on the Adunaic Language constitue la principale source pour la grammaire de l'adûnaïque. Il détaille le système phonologique de la langue et la grammaire du nom, mais s'arrête avant d'aborder les verbes, sur lesquels Tolkien n'a laissé que quelques notes rapides et difficilement lisibles[12]. Par ailleurs, tous les échantillons connus d'adûnaïque ne suivent pas les règles énoncées dans le Lowdham's Report : un brouillon du long texte inclus dans Les Archives du Notion Club témoigne que Tolkien envisagea d'abord que le nom adûnaïque se décline en cinq cas (normal, subjectif, génitif, datif, instrumental), avant de se raviser et de ramener ce nombre à trois[13],[14].

Il existe deux classes de noms adûnaïque : les noms forts et faibles. Les premiers marquent le pluriel et les déclinaisons en partie par modification de la dernière voyelle de la base et en partie par l'ajout de suffixes, tandis que les seconds n'emploient que la suffixation.

Exemple :

Le nom fort zadan « maison » a pour pluriel zadîn « maisons ».
Le nom faible batân « route, voie » a pour pluriel batânî « routes, voies ».

L'adûnaïque ne connaît pas de genres à proprement parler, mais les noms sont classés en quatre catégories : masculin, féminin, commun ou neutre. Les noms de personnes, de personnifications, de fonctions masculines ou féminines, ou d'animaux mâles ou femelles se classent dans les deux premières catégories. Les noms communs correspondent aux noms d'animaux indifférenciés ou de peuples. Tous les autres noms sont neutres.

Exemple :

Le nom karab « cheval » est commun, mais karbû « étalon » et karbî « jument » sont respectivement masculin et féminin.

Le nom adûnaïque peut varier selon trois nombres : singulier, pluriel ou duel, le premier étant le plus souvent celui dont dérivent les deux autres.

Le nom peut être décliné suivant trois cas : normal (Normal), subjectif (Subjective) et objectif (Objective), appelés respectivement normal, sujet et composite par Kloczko.

Il existe trois classes de verbes adûnaïques : bi-consonantiques, tri-consonantiques et dérivés.

Exemple :

kan « tenir » est un verbe bi-consonantique.
kalab « tomber » est un verbe tri-consonantique.
azgarâ- « guerroyer » est un verbe dérivé.

Le verbe adûnaïque peut être conjugué à quatre temps : l'aoriste, le présent continu, le passé continu et le passé. L'aoriste peut correspondre au présent anglais, mais il sert surtout de présent de narration. Le passé sert souvent à former le plus-que-parfait ou le futur parfait avec l'aoriste, selon que ce dernier correspond au passé ou au futur.

Tolkien indique que le futur, le subjonctif et l'optatif sont formés par des auxiliaires, mais sans fournir d'exemple. L'élément du-phursâ, traduit par « que puissent se déverser » (so-as-to-gush) dans The Notion Club Papers, contient peut-être un auxiliaire du subjonctif du-[15],[16].

Notes et références

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  1. ↑ Du moins selon certains textes ; voir la note 39 à « Cirion et Eorl » dans Contes et Légendes inachevés, le Troisième Âge.

Références

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  1. ↑ Code générique pour les langues artificielles.
  2. ↑ Sauron Defeated, p. 247.
  3. ↑ Sauron Defeated, p. 240, à nuancer avec Ibid., p. 415 et suivantes.
  4. ↑ Sauron Defeated, pp. 413-440.
  5. ↑ The Peoples of Middle-earth, p. 63. Une idée semblable lui était déjà venue auparavant, cf. La Route Perdue et autres textes, p. 75.
  6. ↑ Pour une liste d'incohérences entre le Lowdham's Report et les noms des rois de Númenor, voir Andreas Möhn, An Interpretation of the Names in the Line of Elros, 2003. Consulté le 20 juin 2010.
  7. ↑ Sauron Defeated, p. 414 ; The Peoples of Middle-earth, p. 317.
  8. ↑ Kloczko, p. 26
  9. ↑ Sauron Defeated, p. 427.
  10. ↑ Kloczko, p. 102.
  11. ↑ Kloczko, p. 101-102.
  12. ↑ Sauron Defeated, p. 439.
  13. ↑ Sauron Defeated, p. 438.
  14. ↑ Cette première phrase de la grammaire est analysée par Carl F. Hostetter et Patrick Wynne, Vinyar Tengwar, no 24, pp. 31-38.
  15. ↑ Kloczko, p. 111.
  16. ↑ Vinyar Tengwar, no 24, p. 25.

Bibliographie

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Sources primaires

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Sources secondaires

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  • (en) Carl F. Hostetter et Patrick Wynne, « Verbs, Syntax! Hooray! A Preliminary Assessment of Adunaic Grammar in The Notion Club Papers », Vinyar Tengwar, no 24,‎ , p. 14-38 (ISSN 1054-7606).
  • (en) Carl F. Hostetter et Patrick Wynne, « An Adunaic Dictionary », Vinyar Tengwar, no 25,‎ , p. 8-26 (ISSN 1054-7606).
  • Édouard Kloczko, Dictionnaire des langues des Hobbits, des Nains, des Orques, Arda, , 179 p. (ISBN 2-911979-04-4).