Affaire Lucien Melyon

affaire criminelle française

L'affaire Lucien Melyon est une affaire judiciaire française à la suite d'une ratonnade, puis d'un homicide volontaire en 1977, à l'entrée de l'hippodrome de Pantin, dans le 19ᵉ arrondissement de Paris.

Histoire

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L'affaire concerne la mort de Lucien Melyon, lycéen du lycée Jacques-Decour[1] d'origine guadeloupéenne de 17 ans, tué par un vigile raciste à l'entrée de l'hippodrome de Pantin à Paris avant un concert de pop de Peter Gabriel, le [2],[3].

L'auteur des faits, Marcel Auvré, ouvrier au chômage âgé de 29 ans[4], est périodiquement embauché avant les concerts, comme surnuméraire, par le service d'ordre de la société de sécurité KCP productions (Koski-Cauchoix Productions), pour l'organisateur du concert, la société Galawash[4]. Son frère, Denis Auvré, âgé de seize ans, vend frauduleusement des billets de concert à proximité. Il dénonce auprès de lui, un homme qui l'aurait attaqué et volé de deux billets de 10 francs. Marcel Auvré se lance à leur poursuite. Ce qui entraine une première ratonnade de Christian Melyon, le frère de Lucien, qui affirme que c'est Marcel Auvré qui fouille Lucien et lui vole deux billets de 10 F. Le groupe d'amis de Lucien s'arme de bâtons et de cailloux et revient plus tard vers Auvré pour obtenir « des explications ». Une bagarre et une course-poursuite ont lieu. Lucien Melyon, qui aurait été armé d'une barre de fer, est poursuivi par Auvré, et se trouve séparé de ses amis[2]. Le poursuivant lui tire volontairement une balle de revolver Webley de calibre 9 millimètres, près du cœur[2],[5], ce qui cause sa mort[6].

Le , l'organisateur du concert écarte la responsabilité du service d'ordre dans le meurtre[7]. Avant d'affirmer le lendemain que M. Auvré a été exclu du service d'ordre, juste avant les faits, pour comportement « irrégulier ». Selon Le Monde, cette affirmation intervient après qu'il est avéré qu'une partie du personnel, recruté par la société Galawash, « faisait parfois de la politique » pour des organisations d'extrême droite[4].

Les trois accusés, dont l’auteur du coup de feu, sont rapidement identifiés[5]. Ils sont tous trois détenteurs occasionnels de petits boulots, sans grande qualification, naviguant d'intérims en chômage[2].

Marcel Auvré, qui s'est raccourci les cheveux et rasé la barbe après les faits, se présente à la police le . Il justifie la fuite de son domicile par une dispute conjugale. Il avoue, devant les policiers de la 2ᵉ brigade territoriale, être l'auteur des faits et avoir jeté l'arme du crime dans une poubelle de l'avenue Jean-Jaurès[6]. Il est placé sous mandat de dépôt après avoir été inculpé de meurtre, de coups et blessures volontaires et d'infraction à la législation sur les armes[8].

Deux membres du service d'ordre, reconnaissent avoir participé à la bagarre avec les frères Melyon avant le drame. Jean-Claude Vayssière (ou Veyssière), âgé de vingt-quatre ans, accusé de coups volontaires et d'infraction à la législation sur les armes, pour un coup-de-poing américain, et Daniel Mary, vingt-six ans, venu prêter main-forte avec sa chaîne de moto, qui répond des mêmes délits[2]. Ils sont incarcérés[8].

Les parents de la victime se constituent partie civile[8]. Le père souffre d'une maladie cardiaque depuis le drame[9].

Obsèques

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Plusieurs milliers de personnes assistent aux obsèques de Lucien Melyon, à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), le [1],[10]. Entre cinquante et cent gerbes, de fleurs du lycée Jacques-Decour, de l'association sportive de Sarcelles des partis de gauche, de la CGT, de l'Association antillaise du Val-d'Oise, de l'hôpital Lariboisière, suive le convoi. Certaines portent des revendications politiques, telles que : « Non aux embaucheurs d'assassins » ou « C'est aussi un crime raciste, ne l'oublions pas »[1].

Le , à l'occasion des obsèques de Lucien Melyon, les équipes de trois radios pirates, Radio verte, Radio 93 et Radio libre, se réunissent pour émettre sur la fréquence de FIP, plusieurs minutes d'émission pirate, avant d'être brouillés, les présentateurs évoquent notamment le problème des services d'ordre « musclés »[11],[12].

Procès

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Le procès débute le à 12 heures[13]. Une soixantaine de lycéens se rassemble devant le palais de justice de Paris pour assister au procès. Ceux-ci ne peuvent pas rentrer[12]. La mère de la victime s'interroge sur l'absence des organisateurs du concert, qu'elle décrit comme les « les vrais coupables »[13]. Les locaux de la porte de Pantin sont décrits comme des « lieux de plaisir qui ressemblent à des coupe-gorge »[13]. La société Galawash, organisatrice du concert, évoque la pérennité fragile de ce type de concert. Les procédés de recrutement laxiste des membres du service d'ordre, sont mises au jour, comme les passages à tabac, l'utilisation extensive de la délégation ambiguë de maintien de l'ordre dont la préfecture de police fait la condition de telles manifestations[14].

Marcel Auvré est condamné pour homicide volontaire, le par la cour d'assises de Paris, à 12 ans de réclusion criminelle[3]. Les deux autres membres du service d'ordre sont condamnés à trois ans de prison avec sursis[5],[13],[9].

Postérité

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Ce meurtre connait un grand retentissement en France à l'époque[15], plusieurs manifestations seront organisées à la mémoire de la victime[5].

Un comité à la mémoire de Lucien Melyon est constitué, avec le slogan « Plus d'abattoir, mais des salles de concert équipées ! », celui-ci demande à plusieurs chanteurs américains d'annuler leur concert, comme à Bob Seeger le au Pavillon de Paris, ou à Joan Baez[5],[16].

Les amis de Lucien organisent le , une fête de 18 à 24 heures qui réunit plusieurs groupes de rock à l'hippodrome de Pantin, afin de payer les honoraires de l'avocat qui s'occupe de l'affaire en cours et appel à changer les structures qui régissent l'organisation des concerts de rock français. Ils organisent des spectacles et événements en banlieues et en province, tout en évoquant l'absence de financement public du rock en France[17]. Ils souhaitent attirer l'attention de l'opinion publique, sur les actes de violence, justifiés ou non par la légitime défense des milices privées[10], proteste contre le mercantilisme des loisirs[18] et le racisme anti-jeunes[12].

Le Syndicat français des artistes-interprètes CGT met en cause les prix exorbitants des entrées, ce qui selon eux créent des incidents et entraînent l'envoi de « gros bras à croix gammée ». Avant d'interroger : « Est-ce qu'une politique culturelle nationale (...) qui limiterait considérablement la toute-puissance du profit, demande le SFA, n'apporterait pas une réforme au processus qui peut avoir mort d'homme comme conclusion ? »[11].

Le groupe Téléphone organise un concert hommage à Lucien Melyon à la faculté de Villetaneuse fin 1977[19],[20].

Le , au forum des Cholettes à Sarcelles (Val-d'Oise), le comité de soutien « Lucien Melyon » organise un concert hommage avec les groupes Rozen Serk and Co, Super-frigo et Man Stark[21].

Le chanteur Renaud évoque cette affaire dans sa chanson C'est mon dernier bal, sur l'album Ma gonzesse sorti en 1979 en ces termes : « Alors on a profité / Pour une fois qu'y'avait pas / L'service d'ordre de KCP ».

Luc Saint-Éloy écrit en 1991 la pièce Trottoir Chagrin, qui rend hommage à Lucien Melyon[22]. Cette pièce est diffusée sur France Inter.

Victime

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Lucien Meylon né le au Moule, un village de Guadeloupe, aux Antilles françaises, d'un père agent technique aux PTT. Cinq-six mois plus tard, la famille Melyon, composé de cinq enfants, Gérard, Christian, Teddy, Vénus et Lucien, émigre en France métropolitaine à Paris, avant de déménager à Garges-Iès-Gonesses. Son frère Christian est passé à tabac en 1972 par des policiers, à la suite de sa participation à une manifestation en faveur de professeurs antillais. Les policiers fautifs sont châtiés par l'IGS. Lucien est animateur dans un centre aéré et projette de devenir éducateur social. Il joue de la guitare, apprécie le reggae et est membre d'un club de rugby[9]. Il est décrit comme un grand brun de 1,85 mètre[16].

Fait similaire

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Serge Horyn, un jeune homme de vingt-trois ans, est mortellement blessé, le , d'un coup de couteau, à la fin d'un concert de pop'music du groupe Téléphone, également à l'Hippodrome de Pantin[23].

Notes et références

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  1. 1 2 3 « Ferveur, recueillement, émotion », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  2. 1 2 3 4 5 Michel Kajman, « Le meurtrier présumé de Lucien Melyon devant les assises de Paris », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  3. 1 2 « Des "bavures" », Le Monde, (lire en ligne Accès payant).
  4. 1 2 3 « L'auteur présumé du meurtre de l'Hippodrome de Paris est identifié par la police », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  5. 1 2 3 4 5 Nicolas Schlaffmann, « 1977, la tournée française de Peter Gabriel se termine da... » Accès libre, sur janis-media.com, (consulté le ).
  6. 1 2 « Marcel Auvré avoue le meurtre de Lucien Melyon », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le )?
  7. « L'organisateur du concert de pop'music écarte la responsabilité du service d'ordre dans le meurtre », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  8. 1 2 3 « Le meurtre de la porte de Pantin : trois incarcérations. », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  9. 1 2 3 Stéphane Mayreste, « Lucien » Accès libre, sur Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap), (consulté le ).
  10. 1 2 Bertrand Le Gendre, « Le meurtrier présumé n'a toujours pas été jugé », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  11. 1 2 « Une émission pirate et une protestation du syndicat des artistes CGT après le meurtre de Pantin », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  12. 1 2 3 Catherine Humblot, « Soixante lycéens désemparés », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  13. 1 2 3 4 Michel Kajman, « Le meurtrier de Lucien Melyon est condamné à douze ans de réclusion », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  14. « " Money " », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  15. Franck Buion, Camion blanc : Peter Gabriel Real world, .
  16. 1 2 « LES OBSÈQUES DE LUCIEN MELYON " Sa mort nous révolte nous, ses amis de classe " », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  17. Alain Wais, « La fête paisible d’Hippodrome de Paris », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  18. M. K., « Le procès du meurtrier d'un lycéen tué au cours d'un concert pop s'ouvre devant les assises de Paris », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  19. « Téléphone en concert hommage à Lucien Melyon - Fac de Villetaneuse » Accès libre, sur macorine.free.fr (consulté le ).
  20. « Les luttes contre les crimes racistes et sécuritaires », sur www.education-populaire.fr.
  21. M. K., « Le procès du meurtrier d'un lycéen tué au cours d'un concert pop s'ouvre devant les assises de Paris », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  22. Rebecca Valentine Marival, « Luc Saint-Eloy metteur en scène : « Dans Trottoir Chagrin, je parle de la misère humaine » » Accès limité, France-Antilles, (consulté le ).
  23. « Un jeune homme est mortellement blessé après un concert pop », Le Monde, (lire en ligne Accès payant, consulté le ).

Articles connexes

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