Affaire Pierre Silviet-Carricart
L'affaire Pierre Silviet-Carricart est une affaire judiciaire mettant en cause en 1998 le prêtre Pierre Silviet-Carricart, professeur de philosophie et directeur de l'institution Notre-Dame de Bétharram, entre 1976 et 1981, puis entre 1987 et 1993.
| Affaire Silviet-Carricart | |
| Fait reproché | Pédocriminalité |
|---|---|
| Chefs d'accusation | Agression sexuelle sur mineur |
| Pays | |
| Ville | Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques) |
| Date | 1988 |
| Nombre de victimes | trois |
| Jugement | |
| Statut | Action pénale éteinte en à la suite du suicide du prêtre en . |
| modifier |
|
En , il est mis en examen pour viol et tentative de viol sur mineur puis placé en détention provisoire. Bénéficiant d'une libération conditionnelle 13 jours plus tard, il est autorisé en à rejoindre le siège de sa congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram à Rome (Italie), où, à la suite d'une seconde plainte, il se suicide en 2000, ce qui met un terme à l'action pénale.
En 2006, l’établissement scolaire Notre-Dame de Bétharram est déclarée « civilement responsable du viol et des agressions sexuelles » commis par le père Carricart.
En , dans le cadre de la médiatisation de l'affaire Bétharram, le père Carricart est visé par 24 plaintes pour agressions physiques, sexuelles et viols.
Une controverse éclabousse François Bayrou — qui est en 1998 parent d'élève de l'établissement scolaire, député des Pyrénées-Atlantiques, président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques (1992-2001) et ancien ministre de l'Éducation nationale (1993-1997) — qui affirme à la suite de la médiatisation de l'affaire Bétharram en 2024 et 2025 ne pas avoir été informé de cette affaire à ce moment-là et ne pas être intervenu dans la procédure judiciaire, malgré des témoignages qui infirment ces assertions. Acculé par les témoignages concordants faisant état d'une rencontre entre François Bayrou et le juge Mirande chargé de l'affaire, le cabinet de François Bayrou finit par reconnaître, le , que ce dernier a bel et bien rencontré le juge durant l'affaire Pierre Silviet-Carricart.
Auteurs incriminés
modifierPierre Carricart
modifierPierre Carricart naît le à Musculdy[1]. Il a une sœur religieuse[2].
Il exerce comme professeur de philosophie à l'institution Notre-Dame de Bétharram, puis comme directeur entre 1976 et 1981, ainsi qu'entre 1987 et 1993[1].
Il est intendant général de la congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram au Vatican depuis 1993[3].
Damien Saget et Patrick Martin
modifierLors de cette affaire, trois personnes sont mises en cause, parmi lesquelles le père Silviet-Carricart, ainsi que le surveillant général Damien Saget[2],[4],[5] et un autre surveillant Patrick Martin, qui ne sont pas poursuivis[6],[7],[8],[9].
Histoire
modifierFaits
modifierLe , Franck L., un homme âgé de 21 ans est interpellé à Bordeaux pour exhibitionnisme. Lors de son audition, il relate avoir subi courant 1987, des attouchements sexuels et un viol par l'abbé Pierre Silviet-Carricart, à l'époque directeur de l'institution Notre-Dame de Bétharram. Le prêtre directeur se livre sur l'élève du collège pensionnaire de l'internat âgé de 10 ans et demi, de nuit au sein du dortoir, à des caresses et masturbations répétées[10]. En , celui-ci profite de la fragilité psychique de l'élève[11],[12], déstabilisé par l'annonce qu'il lui fait de la mort de son père, pour le violer dans la salle de bains réservée aux curés[2], le matin de l'enterrement, avant que sa mère ne le récupère pour l'emmener aux obsèques[13],[14],[15]. Il explique ne pas être le seul enfant concerné et porte plainte[2].
Plaintes pénales pour viols et agressions sexuelles sur mineurs (1987-2000)
modifierEn 1997, Franck L. porte plainte pour attouchements sexuels et viol sur mineur de moins 15 ans, auprès du procureur de Pau. L'instruction judiciaire est menée par le juge Christian Mirande[1], il confie l'enquête le à la brigade de recherches de Bordeaux[2]. L'adjudant en cheffe Alain Hontangs, enquêteur de la gendarmerie[16] interroge Franck L. à la maison d'arrêt de Draguignan durant 6 heures. Il affirme être convaincu de la vérité de ses déclarations[2].
Interpellation et détention provisoire
modifierLe , Pierre Carricart est interpellé à Bétharram, il est emmené par l'enquêteur à l'instruction de recherche à Pau, où il est placé en garde à vue. Le suspect nie les faits qui lui sont reprochés, tout en évoquant à l'enquêteur : « monsieur, je ne peux pas vous avouer quelque chose que je ne pense pas avoir fait ». Au bout de 36 heures de garde à vue, l'enquêteur transmet sont dossier au magistrat instructeur[16]. Le juge Mirande demande une présentation du suspect à 14 h. Une fois au palais de justice, le juge annonce que la présentation est retardée par le procureur générale qui souhaite voir le dossier, à la suite d'une intervention de François Bayrou[2],[16]. La présentation est faite vers 16h-16h30. Le [17], le suspect est placé sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt de Pau[16].
Le , le prêtre est mis en examen pour « viol et agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans par personne abusant de son autorité » pour des faits présumés entre et [11],[12]. Le suspect conteste les accusations[18] et dépose une plainte pour dénonciation calomnieuse[14].
La communauté éducative de l'institution réagit avec « réserve et prudence » à la procédure judiciaire qui met en cause l'ancien directeur de l'établissement[19].
Contrôle judiciaire en France
modifierLe prêtre reste 13 jours en détention provisoire, avant d'être remis en liberté sous contrôle judiciaire le , à la suite d'une demande formulée à la chambre d'accusation de la Cour d'appel de Pau, au motif « que la mise en détention n’est plus nécessaire à la poursuite de l’information »[20],[21].
Le , une seconde commission rogatoire est menée pour entendre d'anciens élèves internes de l’établissement à l’époque de la présence de la première victime. Les auditions ne révèlent rien durant plusieurs semaines[16],[17].
Assouplissement du contrôle judiciaire à Rome
modifierEn 1999, le prêtre est réélu économe général au siège de la congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram à Rome (Italie)[22], sa demande d'assouplissement de son contrôle judiciaire est refusée par le juge d'instruction le , puis acceptée en appel auprès de la chambre d'accusation le [23]. Ce qui l'autorise à quitter la France[24],[25],[6]. La levée du contrôle judiciaire du religieux[20] est également jugée « insolite »[26].
Le , La République des Pyrénées relate qu'une confrontation organisée chez le juge d’instruction Christian Mirande « a duré trois heures dans une atmosphère tendue et parfois houleuse »[27].
Nouvelles plaintes
modifierQuelques mois après son audition, Benoît, l’un des anciens élèves de Bétharram entendus par Hontangs, témoigne par écrit au juge d’instruction, avoir été également victime du père Carricart[16]. En , il dépose la deuxième plainte visant le père Carricart[2]. Orphelin de père, il dénonce des faits d'agressions sexuelles[28],[29] et viols[5], intervenu une douzaine d'années auparavant, en 1987. Puis, à sa suite, Bruno[2], une troisième victime, le fils d’une femme de ménage de l'établissement scolaire, se manifeste[20],[30].
Fin , le procureur de la République convoque de nouveau l'ecclésiastique[24]. Le juge d'instruction prévient Serge Legrand[n 1], l'avocat du prêtre[31], que l'ancien directeur n'échappera pas à une nouvelle incarcération[32].
Suicide et enterrement en 2000
modifierLe , le prêtre âgé de 58 ans disparaît[33], une semaine avant de devoir se présenter devant le juge d'instruction[34]. Une lettre est retrouvée annonçant son suicide : « J'ai accompli mon chemin de croix, je suis au Golgotha, ma croix va se lever[35],[36]. » Celui-ci affirme qu'il n'a « violé aucun enfant », et que face à l'acharnement et au harcèlement dont il est l'objet, « sa vie sur terre s'achevait »[33].
Le , son corps en état de décomposition avancée est repêché dans le Tibre à Vitinia en Italie[2]. Il est méconnaissable, mais ses vêtements, un chapelet et une carte d'identité à son nom sont retrouvés sur lui[37]. Il est enterré en France dans le petit cimetière de la congrégation à Lestelle-Bétharram le , en présence d’une foule immense de 135 religieux, de membres du conseil général des Pyrénées-Atlantiques[5] et d'Élisabeth Bayrou, l'épouse de François Bayrou[20],[28],[38],[39],[40],[41],[42].
Exhumation
modifierLe , le corps du religieux est exhumé après que des doutes sur son identité sont exprimés[43],[44],[45]. Le , l'identification visuelle de plusieurs témoins et l'identification ADN confirment que le corps enterré est bien celui de Pierre Silviet-Carricart[46],[47],[48],[49],[50],[51], mettant un terme à l'enquête et à la procédure pénale en [52].
Indemnisations
modifierEn , une victime est indemnisée à hauteur de 50 000 € pour le « dédommager » des viols du père directeur Carricart[53].
Réactions
modifierLe procureur général de la cour d’appel de Pau, Dominique Rousseau, réalise entre 1998 et 2000 quatre signalements sur l'affaire, dont trois écrit, adressés à la ministre de la Justice Élisabeth Guigou et au ministre de l'Éducation nationale, Claude Allègre. Un signalement téléphonique est fait le , le jour de l'incarcération de Carricart, pour exposer aux ministères les faits ayant conduit à la mise en examen et l’incarcération de l’ancien père directeur, concernant des fait d’agressions sexuelles répétées et de viols sur un ancien pensionnaire. Le 15 juin 1998, un second signalement du magistrat annonce qu'« en l’état, l’information n’a porté que sur les faits dénoncés par une seule personne, mais le plaignant a évoqué d’autres faits susceptibles d’avoir été commis par des enseignants, religieux, sur divers élèves », qui précise que « l'information aura à vérifier ce qu’il en est ». Le procureur justifie ce signalement par la renommée régionale de l’établissement, et « l’émotion » suscitée par l’incarcération du suspect. Le 23 décembre 1998, un courrier annonce qu'une « commission rogatoire est en cours pour entendre de nombreux anciens élèves de l’établissement ». Le 8 février 2000, le procureur annonce le suicide du mis en cause à Rome. Cette lettre rend « rendre compte des derniers développements de cette procédure qui sont susceptibles de lui redonner un certain impact médiatique local, voire national »[17].
Rétrospectives
modifierJudiciaire
modifierLes motifs invoqués par la chambre d’accusation, concernant la remis en liberté sous contrôle judiciaire de Carricart, étaient selon l'avocat du plaignant par Le Monde en , « ceux qui habituellement justifiaient le maintien en détention »[13].
Le juge d'instruction, Christian Mirande, exprime rétrospectivement son étonnement devant cette décision inhabituelle au vu de l'aspect hors normes de l'affaire[20],[54],. Sans faire état de pressions, il évoque néanmoins à l'époque les « nombreuses questions » de sa hiérarchie sur la suite qu'il compte donner au dossier et relate la visite de François Bayrou à son domicile, dans le laps de temps des 10 jours d'instruction de l'affaire. François Bayrou est alors l'un de ses voisin, un parent d'élève de l'institution Notre-Dame de Bétharram, député des Pyrénées-Atlantiques, président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, et ancien ministre de l'Éducation nationale. Ce dernier lui exprime alors « ses interrogations et ses doutes » sur la culpabilité du prêtre[20],[54].
Selon l'enquêteur, Alain Hontangs, évoque qu'en 20 ans carrière au sein de section de recherche, c'est la première fois que le procureur général demande à consulter la procédure en cours d'instruction. Huit jours après l’incarcération du suspect, à la suite d'un appel du juge Mirande, celui-ci lui annonce la libération du père Carricart. Il est stupéfait et se demande ce qui a motivé cette décision[16].
Église
modifierPierre Molères, évêque du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron entre 1986 et 2008, indique avoir téléphoné au supérieur provincial des prêtres du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram en 1998, car il vient de prendre connaissance, « par la presse » selon lui, des accusations de viol d'un élève à l'encontre de l'ancien directeur de l'Institution Notre-Dame de Bétharram, Pierre Silviet-Carricart. Il souhaite discuter d’éventuelles sanctions pour ce dernier. Puis, il abandonne ce projet : « Carricart était déjà parti à Rome, et j’avais tellement de choses à faire… Cette histoire n’a pas pris tout le champ de ma conscience ». De plus, il reconnaît « une certaine omerta »[22].
Sphère politique
modifierL'avocate et députée socialiste des Pyrénées-Atlantiques Colette Capdevielle s'interroge : « Comment comprendre aujourd'hui en 2025 qu'un prêtre, accusé de viol, c'est un crime sexuel, puisse être libéré par la [...] chambre de l'instruction, au bout de 10 jours de détention avec interdiction de quitter le département ». Puis elle constate que le prêtre est exfiltré au Vatican auprès de sa congrégation contrairement à la décision de justice[55].
Affaires connexes
modifierCondamnation au civil de l'institution Notre-Dame de Bétharram (2001-2006)
modifierEn , l'avocat de la première victime annonce l'ouverture d'une procédure civile à l'encontre de la congrégation et une assignation de la direction de l'institution Notre-Dame de Bétharram pour défaut de surveillance devant le tribunal de grande instance[28].
En 2003, l’établissement est condamné par le tribunal civil pour l'absence de « mis[e] en œuvre les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des élèves [et d'avoir] laissé se développer une ambiance malsaine propice à favoriser le passage à l’acte de l’un de ses membres sur les pensionnaires »[52].
Le , la cour d'appel de Pau déclare l'institution Bétharram « civilement responsable du viol et des agressions sexuelles » commis par le père Carricart[5].
Affaire Bétharram depuis 2024
modifierEn , à la suite de l'affaire Bétharram, le père Silviet Carricart, est cité dans seize plaintes[56]. Il aurait abusé d'au moins cinq personnes, dont trois dans une même classe d'après les témoignages recueillis par la presse dans des plaintes déposées[57],[6].
En , il est visé par 24 plaintes pour agressions physiques, sexuelles et viols[58]. La victime de Dominique Spina, prêtre du diocèse de Bayonne condamné en 2005 et 2006 à cinq ans de prison dont un avec sursis, affirme en avoir également été violée et agressée sexuellement par Pierre Silviet-Carricart[59],[60],[61].
Accusations de mensonges contre François Bayrou
modifier
François Bayrou est à l'époque parent d'élève de l'institution Notre-Dame de Bétharram, député des Pyrénées-Atlantiques, président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, et ancien ministre de l'Éducation nationale. Néanmoins, il affirme qu'il « ne [pas] connaissais [...] le père Carricart, si ce n'est peut-être de vue. Jamais je n'ai été au courant de cette histoire à ce moment-là »[62].
Le juge d'instruction exprime rétrospectivement son étonnement devant la décision inhabituelle de libérer sous condition Pierre Silviet-Carricart en , au vu de l'aspect hors normes de l'affaire[20],[54],[6]. Sans faire état de pressions, il évoque néanmoins à l'époque les « nombreuses questions » de sa hiérarchie sur la suite qu'il compte donner au dossier et relate la visite de François Bayrou dans le laps de temps des 10 jours d'instruction de l'affaire. Ce dernier lui exprime « ses interrogations et ses doutes » sur la culpabilité du prêtre[20],[54].
Le , dans une émission de Mediapart, Hélène Perlant, la fille de François Bayrou vient également contredire son père, en affirmant qu'il avait rendu visite au juge Mirande, et qu'il lui avait à son retour demandé son avis sur les accusations portées contre le père Silviet-Carricart[63].
M. Hontangs, gendarme chargé de l'enquête en 1998, affirme en 2025, avoir eu connaissance d'« une intervention » de François Bayrou. Lors de la mise en examen de Pierre Carricart, le juge chargé du dossier lui aurait indiqué : « Le procureur général demande à voir le dossier, M. Bayrou est intervenu auprès de lui ». François Bayrou réfute cette allégation : « Je ne connaissais pas ce procureur général qui est décédé, me dit-on, il y a plus de vingt ans ». À la suite des propos de l'ancien gendarme, l'ancien juge assure à TF1 que François Bayrou « en aucun cas » ne lui avait « demandé de modérer [s]es décisions ». Avant de compléter « Je n’ai vraiment pas le souvenir qu’on m’ait dit que M. Bayrou était intervenu ». Cependant, le juge mentionne avoir dû répondre à de nombreuses questions auprès du procureur général, qu'il qualifie de « demandes un peu déguisées »[64].
Acculé par les témoignages concordants faisant état d'une rencontre entre François Bayrou et le juge Mirande chargé de l'affaire, le cabinet de François Bayrou finit par reconnaître, le , que ce dernier a bel et bien rencontré le juge, en pleine affaire Pierre Silviet-Carricart[65]. Ce qui représente une violation du secret professionnel et du secret de l’instruction[16]
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ ancien maire de Montaut, village proche de Lestelle-Bétharram.
Références
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