Affrontements et massacre de Bunia en 2001
Les affrontements et massacre de Bunia en 2001 constituent une succession d'attaques interdépendantes commises le 19 janvier 2001 du conflit Hema-Lendu, alors que la ville était sous le contrôle militaire des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF)[1],[2]. L'attaque a occasionné la mort d'une cinquantaine de civils Hema et fait au moins vingt blessés, avant que les troupes de l'UPDF ne repoussent les combattants et ne tuent une soixantaine de combattants Lendu-Ngiti[3].
Cet après-midi-là, des groupes armés de civils Hema ont procédé à un massacre de représailles contre des civils Lendu dans toute la ville de Bunia. Amnesty International a enregistré au moins 150 victimes Lendu[3], tandis que Human Rights Watch a enregistré « plus de 100 » morts[1],[2]. Les organisations humanitaires n'ont pas intervenu en raison des menaces et des allégations des extrémistes Hema, qui accusaient les travailleurs humanitaires de prendre parti pour leurs adversaires[1],[2]. Bien qu'en ayant un contrôle effectif sur Bunia, les forces ougandaises ont été largement condamnées pour leur manque de capacité à mettre fin aux violences ; le colonel Edison Muzoora, commandant de l'UPDF, n'a pas écouté les appels répétés des habitants. L'ordre a été restauré après l'intervention de civils non affiliés à l'un ou l'autre groupe pour arrêter les massacres, après l'UPDF a fait des patrouilles en retard en parcourant toute la ville[1],[2].
Arrière-plan
modifierBunia est le chef-lieu de la province de l'Ituri, localisée au nord-est de la république démocratique du Congo et faisant frontière avec l'Ouganda. La province comprend cinq territoires : Aru, Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa, et comporte diverses ethnies, notamment les Lendu, les Hema , les Bira, les Alur, les Ndo Okedo, les Mambissa, les Nyali et les Nande. Les Hema-Gegere et Lendu vivent dans le territoire de Djugu, par contre les Hema et les Ngiti sont dans le territoire d'Irumu[4].
Les hostilités entre les Hema, peuple pastoral, et les Lendu, peuple agricole, datent de plusieurs décennies et se transforment en violence. Sous le régime belge, le favoritisme envers les Hema a aggravé les inégalités en leur offrant un accès à la terre, à l'éducation, aux postes publics et aux ressources économiques[4]. Malgré ces déséquilibres après l'indépendance, la cohabitation entre Hema et Lendu dans les villages était relativement calme et ils se mariaient même entre eux[4]. Les conflits fonciers de mai-juin 1999 entre propriétaires terriens Hema et petits exploitants Lendu ont provoqué un grand conflit qui, selon Amnesty International, a fait des dizaines de milliers de victimes civiles. Les dirigeants et militaires de la région ont attisé les tensions à des fins stratégiques et économiques[4]. La première phase du conflit, concentrée dans le territoire de Djugu entre mi-1999 et début 2000, a vu les milices Hema, fréquemment soutenues par les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF), qui leur fournissaient des armes à feu et leur conféraient un avantage militaire. Les Lendu ont été chassés de leurs zones traditionnelles, tout le long des routes menant à la frontière ougandaise[4]. Début 2000, les violences avaient fait environ 7 000 morts parmi les civils et plus de 180 000 déplacés. De nombreux rapports crédibles indiquent que les troupes ougandaises et leurs alliés locaux se sont souvent rangés du côté des groupes Hema et ont été impliqués dans des exactions contre les civils Lendu, même si des factions Lendu ont également bénéficié d'alliances avec d'autres groupes ethniques et politiques armés[4].
Les groupes Hema et Lendu se sont durcis, la haine ethnique étant attisée par leurs dirigeants. Le conflit a été marqué par une extrême brutalité : massacres courants à l’arme blanche, à la machette, à la hache, à la lance et à l’arc, incendies de villages à grande échelle et déplacements massifs de population[4]. Les efforts de médiation, d’abord prometteurs, ont été bouleversés par les troubles politiques au sein du mouvement armé RCD-ML, soutenu par l’Ouganda, et par la détention contestée et le transfert en Ouganda du gouverneur de l’Ituri, Ernest Uringi Padolo, à qui nbeaucoup confiaient un rôle important dans la réconciliation. Le manque de clarté de la part des autorités ougandaises quant à sa détention a affaibli les efforts de réconciliation[4]. L’extension du conflit a provoqué l’implication de nouveaux territoires et d’autres groupes ethniques, notamment les Bira et les Alur. Les civils originaires de l'extérieur de l'Ituri, comme la communauté d'affaires Nande de Bunia, étaient également considérés comme cible par les milices Hema en raison de leur association supposée avec le RCD-ML, dirigé par Antipas Mbusa Nyamwisi, proche des Lendu[4]. L'UPDF est restée impliquée dans le conflit et commettant plusieurs violations des droits de l'homme. Bien que perçue comme soutenant les intérêts Hema, l'UPDF aurait mené des attaques contre les Lendu et d'autres groupes, vendu des armes à des groupes armés locaux et entraîné des milices, même des enfants, parmi les Hema. Certains commandants de l'UPDF auraient accepté des paiements de commerçants Hema en échange d'une protection militaire ; dans un cas, des affrontements auraient surgi entre l'UPDF après la défense de communautés opposées[4].
Le matin du 19 janvier 2001, des combattants Lendu et Ngiti, armés de lances et d'arcs, lancèrent une attaque près de l'aéroport de Bunia. L'attaque alla jusqu'à Bunia même, après trois semaines de violences dans les villages au sud de la ville[1],[2],[5]. L'un des objectifs était la destruction d'un hélicoptère ougandais utilisé contre les forces Lendu[1],[2]. Lors de cette première attaque, environ 50 civils Hema auraient été massacrés, poignardés à coups de lance ou de flèche, ou brûlés vifs dans leurs maisons, et une vingtaine d'autres auraient été blessés[3]. Selon les rapports, au moins 60 combattants Lendu et Ngiti furent tués[3].
Plus tard dans la même journée, des groupes armés de civils Hema ont perpétré un massacre de représailles contre des civils Lendu dans toute la ville. Selon Amnesty International, au moins 150 civils Lendu ont été massacrés[3] ; Human Rights Watch estime que « plus de 100 » ont été tués[1],[2]. Les femmes et les enfants, ont été tuées à coups de machette, et certaines ont été décapitées. Des corps auraient été jetés dans des fosses à ciel ouvert, et de nombreuses maisons ont été pillées et incendiées[3],[1],[2]. Les organisations humanitaires ont d’abord hésité à intervenir en raison des menaces et des accusations des extrémistes Hema, qui prétendaient que les groupes d’aide soutenaient leurs adversaires.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Ouganda: Kampala invité à discipliner ses troupes au Congo », PanAfrican News Agency, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 « Congo: Massacres in Ugandan-Controlled Areas », Hrw.org, Human Rights Watch, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 « Uganda must act now to halt further slaughter in DRC », Amnesty.org, Amnesty International, (consulté le ), p. 1–3
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « Special report on the events in Ituri, January 2002-December 2003 », Docs.un.org/en, United Nations Security Council, (consulté le ), p. 6–8
- ↑ (en-GB) « Massacres in eastern Congo », BBC News, (lire en ligne, consulté le )