Agrégation de grammaire

concours de recrutement de professeurs de français et langues anciennes en France

L'agrégation de grammaire est un concours français de recrutement de professeurs agrégés de l'enseignement secondaire, chargés d'enseigner le français, le latin et le grec ancien, de même que les professeurs agrégés de lettres classiques, les agrégés de lettres modernes n'enseignant que le français.

Il se différencie de l'agrégation de lettres classiques (ancienne agrégation de lettres), par l'importance de la grammaire et de la linguistique, accordant une importance plus faible à l'étude de la littérature. Il s'en distingue également par une épreuve orale de traduction sans dictionnaire, les seuls autres concours comportant une épreuve de version de langue ancienne sans dictionnaire étant celui de l'École nationale des chartes et celui de l'École normale supérieure (filière BL).

Plusieurs personnalités célèbres du XXe siècle étaient titulaires de l'agrégation de grammaire, notamment Léopold Sédar Senghor, René Étiemble, Émile Benveniste, Roger Ikor, Roger Caillois et Paul Veyne.

Caractéristiques du concours

modifier

Ce concours n'est ouvert que par la voie externe, contrairement à nombre de concours d'agrégation où il existe un concours interne.

Il propose deux options : « français ancien et moderne » ; « latin et grec ancien ».

Niveau requis

modifier

Créé à l'origine pour recruter les professeurs des classes de grammaire, qui correspondent aux actuelles classes de 6e, 5e et 4e, il ne nécessitait jusqu'en 1861 que le baccalauréat ès lettres.

Dans le cadre de la réforme LMD, le concours est ouvert aux titulaires d'un master ou diplôme équivalent[1],[2]. Avant cette réforme, il fallait avoir une maîtrise, alors que le CAPES ne demandait qu'une licence.

Épreuves

modifier

Comme la plupart des concours, il comporte deux phases : les épreuves d'admissibilité (écrites) et les épreuves d'admission (généralement orales). Elles comptent chacune pour la moitié de la note finale[3].

La dissertation de littérature française et l'explication d'un texte français portent sur un programme déterminé d'auteurs français. Les épreuves de langues anciennes sont hors-programme à l'écrit ; à l'oral une seule sur les deux porte sur un texte au programme, selon un tirage au sort. Le candidat choisit une option, entre « français ancien et moderne » et « latin et grec ancien », qui détermine laquelle prédomine dans les épreuves de grammaire et linguistique[3].

Récapitulatif des épreuves
Nature Intitulé Durée Coefficient
Épreuves écrites d'admissibilité Dissertation de littérature française 7 h 9
Composition principale de grammaire et linguistique[a] 4 h 30 8
Thème latin 4 h pour chacune de ces trois épreuves 5
Version latine 5
Thème grec 5
Composition complémentaire de grammaire et linguistique[b] 2 h 30 4
Épreuves orales d'admission Explication d'un texte de français moderne[c] suivie d'une interrogation de grammaire et d'un entretien 2 h de préparation et 50 min de passage pour chacune de ces trois épreuves 12
Explication d'un texte latin ou grec sur programme suivie d'une interrogation de grammaire et d'un entretien 9
Exposé de grammaire et linguistique suivi d'un entretien[a] 9
Explication improvisée d'un texte grec ou latin hors-programme suivie d'une interrogation de grammaire et d'un entretien 45 min de préparation et 30 min de passage 6

Programme

modifier

Le programme du concours est constitué, d'une part de six auteurs français (Moyen Âge, XVIe siècle, XVIIe siècle, XVIIIe siècle, XIXe siècle et XXe siècle), d'autre part de quatre auteurs latins et quatre auteurs grecs.

Le programme de littérature française, renouvelé intégralement chaque année, est commun avec les agrégations externes de lettres modernes et de lettres classiques, en plus du programme de littérature antique pour cette dernière qui est renouvelé par moitié chaque année.

Un programme limitatif est également publié pour les épreuves de grammaire et linguistique.

Liste d'agrégés de grammaire célèbres

modifier
Une catégorie est consacrée à ce sujet : Agrégé de grammaire.

Léopold Sédar Senghor et l'agrégation de grammaire

modifier
  • Dans l'émission Radioscopie qui lui est consacrée en 1988, Léopold Sédar Senghor indique qu'après avoir été le premier recalé de la liste d'admissibilité de l'École normale supérieure, il était trop âgé pour se présenter une troisième fois et que c'est pour cette raison qu'il a préparé à l'ENS l'agrégation de grammaire, qu'il définit comme « l'agrégation des bûcheurs[4] ». Grâce à cette agrégation, il devient, dit-il, « le premier agrégé d'Afrique noire[4] ».

L'agrégation de grammaire dans la littérature

modifier

Lettre de Flaubert à Ernest Chevalier

Dans une lettre de Gustave Flaubert à Ernest Chevalier, il est écrit : « Le triste F…, ex-aspirant à l’École des Chartes, a renoncé à l’archéologie et se fortifie dans ses études pour être pion ; il veut se faire recevoir agrégé de grammaire et apprendre les verbes et la syntaxe. J’aimerais mieux un lavement ! même quand on y aurait mis de la graine de lin ; j’aimerais mieux faire une omelette d’œufs de serin clairs […][5]. »

Les Hommes de bonne volonté (Jules Romains)

Dans le chapitre 1 du livre III Les Amours enfantines () des Hommes de bonne volonté de Jules Romains, Jerphanion s'adresse à Caulet en sa qualité de grammairien pour savoir si ça l'étonne qu'un même mot puisse avoir plusieurs sens et s'il s'agit de pauvreté de la langue ou non ; ce à quoi Caulet proteste : « Ne te perds pas en conjectures. J'ai choisi la grammaire, parce que c'est l'agrégation de grammaire qui passe pour la plus facile. S'il y avait eu une agrégation d'alphabet, j'aurais choisi l'agrégation d'alphabet. »

  • Ce passage est cité par Jean d'Ormesson dans une interview pour Propos et confidences à propos de sa vie à l'École normale supérieure[6].

Dans le chapitre 7 du même ouvrage, Jerphanion s'interroge quant aux débouchés de l'École normale supérieure : « Jerphanion était surpris. On parlait assez souvent, dans les thurnes, de ceux des Normaliens qui, au sortir de l'École, ou plus tard, avaient pris des directions insolites. Leur destinée, quelle qu'en fût la valeur propre, avait le mérite de mettre dans l'image d'un avenir hélas ! trop prévisible, un peu de hasard et de romanesque. On se consolait de préparer l'agrégation de grammaire, en se disant qu'on serait peut-être un jour non point proviseur du Lycée de Vesoul, sous un parapluie, mais Directeur des tabacs en Perse, ou administrateur de théâtre. »

Notes et références

modifier
  1. 1 2 Cette épreuve porte sur l'option choisie par le candidat : français ancien et moderne ; latin et grec ancien.
  2. ↑ Cette épreuve porte sur l'option non-choisie par le candidat : latin et grec ancien ; français ancien et moderne.
  3. ↑ Il s'agit d'un des textes du programme postérieurs à 1500.

Références

modifier
  1. ↑ « Enseigner dans les classes préparatoires, au collège ou au lycée et dans les établissements de formation : l'agrégation », sur devenirenseignant.gouv.fr (consulté le )
  2. ↑ Aghilas, « Tout savoir sur l’agrégation : interne, externe, salaire... », sur Groupe Réussite, (consulté le )
  3. 1 2 « Les épreuves de l'agrégation externe section grammaire | devenirenseignant.gouv.fr », sur www.devenirenseignant.gouv.fr (consulté le )
  4. 1 2 « Radioscopie de Jacques Chancel avec Léopold Sédar Senghor », sur YouTube, (consulté le ).
  5. ↑ Gustave Flaubert, « Correspondance », sur Wikisource, (consulté le ).
  6. ↑ Radio-Canada Archives, « En 1987, l'écrivain et journaliste Jean d'Ormesson se raconte (épisode 2) », sur Youtube, (consulté le ).

Voir aussi

modifier