Al-Qastal
Al-Qastal ("Kastel", القسطل) est un village palestinien situé à huit kilomètres à l‘ouest de Jérusalem qui tire son nom d‘un château croisé qui s‘élevait au sommet d’une colline. Utilisé durant la guerre de Palestine (1948) comme base militaire par le Jaych al-Jihad al-Mouqaddas (armée de la Guerre sainte), il est l‘objet de combats acharnés en avril 1948. Pratiquement tout ses habitants fuient, et il est finalement pris par le Palmach, les commandos de la Haganah. C‘est actuellement le site du parc national de Castel (en), qui commémore la bataille de 1948 pour le contrôle de cette hauteur stratégique.
Toponymie
modifierGéographie
modifierLe village d’Al-Qastal se trouvait à une altitude de 790 mètres et à 8 kilomètres à l‘ouest de Jérusalem. Les villages voisins étaient Qalunya au nord et à l’est, Ayn Karim au sud-est, Sataf au sud, Suba au sud-ouest et Abou Gosh ou Qaryat el-Inab à l‘ouest. La colline occupée par al-Qastal offrait une vue dégagée dans toutes les directions, et notamment la route de Jaffa à Jérusalem au sud et au sud-ouest, à laquelle il était relié par une route secondaire[2].
La superficie totale des terres du village était de 1446 dounams (1,45 km²), dont 7 dounams appartenaient à des Juifs (moins d‘un hectare), 24 dounams de terres publiques (2,4 hectares) et 1415 dounams (141 hectares) appartenaient à des Arabes[2]. Sur cette superficie, 42 dounams étaient cultivés en céréales (4 hectares), 169 dounams (17 hectares) étaient classés comme terres irrigables ou vergers, dont 50 d‘oliveraies[3],[4]. La plus grande partie des terres, 1234 dounams (123 hectares) étaient incultes[2].
Histoire
modifierCroisades
modifierUn château est construit par les Croisés vers 1168, à partir des ruines d’une fortification romaine[2]. Il est nommé Belveer ou Beauverium (en latin Videbelum), soit « Bellevue ». Il fait partie des châteaux détruits par le sultan Al-Adel en 1191–92. Il n’en reste aucune trace[5].
Belveer est mentionné dans une lettre de septembre 1187 du patriarche de Jérusalem Héraclius après la déroute des Croisés à la bataille de Hattin au milieu d‘une longue liste de villes du royaume de Jérusalem[6].
Empire ottoman
modifierLa Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
En 1838, el-Kustul est noté comme un village musulman, dans la région de Beni Malik, à l‘ouest de Jérusalem[7],[8].
En 1863, Victor Guérin constate la présence de bâtiments modernes au milieu des ruines de Kasthoul et que le village est habité par des membres du clan Abou Gosh (en). Il monte sur la colline, peut voir la mer Méditerranée et note la présence d’un oualy consacré à cheikh Ahmed el-Keraki[9]. Une liste de villages ottomane de 1870 recense 5 foyers à Kastal et une population masculine de 10 hommes, ce document ne recensant pas les femmes[10],[11].
En 1883, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit al-Qastal comme « un petit village de pierre sur une position offrant une belle vue au sommet d‘une colline rocheuse, avec des sources à l‘est[12]. »
En 1896, la population d’El-kastal est estimée à 39 habitants[13].
Période du mandat britannique
modifierDe 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Yibna est conquise en octobre 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, Qastal a une population de 43 habitants, tous musulmans[14], qui s‘accroit au recensement de 1931 à 59 habitants, 55 musulmans et 4 chrétiens, dans 14 houses[15]. Les maisons les plus récentes étaient construites sur le versant est. Le maqam de cheikh Karaki était toujours entretenu en 1948[2]. Les habitants consommaient l’eau de sources qui se trouvaient à l’est, en-dehors du territoire du village[16].
Dans les Statistiques de Village de 1945, le village a une population de 90 musulmans[17].
Guerre de 1948
modifierDans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Al-Qastal est attribué à l’État arabe, en bordure de la zone internationale de Jérusalem[18]. De façon fort improbable pour l‘Encyclopédie de la Question palestinienne, Benny Morris affirme que c’est le premier village que la Haganah conquiert avec pour objectif une occupation permanente[2].
Lors de la guerre pour la Palestine de 1948, al-Qastal est une position stratégique sur la route de Jaffa à Jérusalem (actuelle Autoroute 1) et sert aux forces arabes à attaquer les convois juifs cherchant à secourir la communauté juive de Jérusalem, pour les empêcher d’atteindre les quartiers juifs assiégés[19]. C‘est le Jaych al-Jihad al-Mouqaddas qui occupait le site, commandé par Abd al-Kader al-Husseini, chef du secteur des collines de Jérusalem[20]. 3 April 1948[21]
Le 16 mars, le Palmach effectue un raid sur le village[22]. Selon le journal Filastin, la population s‘enfuit à ce moment-là, puis les hommes reviennent défendre le village[2]. Le 1er avril, des miliciens arabes venant de Qastal attaquent le village de Motza. La contre-attaque de la Haganah provoque la fuite des habitants d’al-Qastal. Le village est attaqué par la brigade Harel du Palmach et deux escouades de la Haganah pendant l'opération Nachshon[3],[22], qui s’en emparent dans la nuit du 2 au 3 avril, sans rencontrer de résistance[22]. Son commandant, Uri Ben-Ari, n’a pas l‘autorisation de détruire les maisons[22]. Le village est repris par les Arabes le 7 avril, combat au cours duquel meurt al-Husayni, puis le Palmach s’empare définitivement de Qastal le 9 avril[22],[23], détruit les maisons et transforme la position en poste de commandement[22],[23]. Le sanctuaire de cheikh Karaki est aussi détruit[2].
Le récit de l’Encyclopédie de la Question palestinienne fait état de féroces combat le 3 avril, les hommes du village devant briser le siège pour faire retraite[2].
Galerie
modifierPériode israélienne
modifierEn 1951, la colonie de Ma'oz Tiyyon est construite sur les terres du village[2]. Avec Mevasseret Yerushalayim, ils forment une partie de la ville israélienne de Mevaseret Zion et occupent les terres d’al-Qastal[3],[2].
Les reste du village sur la colline sont aménagés par la direction de la Nature et des Parcs israélienne en par national de Castel, qui est un mémorial des batailles pour Jérusalem pendant la guerre de 1948. Les tranchées de 1948 et un monument aux victimes juives des combats sont visibles. Une piste aménagée scénarise l’histoire du combat[24].
Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : « Les versants sud, nord et est sont couverts de ruines, et les ruines des terrasses de culture à moitié recouvertes d‘herbes sauvages. Les ruines du vieux château reposent en haut du site. Un abri souterrain a été construit sur le site, au sud-ouest de la forteresse. Des tranchées subsistent au nord et à l‘est du site. Des oliviers, des caroubiers et des figuiers poussent au nord et à l’ouest du site, et des cactus au sud. Le site tout entier, dont des parties de la forteresse, sert d’attraction touristique israélienne. »[2]
Voir aussi
modifierBibliographie complémentaire
modifier- Ilan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : La Fabrique éditions, 2024 (2e édition en français). (ISBN 978-2-35872-280-3) ;
- Rosemary M. Esber, Under the Cover of War : The Zionist Expulsion of the Palestinians, Arabicus Books & Media LLC : 2000. (ISBN 978-0-98151313-3)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Welcome To al-Qastal
- al-Qastal, Zochrot
- Survey of Western Palestine, Map 17: IAA, Wikimedia commons
Notes
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Al-Qastal, Jerusalem » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Palmer (1881), p. 322.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 « al-Qastal — القَسْطَل », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consultée le 25 mai 2026.
- 1 2 3 Khalidi (1992), p. 311.
- ↑ Village Statistics (1945) cité par Hadawi (1970), p. 58 « https://web.archive.org/web/20181103095254/http://www.palestineremembered.com/download/VillageStatistics/Table%20I/Jerusalem/Page-058.jpg »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), , 103 « https://web.archive.org/web/20160303175020/http://www.palestineremembered.com/download/VillageStatistics/Table%20II/Jerusalem/Page-103.jpg »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?) Retrieved 3 March 2016.
- ↑ Pringle (1997), p. 118: Qastal (R15): "No trace of any Frankish structures, despite contrary claims."
- ↑ Barber & Bate (2010), p. 79.
- ↑ Robinson, Smith (1841), vol 3, Appendix 2, p. 123.
- ↑ Robinson and Smith (1841), vol 2, p. 328.
- ↑ Guérin (1868), p. 264.
- ↑ Socin (1879), p. 156.
- ↑ Hartmann (1883), p. 118, note aussi 5 maisons.
- ↑ Conder, Kitchener (1883), III:18. Cités par Khalidi (1992), p. 310
- ↑ Schick (1896), p. 125.
- ↑ Barron (1923), Table VII, Sub-district of Jerusalem, p. 14.
- ↑ Mills (1932), p. 32.
- ↑ « Welcome To al-Qastal - القسطل (אל-קסטל) », Palestine Remembered, consulté le25 mai 2026.
- ↑ Village Statistics, Government of Palestine (1945), p. 25.
- ↑ Sami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949.
- ↑ "War for the Jerusalem Road", Time, Apr. 19, 1948.]
- ↑ Morris (2008), p. 123.
- ↑ Morris (2004), p. xx, village #356. Also gives cause of depopulation | blank_info_sec1 = Ethnic cleansing by Yishuv forces.
- 1 2 3 4 5 6 Morris (2004), p. 234–235.
- 1 2 Benvenisti (2002), p. 111.
- ↑ Castel National Site, Israel Nature and Parks Authority website. Accessed 5 Oct. 2021.
Bibliographie
modifier- M. Barber et Keith Bate, Letters from the East: Crusaders, Pilgrims and Settlers in the 12th-13th Centuries, vol. 18, Ashgate Publishing, coll. « Crusade texts in translation », (ISBN 9780754663560, lire en ligne), p. 79
- J.B. Barron, Palestine: Report and General Abstracts of the Census of 1922, Government of Palestine, (lire en ligne)
- M. Benvenisti, Sacred Landscape: The Buried History of the Holy Land Since 1948, University of California Press, (ISBN 978-0-520-23422-2, lire en ligne)
- C.R. Conder et H.H. Kitchener, The Survey of Western Palestine: Memoirs of the Topography, Orography, Hydrography, and Archaeology, vol. 3, London, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- V. Guérin, Description Géographique Historique et Archéologique de la Palestine, vol. 1: Judée, pt. 1, Paris, L'Imprimerie Nationale, (lire en ligne)
- M. Hartmann, « Die Ortschaftenliste des Liwa Jerusalem in dem türkischen Staatskalender für Syrien auf das Jahr 1288 der Flucht (1871) », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 6, , p. 102–149 (lire en ligne)
- W. Khalidi, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C., Institute for Palestine Studies, (ISBN 0-88728-224-5, lire en ligne)
- E. Mills, Census of Palestine 1931. Population of Villages, Towns and Administrative Areas, Jerusalem, Government of Palestine, (lire en ligne)
- B. Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00967-6, lire en ligne)
- B. Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-15112-1)
- E.H. Palmer, The Survey of Western Palestine: Arabic and English Name Lists Collected During the Survey by Lieutenants Conder and Kitchener, R. E. Transliterated and Explained by E.H. Palmer, Committee of the Palestine Exploration Fund, (lire en ligne)
- D. Pringle, Secular buildings in the Crusader Kingdom of Jerusalem: an archaeological gazetter, Cambridge University Press, (ISBN 0521-46010-7, lire en ligne)
- E. Robinson et E. Smith, Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea: A Journal of Travels in the year 1838, Boston, Crocker & Brewster,
- C. Schick, « Zur Einwohnerzahl des Bezirks Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 19, , p. 120–127 (lire en ligne)
- A. Socin, « Alphabetisches Verzeichniss von Ortschaften des Paschalik Jerusalem », Zeitschrift des Deutschen Palästina-Vereins, vol. 2, , p. 135–163 (lire en ligne)
- Village Statistics, April, 1945, Government of Palestine, Department of Statistics,
- Copy at the National Library of Israel (from microfilm)
- Reproduced in S. Hadawi, Village Statistics of 1945: A Classification of Land and Area ownership in Palestine, Palestine Liberation Organization Research Center, (lire en ligne [archive du ])
