Affaire Alain Lamare
Alain Lamare, né le à Fruges (Pas-de-Calais) est un ancien gendarme français, connu du grand public sous le surnom de « tueur de l'Oise »[1] ou de « tueur fou de l'Oise »[2]. Auteur de plusieurs crimes de à [2] dans l'Oise, sa participation à l'enquête ralentit beaucoup celle-ci. Arrêté, il est reconnu pénalement irresponsable de ses actes et n'est pas jugé.
| Alain Lamare | |
| Tueur | |
|---|---|
| Information | |
| Nom de naissance | Alain Lamare |
| Naissance | Fruges (Pas-de-Calais) |
| Surnom | Le « tueur de l'Oise » |
| Condamnation | confirmée en |
| Sentence | Irresponsable de ses actes |
| Actions criminelles | Meurtre |
| Victimes | Un meurtre et cinq tentatives de meurtres |
| Période | mai 1978-avril 1979 |
| Pays | France |
| Régions | Picardie |
| Ville | Chantilly |
| Arrestation | |
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Contexte
modifierDans les années 1970, il règne dans l'Oise, une psychose lors de l'affaire Marcel Barbeault, dit « le tueur de l'ombre »[2]. Marcel Barbeault, l'auteur des meurtres de sept femmes et d'un homme, ainsi que de trois tentatives de meurtre commis entre 1969 et 1976, est arrêté le . Mais en , à Pont-Sainte-Maxence, le conducteur d'un véhicule volé agresse une jeune fille de dix-sept ans.
L'affaire
modifier| Affaire Alain Lamare | |
| Chefs d'accusation | Tentatives de meurtre meurtre |
|---|---|
| Pays | |
| Ville | Pont-Sainte-Maxence Senarpont Chantilly |
| Type d'arme | Beretta 9 mm |
| Date | mai 1978-avril 1979 |
| Nombre de victimes | Six : Yolande Raszewski (tuée) plus cinq tentatives de meurtres |
| Jugement | |
| Statut | Lamare déclaré pénalement irresponsable et internement |
| Tribunal | Tribunal de Grande Instance de Senlis (ordonnance de non-lieu) |
| Formation | Chambre d'accusation de la Cour d'appel d'Amiens |
| Date du jugement | (appel) |
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La progression
modifierEn [1], une Peugeot 504 appartenant à l'épouse d'un gendarme est volée, puis abandonnée au lieu-dit du « carrefour des Ripailles », dans la forêt de Chantilly. On retrouve dans la voiture un plan pour le braquage de la poste de Pierrefonds[1], ainsi que des étuis de cartouches de carabine ou de fusil, une cordelette et une seringue hypodermique. Tous ces indices mettent les forces de l'ordre sur la piste du grand banditisme[1]. Ils se révéleront plus tard avoir été sciemment laissés par le criminel pour orienter les enquêteurs sur une fausse piste. Cette découverte est reliée deux mois plus tard à l'agression par balles d'une jeune fille de dix-sept ans, Karine Grospiron, perpétrée à Pont-Sainte-Maxence par un homme conduisant une Renault 12 grenat volée[1], puis à la découverte d'une voiture volée et piégée, dont l'explosion blesse un gardien de la paix à Creil[3].
Le criminel nargue les militaires en leur envoyant des lettres manuscrites revendiquant les faits[1]. Ses actes s'aggravent : deux nouvelles agressions de femmes, l'une blessée grièvement et l'autre paralysée[1], puis en le braquage de la poste de Senarpont[1] ainsi qu'une nouvelle voiture volée et identiquement piégée.
Le , après avoir menacé dans une lettre (« la prochaine fois je viserai le cœur »), le criminel tue Yolande Raszewski, une auto-stoppeuse de dix-neuf ans[4], en bordure de l'hippodrome de Chantilly, de plusieurs balles d'un Beretta 9 mm court, probablement un Beretta modèle 1934 (arme appréciée des collectionneurs et des militaires) fournie illégalement par un collègue du tueur[5].
Le , il fait une nouvelle victime, Andrée, prise en auto-stop à la sortie de Compiègne. Sortie du coma quelques jours après avoir échappé au tueur, elle en affine le portrait-robot mais son agresseur échappe toujours aux poursuites.
L'homme laisse à chaque fois des indices et des empreintes et plusieurs portraits-robots sont dressés mais ces éléments sont insuffisants pour obtenir une avancée dans l'enquête. Pourtant, dès les débuts de l'affaire, Jean Pineau, commandant de la compagnie de Clermont, à la réception de la première lettre avait émis l'hypothèse que le tueur appartienne aux forces de l'ordre. Le tueur avait inscrit dans l'ordre : marque, modèle, couleur et immatriculation du véhicule volé, faisant ressembler sa lettre à la rédaction d'un procès-verbal. Cependant Jean Pineau avait dû mettre sous le boisseau ce détail intrigant car ses supérieurs lui avaient fait comprendre qu'il était inimaginable qu'un gendarme ou un policier se cache derrière ces crimes.
L'arrestation
modifierVolant la voiture d'un ancien ministre à Rambouillet le et tombant en panne sur l'autoroute, Lamare s'enfuit après avoir été en contact avec les CRS et avoir effacé ses empreintes dans le véhicule[3]. Il s'était fait passer pour le fils du ministre auprès de ces CRS qu'il a lui-même alertés[4]. Le portrait-robot du criminel se précise.
Outre la ressemblance avec le dernier portrait-robot, les soupçons de Daniel Neveu — inspecteur de la PJ de Creil, enquêteur dans l'affaire de Marcel Barbeault et du maréchal des logis-chef Claude Morel ancien supérieurs de Lamare — se portent sur Lamare car l'analyse graphologique, montre des rapprochements entre les courriers anonymes et les procès-verbaux de Lamare, ainsi qu'avec son courrier manuscrit de demande d'admission dans la gendarmerie[6]. De plus Jean Pineau, premier à émettre l'hypothèse d'un tueur appartenant aux forces de l'ordre, constate que Lamare était systématiquement hors du peloton, en repos ou en congé, les jours des meurtres ou des vols de voitures[1]. Le [1], le gendarme Lamare, alors en opérations, est rappelé dans les locaux de la compagnie pour un motif inventé de toutes pièces, une prétendue enquête sur un vol commis par des gens du voyage. Il est nerveux lors de son arrivée au PSIG. S'il laisse bien son pistolet-mitrailleur dans son véhicule de patrouille, il tente de dégainer le second pistolet qu'il avait dissimulé sur lui en soupçonnant un piège mais il est ceinturé par ses collègues. Le capitaine Jean Pineau, commandant de la compagnie de gendarmerie de Clermont et l'adjudant Henri Cavalier, qui commande le Peloton de surveillance et d'intervention de la Gendarmerie (PSIG) de Chantilly, procèdent alors à son arrestation.
Gendarme et meurtrier
modifierPour la gendarmerie, cette arrestation est un choc. L'hypothèse de la culpabilité d'un gendarme, évoquée dès le début des crimes, avait été écartée à la fois pour manque de preuves et parce que la thèse semblait inconcevable pour les enquêteurs et leur hiérarchie.
Âgé de 23 ans en 1979, Lamare servait au PSIG de Chantilly[1] et participait aux enquêtes menées contre le tueur de l'Oise (il qualifiait par ailleurs le meurtrier de « salaud de tueur »[2]). Les rapports indiquent d'ailleurs que lui ou ses coéquipiers étaient presque toujours les premiers sur les lieux des crimes. Il est plus tard confondu par ses empreintes digitales, relevées dans les véhicules volés et avoue en garde à vue. La perquisition de son appartement confirme les faits[1] et complète les preuves.
Après ses débuts professionnels à Clermont, dans l'Oise, Lamare s'était montré très prompt à dégainer son arme, dans la recherche de flagrants délits au PSIG de Chantilly[7]. Ses missions plus administratives auraient déclenché le souhait de se venger de la Gendarmerie. Les huit crimes, alors récents, de Marcel Barbeault, le « tueur de Nogent », l'ont fasciné. Lamare éprouve des difficultés dans ses relations, notamment avec les femmes, ainsi que des penchants homosexuels refoulés[7]. Lamare possède un goût prononcé pour les armes à feu. Il s'adonne à la consommation excessive d'alcool. Il a volontairement laissé des traces permettant de le confondre, notamment dans le dernier véhicule volé, une Citroën CX abandonnée à Creil. Après son arrestation et ses aveux à la juge d'instruction Marie Brossy-Patin, il reste mutique. Il refuse de donner le mobile de ses crimes[8].
Au total, il est établi avec certitude qu'il a commis un meurtre et cinq tentatives de meurtres[1], ainsi que quinze vols de voitures. Il est surnommé par la presse le « tueur de l'Oise ».
La nuit de l'arrestation de Lamare, où il est interrogé par la juge d'instruction Marie Brossy-Patin[9], un officier général lui ordonne de signer une lettre de démission « pour sauver l'honneur de l'institution ». Cet acte est déclaré nul. Lamare perd ses droits antérieurs de gendarme d'active car le , une décision ministérielle le radie de l'état de militaire par suite d'infirmités non imputables au service[réf. nécessaire], coupant court à toute polémique sur la conservation d'un hypothétique état de gendarme, assorti du versement d'une solde.
Impact médiatique
modifierL'affaire du tueur de l'Oise, qui occupait déjà les médias, connaît un fort retentissement médiatique. Foule et journalistes se pressent le lendemain matin à Chantilly, boulevard Michel-Lefébure, lors de la perquisition de l'appartement de fonction de Lamare en présence de ce dernier. L'affaire d'un gendarme meurtrier surprend, révolte et stupéfie.
Des voitures de presse prennent la suite des véhicules de gendarmerie, dans la confusion. Un accident de la route se produit, entraînant la mort d'un adolescent de seize ans, Gérard Bastien[10].
Irresponsable pénalement
modifierAprès des avis divergents d'experts psychiatres, Alain Lamare est déclaré pénalement irresponsable de ses actes[1]. Les experts attestent qu'il est atteint d'une maladie mentale rare : l'héboïdophrénie[1], une forme de schizophrénie. La Gendarmerie n'avait donc pas détecté cette maladie, que ce soit lors de son recrutement ni lors de sa formation ni durant ses années de service.
Le , le juge d'instruction du tribunal de Senlis officialise ce constat psychiatrique en rendant une ordonnance de non-lieu, confirmée en appel le . Lamare ne sera jamais jugé[1],[2]. En dépit de l'usage, pour perpétrer ses crimes, d'une arme personnelle fournie par un de ses collègues[11], le Conseil d'État confirme, le [12], une décision du tribunal administratif d'Amiens condamnant l'État français à verser des dommages-intérêts aux parents de Yolande Raszewski.
Lamare est interné en unité pour malades difficiles (UMD) au centre hospitalier spécialisé (CHS) de Sarreguemines (Moselle) jusqu'en 2011. Il rejoint ensuite un CHS de sa région natale, à Saint-Venant, dans une unité fermée d'un établissement public de santé mentale du Pas-de-Calais[13] : l'établissement public de santé mentale Val de Lys - Artois à Saint-Venant[14].
Dans les médias et au cinéma
modifierPublications
modifier- Yvan Stefanovitch, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Éditions Balland, 1984
Filmographie
modifier- Cédric Anger réalise un film, La prochaine fois je viserai le cœur, retraçant l'itinéraire sanglant d'Alain Lamare[15]. L'acteur Guillaume Canet y incarne le tueur[15]. Le tournage commence le dans la région du Nord-Pas-de-Calais[16] et le film sort en France en .
Documentaires télévisés
modifier- Faites entrer l'accusé, présenté par Christophe Hondelatte, en [2], et , L'affaire Alain Lamare, état de démence[1], sur France 2[2].
- Au bout de l'enquête, la fin du crime parfait ?, « Affaire Alain Lamare – Le tueur fou de l'Oise », présenté par Marie Drucker, diffusé sur France 2 le .
Émissions radiophoniques
modifier- L'affaire Alain Lamare est l'un des récits de la pièce radiophonique Poker tournant de Jean Thibaudeau, en 1980[17].
- « Le gendarme Lamare, un tueur insoupçonnable » le dans Hondelatte raconte de Christophe Hondelatte sur Europe 1[18].
- « Alain Lamarre, le gendarme au-dessus de tout soupçon », diffusé le dans L'Heure du crime sur RTL.
- "Le tueur de l'Oise-un assassin au dessus de tout soupçon", Affaires sensibles, Fabrice Drouelle, France Inter, .
Articles de presse
modifier- "Le tueur fou de l'Oise était gendarme", L'Essor de la Gendarmerie, publié le
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 « Il y a 30 ans, l'étrange cas Alain Lamare », sur courrier-picard.fr, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 « Faites entrer l'accusé: saison 2004/2005 », sur programmes.france2.fr, France 2 (consulté le ).
- 1 2 Michel 2009, p. 27-28.
- 1 2 Stefanovitch et Laroche 2001, p. 27.
- ↑ Bruno Fuligni (dir.), Les Bourdes militaires, éditions Prisma, coll. « Folle histoire », , p. 83
- ↑ [vidéo] France 3, « Alain Lamare - Les affaires criminelles qui ont marqué la Picardie », sur YouTube,
- 1 2 « Guillaume Canet : « Lamare, un tueur non assoiffé de sang » », sur lecourrierplus.fr.
- ↑ https://www.leparisien.fr/faits-divers/8-avril-1979-le-tueur-de-loise-arrete-lassassin-etait-un-gendarme-13-10-2024-SUCRWTQQXZHXXOF5G6ABC3NYCY.php
- ↑ Yvan Stefanovitch, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Paris, Balland, (ISBN 978-2715804739), p334-336.
- ↑ « Vingt-cinq ans après, la mort de Gérard Bastien reste une énigme », Le Parisien, (lire en ligne)
- ↑ Fuligni 2015, p. 83.
- ↑ Voir sur legifrance.gouv.fr.
- ↑ Stefanovitch 1984, p. 367.
- ↑ « Le tueur de l’Oise est interné dans le Béthunois », L'Avenir de l'Artois, (lire en ligne).
- 1 2 « L'acteur Guillaume Canet dans la peau du tueur de l'Oise », sur courrier-picard.fr.
- ↑ « Guillaume Canet va tourner "L'ombre des froêts" dans le Nord-Pas-de-Calais », sur nord-pas-de-calais.france3.fr.
- ↑ Poker tournant, pièce écrite par Jean Thibaudeau et réalisée par Jacques Taroni. Diffusion originale sur France Culture en 1980.
- ↑ « INEDIT - Le gendarme Lamare, un tueur insoupçonnable - L'intégrale », sur Europe 1 (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Yvan Stefanovitch et Martine Laroche, Un assassin au-dessus de tout soupçon, Éditions J'ai lu, coll. « Crimes & enquêtes », , 310 p. (ISBN 978-2-277-07051-1).
- Pascal Michel, 40 ans d'affaires criminelles. 1969-2009, , 208 p. (ISBN 978-1-4092-7263-2), p.27-31, (chapitre : « L'affaire Alain Lamare, un assassin au-dessus de tout soupçon »).
Articles connexes
modifier- Marcel Barbeault, autre criminel actif dans l'Oise peu avant
- François Vérove, gendarme tueur en série
- Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900
- Autres films :
- Le thème du « criminel impensable » est déjà évoqué en 1970 au cinéma dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, réalisé par Elio Petri.
- Compartiment tueurs réalisé par Costa-Gavras, qui évoque le rôle d'un inspecteur enquêtant sur ses propres crimes.
