Alberto Gironella
José Alberto Gironella Ojeda, dit Alberto Gironella, né le à Mexico et mort le dans la même ville, est un peintre, graveur et collagiste mexicain. Autodidacte, proche du surréalisme et nourri de la peinture baroque espagnole, il est considéré comme l'un des représentants de la Génération de la Rupture (es), ce courant de l'art mexicain qui, dans les années 1950 et 1960, rompt avec le muralisme mexicain[1].
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 69 ans) Mexico (Mexique) |
| Nom de naissance |
José Alberto Gironella Ojeda |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Formation |
Université nationale autonome du Mexique (lettres hispaniques) ; autodidacte en peinture |
| Mouvement | |
| Conjoint | |
| Enfant |
Emiliano Gironella (d) |
| Distinction |
série des Ménines |
Biographie
modifierFormation et débuts
modifierFils d'Alberto Gironella Llobet, originaire de Barcelone, et d'Alicia Ojeda Ávila, née à Mérida dans le Yucatán, Alberto Gironella écrit de la poésie dès sa jeunesse. Il étudie les lettres hispaniques à l'Université nationale autonome du Mexique, dont il sort diplômé en 1959, et rédige un unique roman, Tiburcio Esquila, qui ne trouve pas d'éditeur. Il se tourne alors vers la peinture, dans laquelle il n'a reçu aucune formation. Sa première exposition a lieu en 1952. Avec les peintres Vlady et Héctor Xavier (es), il participe à la fondation de la Galería Prisse, galerie d'avant-garde de Mexico qui contribue à ébranler l'hégémonie de l'art politique du muralisme.
Reconnaissance internationale
modifierGironella remporte en 1959 le premier prix de l'Union méditerranéenne d'art à la Biennale des jeunes de Paris et un prix à la VIe Biennale de São Paulo, puis, en 1960, le premier prix de la Biennale de Paris des jeunes peintres[2]. Lors de sa première exposition personnelle à Paris, en 1961, André Breton voit dans son œuvre la preuve que le surréalisme est toujours vivant. Gironella refuse pourtant toute étiquette et se dit autant baroque que surréaliste, qualifiant de « métisse » cette rencontre entre héritages européen et indigène. Il obtient une bourse Guggenheim en 1968 et une bourse de la Fundación Cultural Televisa en 1977.
Son œuvre est exposée en Allemagne, en Argentine, au Brésil, aux États-Unis, en Espagne, en France, au Japon, en Suède et en Suisse. Au Mexique, elle est présentée au Palais des beaux-arts de Mexico, au Musée d'Art moderne de Mexico, au Musée national d'art, au musée Carrillo Gil et au musée Rufino Tamayo, qui lui consacre une exposition anthologique en 1984. En 2003, le Palais des beaux-arts organise la rétrospective Alberto Gironella : Barón de Beltenebros, du nom du titre, emprunté à la littérature chevaleresque, que l'artiste s'était lui-même décerné[3].
Vie privée et personnalité
modifierGironella vit à San Ángel, à Mexico, et dans une maison de Valle de Bravo connue depuis sous le nom de Casa de Gironella. Personnage excentrique, provocateur et volontiers scandaleux, il voue une passion à Goya, à Valle-Inclán, à la rébellion zapatiste et à la chanteuse Madonna, qu'il tient pour un symbole sexuel de la société de consommation[3]. Sa participation à La ópera del orden d'Alejandro Jodorowsky, aux côtés de Pierre Alechinsky, Vicente Rojo (es), Lilia Carrillo (es) et Manuel Felguérez (es), où il incarne un capucin chantant La verbena de la Paloma, provoque un scandale et pousse son père à le déshériter. Il épouse la journaliste Ana Cecilia Treviño, dite « Bambi », avec qui il a deux enfants, Bárbara et Alberto[4], puis la peintre Carmen Parra, mère de son fils Emiliano Gironella, lui-même artiste.
Quelques mois après sa mort, l'actrice Ofelia Medina lui rend hommage lors du Festival de las Almas de Valle de Bravo, en dispersant une partie de ses cendres dans le lac au cours d'une cérémonie nocturne, le 2 novembre 1999, jour des Morts.
Œuvre
modifierL'œuvre de Gironella mêle surréalisme et baroque, avec une prédilection pour le portrait de cour espagnol des XVIe et XVIIe siècles et les représentations symboliques de la mort. Il réinterprète inlassablement les maîtres espagnols, Vélasquez, Le Greco et Goya, en particulier Les Ménines, dont il tire une série célèbre, présentée en 2008 au musée Picasso de Barcelone dans l'exposition Oblidant Velázquez. Las Meninas aux côtés de Picasso. L'historienne de l'art Valerie Fraser a analysé cette « surréalisation du baroque » comme une manière de relier le passé colonial espagnol et le présent du Mexique[5].
Il se spécialise dans le collage et l'assemblage : boîtes de sardines ou de moules vides, capsules de bouteilles clouées ou collées sur le cadre de ses tableaux, souvenirs de l'épicerie familiale et des autels qu'il y composait enfant. Ses sources d'inspiration vont d'Emiliano Zapata à Madonna, à laquelle il consacre une série à partir de 1991[6],[7], en passant par Luis Buñuel, dont il est l'ami, la tauromachie et Friedrich Nietzsche. Il illustre Terra Nostra de Carlos Fuentes (1975) et réalise les couvertures de plusieurs éditions d'Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry chez Ediciones Era. Julio Cortázar le cite dans Le Tour du jour en quatre-vingts mondes. Il compte parmi les fondateurs du quotidien La Jornada en 1984, auquel il fait don de nombreuses œuvres.
Ses œuvres figurent notamment dans les collections du Musée national centre d'art Reina Sofía à Madrid et de l'Art Museum of the Americas à Washington.
Expositions (sélection)
modifier- 1959 : Alberto Gironella of Mexico, Art Museum of the Americas, Washington.
- 1976 : Museo de Arte Moderno, Mexico.
- 1984 : Alberto Gironella. Exposición antológica, Museo Rufino Tamayo, Mexico.
- 1988 : Images of Mexico, Musée d'Art de Dallas.
- 2003 : Alberto Gironella : Barón de Beltenebros, Palais des beaux-arts, Mexico.
- 2008 : Oblidant Velázquez. Las Meninas, musée Picasso, Barcelone.
- 2017 : Pas de mur pour l'art !, galerie Thessa Herold, Paris.
- 2018-2019 : Pop América, Musée d'Art McNay, San Antonio ; Nasher Museum ; Block Museum, Evanston.
- 2019-2020 : Twists and Roundabouts Around Surrealism, Musée national d'Art de Roumanie, Bucarest.
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Alberto Gironella » (voir la liste des auteurs).
- (es) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en espagnol intitulé « Alberto Gironella » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Oblidant Velázquez. Las Meninas, Barcelone, Museu Picasso / Ajuntament de Barcelona, 2008, p. 218, (ISBN 978-84-9850-090-5).
- ↑ (en) « Alberto Gironella », sur Encyclopædia Britannica
- 1 2 (es) Silvia Cherem, Trazos y revelaciones. Entrevista a diez artistas mexicanos, Fondo de Cultura Económica,
- ↑ (es) Elena Poniatowska, « La súbita muerte de Bambi, Ana Cecilia Treviño », sur La Jornada,
- ↑ (en) Valerie Fraser, « Surrealising the Baroque: Mexico's Spanish Heritage and the Work of Alberto Gironella », Oxford Art Journal, vol. 14, no 1, , p. 34-43 (DOI 10.1093/oxartj/14.1.34)
- ↑ (en) Museo de Arte Contemporáneo de Monterrey, Mexican Masters of the 20th Century, MARCO, (ISBN 9686623566), p. 365
- ↑ (es) Rubén Bonet, « Madonna o la obsesión icónica », La Jornada, (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- (es) Alberto Gironella, Guadalupe García Miranda, Mercedes Iturbe, Octavio Paz, Ramón Xirau, Alberto Gironella : Barón de Beltenebros, Mexico, Museo del Palacio de Bellas Artes / RM, (ISBN 968520828X)
- (es) Alberto Gironella. Exposición antológica, Mexico, Museo Rufino Tamayo,
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :