Alessandro Blasetti
Alessandro Blasetti, né le à Rome et mort le dans la même ville, est un réalisateur, père fondateur du cinéma italien moderne.
| Président du jury du festival de Cannes | |
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Biographie
modifierFamille et formation
modifierNé dans une famille à vocation artistique — son père, Cesare, est professeur de hautbois et de cor anglais à l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia, alors que son grand-père est sculpteur —, Alessandro Blasetti suit sa scolarité dans un institut religieux tenu par les pères de Somasque au collège de Spello près d'Assise. Il la termine au lycée militaire de Rome, puis fait, selon les vœux de sa mère, Augusta Lulani, héritière d'une vieille famille d'avocats de la Curie, son droit à l'université de la Sapienza de Rome.
Il se marie en 1923 et travaille comme employé de banque à la filiale romaine de la "Banca Popolare Triestina", avant d'être diplômé en 1924 et de se lancer dans le journalisme[1].
Critique de cinéma
modifierIl devient collaborateur du quotidien L'Impero dans lequel il inaugure, en 1925, la première rubrique cinématographique dans un journal italien. Comme critique, Blasetti se bat pour la "renaissance du cinéma italien". À cet effet, il fonde, en 1926, Lo Schermo, revue de cinéma qui devient, deux ans plus tard, cinematografo. Il crée également Lo Spettacolo d'Italia, autre hebdomadaire cinématographique à plus large diffusion.
Cinéaste sous Mussolini
modifierAvec le soutien financier des lecteurs de Cinematografo, il fonde une coopérative de production, l'Augustus, grâce à laquelle il réalise Sole (1929) qui aborde un des chantiers du fascisme, l'assainissement des zones marécageuses. Le militantisme aux côtés du régime mussolinien caractérise la première période d'Alessandro Blasetti avec des films comme Le Rappel de la terre (Terra madre) (1930), 1860 (1933) et Vieille garde (Vecchia guardia) (1934). Dans ces deux premiers films, Blasetti emploie pourtant le dialecte alors qu'au nom de l'unité nationale, le fascisme le prohibe. Vecchia guardia, consacré aux circonstances de l'arrivée au pouvoir des fascistes, constitue le sommet de l'engagement de Blasetti aux côtés de Mussolini. Toutefois, le film reçoit un accueil mitigé des officiels du régime. Déçu, sans doute, mais aussi sujet à une crise de conscience, Blasetti s'éloigne de l'actualité et de la politique. Il préfére s'atteler, dans une relative liberté, à la reconstruction du passé historique avec des films comme Ettore Fieramosca (1938), Une aventure de Salvator Rosa (Un'Avventura di Salvator Rosa) (1939) et La Couronne de fer (1941).
1942 : la naissance du néoréalisme : Quatre pas dans les nuages
modifierQuatre Pas dans les nuages (Quattro passi tra le nuvole) (1942) marque, dans la carrière de Blasetti, un tournant décisif. Les historiens du cinéma le considèrent comme le point de départ, avec Les Amants diaboliques (Ossessione) de Luchino Visconti et Les enfants nous regardent de Vittorio De Sica, du néoréaliste.
Après-guerre : la comédie
modifierAprès-guerre, Alessandro Blasetti traverse une période plus incertaine. Il ne retrouve, une seconde jeunesse qu'avec la réalisation des comédies Dommage que tu sois une canaille (Peccato che sia una canaglia) (1954) et La Chance d'être femme (La fortuna di essere donna) dans lesquels il crée le couple de vedettes, Sophia Loren et Marcello Mastroianni.
Documentariste de télévision
modifierApte à anticiper l'esprit du temps, toujours soucieux d'être en intelligence avec le public, Blasetti s'oriente, à la fin de sa vie, comme Roberto Rossellini, vers la télévision. Toutefois, alors que Rossellini persévère dans la voie d'un cinéma de fiction, Blasetti choisit le documentaire.
Critiques
modifier- Le critique François Truffaut écrit : "Dommage que tu sois une canaille est un film qui s’est fait tout seul. Parti de rien, Blasetti n’est arrivé nulle part (...). Voilà du néoréalisme d’exportation ; on peut s’endormir dix minutes sans perdre le fil de l’histoire puisqu’il n’y en a pas ; c’est bien commode, et s’il se trouve quelques spectateurs pour rire, c’est que – mettez-vous à leur place – il est dur de payer quatre cents francs son fauteuil pour ne pas s’amuser à un film prétendu drôle sur les affiches ! [2].
- « Réalisateur-artisan » plutôt que « réalisateur-artiste », Alessandro Blasetti est souvent comparé aux grands cinéastes hollywoodiens. Innovateur, expérimentateur de métiers et de genres, éclectique en un mot, Alessandro Blasetti ne dédaigne aucun moyen d'expression. Il se décrit ainsi : " Je suis un professionnel de même qu'un avocat est un avocat, un médecin est un médecin. À un certain moment, le médecin peut faire une grande découverte ou un miracle, mais d'habitude, il soigne une grippe, un typhus, un rhume."[3]
- Les critiques de cinéma considèrent qu'Alessandro Blasetti fut, avec Mario Camerini, le seul grand cinéaste de la période mussolinienne.
- Freddy Buache, après avoir brossé une description peu flatteuse du cinéma italien sous Mussolini, écrit de façon paradoxale : « On a coutume de signaler dans ce vaste désert de l'histoire du cinéma fasciste, deux oasis auxquelles les observateurs accordent une importance exagérée : Alessandro Blasetti et Mario Camerini. (...) Blasetti et Camerini, simplement, se distinguent de la médiocrité ambiante qui exaspère jusqu'aux principaux responsables du régime. »[4].
- De son côté, Jean A. Gili, historien du cinéma italien, nous rappelle « qu'il n'est pas indifférent de constater que les deux meilleurs cinéastes italiens des années 1930, A. Blasetti et M. Camerini, tournent en 1928 et 1929, deux œuvres-clefs du cinéma italien : Sole et Rails (Rotaie). » . Quelques lignes plus bas, il confirme : « Parmi les cinéastes les plus représentatifs de la période, émergent la figure de Mario Camerini, auteur de comédies douces-amères posant un regard critique sur la société italienne, et celle d'Alessandro Blasetti, très à l'aise dans les reconstitutions historiques ». Il cite, toutefois, un autre réalisateur, Goffredo Alessandrini, « cinéaste des évocations nostalgiques et des entreprises héroïques »[5].
- Dans son ouvrage consacré à Visconti, Laurence Schifano écrit : "(...) un cinéaste comme Alessandro Blasetti, tout fasciste qu'il ait été, avait, dès 1928, par ses films majeurs (Sole, 1860) et par son enseignement à l'École de la cinématographie, suivi lui aussi "la voie de la vérité et de la réalité". Convaincu que les acteurs doivent se frotter à la réalité au lieu de s'enfermer entre les rayonnages des bibliothèques, il emmenait ses élèves en expédition dans les asiles d'aliénés, dans les prisons, dans les morgues pour leur montrer ce que sont de "vrais" fous, de "vrais" détenus, de "vrais" morts. Le tournage en décor réel - les marais pontins de Sole ou la Sicile de 1860 -, le choix d'interprètes et de figurants pris dans la vie réelle, pour exceptionnels qu'ils aient pu être à l'époque des téléphones blancs, n'étaient pas des conceptions complètement absentes du panorama cinématographique italien."[6]
Témoignages
modifier- Mario Monicelli, cinéaste italien : « C'est Blasetti qui a inventé la comédie à l'italienne, la vraie, avec les films Loren-Mastroianni. »
- Sophia Loren : « Je dois à Blasetti mon premier "vrai" film, mon personnage numéro un (...) Il a fallu Dommage que tu sois une canaille (1954) pour me révéler un "caractère complet"... »
- Marcello Mastroianni : « C'est à Blasetti que je dois mon entrée dans le cinéma... Il voulait que je sois aux côtés de Sophia (Loren) dans Dommage que tu sois une canaille et La Chance d'être femme (1956), deux films qui ont commencé à me faire connaître à l'étranger. »
- Le critique Tullio Kezich écrit : " Qui eut le premier l'idée de les mettre en couple ? Le mérite revient au cinéaste Blasetti, qui les réunit pour Peccato che sia una canaglia, tiré d'une nouvelle d'Alberto Moravia, Il fanatico. (...) Les témoignages sur le film, remontant à et figurant dans le volume Alessandro Blasetti de Luca Verdone (Éditions Gremese), ne laissent planer aucun doute."
Le fascisme italien d'Alessandro Blasetti
modifier- Dans un ouvrage consacré par Jean A. Gili au cinéma italien sous Mussolini, Alessandro Blasetti s'explique : "J'ai été fasciste jusqu'en 1936, c'est-à-dire jusqu'à la conquête de l'Éthiopie. J'avais cru au fascisme jusque-là et je partageais complètement les paroles de Mussolini : "Nous préférons la guerre chez les autres, nous bonifions les marais pontins et les autres marais, mais si vraiment on veut nous chercher querelle, nous avons aussi les fusils et les canons." Ensuite, je n'ai plus été d'accord quand il a parlé de l'Éthiopie. (...) Mussolini voulait conquérir l'Éthiopie, et c'est tout. (...) tout en me détachant du fascisme, je n'ai jamais joué à l'antifasciste ni ne l'ai professé, je suis devenu afasciste. (...)" (in: Le cinéma italien à l'ombre des faisceaux - (1922-1945), Jean A. Gili, Institut Jean-Vigo)
Bibliographie
modifier- Gianfranco Miro Gori : Alessandro Blasetti, Ed. La Nuova Italia, Florence, 1984, (en langue italienne seulement).
Filmographie
modifierCinéma
modifier- 1917 : La crociata degli innocenti
- 1929 : Sole
- 1930 : Nerone
- 1931 : Le Rappel de la terre (Terra madre)
- 1931 : Resurrectio
- 1932 : La Table des pauvres (La tavola dei poveri)
- 1932 : Le Palio de Sienne (Palio)
- 1932 : Assisi (court-métrage documentaire de 12')
- 1933 : L'impiegata di papà
- 1933 : Il caso Haller
- 1934 : La Vieille Garde (Vecchia guardia)
- 1934 : 1860
- 1935 : Aldebaran
- 1937 : Contessa di Parma
- 1938 : Caccia alla volpe nella campagna romana (it) (court-métrage documentaire de 20')
- 1938 : Ettore Fieramosca
- 1939 : Retroscena
- 1939 : Une aventure de Salvator Rosa (Un'avventura di Salvator Rosa)
- 1941 : La Couronne de fer (La corona di ferro)
- 1942 : La Farce tragique (La cena delle beffe)
- 1942 : Quatre Pas dans les nuages (Quattro passi tra le nuvole)
- 1945 : Sept femmes, sept destins (Nessuno torna indietro)
- 1946 : Un jour dans la vie (Un giorno nella vita)
- 1947 : Il duomo di Milano (it) (court-métrage documentaire)
- 1947 : La gemma orientale dei papi (it) (court-métrage documentaire)
- 1949 : Fabiola
- 1950 : Ippodromi all'alba (court-métrage)
- 1950 : Sa Majesté monsieur Dupont (Prima comunione)
- 1951 : Quelli che soffrono per voi (court-métrage)
- 1952 : Heureuse Époque (Altri tempi)
- 1952 : Amour et Jalousie (La Fiammata)
- 1953 : Miracolo a Ferrara (it) (court-métrage documentaire de 9')
- 1954 : Quelques pas dans la vie (Tempi nostri)
- 1954 : Dommage que tu sois une canaille (Peccato che sia una canaglia)
- 1956 : La Chance d'être femme (La fortuna di essere donna)
- 1958 : Amour et Commérages (Amore e chiacchiere (Salviamo il panorama))
- 1959 : Nuits d'Europe (Europa di notte)
- 1961 : J'aime, tu aimes (Io amo, tu ami)
- 1962 : Les Quatre Vérités
- 1964 : Le Coq du village (Liolà)
- 1966 : L'Amant fantôme (La ragazza del bersagliere)
- 1966 : Moi, moi, moi et les autres (Io, io, io... e gli altri)
- 1969 : Simon Bolivar (Simón Bolívar)
Télévision
modifierNotes et références
modifier- ↑ Aldo Vergano, Cronache degli anni perduti, Firenze, Parenti, 1958, p. 135.
- ↑ François Truffaut in Arts n°523, 6-
- ↑ Jean A. Gili : Le cinéma italien à l'ombre des faisceaux, Perpignan, Institut Jean-Vigo, 1990
- ↑ Freddy Buache, Le cinéma italien de 1945 à 1990, Éditions L'Âge d'Homme
- ↑ Jean A. Gili, in : Dictionnaire du Cinéma mondial sous la direction de Jean-Loup Passek, p. 342, Paris, Éditions Larousse
- ↑ Laurence Schifano, Luchino Visconti, Paris, Éditions Gallimard
Liens externes
modifier- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :