Alessandro Bustini
Alessandro Bustini, né le à Rome et mort le [1],[2],[note 1] dans la même ville, est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre italien. Professeur de composition au Conservatoire Sainte-Cécile de Rome, où il eut notamment pour élèves Goffredo Petrassi, Guido Turchi et Bruno Maderna, il présida l'Académie nationale Sainte-Cécile de 1952 à 1964.
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Biographie
modifierFormation
modifierNé à Rome de Caterina Gessari, il est enregistré à la naissance sous le nom de sa mère ; il est ensuite adopté par Saturnino Bustini, qui épouse sa mère en 1887, et il est autorisé en 1909 à porter le seul nom de Bustini[3]. Il se forme au lycée musical de Sainte-Cécile auprès de Giovanni Sgambati (piano), Stanislao Falchi (composition) et Remigio Renzi (orgue). Il obtient son diplôme de piano en 1896 ; l'année suivante, il achève également les cours de composition et d'orgue et reçoit une distinction ministérielle[1]. Encore étudiant, il commence à se produire dans les salons de l'aristocratie et de la bourgeoisie romaines et, à partir de 1899, devient une présence régulière dans les programmes de Sainte-Cécile, tantôt comme pianiste, tantôt comme auteur des œuvres jouées[1].
Enseignement
modifierSa carrière d'enseignant au conservatoire de Rome commence le , lorsqu'un concours lui attribue l'enseignement du piano complémentaire et de la lecture de partition destiné aux étudiants en composition[4]. Dix ans plus tard, il réussit également le concours d'harmonie et de contrepoint, sans toutefois accepter la chaire[1]. Deux autres nominations obtenues par concours restent sans suite : la chaire de composition au conservatoire de Naples en 1914 et la direction du conservatoire de Florence en 1928, toutes deux refusées afin de continuer à suivre ses élèves à Rome[1]. À partir du , toujours par concours, il devient professeur titulaire de piano[4].
Le poste le plus important est la chaire de contrepoint, fugue et composition du Conservatoire Sainte-Cécile, qu'il occupe de 1925[1] jusqu'à la fin de l'année scolaire 1939-1940[note 2]. De sa classe sortent des musiciens appelés à marquer le XXe siècle musical italien, comme Goffredo Petrassi, Guido Turchi, Bruno Maderna[1] et Carlo Maria Giulini[5]. Sa relation avec Petrassi commence de manière singulière : Bustini l'entend jouer dans l'arrière-boutique du magasin de musique où le jeune homme est vendeur, lui donne des leçons particulières de piano chaque semaine et l'envoie étudier l'harmonie et le contrepoint auprès de Vincenzo Di Donato, puis de Cesare Dobici ; après l'avoir fait entrer au conservatoire en 1928, il le suit dans ses études de composition jusqu'à son diplôme de l'année 1931-1932, obtenu avec la note maximale à toutes les épreuves[6],[7],[8]. Petrassi lui dédie sa Partita pour orchestre, publiée par Ricordi en 1934, et écrit en 1940 un portrait de son maître[9]. En novembre 1937, après avoir vérifié sa préparation, Bustini accueille aussi dans sa classe Bruno Maderna, qui quitte Milan pour Rome à cette occasion[10].
Après avoir quitté sa chaire, il rejoint le l'administration centrale comme inspecteur central de première classe du ministère, à la direction générale des Arts ; c'est lui-même qui avait demandé ce poste, avec l'appui du président de l'Académie Sainte-Cécile, le comte Enrico di San Martino Valperga[11]. Le ministère avait déjà fait appel à lui les années précédentes pour des inspections et des avis sur les écoles de musique du Royaume et sur les écoles italiennes à l'étranger, à Alexandrie et à Tunis[1]. Il reçoit le titre de professeur émérite en 1954[1].
Pianiste et chef d'orchestre
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Parallèlement à l'enseignement, Bustini mène une carrière d'interprète. Il joue en soliste et au sein du Quartetto romano, dont il est le pianiste, et accompagne en duo certains des instrumentistes les plus célèbres de son temps, parmi lesquels Pablo de Sarasate, Joseph Joachim, Eugène Ysaÿe, David Popper, Hugo Becker et Pablo Casals. Ces concerts, où il insère souvent ses propres pièces, ont lieu dans la salle académique de Sainte-Cécile et, à partir de 1909, à l'Augusteo[1]. Il se produit aussi souvent avec la violoniste Gioconda Striglia, sa future épouse, par exemple à la Sala Costanzi de Rome en 1904 et en 1906[12].
Jeune encore, il se tourne aussi vers la direction d'orchestre : en 1906, il accompagne Arturo Toscanini en Argentine comme premier assistant pour la saison lyrique du Théâtre Colón de Buenos Aires[1],[13], et dirige ensuite les exercices d'orchestre du conservatoire de Rome de 1914 à 1924, date à laquelle il y renonce[14]. Trois exécutions sous sa direction sont particulièrement mentionnées. Le , au Panthéon, lors de la cérémonie à la mémoire d'Humbert Ier, il présente la Messa da requiem a cappella d'Ildebrando Pizzetti, et quelques jours plus tard, le , il dirige à l'Académie philharmonique romaine le Stabat Mater de Lorenzo Perosi. Dans la même salle, le , il dirige la première italienne du Stabat Mater de Joseph Haydn, dont il avait également réalisé le continuo[1].
Fonctions dans les institutions musicales
modifierAdmis parmi les membres de l'Académie Sainte-Cécile le [15], il en est élu vice-président vingt-six ans plus tard, en janvier 1930[note 3] ; l'année suivante, il entre dans l'organe chargé des concerts académiques. Il dirige en outre la programmation artistique de l'Académie philharmonique romaine à deux reprises, pour un total de cinq saisons, dont celle de 1922[16], et participe entre 1934 et 1936 à la gestion du Teatro dell'Opera di Roma[1].
Lorsqu'en juillet 1944 l'Académie est placée sous l'autorité d'un commissaire, Bustini perd ses fonctions. Il les retrouve en mars 1947, lorsque la gestion de l'Académie est rendue aux académiciens[1],[17],[note 4]. Le , le ministre de l'Instruction publique le nomme commissaire extraordinaire du Conservatoire Sainte-Cécile, en remplacement de Gastone Rossi-Doria ; il conserve cette charge jusqu'en 1950[18].
Le , l'Académie nationale Sainte-Cécile le choisit comme président ; il succède à Ildebrando Pizzetti et aura lui-même pour successeur Guido Guerrini[1],[19],[20]. La même année 1952, il fonde la revue de l'Académie, Santa Cecilia, dont le premier numéro paraît le [21] ; il est réélu président en 1955[22] et signe en 1956 la nomination de Dmitri Chostakovitch comme académicien honoraire[23]. Le principal problème de son mandat est l'absence de salle : depuis l'après-guerre, les saisons symphoniques sont accueillies à titre provisoire au Teatro Argentina. La solution est l'auditorium de la via della Conciliazione, inauguré le [1],[20]. En 1956, l'Académie lui décerne sa médaille et, en 1959, il est appelé à présider une section du Conseil supérieur de l'instruction publique[1]. Des problèmes de santé le conduisent à quitter la présidence en mars 1964 ; il continue néanmoins d'enseigner[1].
Dès 1915, il est chevalier de l'Ordre de la Couronne d'Italie, de l'Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, de l'ordre du Christ portugais et de l'ordre serbe de Saint-Sava ; il obtient par la suite le grade de grand officier[24]. Il reçoit la médaille d'or des méritants de l'école, de la culture et de l'art. Il meurt à Rome en 1970[1]. Ses papiers musicaux constituent l'un des fonds de la bibliothèque de l'Académie nationale Sainte-Cécile[25].
Vie privée
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Le , il épouse la violoniste Gioconda Striglia (née en 1884), avec qui il s'était déjà produit en concert ; après le mariage, elle renonce à sa carrière de concertiste[26]. La tournée argentine avec Toscanini cette même année tient aussi lieu de voyage de noces[13]. Ils ont trois filles : Elsa (née en 1908) et les jumelles Maria Luisa, dite Marisa, et Maria Letizia (nées en 1913)[27]. La famille habite à Rome, viale Carso, et passe ses vacances à Santa Marinella[28].
Œuvres
modifierLa production de Bustini comprend de la musique orchestrale, sacrée, de chambre, vocale et pour la scène[1].
Théâtre
modifier- Maria Dulcis, opéra sur un livret d'Edoardo Checchi[note 5], créé au Teatro Costanzi de Rome le [1] ;
- La città quadrata (1911), sur un livret de Fausto Salvatori, non représenté ; l'une des trois œuvres finalistes d'un concours organisé par la ville de Rome[1],[17] ;
- L'incantesimo di Calandrino (1918), sur un livret de Fausto Salvatori, non représenté, primé au concours Tofani organisé par la revue romaine Musica[1].
Musique orchestrale
modifier- Sinfonia in sol minore pour orchestre et orgue (1899)[1] ;
- Sinfonia pour orchestre[29] ;
- Le tentazioni, poème symphonique sur quatre sonnets de Fausto Salvatori (1914), joué à Sainte-Cécile sous la direction de Bernardino Molinari en 1914 et de Luigi Mancinelli en 1916[1],[30] ;
- Marcia trionfale pour orchestre[17].
Musique sacrée
modifier- Missa pro defunctis ad chorum quatuor vocum inaequalium (1902), composée à la mémoire de Victor-Emmanuel II et publiée à Turin par Marcello Capra en 1941[1],[31].
Musique de chambre et pour piano
modifier- Minuetto in sol pour piano, publié en 1899 dans La Tribuna illustrata della domenica[13] ;
- Trois pièces pour piano op. 14, publiées à Moscou par Jurgenson[31] ;
- Piccola suite pour piano (1903)[1] ;
- Capriccio pour violon et piano (vers 1903)[31] ;
- Notturno e Capriccio[32] ;
- Quatuor à cordes en sol mineur (1910)[1] ;
- Sonate en ré majeur pour violon et piano (1914), lauréate du concours organisé par la revue Musica[1] ;
- Sonate en sol mineur pour alto et piano (1920), publiée par Ricordi[1],[31] ;
- Quatuor à cordes en la majeur (1930), publié par Ricordi en 1931[1],[31] ;
- Suite scarlattiana pour quatuor à cordes (1940)[1].
Musique vocale
modifier- Album di sei melodie pour chant et piano (1899)[1] ;
- La principessa dai capelli d'oro, conte en quatre ballades pour chant et piano (1910)[1] ;
- Le notti senza luna pour chant et piano (1931)[1] ;
- Tre liriche pour chant et piano (1934)[1] ;
- Le stagioni, poème pour voix et petit orchestre de chambre sur des vers de Giuseppe Ungaretti (1940)[1].
Écrits et révisions
modifier- La sinfonia in Italia, Rome-Turin, Casa Editrice Nazionale, 1904, essai qui revendique l'origine italienne de la symphonie et plaide pour un renouvellement de l'enseignement de la composition[1],[33] ;
- révision du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach, publiée à Rome par De Santis en 1935 et 1937[1],[31] ;
- révision du Gradus ad Parnassum de Muzio Clementi[1].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ La base de données Musicanet indique le comme date de décès. Voir (en) « Bustini, Alessandro (1876-1970) », sur Musicanet (consulté le ).
- ↑ D'après les archives du conservatoire, la chaire lui est attribuée par concours le et confirmée en 1929. Voir Tortora 2026, p. 457.
- ↑ Une lettre du président de l'Académie datée du lui annonce son élection à l'unanimité par l'assemblée de la veille ; la réponse de Bustini est datée du . Voir Tortora 2026, p. 449-450.
- ↑ Le Dizionario Biografico degli Italiani indique mai 1947.
- ↑ D'autres sources attribuent le livret à Eugenio Checchi. Voir Tortora 2026, p. 447, note 7.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 (it) Clara Gabanizza, Bustini, Alessandro, vol. 15, Istituto dell'Enciclopedia Italiana, (lire en ligne)
- ↑ Tortora 2026, p. 441 (année seule).
- ↑ Tortora 2026, p. 443, note 3.
- 1 2 Tortora 2026, p. 456.
- ↑ Tortora 2026, p. 462.
- ↑ (it) « Petrassi Goffredo (Zagarolo, 1904 – Roma, 2003) » [PDF], Gruppo dei Romanisti (consulté le )
- ↑ (en) « Goffredo Petrassi », sur Naxos Music Library (consulté le )
- ↑ Tortora 2026, p. 459, 461-462.
- ↑ Tortora 2026, p. 460-461, 484.
- ↑ Tortora 2026, p. 459.
- ↑ Tortora 2026, p. 450-452, 457.
- ↑ Tortora 2026, p. 444-445.
- 1 2 3 Tortora 2026, p. 444.
- ↑ Tortora 2026, p. 457.
- ↑ Tortora 2026, p. 448.
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- ↑ Tortora 2026, p. 457-458.
- ↑ Tortora 2026, p. 453, note 19.
- 1 2 (en) « A multi-century history », sur Accademia Nazionale di Santa Cecilia (consulté le )
- ↑ Tortora 2026, p. 453-454.
- ↑ Tortora 2026, p. 468.
- ↑ Tortora 2026, p. 446.
- ↑ Tortora 2026, p. 448-450.
- ↑ (it) « Disegno di legge n. 2720 – Istituzione della «Fondazione Accademia nazionale di Santa Cecilia» » [PDF], Sénat de la République, XIIIe législature, (consulté le ), p. 3
- ↑ Tortora 2026, p. 443-445.
- ↑ Tortora 2026, p. 443.
- ↑ Tortora 2026, p. 444 et 447.
- ↑ Tortora 2026, p. 467, 469.
- ↑ Tortora 2026, p. 453.
- 1 2 3 4 5 6 Tortora 2026, p. 447, note 7.
- ↑ Tortora 2026, p. 469.
- ↑ Tortora 2026, p. 465-466.
Bibliographie
modifier- (it) Daniela Tortora, « Alessandro Bustini, maestro di Petrassi », dans Antonio Caroccia (dir.), La formazione musicale al Conservatorio "Santa Cecilia" tra XIX e XX secolo, Lucques, LIM, coll. « Studi e Saggi » (n° 81), 2026, p. 441-484 (ISBN 9788855434997).
- (it) Raffaele Pozzi, « Classicismo romano. Maderna allievo di Bustini », dans Gabriele Bonomo (dir.), Maderna e l'Italia musicale degli anni '40, Milan, Suvini Zerboni, 2012, p. 45-82.
- (it) Goffredo Petrassi, « Profilo di Alessandro Bustini », dans Scritti e interviste, éd. Raffaele Pozzi, Milan, Suvini Zerboni, 2008, p. 17-18.
- (it) Mario Rinaldi, All'ombra dell'Augusteo. La giovane scuola sinfonica romana, Rome, , p. 85-91
- (it) Remo Giazotto, Quattro secoli di storia dell'Accademia nazionale di Santa Cecilia, t. II, Rome,
- (it) Alberto Basso, Il Conservatorio di Musica "Giuseppe Verdi" di Torino, Turin, , p. 138-139
Liens externes
modifier- (it) « La sinfonia in Italia », sur Internet Archive, Rome-Turin, Roux e Viarengo, (copie numérisée)
- Ressources relatives à la musique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :