Amen.
Amen.[N 1] est une coproduction internationale film franco-germano-roumain réalisé par Costa-Gavras, sorti en 2002. Il s'agit d'une adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Le Vicaire (Der Stellvertreter) de Rolf Hochhuth, critiquant l'inaction du pape Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale, en particulier devant les persécutions des Juifs.
| Réalisation | Costa-Gavras |
|---|---|
| Scénario |
Costa-Gavras Jean-Claude Grumberg |
| Musique | Armand Amar |
| Acteurs principaux |
Ulrich Tukur Mathieu Kassovitz Ulrich Mühe Michel Duchaussoy |
| Sociétés de production | Pathé Films |
| Pays de production |
|
| Genre | Drame |
| Durée | 135 minutes |
| Sortie | 2002 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
L’année suivante, il est nommé sept fois à la 28e cérémonie des César et obtient le César du meilleur scénario original ou adaptation.
Synopsis
modifierEn 1936, l'activiste juif Štefan Lux tente en pleine session de la Société des Nations d'alerter la Communauté internationale sur les dangers du nazisme en se suicidant.
A l'approche de la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler et les nazis organisent l'Aktion T4, extermination déguisée de personnes handicapées physiques et mentales, menée de 1939 à . Malgré les hésitations de la hiérarchie catholique (notamment du cardinal Adolf Bertram, président de la Conférence de Fulda, qui temporise, estimant qu'il n'y a pas assez de preuves pour protester) l'évêque de Münster, Clemens August von Galen, affronte publiquement le régime nazi dans un sermon prononcé le 3 août 1941, qui connaît un énorme retentissement en Allemagne et à l'étranger, et qui conduit Hitler à décider l'arrêt de l’Aktion T4, le 24 Août 1941 et qui aurait fait au moins 70 000 victimes[1],[2].
Alors que la guerre fait rage, un officier allemand de la SS, chimiste fournissant les camps d'extermination en Zyklon B, Kurt Gerstein, cherche à alerter le Vatican du génocide dont les Juifs sont alors victimes. Ricardo Fontana[N 2], jeune jésuite conseiller auprès du nonce apostolique en poste à Berlin et dont la carrière s'annonce prometteuse, lui prête l'oreille. Ils se rendent à Rome[N 3], Ricardo pensant que le fait que son père soit un haut dignitaire dans la hiérarchie laïque du Vatican les aidera à convaincre Pie XII de la nécessité d'une condamnation sans ambiguïté des crimes nazis à l'égard des Juifs. Mais leurs initiatives pour tenter d'interrompre la Shoah ne trouveront pas d'écho auprès des hautes autorités étrangères ou religieuses[3].
De désespoir, et en signe de révolte devant la passivité de la hiérarchie catholique, Ricardo Fontana accompagne les Juifs de Rome lorsque ceux-ci sont raflés malgré l'arrangement trouvé par le pape Pie XII (qui pensait avoir acheté leur protection en échange de 50 kg d'or collecté par les Juifs, et qui fait cesser la poursuite de la rafle[4]), et déportés à Auschwitz pour y trouver la mort. Quant à Kurt Gerstein, il tente en vain de faire sortir son ami jésuite du camp d'extermination. A la fin de la guerre, il finira inculpé par les Alliés de crimes de guerre, car ceux-ci ne peuvent croire en sa bonne foi. Ce qui n'est pas le cas du médecin commandant du camp d'extermination, se présentant comme « bon catholique », qui fera jouer ses relations avec certains prélats au Vatican - comme l'évêque Alois Hudal (qui a réellement existé) chargé des réfugiés allemands et autrichiens en 1944 et pronazi[5] - et obtiendra par leur intermédiaire un visa pour l'Argentine à travers les réseaux d'exfiltration nazis.
Fiche technique
modifier- Titre original : Amen.
- Réalisation : Costa-Gavras
- Scénario : Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg, d'après la pièce Le Vicaire (Der Stellvertreter) de Rolf Hochhuth
- Costumes : Édith Vesperini
- Photographie : Patrick Blossier
- Montage : Yannick Kergoat
- Musique : Armand Amar et Laurent Levesque (arrangements)
- Production : Claude Berri, Pierre Grunstein, Andrei Boncea (en) et Michèle Ray-Gavras
- Sociétés de production : Canal+, K.G. Productions, KC Medien, Katharina, Renn Productions et TF1 Films Production
- Distribution : Pathé Distribution (France)
- Pays de production :
Allemagne,
Roumanie et
France - Langues originales : anglais, allemand, italien et français
- Genre : drame, historique
- Durée : 135 minutes
- Dates de sortie :
Distribution
modifier- Ulrich Tukur (VF : Samuel Labarthe) : Kurt Gerstein
- Mathieu Kassovitz : Riccardo Fontana
- Ulrich Mühe (VF : Pierre Arditi) : le docteur[N 4]
- Michel Duchaussoy : le cardinal
- Ion Caramitru (VF : Michel Aumont) : le comte Fontana
- Marcel Iures : le pape Pie XII
- Friedrich von Thun : le père de Kurt Gerstein
- Antje Schmidt (de) : Madame Gerstein
- Hanns Zischler : Grawitz
- Sebastian Koch : Rudolf Höss
- Erich Hallhuber (de) : Von Rutta
- Marina Berti : la princesse
- Angus MacInnes : Tittman
- Bernd Fischerauer : l'évêque von Galen
- Justus von Dohnányi : le baron von Otter
- Günther Maria Halmer : le pasteur Dibelius
- Ovidiu Cuncea : Štefan Lux
- Michael Mendl : l'évêque Hudal
- Horațiu Mălăele : Karl Fritzsch
- Pierre Franckh : le pasteur Wehr
Production
modifierLes scènes censées se dérouler au Vatican ont en fait été tournées dans le palais du Parlement de Bucarest. Le tournage a également lieu à Sibiu et dans les MediaPro Studios de Bucarest. Certains extérieurs sont tournés au palais de Mogoșoaia[6]. Pour les scènes tournées à Rome, on peut notamment reconnaître certaines rues du ghetto, la piazza Mattei et la fontaine des Tortues, ainsi que le palais Mattei di Giove, qui figure la demeure du comte Fontana.
Accueil
modifierAccueil critique
modifier| Site web | Note |
|---|---|
| Metacritic | 57/100[7] |
| Rotten Tomatoes | 67 %[8] |
| Allociné |
| Périodique | Note |
|---|
Sur l'agrégateur américain Rotten Tomatoes, le film récolte 67 % d'opinions favorables pour 49 critiques[8]. Sur Metacritic, il obtient une note moyenne de 57⁄100 pour 19 critiques[7].
En France, le site Allociné propose une note moyenne de 3,4⁄5 à partir de l'interprétation de critiques provenant de 17 titres de presse[9].
Réception presse
modifierLe Monde note un film ambitieux et extrêmement bien documentée mais trop romancée remettant en lumière l'attitude de l'Eglise catholique face à la Shoah[10].
La Libre remarque que le film suscite des débats entre des représentants du Vatican et des historiens[11].
La DH mentionne une œuvre bouleversantes où toute l'horreur se résumé aux personnages qui sont au courant de la mise en place de la Shoah et ceux qui en ignorent tout[12].
Études affirme que le film vaut la peine d'être regarder parce que les divers sujets historiques abordé ont le mérite d'être ainsi sauvés de l'oubli[13].
RTBF parle d'un film de résistance oscillant intelligemment entre la rigueur historique et une mise en scène maîtrisée[14].
Télérama mentionne un brûlot filmé envers l’Église catholique qui parvient à dénoncer le passé sombre de cette institution[15].
Le Nouvel Obs salut la simplicité avec laquelle le film dénonce le silence du Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale ainsi que la passivité des puissances alliées face à l’extermination des juifs[16].
Distinctions
modifierLes informations contenues dans cette section peuvent être confirmer par MUBI[17].
Récompenses
modifierNominations
modifier- 2002 :
- Berlinale : Ours d'or[20]
- European Film Awards : Best European Actor (Audience Award)
- 2003 : César : meilleur film, meilleur réalisateur pour Costa-Gavras, meilleur acteur pour Mathieu Kassovitz, meilleure musique écrite pour un film pour Armand Amar, meilleure photographie pour Patrick Blossier et meilleur son pour Dominique Gaborieau et Pierre Gamet[18]
Lauréat
modifier- 2002 : Golden Globes : Best European Film et Best Distributor
- 2003 : L'Académie des Lumières : Best Film
Commentaire
modifierAnalyse
modifierDirectement inspiré de la pièce de théâtre Le Vicaire de Rolf Hochhuth, le film en reprend la dénonciation de l'attentisme qu'il prête au Vatican face à la Shoah. La version présentée par Costa-Gavras a été très critiquée bien au-delà du cercle de l'Église catholique[21],[22],[23],[24].
Costa-Gavras met cependant plus l'accent que le dramaturge allemand sur la passivité également coupable des Alliés, en particulier les États-Unis, dont l'ambassadeur à Rome est présenté comme un lâche qui se retranche derrière la passivité du Vatican, et qui refuse toutes les demandes de Ricardo Fontana pour faire détruire les camps par l'armée américaine — ou même pour faire jouer les moyens de propagande des Alliés afin d'avertir le peuple allemand du sort réservé aux Juifs à l'Est.
Plusieurs épisodes du film ne figurent pas dans la pièce de Hochhuth et sont tirés de la biographie détaillée de Kurt Gerstein écrite par Pierre Joffroy et publiée en 1992, L'Espion de Dieu. La passion de Kurt Gerstein[25].
À l'inverse, Costa-Gavras a coupé de nombreux passages de la pièce. Après la première du film à Berlin, où il était présent, Rolf Hochhuth a déclaré : « Je n'avais que des mots, le cinéaste possède l'image. Ce qu'a filmé Costa-Gavras est bien plus fort que ma pièce. En supprimant, contre mon avis, une partie des scènes avec le pape, il rend très forte la solitude inaccessible de Pie XII. Il a eu raison, j'avais tort[26]. »
Affiche
modifierL'affiche qui entremêle la croix chrétienne et la croix gammée a été élaborée par Oliviero Toscani, auteur d'affiches pour la société Benetton, qui a également eu l'idée du titre du film[27].
Celle-ci a aussi provoqué l'indignation d'une partie de la communauté catholique, au point que plusieurs organisations ont introduit une action en vue d'interdire l'affiche auprès du Tribunal de grande instance de Paris. Elles ont été déboutées[28],[29].
D'après François-Guillaume Lorrain du magazine Le Point, « Cette dénonciation de l'attentisme prétendu du Vatican face à la Shoah déclenche la colère de certains milieux catholiques. Une action, déboutée, tente de faire interdire l'affiche[30] ».
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ La graphie exacte du titre (à l'affiche et à l'écran) comprend un point typographique après le mot Amen.
- ↑ Personnage fictif, contrairement à Kurt Gerstein qui a réellement existé.
- ↑ Ce qui est conforme au scénario de la pièce de théâtre Le Vicaire mais pas à la réalité historique, le « vrai » Kurt Gerstein n'étant jamais allé au Vatican.
- ↑ Le personnage du docteur, interprété par Ulrich Mühe, est directement inspiré par le docteur Mengele.
Références
modifier- ↑ Gilles Legroux, « Un évêque allemand dénonce le meurtre des handicapés par les nazis », sur Clio Texte, (consulté le ).
- ↑ « 3 août 1941 - Mgr von Galen dénonce l'euthanasie - Herodote.net », sur www.herodote.net (consulté le ).
- ↑ Gilles Carignan, « Amen : l'inconfort de l'indifférence », Le Soleil, (consulté le ).
- ↑ « De nouvelles preuves d’une action directe de Pie XII? – Portail catholique suisse », sur cath.ch (consulté le )
- ↑ Béatrice Mouedine, « Alois Hudal, évêque et nazi : les exfiltrations mystérieuses du Vatican », sur Radio Classique, (consulté le ).
- ↑ « locations » (tournage et production), sur l'Internet Movie Database.
- 1 2 (en) « Amen. Reviews », sur Metacritic, CBS Interactive (consulté le ).
- 1 2 (en) « Amen. (2002) » [vidéo], sur Rotten Tomatoes, Fandango Media (consulté le ).
- 1 2 « Amen. - critiques presse » [vidéo], sur Allociné (consulté le ).
- ↑ « "Amen" : Costa-Gavras force les silences de l'Eglise », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Paul Vaute, « "Amen.": le débat de fond »
, sur La Libre.be, (consulté le ) - ↑ « Critique du film Amen: l'horreur entre les lignes »
, sur DHnet, (consulté le ) - ↑ « Amen. », Affiche, cinéma et théâtre », ETUDES, (lire en ligne [archive du ]
, consulté le ) - ↑ Cécile Sartiaux, « Dans 'Amen' de Costa-Gavras, Mathieu Kassovitz incarne la résistance face au Vatican - RTBF Actus »
, sur RTBF, (consulté le ) - ↑ Pierre Murat, « “Amen” : le brûlot de Costa Gavras envers l’Église catholique », sur www.telerama.fr, (consulté le )
- ↑ François Forestier, « « Amen », un cri dans le silence »
, sur Le Nouvel Obs, (consulté le ) - ↑ « Amen. (2002) Prix & Festivals », sur mubi.com (consulté le )
- 1 2 [vidéo] « Prix et nominations pour Amen », AlloCine (consulté le )
- ↑ [vidéo] « Amen. (2002) | MUBI » (consulté le )
- ↑ Thomas Sotinel, « La Berlinale 2002, un cru osé et novateur », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne
, consulté le ) - ↑ Roland Hureaux, « « Pie XII : et si Marianne se trompait ? », sur Marianne via Internet Archive (consulté le ) », Marianne, .
- ↑ Jean-Yves Riou, « Les évêques de France n’ont pas dit « Amen » aux contre-vérités de Costa Gavras », ZENIT, .
- ↑ « Shoah : le rôle de Pie XII réévalué ? », Libération, .
- ↑ « Pie XII et les Juifs : le Vatican lève un coin du voile », Le Point, .
- ↑ Pierre Joffroy (l'authentique et fascinante histoire d'un officier S.S. qui défia Hitler et s'opposa à la solution finale), L'espion de Dieu : la passion de Kurt Gerstein, Paris, Laffont, (réimpr. 1992), 453 p. (ISBN 978-2-221-09764-9, OCLC 919658697).
- ↑ Jean-Pierre Dufreigne et Marion Festraëts, « Pie XII et les nazis : le film choc », L'Express, .
- ↑ « Secrets de tournage » [vidéo], sur Allociné (consulté le ).
- ↑ « La justice rejette la demande de retrait de l'affiche d’Amen. », Le Monde, .
- ↑ « culture La justice rejette la demande de retrait de l'affiche du film « Amen » », La Croix, (ISSN 0242-6056, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ François-Guillaume Lorrain, « Comme Hors-la-loi, ces films ont fait scandale », Le Point, .