Andrea da Bologna
Andrea da Bologna, également connu sous le nom d'Andrea de' Bartoli, est un peintre, enlumineur et fresquiste italien actif dans la seconde moitié du XIVe siècle. Représentant de l'école bolonaise du Trecento, il est considéré comme l'un des principaux disciples de Vitale da Bologna et l'un des vecteurs du style bolonais vers les Marches et l'Ombrie. Son activité est documentée entre 1355 et 1372 à travers des commandes d'enluminure et des chantiers de peinture murale. Deux œuvres signées permettent d'établir sa personnalité artistique : le polyptyque de la pinacothèque de Fermo (1369) et la Madone de l'humilité du musée de Corridònia (1372)[1].
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Biographie
modifierFormation et contexte bolonais
modifierAndrea da Bologna se forme dans le milieu pictural bolonais vers 1350, au sein de l'atelier de Vitale da Bologna, dont il adopte les caractéristiques stylistiques fondamentales : abstraction gothique, fantaisie décorative et vivacité chromatique. L'étroite dépendance de son style envers cet atelier a conduit la critique à envisager sa participation aux chantiers dirigés par Vitale à cette époque, notamment les fresques de la nef de l'abbaye de Pomposa[2].
Bologne constitue, au milieu du XIVe siècle, l'un des foyers artistiques actifs de l'Italie padane. L'école locale, dont Vitale da Bologna est la figure centrale, conjugue l'héritage giottesque avec les apports siennois et une sensibilité pour le gothique linéaire développée par les enlumineurs bolonais. Andrea da Bologna s'inscrit dans cette tradition tout en orientant son activité vers les régions adriatiques, où la demande artistique est croissante dans la seconde moitié du XIVe siècle[3].
Activité documentée
modifierLa première attestation documentaire date de 1355 et concerne une commande d'enluminure liée à l'entourage du cardinal Egidio Albornoz : le frère du cardinal lui confie la décoration d'un manuscrit à Bologne. Ce mécénat se poursuit et culmine en 1368 lorsque les héritiers du cardinal versent à Andreas pictor de Bononia la somme de 450 florins pour la décoration de sa chapelle funéraire à Assise, ainsi que 10 florins supplémentaires pour la réalisation du portrait du cardinal sur son tombeau[4].
Ce contrat permet d'identifier avec certitude l'auteur des fresques de la basilique Saint-François d'Assise comme étant Andrea de' Bartoli. Il y peint le cycle des Scènes de la vie de sainte Catherine dans la chapelle Sainte-Catherine, ainsi qu'un portrait du cardinal Albornoz à genoux devant trois saints. Ce cycle, daté entre 1362 et 1368, est décrit par C. Aglietti comme l'un des ensembles les plus étendus de la légende de sainte Catherine dans la peinture médiévale italienne[5].
L'activité d'Andrea se concentre, dans les deux dernières décennies de sa carrière documentée, dans les Marches. Cette région est celle pour laquelle on dispose des seules œuvres attribuées avec certitude grâce à une signature. Son rôle dans la formation du goût pictural local à la fin du XIVe siècle est souligné par la critique : il transmet aux peintres des Marches une part de la fantaisie bolonaise tout en assimilant des inflexions vénitiennes et adriatiques propres à l'environnement artistique de cette zone[6].
Style
modifierLa personnalité stylistique d'Andrea da Bologna s'identifie à partir de ses œuvres marchégianes signées, qui servent de base de comparaison pour les attributions proposées par la critique. Son style associe des traits directement hérités de Vitale da Bologna — abstraction gothique, invention dans les drapés en forme de faucille, vivacité narrative — à une tendance progressive vers la régularisation formelle perceptible dans la peinture bolonaise à partir des années 1360, proche de celle de peintres comme Cristoforo et Simone di Filippo[2].
Les plis de drapé caractéristiques des fresques apocalyptiques de l'abbaye de Pomposa — inventifs, presque falciformes — se retrouvent dans la figure de saint Joseph du polyptyque de Fermo, confirmant le lien stylistique entre ces deux ensembles. La Vierge du même polyptyque illustre en revanche une évolution vers des solutions plus maîtrisées, reflétant les développements ultérieurs de l'école bolonaise. Son activité d'enlumineur lui confère une maîtrise du détail ornemental et de la narration en format réduit, qualité perceptible dans la richesse iconographique de ses panneaux[2].
La critique souligne son rôle dans la transmission de la fantaisie bolonaise aux peintres des Marches, région alors en cours de constitution d'une école picturale propre[6].
Questions d'attribution
modifierPlusieurs problèmes d'attribution persistent dans la littérature consacrée à Andrea da Bologna.
La paternité des fresques de la nef et de la façade intérieure de l'abbaye de Pomposa (vers 1350), représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament ainsi qu'un Jugement dernier, lui a été attribuée par Roberto Longhi, qui les date d'environ une décennie avant les fresques de l'abside peintes par Vitale lui-même en 1351. La critique ultérieure nuance cette attribution : ces fresques semblent le produit d'un atelier, dans lequel Andrea ne serait que l'un des auteurs[2].
La décoration de la Canzone delle Virtù e delle Scienze de Bartolomeo di Bartoli, conservée au musée Condé de Chantilly, est parfois attribuée à Andrea de' Bartoli (frère du poète Bartolomeo), mais cette identification demeure débattue : d'autres chercheurs avancent les noms de Niccolò di Giacomo da Bologna ou d'autres enlumineurs bolonais contemporains[7].
Certains historiens proposent de distinguer deux artistes homonymes distincts : l'auteur des œuvres marchégianes signées d'une part, et l'auteur des fresques d'Assise de 1368 de l'autre. Cette hypothèse, évoquée par l'Encyclopédie Larousse, reste minoritaire et n'est pas retenue par la Treccani, qui identifie les deux artistes comme une seule et même personnalité[6].
Catalogue des œuvres
modifierŒuvres signées
modifier- Vierge à l'Enfant et saints, polyptyque (1369), pinacothèque de Fermo, signé : Anno Domini MCCCLXVIIII de Bononia natus Andreas fuit hic operatus[2].
- Madone de l'humilité (1372), musée de Corridònia (Macerata), signé : De Bononia natus Andrea anno Domini MCCCLXXII[2].
Fresques
modifier- Fresques de la nef et du revers de la façade de l'église de l'abbaye de Pomposa (vers 1350, attribution), scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament et Jugement dernier[6].
- Scènes de la vie de sainte Catherine et portrait du cardinal Egidio Albornoz à genoux devant trois saints (1362–1368), chapelle Sainte-Catherine, basilique Saint-François d'Assise, Assise[5],[4].
- Fresques du Martyre de saint Laurent, Prière dans le jardin et Arrestation du Christ (fin XIVe siècle, attribution), chapelle Saint-Laurent, basilique Saint-François d'Assise[4].
Enluminures
modifier- Décoration de la Canzone delle Virtù e delle Scienze de Bartolomeo di Bartoli (attribution débattue), musée Condé, Chantilly[7].
Panneaux
modifier- Madonna del latte, musée diocésain Albani, Urbino[2].
Notes et références
modifier- ↑ (it) Enrico Castelnuovo, « Andrea da Bologna », sur Treccani — Dizionario Biografico degli Italiani (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 (it) D. Benati, « Andrea da Bologna », sur Treccani — Enciclopedia dell'Arte Medievale (consulté le )
- ↑ « La peinture du Trecento à Rimini et Bologne », sur Aparences.net (consulté le )
- 1 2 3 (en) « Andrea de' Bartoli », sur Key to Umbria (consulté le )
- 1 2 « Le cycle de la vie de sainte Catherine de la chapelle Albornoz en l'église Saint-François d'Assise », sur Persée — Bulletin Monumental, t. 167, n° 3, 2009 (consulté le )
- 1 2 3 4 « Andrea da Bologna », sur Encyclopédie Larousse (consulté le )
- 1 2 (it) « La canzone delle virtù e delle scienze di Bartolomeo di Bartoli da Bologna », sur Internet Archive (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
- (it) « Andrea da Bologna — Dizionario Biografico degli Italiani », sur Treccani
- (it) « Andrea da Bologna — Enciclopedia dell'Arte Medievale », sur Treccani
- « Andrea da Bologna », sur Encyclopédie Larousse
- (en) « Andrea de' Bartoli », sur Key to Umbria