André Dran
André Dran, né le à Metz et mort le à Pouancé, est un artiste lyrique français.
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André Théophile Joseph Dran |
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Pensionnaire de l'Opéra-Comique de Paris de 1953 à 1970, il y incarne un large éventail de rôles du répertoire français, de l'opérette à l'opéra-comique. Sa carrière discographique, principalement conduite au début des années 1950, le révèle aux côtés du chef d'orchestre René Leibowitz, avec lequel il grave notamment des intégrales d'opérettes d'Offenbach de référence. Époux de la soprano Monique de Pondeau, il est le père du ténor Thierry Dran et le grand-père du ténor Julien Dran, formant avec eux une lignée lyrique de trois générations.
Biographie
modifierFormation et débuts
modifierAndré Théophile Joseph Dran naît le à Metz[1]. Les sources disponibles ne documentent pas sa formation musicale initiale en détail, mais sa carrière prend son essor au début des années 1950, lorsqu'il participe à d'importants enregistrements phonographiques avant même d'être engagé à titre permanent à l'Opéra-Comique[1].
Carrière à l'Opéra-Comique
modifierAndré Dran est engagé par la Réunion des théâtres lyriques nationaux à partir de 1953 et se produit à l'Opéra-Comique jusqu'en 1970[1]. Il y tient des rôles aussi variés que Pomponnet dans La Fille de madame Angot de Lecocq, Antonin dans Ciboulette de Hahn, Nadir dans Les Pêcheurs de perles de Bizet, Beppe dans Paillasse (opéra) de Ruggiero Leoncavallo, Benoît dans Le Roi l'a dit de Delibes, Pinkerton dans Madama Butterfly de Puccini, Alfred dans La Chauve-Souris de Strauss et Jean dans Le Jongleur de Notre-Dame (opéra) de Massenet[1],[2].
À l'occasion de la reprise du Jongleur de Notre-Dame à l'Opéra-Comique en 1954, un critique salue sa composition du rôle-titre en soulignant la sensibilité de son interprétation, notant qu'une telle incarnation du personnage, jusqu'aux tours de jonglerie et aux danses, ne saurait être imaginée avec plus de conviction[3].
La polyvalence de Dran l'amène à interpréter aussi bien le répertoire de l'opérette que celui de l'opéra. Il remporte des succès notables dans Nadir des Pêcheurs de perles, Pinkerton dans Madama Butterfly et dans le rôle-titre de Fra Diavolo d'Daniel Auber[2].
En 1957, il paraît dans Fortunio d'André Messager au casino d'Enghien-les-Bains[4]. En 1958, il prend part à une reprise peu fréquente de La Basoche (opéra-comique) d'André Messager au même lieu, aux côtés de Lillie Grandval et de Willy Clément, sous la direction de Jésus Etcheverry[5].
En 1959, il participe à une production bien reçue du Roi l'a dit de Delibes, montée à Bordeaux et à Paris, aux côtés de Christine Harbell, Hélène Régelly et Louis Noguéra. La presse relève que son Benoît se distingue par une aisance naturelle[6].
Créations mondiales
modifierAndré Dran participe à la création mondiale de plusieurs œuvres lyriques du XXe siècle. En 1961, il figure dans la distribution de la création de Colombe, comédie lyrique en quatre actes de Jean-Michel Damase sur un livret de Jean Anouilh, donnée le au Grand Théâtre (Bordeaux) dans le cadre du douzième Mai musical de Bordeaux, dans une mise en scène de Roger Lalande avec des décors de Jean-Denis Malclès, sous la direction du compositeur[7].
En 1966, il chante dans Le Viol de Lucrèce de Britten à Rouen[5]. En 1967, il se produit dans Fra Diavolo à Marseille[2]. En 1968, il est à l'affiche de la création mondiale de la Symphonie pastorale de Guillaume Landré à Rouen, sous la direction de Pierre-Michel Leconte[8]. La même année, il chante le rôle de l'Homme dans La Nuit foudroyée de Bondon, créée à Metz[9]. En 1969, il se produit dans Le pont des soupirs d'Offenbach à Bordeaux[2].
En 1974, lors du troisième Festival de Lille, il crée Goya, opéra de Tony Aubin, au Théâtre municipal de l'Opéra de Lille, sous la direction du compositeur lui-même[10].
Vie personnelle et transmission
modifierAndré Dran épouse la soprano Monique de Pondeau, qui est comme lui membre de la troupe de l'Opéra-Comique[11]. De cette union naît en 1953 le ténor Thierry Dran, qui se forme à l'École de chant de l'Opéra de Paris dans la classe de Michel Sénéchal et mène une carrière internationale[12]. Thierry Dran relate dans son autobiographie, Le chant m'a sauvé (éditions Aparis, 2007), que son enfance s'est déroulée dans les coulisses des théâtres de France et d'Europe, et que la transmission de la vocation lyrique au sein de la famille relève d'une « combinaison génétique favorable »[12]. Julien Dran, fils de Thierry et de la soprano Martine March, né en 1983, est lui aussi ténor et poursuit une carrière active sur les scènes françaises et étrangères[13].
Après sa retraite scénique, André Dran enseigne le chant à Lyon, où son fils Thierry débute sa propre formation vocale[11]. Une anecdote rapportée par Thierry Dran illustre la permanence vocale de son père : convié à donner la réplique à l'une de ses élèves dans un duo de La Bohème, André Dran, retiré des scènes depuis un certain temps, demande à son fils de le doubler depuis les coulisses pendant qu'il mime le rôle sur scène. À l'issue de la séance, deux machinistes, ignorant le stratagème, font remarquer que « le vieux » a conservé sa voix[13].
André Dran décède le à Pouancé (commune d'Ombrée-d'Anjou depuis 2016), à l'âge de quatre-vingt-dix ans[1].
Discographie
modifierLa discographie d'André Dran, concentrée principalement dans la première moitié des années 1950, comprend plusieurs intégrales d'opéras et d'opérettes enregistrées pour des labels tels que Nixa, Vox, Westminster et Philips. Sa collaboration avec le chef d'orchestre René Leibowitz constitue le cœur de cet héritage discographique.
| Année | Œuvre | Compositeur | Rôle | Chef d'orchestre | Label | Références |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1952 | La Belle Hélène | Offenbach | Pâris | René Leibowitz | Nixa | [14] |
| 1952 | Orphée aux enfers | Offenbach | Aristée / Pluton | Leibowitz | Nixa | [15] |
| 1952 | L'Heure espagnole | Ravel | Gonzalve | René Leibowitz | Vox | [16] |
| 1952 | Les Troyens à Carthage | Berlioz | Iopas / Mercure | Hermann Scherchen | Westminster | [17],[18] |
| 1956 | Louise | G. Charpentier | Le poète | Jean Fournet | Philips | [19] |
| 1958 | La Grande-duchesse de Gérolstein | Offenbach | Fritz | René Leibowitz | Urania | [20] |
| 1971 | Le Comte de Luxembourg (extrait de radiodiffusion) | Lehár | Comte Fernand de Luxembourg | Adolphe Sibert | Naxos Historical (réédition) | [21] |
La Belle Hélène (1952)
modifierL'enregistrement de La Belle Hélène d'Offenbach sous la direction de René Leibowitz, gravé en 1952 pour le label Nixa avec les chœurs et l'orchestre philharmonique de Paris, est celui qui vaut à André Dran sa plus grande renommée discographique. Le critique Andrew Porter le recense parmi les cinq plus grandes intégrales de l'opéra français jamais gravées[22]. La distribution réunit notamment Janine Linda dans le rôle-titre, Roger Giraud en Ménélas et Jacques Linsolas en Agamemnon. L'ensemble de l'interprétation est salué pour sa maîtrise du style d'opérette français, caractérisé par la précision du texte et la légèreté d'une diction sans affectation[23].
Orphée aux enfers et La Grande-Duchesse de Gérolstein
modifierToujours avec René Leibowitz, André Dran grave la même année une intégrale d'Orphée aux enfers, également pour Nixa, dans les rôles d'Aristée et de Pluton. Six ans plus tard, en 1958, il enregistre le rôle de Fritz dans La Grande-duchesse de Gérolstein pour le label Urania, aux côtés de la mezzo-soprano Eugenia Zareska dans le rôle-titre et de Jean Mollien, sous la même direction[2]. Cette version, bien que partielle, est réputée pour la qualité stylistique de son interprétation[20].
Les Troyens à Carthage et Louise
modifierEn 1952, André Dran tient les rôles d'Iopas et de Mercure dans l'enregistrement des Troyens à Carthage de Berlioz sous la direction d'Hermann Scherchen, paru chez Westminster, avec Arda Mandikian en Didon et Jean Giraudeau en Énée[18],[17]. En 1956, il incarne le personnage du poète dans l'intégrale de Louise de Gustave Charpentier dirigée par Jean Fournet pour Philips, avec Berthe Monmart dans le rôle-titre, André Laroze en Julien, Solange Michel en la Mère et Louis Musy en le Père[19].
Le Comte de Luxembourg
modifierUn enregistrement en direct d'une émission radiophonique de 1971, dans lequel André Dran interprète le rôle-titre du Comte de Luxembourg de Lehár (version française : Fernand de Luxembourg) sous la direction d'Adolphe Sibert avec l'Orchestre lyrique de l'ORTF, est réédité par Naxos sous la référence 8.111010[21].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 « Chanteurs de l'Opéra-Comique », sur Art lyrique français (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « Les trois Dran, ténors de (grand-)père en (petit-)fils! », sur Première Loge, (consulté le )
- ↑ Henry-Louis de La Grange, « France – report from Paris », Opera, juillet 1954, p. 422.
- ↑ Report from France – Enghien-les-Bains, Opera, février 1957, p. 115.
- 1 2 Report from France – Enghien-les-Bains, Opera, novembre 1958, p. 725.
- ↑ Stéphane Wolff, « Report from France: Bordeaux », Opera, juin 1959, p. 379.
- ↑ « Colombe. Comédie lyrique en 4 actes. Création. Notice bibliographique », sur Catalogue général de la BnF (consulté le )
- ↑ Stéphane Wolff, « Hors d'oeuvre, meat and…? », Opera, juin 1968, p. 486.
- ↑ Stéphane Wolff, « Our critics abroad: Metz », Opera, mai 1968, p. 379.
- ↑ (en) « Tony Aubin : Goya : opéra en 2 actes et 6 tableaux », sur WorldCat (consulté le )
- 1 2 « Le ténor français Thierry Dran est décédé à l'âge de 67 ans », sur Ôlyrix, (consulté le )
- 1 2 « Décès du chanteur Thierry Dran », sur ResMusica, (consulté le )
- 1 2 « Julien Dran, ténor. Entretien 2010 par Catherine Scholler », sur ResMusica, (consulté le )
- ↑ (en) « Offenbach – La Belle Hélène », sur Discogs (consulté le )
- ↑ (en) « Offenbach – Orphée aux enfers », sur Discogs (consulté le )
- ↑ (en) « Ravel – L'Heure espagnole », sur Discogs (consulté le )
- 1 2 « Les Troyens à Carthage. Notice bibliographique », sur Catalogue général de la BnF (consulté le )
- 1 2 (en) « Berlioz – Les Troyens à Carthage », sur Discogs (consulté le )
- 1 2 (en) « Gustave Charpentier – Louise », sur Discogs (consulté le )
- 1 2 (en) « La Grande-Duchesse de Gérolstein. Discographie », sur Opera Discography (consulté le )
- 1 2 (en) « Lehár : Le comte de Luxembourg / Frédérique / Giuditta », sur Naxos Music Group (consulté le )
- ↑ Andrew Porter, « La Belle Hélène », dans : Opera – Thirty all-time great recordings, Londres, 2002.
- ↑ (en) Christopher Howell, « Offenbach – La Belle Hélène », sur MusicWeb International, (consulté le )