Antar (Rimski-Korsakov)

œuvre symphonique

Antar (en russe : Антар ; en orthographe précédant la réforme de 1917-1918 : Антаръ), op. 9, est une œuvre symphonique de Nikolaï Rimski-Korsakov, que le compositeur retravailla à plusieurs reprises dans sa vie.

Antar
op. 9
Suite symphonique
Image illustrative de l’article Antar (Rimski-Korsakov)
Rimsky-Korsakov, 1866.

Genre Musique instrumentale, musique à programme
Nb. de mouvements 4

(rév. 1897)

  1. Largo - Allegro - Largo - Allegretto - Adagio - Allegretto - Largo
  2. Allegro
  3. Allegro risoluto
  4. Allegretto - Adagio
Musique Nikolaï Rimski-Korsakov
Durée approximative 29 min
Dates de composition 1868
Dédicataire César Cui
Publication 1880
V. Bessel (première révision)
Création
Saint Petersbourg, Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Création
française
22 juin 1889
concert russe donné au Trocadéro, orchestre Colonne dirigé par le compositeur[1],[note 1], Exposition universelle de 1888, Paris
Interprètes concert de la Société musicale russe, dirigé par Balakirev[1]
Versions successives
  • 1875-1876 (première révision, renommée Symphonie no 2),
  • 1897 (seconde révision, qui est devenue référence sous-titrée Suite symphonique),
  • 1903 (révision de la première version)

Après le succès de sa première symphonie, Rimski-Korsakov se décida définitivement à devenir compositeur. Influencé par Berlioz et Liszt et son goût du folklore russe, il entreprit en 1867 son premier poème symphonique Sadko (qu'il reprit plus tard pour en faire un opéra). Antar, qu'il composa entre janvier et et qui fut créé en , se situe entre ces deux influences de la symphonie et du poème symphonique. Il a été joué pour la première fois le lors d'un concert de la Société musicale russe. L'idée lui en fut donnée par Modeste Moussorgski et César Cui, suivant un poème d'Ossip Senkovski. Sa forme, bien qu'en quatre mouvements, est toutefois plus proche de la suite de tableaux orchestraux que de la symphonie traditionnelle, comme le sera Schéhérazade (1888) qu'il annonce et qui sera l'aboutissement de cette recherche formelle.

Rimski-Korsakov reprit son œuvre en 1875-1876, y apporta quelques changements mineurs et la nomma cette fois Symphonie n° 2. Elle fut publiée sous ce titre en 1880.

Lors d'une nouvelle publication en 1903, fruit d'un travail effectué en 1897, Antar devint Suite symphonique, sous-titrée entre parenthèses Deuxième symphonie. Dans la publication définitive de 1913, après de nouveaux changements de tonalités et d'orchestration, elle ne fut plus que Suite symphonique.

Piotr Ilitch Tchaïkovski considérait qu’Antar était « une œuvre magnifique et, à maints égards, exemplaire. » et qu'il s'agissait la première musique « russe orientale »[1] après que l'intérêt pour les musiques du Levant soit renforcé auprès des compositeurs russes notamment grâce à Mili Balakirev, après son voyage dans les pays du Caucase vers 1865.

La suite selon la révision de 1897 est composée de quatre mouvements :

  1. Largo - Allegro - Largo - Allegretto - Adagio - Allegretto - Largo
  2. Allegro
  3. Allegro risoluto
  4. Allegretto - Adagio

Durée approximative : 30 minutes.

  1. Largo—Allegro giocoso
  2. Allegro—Molto allegro—Allargando
  3. Allegro risoluto alla marcia
  4. Allegretto vivace—Andante amoroso

Instrumentation

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Antar est écrit pour un orchestre composé de 3 flûtes (la 3e doublant au piccolo), 2 hautbois (le 2e doublant au cor anglais), 2 clarinettes en la et sibémol, 2 bassons, 4 cors en fa, 2 trompettes en la et sibémol, 3 trombones, 2 tubas, timbales, grosse caisse, cymbales, tambourin, gong, triangle, caisse claire, 2 harpes et des cordes.

Présentation

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Légende

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Notes de programme en français d'Antar dans l'édition de 1880.

Cette œuvre s'inspire d'un conte arabe d'Ossip Senkovski[2], que Modeste Moussorgski et César Cui avaient suggéré à Rimski-Korsakov. Antar, grand guerrier des légendes arabes, qui dépité et empli de haine par l’indifférence du monde des hommes, se retire dans le désert proche des ruines de l'antique Palmyre. Une magnifique gazelle apparaît, poursuivie par un immense oiseau noir prédateur, l’Esprit des ténèbres. Antar le fait fuir, mais la gazelle se sauve. Épuisé par son combat contre l’oiseau, il s’endort. En rêve, il apprend qu'elle n'était autre que l'ancienne reine de Palmyre, Gul Nazar, qui lui promet une grande récompense. En récompense, elle permet à Antar de connaître trois des plus grandes joies de la vie : la vengeance, le pouvoir et l’amour. Il accepte ces dons avec gratitude, puis formule lui-même une requête. Il demande à la reine de lui ôter la vie si ces plaisirs devaient lui peser. Il tombe alors amoureux de la reine. Après diverses aventures, Antar goûte enfin à l'amour de la reine et à la joie céleste. Au bout d’un certain temps, cependant, il se lasse de sa passion. La reine le prend dans ses bras et l’embrasse avec une telle fureur que sa vie s’éteint. Il meurt, et tous deux gagnent le paradis et la félicité éternelle.

Cette légende dans son ensemble est intégrée au mouvement d’ouverture ; les trois autres mouvements illustrent chacun l’une des trois joies. À l’instar d’Hector Berlioz dans la Symphonie fantastique, Rimski-Korsakov utilise un « leitmotiv » ou un thème récurrent sous diverses formes tout au long des quatre mouvements pour dépeindre Antar. Ce thème est joué par les altos dans l’introduction du premier mouvement. Plus tard dans ce même mouvement, les flûtes et les cors interprètent un autre thème important, représentant cette fois-ci la reine.

Historique de la composition

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Lorsqu’il a commencé à esquisser Antar, Rimski-Korsakov l’a intitulée sa Deuxième Symphonie, permettant ainsi sa publication sous ce titre. Lorsqu’il a révisé l’œuvre des années plus tard, il l’a rebaptisée suite symphonique[3]. La confusion a été accentuée par le fait qu’il a intitulé sa Symphonie en do majeur « Troisième Symphonie » au lieu de « Deuxième Symphonie ». Il est vrai qu’il composa la Troisième Symphonie en 1874, avant d’avoir peut-être changé d’avis au sujet d’Antar. (La première révision d’Antar remonte à 1875.) Cependant, il n’a jamais modifié cette numérotation, même après avoir reclassé Antar en suite, et il a continué à appeler la Symphonie en do majeur « Troisième Symphonie » dans son autobiographie, « Ma vie musicale »[4].

En réalité, Rimski-Korsakov désigna une autre œuvre comme Deuxième Symphonie dans Ma vie musicale[5]. Il s'agit d'une symphonie en si mineur, qu'il commença en 1867. Il mentionne que si mineur était la tonalité préférée de Mily Balakirev et qu’il souhaitait utiliser un scherzo en mesure à 5/4 et dans la tonalité de mi bémol majeur[6]. Il ajoute que l'ouverture du premier mouvement et certaines de ses caractéristiques auraient rappelé la Neuvième Symphonie de Beethoven[7].

Il montra son œuvre en cours à Balakirev. Ce dernier n’approuva pas la manière dont Rimski-Korsakov avait écrit l’exposition de ses thèmes, mais ne lui donna aucune suggestion ni solution concrète sur la manière de procéder. En conséquence, Rimski-Korsakov se désintéressa du projet : « Je le répète, j’étais déçu par ma création musicale et j’ai rapidement abandonné ou reporté sine die l’idée d’écrire une deuxième symphonie.[8] » Il se lança dans la composition d’Antar après avoir abandonné la Symphonie en si mineur, achevant les premier et quatrième mouvements cet hiver-là[9].

Rimski-Korsakov expliqua à la fois le passage d’Antar de la forme de la symphonie à celle de la suite et sa position catégorique à ce sujet :

« Le terme « suite » était alors [en 1868] peu familier à notre cénacle en général, et il n’était pas non plus en vogue dans la littérature musicale d’Europe occidentale. Pourtant, j’avais tort de qualifier Antar de symphonie. Mon « Antar » était un poème, une suite, un conte de fées, une histoire, ou tout ce que l’on veut, mais pas une symphonie. Sa structure en quatre mouvements distincts était la seule chose qui le rapprochait d’une symphonie[3]. »

Pour approfondir ce point, il cite « Harold en Italie » et la « Symphonie fantastique » de Berlioz comme étant à la fois des symphonies et de la musique à programme, en raison du développement symphonique de leurs thèmes et de la forme sonate de leurs mouvements d’ouverture. Antar, en revanche, « est une esquisse musicale libre des épisodes successifs de l’histoire ». Si le thème d’Antar relie ces épisodes, la pièce « ne comporte aucun développement thématique — seulement des variations et des paraphrases »[3],[note 2]. Le compositeur était satisfait de la forme d’Antar lorsqu’il en a révisé la partition des années plus tard[11]

Il était également globalement satisfait de l'orchestration d'Antar, qu'il décrivait comme « pleine de couleurs et de fantaisie », mentionnant en particulier son utilisation des flûtes, des clarinettes et de la harpe dans leurs registres graves[12]. Il a confié la première apparition du thème Antar aux altos pour faire plaisir à Moussorgski, car celui-ci affectionnait particulièrement cet instrument[12]. Il mentionne plusieurs œuvres dont l'influence s'est fait sentir dans l'orchestration d'Antar. Parmi celles-ci figurent Rouslan et Ludmila (opéra) de Glinka, les poèmes symphoniques de Liszt, l’« Ouverture tchèque » de Balakirev et l’« Ouverture de Faust » de Wagner[12].

Versions

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En raison des révisions incessantes apportées par Rimski-Korsakov à Antar et des difficultés rencontrées avec l’éditeur V. Bessel et Cie, les complications textuelles sont à la fois nombreuses et désespérément déroutantes. À cette confusion s’ajoutent des erreurs figurant sur deux des partitions publiées[13]. Il existe en réalité quatre versions publiées d’ Antar :

  • La première version de la partition, datant de 1868.
    Cette version n’a pas été imprimée du vivant du compositeur ; elle a été publiée en 1949[13]. Cette édition contient également la version la plus ancienne du deuxième mouvement, très différente tant par son matériau musical que par sa tonalité, en si mineur[13]. Ce mouvement a été supprimé et remplacé par un autre avant la première représentation[14].
  • “”'Une version révisée et réorchestrée en 1875.“”'
    Toujours qualifiée de symphonie par Rimski-Korsakov, cette version fut publiée par Bessel en 1880. Certains la considèrent comme plus axée sur le drame que la version de 1897[13]. Une seconde édition voit le jour en 1903 mais Bessel refuse de changer l'impression initiale ; cette réédition n'intègre pas la révision de l'œuvre (deuxième version) opérée en 1897 par Rimski-Korsakov, changeant en profondeur l’orchestration et modifiant sérieusement plusieurs sections. Seule le titre de Symphonie no 2 est abandonné au profit de Suite symphonique. Plus tard, l'éditeur Boosey & Hawkes reprendra l’édition de 1903[1].
  • “”'Une deuxième version révisée en 1897.“”'
    On considère qu'il s'agit, de justesse, de la version la plus aboutie, car elle reflète les dernières réflexions du compositeur sur cette œuvre. C'est à cette occasion que Rimski-Korsakov a changé la désignation de l'œuvre en « suite symphonique ». Bessel n'a publié cette version qu'en 1913, sous la supervision du gendre du compositeur, Maximilian Steinberg. Ce qui prête à confusion, c'est que cette version porte la mention « Approuvée par la censure. Saint-Pétersbourg, 4 novembre 1903 ». Cette date correspond en réalité à la version de 1903[13].
  • “”'Une refonte de 1903 de la version de 1875.“”'
    Il s'agit d'une version de compromis réalisée après que Bessel eut refusé, du vivant du compositeur, de détruire les plaques de gravure de la version de 1875 ou d'en réaliser de nouvelles pour la version de 1897[13]. Elle ne comprend que les « suggestions » issues de la version de 1897 qui ont pu être intégrées aux plaques existantes de 1875[15]. Cette version a été intitulée de manière prêtant à confusion « suite symphonique (Deuxième Symphonie) »[13]. Elle a également été décrite à tort dans les partitions miniatures d’Eulenberg et de Breitkopf comme « Nouvelle rédaction (1897) »[13].

Il reste donc trois versions principales d’Antar ; la deuxième existant sous deux formes légèrement différentes[13]. Les modifications mineures entre les trois versions principales (1868, 1875 et 1897) concernent notamment les indications de tempo, les nuances dynamiques et les modifications de l’instrumentation[13]. Les modifications majeures comprennent des coupures et des ajouts de passages, une transposition en bloc et une recomposition complète de certains passages, ainsi qu’une réorchestration et des modifications de l’harmonie ou de la mélodie[13].

Influences

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Berlioz

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Hector Berlioz effectua son dernier voyage en Russie entre novembre 1867 et février 1868 afin de diriger six concerts de la Société musicale russe[16]. Rimski-Korsakov ne put rencontrer Berlioz en raison de la santé fragile du compositeur français[16]. Il put toutefois entendre Berlioz diriger sa « Symphonie fantastique » le 7 décembre 1867, ainsi que « Harold en Italie » lors du dernier concert de Berlioz, le 8 février 1868[16]. Rimski-Korsakov commença à travailler sur Antar le 21 janvier, entre ces deux concerts[16]. De plus, il se peut qu’il ait été influencé dans son utilisation du thème d’Antar comme « leitmotiv » par la manière dont il avait entendu Berlioz l’utiliser dans ses compositions[16].

Dargomyjski et le groupe des Cinq

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Comme c'était l'usage à l'époque, les autres membres du cercle des nationalistes aidèrent volontiers Rimski-Korsakov à composer Antar. Leur musique contribua également à l'influencer. Rimski-Korsakov a écrit qu’il avait été influencé, lors de la composition du thème d’Antar, par des thèmes tirés de l’opéra de César Cui « William Ratcliff ». Il emprunta le thème de Gül Nazar, ainsi que d’autres thèmes purement cantables, à la « Collection de mélodies algériennes » de Francisco Salvador-Daniel, dont Alexandre Borodine possédait par hasard un exemplaire[17].

Rimski-Korsakov a mentionné avoir reçu le thème principal du quatrième mouvement d'Alexandre Dargomyjski ; Dargomyjski, quant à lui, l'avait tiré du Recueil de chansons algériennes, mauresques et kabyles[note 3] d'Alexandre Christianowitsch[9]. Si Rimski-Korsakov affirmait également que Dargomyjski lui avait fourni le thème d'ouverture de l'Adagio et qu'il avait conservé l'harmonisation originale de ce thème par Dargomyzhsky[9], il faisait là preuve d'une modestie excessive. L'exemplaire autographe de cette mélodie, avec l'harmonisation de Dargomyjski, est conservé à la bibliothèque Houghton de l'université de Harvard[13]. Il montre que Rimski-Korsakov non seulement n'a pas utilisé l'harmonisation de Dargomyjski, mais qu'il a également modifié la mélodie[13].

Un membre du « groupe des Cinq » brillait par son absence : Mily Balakirev. Rimski-Korsakov souhaitait s’affranchir de l’influence de Balakirev, qu’il trouvait désormais despotique et pesante. Antar marqua un refroidissement de leurs relations. Le manque d’enthousiasme de Balakirev face à l’avancement d’Antar n’a probablement pas aidé. Alors que les premier et quatrième mouvements achevés furent salués par le reste du « groupe des Cinq », Balakirev « les approuva avec des réserves »[9].

Orientalisme

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Tant au niveau du programme que du traitement musical, Antar est dominé par le thème de l’orientalisme[18]. Cette pratique ne se limite pas à l’utilisation de mélodies orientales authentiques[18]. Plus important encore, ce sont les conventions musicales ajoutées au matériau oriental — que la musique évoque l’ivresse, la sensualité, le désir sexuel ou d’autres thèmes[18]. De cette manière, l’orientalisme servait de soupape de sécurité pour des sujets qui, autrement, n’auraient pas été considérés comme abordables en société[19]. C'était également un moyen d'exprimer le sentiment de supériorité occidentale dans les nations activement engagées dans l'impérialisme[19]. Parmi ces nations figurait la Russie, qui s'étendait vers l'est sous le règne d'Alexandre II[19].

En racontant l’histoire d’Antar, qui se déroule en Orient (en Arabie), Rimski-Korsakov met en évidence deux styles musicaux distincts : l’occidental (russe) et l’oriental (arabe)[18]. Le premier thème, celui d’Antar, est de caractère masculin et russe[18]. Le second thème, féminin et au contour mélodique oriental, appartient à la reine, Gul Nazar[18].

Dans Antar, Rimski-Korsakov a su adoucir quelque peu ce thème. Il ne laisse ni l’histoire ni sa représentation musicale devenir ouvertement misogynes, comme le fera plus tard Balakirev avec son poème symphonique « Tamara »[18]. Il n’oppose pas ses deux thèmes dans une lutte majeure pour la suprématie[18]. Cependant, la sensualité féminine exerce bel et bien une influence paralysante, et en fin de compte destructrice[18]. Lorsque Gul Nazar met fin à la vie d’Antar dans une étreinte finale, la femme l’emporte sur l’homme[18].

Arrangements

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En 1869-1870, Nadezhda Nikolaïevna Purgold a arrangé la version originale d’Antar pour piano à quatre mains[20]. En 1875, quatre ans après son mariage avec Rimski-Korsakov, elle adapta également la deuxième version d’Antar pour piano à quatre mains[11]. Cet arrangement fut publié par Bessel[21].

Maurice Ravel reprend la musique de Rimski-Korsakov (Antar, 1868-1903 ; Mlada, 1890) en en réorchestrant une partie pour produire une musique de scène destinée à une pièce en cinq actes du poète libanais Chekri Ganem également intitulée Antar (1910)[22].

Citations

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Claude Debussy qualifiait l’œuvre de « pur chef-d’œuvre » après avoir assisté à une représentation d'Antar aux concerts Lamoureux sous la direction du chef Camille Chevillard[1] :

« Il nous a récompensés en jouant Antar, la symphonie de Rimsky-Korsakov, de façon fulgurante. Jamais la beauté de cette symphonie n’a été plus admirablement traduite, c’est d’ailleurs un pur chef-d’œuvre où Rimsky-Korsakov renouvelle en l’envoyant promener la forme habituelle de la symphonie : rien ne peut dire le charme des thèmes et l’éblouissement de l’orchestre et du rythme ; je défie qui que ce soit de rester insensible à la puissance de cette musique : elle est telle qu’on en oublie : la vie, son voisin de fauteuil… On voudrait pousser des cris de joie. »

 Gil Blas -.

Représentations

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Concerts

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Bien qu’elle soit aujourd’hui éclipsée par Shéhérazade en termes de popularité, Antar a été jouée assez fréquemment du vivant du compositeur, à plusieurs reprises sous sa direction. Une personne qui refusait toutefois de la diriger était Eduard Nápravník. Invité à plusieurs reprises à le faire, il répondit finalement, avec un mépris apparent : « [Rimski-Korsakov] ferait aussi bien de la diriger lui-même. » C’est exactement ce que fit le compositeur, lors d’un concert de la Société musicale russe (RMS) en 1876[11].

Hans von Bülow tenta également de se soustraire à l’interprétation d’Antar, bien que cela ait pu être davantage dû au tempérament irascible bien connu du chef d’orchestre qu’à l’œuvre elle-même. Lorsque Bülow fut invité à diriger pour la RMS en 1886, Rimski-Korsakov écrivit que Bülow « était d’humeur capricieuse lors de la répétition, irritable avec l’orchestre, allant même jusqu’à me suggérer avec agacement de diriger à sa place. Bien sûr, j’ai refusé. Peu après, Bülow s’est calmé et a dirigé « Antar » de manière excellente »[23].

À cela s’ajoute la question des versions, à savoir quelle édition d’« Antar » est jouée. Jusqu’à très récemment, les chefs d’orchestre privilégiaient généralement la version remaniée de 1903. Le problème est qu’elle ne reflète pas la vision finale du compositeur sur l’œuvre. Ces modifications comprennent notamment le changement de tonalité du deuxième mouvement, qui passe de do dièse mineur à ré mineur, ainsi que plusieurs autres affinements.

Enregistrements

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La plupart des enregistrements d’ Antar, y compris ceux de Neeme Järvi, Dmitri Kitayenko, David Zinman, Pierre Monteux, Lorin Maazel et Ernest Ansermet, utilisent la version de 1903, bien que les notes de pochette de leurs enregistrements mentionnent l'édition de 1897.

Ievgueni Svetlanov, Thomas Beecham, Konstantin Ivanov, Kees Bakels et Jiří Bělohlávek ont tous enregistré la véritable version de 1897. Svetlanov a enregistré l’édition de 1897 à trois reprises : d’abord en 1978 avec l’Orchestre symphonique de l’URSS pour Melodiya (sans doute la version enregistrée la plus connue), puis avec le même orchestre (rebaptisé Orchestre symphonique d’État de Russie) pour RCA, et enfin en 1989 avec le Philharmonia Orchestra pour Hyperion Records.

Antar fut la première œuvre de musique classique enregistrée en stéréo. Elle fut interprétée par l’Orchestre de la Suisse romande sous la direction d’Ernest Ansermet et publiée par Decca Records en 1954[24].

Notes et références

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  1. Le programme du concert mentionnait « deuxième symphonie d’après un conte arabe ».
  2. Le compositeur propose une analyse plus détaillée d’« Antar » dans « Ma vie musicale »[10].
  3. recueil connu sous le titre Esquisse historique de la musique arabe aux temps anciens (1863) sur Gallica (BNF 30241246)

Références

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  1. 1 2 3 4 5 Jean-Luc Caron, « Antar, un chef d’œuvre orchestral de Rimski-Korsakov », sur resmusica.com, (consulté le ).
  2. Krusek 2014, p. 1.
  3. 1 2 3 Rimski-Korsakov 1923, p. 83.
  4. Rimski-Korsakov 1923, p. 225.
  5. Rimski-Korsakov 1923, p. 85-86.
  6. Rimski-Korsakov 1923, p. 80.
  7. Rimsky-Korsakov 1923, p. 77.
  8. Rimski-Korsakov 1923, p. 77-78.
  9. 1 2 3 4 Rimski-Korsakov 1923, p. 81.
  10. Rimski-Korsakov 1923, p. 80-86.
  11. 1 2 3 Rimski-Korsakov 1923, p. 133.
  12. 1 2 3 Rimski-Korsakov 1923, p. 86.
  13. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Abraham 1968, p. 199.
  14. Abraham 1968, p. 201.
  15. Abraham 1968, p. 200.
  16. 1 2 3 4 5 Abraham 1981, p. 21.
  17. Rimski-Korsakov 1923, p. 84-86.
  18. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Maes 2002, p. 82.
  19. 1 2 3 Maes 2002, p. 80.
  20. Rimski-Korsakov 1923, p. 95-96.
  21. Rimski-Korsakov 1923, p. 134.
  22. Jean-Luc Caron, « Rimski-Korsakov et Ravel, deux maîtres de l’orchestration dans Antar », sur resmusica.com, (consulté le )
  23. Rimski-Korsakov 1923, p. 234.
  24. Wallace 2002.

Annexes

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Bibliographie

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  • (en) Gerald Abraham, The New Grove Dictionary of Music and Musicians, London; Hong Kong, MacMillan Publishing Company, (ISBN 0-333-23111-2)
  • (en) Gerald Abraham, Slavonic and Romantic Music: Essays and Studies, New York, St. Martin's Press, (ISBN 978-0571084500, LCCN 68-13029)
  • (en) David Ewen, The Complete Book of Classical Music, London, Hale, (ISBN 978-0-7090-3865-8)
  • (en) Nicolas Krusek, Rimsky-Korsakov's Antar Symphony: a biographical and analytical study (thèse), University of British Columbia, (DOI 10.14288/1.0166957, lire en ligne [archive du ])
  • (en) Francis Maes (trad. Arnold J. Pomerans et Erica Pomerans), A History of Russian Music: From Kamarinskaya to Babi Yar, Berkeley, Londres, University of California Press, (ISBN 978-0520218154, lire en ligne)
  • (en) Nikolay Rimski-Korsakov et Carl Van Vechten (ed.) (trad. Judah A. Joffe), My Musical Life, New York, Alafred A. Knopf, , 2 (révisée) éd. (lire en ligne)
  • (ru) Nikolai Rimski-Korsakov, Летопись моей музыкальной жизни Chronique de ma vie musicale »], Moscou, G.I.M.S., , 3rd éd. (1re éd. 1909) (lire en ligne)
  • (en) Roy Wallace, Notes de livret par Roy Haddy, « Rimsky-Korsakov: Scheherazade, Antar; L'Orchestre de la Suisse Romande conducted by Ernest Ansermet »,

Autres ouvrages

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  • Claude Debussy, Monsieur Croche et autres écrits, Gallimard, .
  • Juri Keldysch, « La symphonie en Russie », dans Ursula von Rauchhaupt (dir.), Le monde de la symphonie, Polydor International GMBH, Éditions Van de Velde, .
  • Xavier Lacavalerie, Rimski-Korsakov, Actes Sud/Classica, .
  • André Lischke, Histoire de la musique russe. Des origines à la Révolution, Fayard, .
  • Igor Markevitch, Rimski-Korsakov, Éditions Rieder, .
  • Nikolaï Rimski-Korsakov (trad. André Lischke), Chronique de ma vie musicale, Fayard, .

Lien externe

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