Anthropologie environnementale
L'anthropologie environnementale (ou anthropologie de l'environnement) est une sous-discipline de l'anthropologie consacrée à l'étude des relations culturelles entre les humains et leur environnement[1],[2]. Les méthodes de l'anthropologie environnementale sont appliquées à une large diversité de sujets de recherche, des populations humaines de la préhistoire[3] à celles des sociétés contemporaines[4].
Cette sous-discipline est en expansion face à la multiplication des défis que représentent les problèmes environnementaux d'origine humaine, de leur compréhension à leur résolution [5]. L'anthropologie environnementale évolue en parallèle de la recherche en sciences de l'environnement car elle considère ces phénomènes comme indissociables des systèmes culturels, politiques et économiques étudiés historiquement par l'anthropologie[6].
Émergence de la discipline
modifierSon développement survient dans les années 1960 et se fait à partir de l'écologie culturelle, les anthropologues faisant un usage croissant des méthodes et de la terminologie spécifique à l'écologie dans leur travaux, afin de l'appliquer à la compréhension des cultures humaines[7]. On peut attribuer la création de l'anthropologie environnementale à Julian Steward, un écologue culturel qui a étudié comment les Shosones du Grand Bassin (habitant entre la Sierra Nevada et les montagnes Rocheuses), s'adaptaient à leur environnement[8]. Les effort de Steward pour définir leur culture reposaient sur la topographie, le climat, les ressources et leur accessibilité. Parmi les écologues culturels précurseurs importants de cette époque, on peut citer Roy Rappaport et Marvin Harris[9]. Leurs travaux utilisaient alors les théories systémiques pour expliquer comment les sociétés s'organisaient pour maintenir leur homéostasie grâce à des boucles de rétroaction. Par exemple, les travaux de Marvin Harris en Inde ont examiné la sacralisation des vaches comme une adaptation écologique répondant au besoin de sa protection pour son importance dans la production laitière, la fabrication de fumier comme combustible et engrais mais aussi pour son utilité dans les travaux agricoles[10]. Ces premières approches sont depuis critiquées pour leur vision réductrice des sociétés, soulignant un manque de documentation de leur complexité, ce qui a pour conséquence de projeter sur elles de fausses idées, notamment de staticité des mœurs[11].
Un autre domaine ayant contribué à l'émergence de l'anthropologie environnementale est l'ethnoécologie[12]. Des ethnoécologues comme Harold Conklin, Darrell Posey et Wade Davis ont étudié les savoirs écologiques traditionnels afin de comprendre comment des groupes autochtones géraient les écosystèmes dans lesquels ils vivaient[13]. En plus de la diffusion de savoirs écologiques à vocation agricole, certaines sous-disciplines de l'ethnoécologie comme l'ethnobotanique ont permis de diffuser des savoirs de médecine traditionnelle, permettant le développement de nouveaux médicaments à base de plantes déjà utilisées par certaines populations humaines[14].
L’écologie politique, étude interdisciplinaire des actions politiques en lien avec les questions environnementales, a contribué également de manière significative à l’émergence de l'anthropologie environnementale[15]. Cette discipline éclaire les rapports de pouvoir dans la gestion de l’environnement, en soulignant ses asymétries de pouvoir, fréquentes dans les études en contextes postcoloniaux[16].
Recherches actuelles
modifierEnjeux environnementaux contemporains
modifierDepuis les années 2010, un regain d’intérêt pour l'étude des relations entre les cultures et leur environnement, en raison des enjeux que représentent les défis de l'Anthropocène, tels que l’aménagement du territoire, la perte de biodiversité ou bien la rareté de l’eau face à l'urgence du changement climatique[17]. Les pratiques et savoirs documentés peuvent en effet participer à identifier les causes et les solutions à ces menaces[18].
L'expansion de l'anthropologie environnementale pourrait participer à faciliter la prendre en compte de la diversité des communautés humaines et de leurs histoires dans la prise de décision sur les questions d'écologie[19]. En effet, la développement durable des populations est souvent conditionné à la mobilisation de leurs savoirs situés vis-à-vis de leur environnement, une pratique soutenue par les Nations Unies[20].
Diversité culturelle
modifierL'anthropologie environnementale s'intéresse de plus en plus aux variations culturelles et à la diversité culturelle[21]. Un nombre croissant de facteurs sont pris en compte dans les études, tels que les catastrophes environnementales (inondations, séismes, gel), les migrations, le rapport bénéfice-risque, les contacts et les associations, les influences extérieures (commerce et essor du capitalisme mondialisé), la logique ou les interdépendances[22].
L'utilisation par Roy A. Rappaport et Hawkes, Hill et O'Connell [23] de la théorie de la recherche optimale de nourriture [24] dans leurs travaux illustre ce nouveau courant. Or, cette perspective, fondée sur la théorie de l'équilibre général, a été critiquée pour ne pas prendre en compte la diversité des réponses qu'un individu peut avoir, telles que la loyauté, la solidarité, l'amitié et le respect de la dignité, ainsi que les éventuels facteurs incitatifs ou inhibiteurs influençant son comportement[25]. Rappaport reconnaît que « l'unité sociale n'est pas toujours bien définie [26] », ce qui révèle un enjeu croissant en anthropologie environnementale : l'obscurcissement de certains aspects de l'analyse et des termes employés[25]. Les perspectives décoloniales cherchent à répondre à ces enjeux et participent à l'enrichissement théorique et méthodologique des pratiques d'anthropologie environnementale[27],[28].
Liste non-exhaustive de programmes universitaires en anthropologie environnementale
modifier- Université d'État de Portland. Programme de licence et de master en anthropologie
- Université d'Utrecht . Master en anthropologie culturelle : Citoyenneté durable
- Université de Stanford. Pôle d'anthropologie environnementale
- Université de Floride du Sud. Département d'anthropologie. Programmes de premier cycle et de cycles supérieurs en anthropologie appliquée.
- University College London. Master en anthropologie, environnement et développement.
- Université de Californie à Davis. Domaine de spécialisation : Anthropologie environnementale
- Université de Géorgie. Anthropologie écologique et environnementale. Doctorat. Programme de conservation intégrative (ICON). Certificats de premier cycle en durabilité, éthique environnementale et écologie de la conservation.
- Université du Kent. Master en anthropologie sociale : crises humanitaires et environnementales
- Université de Pennsylvanie. Anthropologie environnementale
- Université du Maine. Licence en anthropologie : Dimensions humaines du changement climatique. Maîtrise en anthropologie et politiques environnementales.
- Université Nationale d'Australie. Maîtrise en anthropologie et futurs planétaires.
- Université du Maryland. Département d'anthropologie[29] Programmes de baccalauréat (BA, BS, MA et doctorat)
- Université du Texas à San Antonio. Doctorat en anthropologie environnementale
- École de foresterie et des sciences environnementales de Yale et Département d'anthropologie. Programme conjoint de doctorat en anthropologie et environnement
- Université du Sud du New Hampshire, diplôme de premier cycle - spécialisation en développement durable environnemental
Voir aussi
modifierRéférences
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