Antonio Casilli

professeur de sociologie

Antonio Casilli, né le , est professeur de sociologie à Télécom Paris[1]. Il est membre de l'Institut interdisciplinaire de l’innovation (i3)[2], du Laboratoire d'anthropologie critique interdisciplinaire de l’École des hautes études en sciences sociales[3], du Nexa Center for Internet and Society[4] et du Centre Minderoo pour la technologie et la démocratie (en) à l'Université de Cambridge.

Antonio Casilli
Antonio Casilli en 2023
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En attendant les robots: enquête sur le travail du clic (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographie

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Né en Italie dans un milieu populaire[5], attiré par la mouvance anarchiste et la pensée ouvriériste, Antonio Casilli suit de 1991 à 1997 des études d’économie à l'Université Bocconi de Milan. Son mémoire de master (tesi di laurea) devient son premier livre, La Fabrique libertine, où il relit l’œuvre du marquis de Sade à l’aune d’Adam Smith et de Karl Marx (2000).

En 2006, il déménage à Paris et obtient un doctorat de l’École des hautes études en sciences sociales en soutenant une thèse sur Les mythes de régénération dans la cyberculture : le corps et ses utopies (sous la direction de Georges Vigarello)[6].

De 2009 à 2011, Antonio Casilli travaille à l’École des hautes études en sciences sociales. En 2011, il est nommé maitre de conférences à l'École nationale supérieure des télécommunications (Télécom Paris), puis professeur en 2019 à l'Institut Polytechnique de Paris.

Domaines de recherche

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Dans ses premiers travaux sur l’impact des technologies industrielles sur l’imaginaire du corps, sous l'influence de Donna Haraway et d’Antonio Negri, il étudie la violence communicationnelle et les cultures numériques. Dans Les Liaisons numériques : vers une nouvelle sociabilité, il analyse les usages des TIC et l'impact des pratiques de présentation de soi (avatars, photos, récits autobiographiques) sur les structures sociales, les codes de communication[7], le capital social[8] et la vie privée[9]. Plusieurs de ses études portent sur les TIC dans le domaine de la santé. Ses méthodes d’enquête mêlent l’observation participante et les outils avancés de la recherche en sciences sociales, comme la simulation informatique et l’analyse des graphes[10].

En 2020, il publie une tribune avec Paul-Olivier Dehaye et Jean-Baptiste Soufron sur les risques et les enjeux de l'application de recherche de contacts StopCovid que le gouvernement français souhaite développer et sur le manque de garantie des finalités exactes de la collecte et traitement des données recueillies[11].

Vie privée dans les médias sociaux

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Antonio Casilli s'intéresse au concept de privacy[12], se plaçant contre l'hypothèse d'une fin de la vie privée qui serait due à l'avènement des médias sociaux. Au lieu d'affirmer la disparition de la vie privée, il atteste d'un changement dans sa perception par la société. La vie privée d'un individu se caractériserait entre autres aujourd'hui par la construction puis la gestion d'un capital social en ligne. Antonio Casilli s'attache donc à proposer un nouveau modèle de représentation de la privacy. Ainsi, elle serait à appréhender comme une entité négociable : elle ne relèverait plus d'une décision totalement individuelle, mais d'une négociation permanente, où l'utilisateur de médias sociaux adapte la publication d'informations personnelles en fonction du cercle social qu'il vise, et selon les « retours » (feedback) de ses contacts. Le caractère privé ou public des informations personnelles n'intervient donc pas a priori, mais est défini en fonction de ces variables. Il redéfinit ainsi la vie privée comme étant un processus collectif.

Sociabilités numériques

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Antonio Casilli s'intéresse à la notion d'amitié. Malgré la détérioration de la valeur de l'amitié sur les réseaux sociaux, il y a aussi une valeur utilitaire dans l'amitié à outrance. En creux derrière la notion d'amitié se trouve la notion de conflit et comment la déjouer. On peut aussi se demander comment garder la cohésion sociale dans un contexte de liens faibles. Le friending ne remplace pas l'amitié : il la prolonge[réf. souhaitée].

Digital Labor

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Dans En attendant les robots (2019), Antonio Casilli décrit trois types de digital labor :

  • les plateformes de service « à la demande », telles que Uber ou Foodora. Dans le cas, les entreprises mettent en relation des demandeurs et des fournisseurs potentiels d'un service, en temps réel, par géolocalisation. Les chauffeurs/livreurs et les utilisateurs du service créent des données qui seront exploitées par les entreprises : annotation de cartes, complétion de parcours GPS, gestion de réputation, etc.
  • les plateformes de microtravail, telles qu'Amazon Mechanical Turk. Ces entreprises rémunèrent des microtravailleurs pour assister des intelligences artificielles dans leurs tâches, voire réalisent eux-mêmes ces tâches en lieu et place des IA. C'est l'une des thèses principales de l'ouvrage : une partie de l'intelligence artificielle est, elle-même, artificielle puisqu'elle nécessite une très grande part d'intervention humaine, voire la substitution totale des humains aux machines lorsque celles-ci ne sont pas en mesure de fournir une réponse efficace.
  • les plateformes « sociales » telles que Facebook ou YouTube. Ici, les entreprises capitalisent sur le travail fourni « bénévolement » par les utilisateurs : chaque like sur Facebook permet d'affiner un profil utilisateur, exploité commercialement à travers le ciblage publicitaire proposé par Facebook aux annonceurs.

Le livre est traduit en anglais (University of Chicago Press), en grec (Ropi Ekdoseis), en espagnol (LOM, Punto de Vista), en arabe (El-Maraya) et en italien (Feltrinelli)[13].

Médias

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Antonio Casilli en 2010

Antonio Casilli figure parmi les chroniqueurs réguliers des émissions sur France Culture La Grande Table (animée par Olivia Gesbert) de 2013 à 2015 et Place de la toile (animée par Xavier de La Porte) de 2010 à 2013[14]. Il intervient également dans les médias nationaux et internationaux (BBC, Wired, Le Monde, Libération, Il Corriere, Domani, France Télévisions, Radio France, Arte, Times of India…).

En 2020, il apporte son expertise à la web-série documentaire Invisibles : Les Travailleurs du clic diffusée sur FranceTV[15] et en 2025 à Les sacrifiés de l’IA (réalisation : Henri Poulain).

Publications

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Ouvrages

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Direction de numéros de revues

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  • « Cultures du numérique », numéro 88 de la revue Communications, 2011
  • « Le corps à l’épreuve des cultures numériques », no 353 Esprit « Homo numericus », mars/

Références

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  1. « Antonio Casilli, Professeur, Télécom Paris, Institut Polytechnique de Paris », sur www.telecom-paris.fr (consulté le )
  2. « Membres » [archive du ], sur i3.cnrs.fr (consulté le )
  3. École des Hautes études en sciences sociales, « Antonio Casilli », sur EHESS, (consulté le )
  4. (en-GB) Nexa Admin, « Antonio Casilli », sur Nexa Center for Internet & Society, (consulté le )
  5. « Comment Internet nous met au travail. Rencontre avec Antonio Casilli », sur www.scienceshumaines.com (consulté le )
  6. Antonio A. Casilli, « Les mythes de régénération dans la cyberculture : le corps et ses utopies », theses.fr, Paris, EHESS, (lire en ligne, consulté le )
  7. (en-GB) « Tu and Twitter: Is it the end for 'vous' in French? », BBC News, (lire en ligne, consulté le )
  8. Hubert Guillaud, « Entretien avec Antonio Casilli : Le Web ne désocialise pas plus qu'il n'hypersocialise », Le Monde, (lire en ligne).
  9. « « La fin de la vie privée est un mythe » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  10. [vidéo] « TEDxParisUniversités - Antonio Casilli - Studying censorship via social simulation », TEDx Talks, , 11:24 min (consulté le )
  11. Antonio Casilli, Paul-Olivier Dehaye et Jean-Baptiste Soufron, « StopCovid est un projet désastreux piloté par des apprentis sorciers », Le Monde, (lire en ligne)
  12. Antonio A. Casilli, « Contre l'hypothèse de la « fin de la vie privée » », Revue française des sciences de l'information et de la communication, (ISSN 2263-0856, DOI 10.4000/rfsic.630, lire en ligne, consulté le ).
  13. (en-US) « Publications | Antonio A. Casilli », (consulté le )
  14. Voir sur franceculture.fr.
  15. « « Invisibles », un documentaire sur les « travailleurs du clic » - Next INpact », sur www.nextinpact.com (consulté le )
  16. « Antonio Casilli remporte le prix de l’écrit social 2019 et le grand prix de protection sociale 2019 | CNRS Sciences humaines & sociales », sur www.inshs.cnrs.fr, (consulté le )

Voir aussi

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