Antonio Yta [n 1] (Madrid, 1770 - lieu et date de décès inconnus), née María Leocadia Yta, est une personne espagnole identifiée d'abord comme une religieuse, puis comme l'époux de Martina Vilvado y Balberde [n 2] qui la dénonce ensuite à La Plata (aujourd'hui Sucre en Bolivie), en , après l'avoir surpris en train de menstruer et d'accomplir des activités considérées comme féminines. Certains chercheurs ont postulé que sa situation relève de l'hermaphrodisme, tandis que d'autres considèrent que ce parcours relève de questions d'identité de genre ou d'orientation sexuelle[4],[5].

Antonio Yta
Biographie
Naissance
Nationalité
Activités
Religieuse, administrateur ou administratriceVoir et modifier les données sur Wikidata
Période d'activité
Jusqu'en Voir et modifier les données sur Wikidata

Jeunesse

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María Leocadia Yta nait à Madrid en 1770. Ses parents, Joséf Yta et Felipa Ybáñez, sont originaires de Colmenar de Oreja (région de Madrid) et font partie de la cour royale[6]. À neuf ans, elle est confiée à María Petronilla Pimentel de Alcántara de Toledo y Cernesio, duchesse douairière de Medinaceli, et elle réside dans son palais jusqu'à l'âge de 17 ans environ (vers 1788)[7].

Le , María Leocadia Yta entre au couvent Encarnación del Divino Verbo, propriété des Augustines récollets, à Colmenar de Oreja. Elle en est expulsée le de la même année[8]. Plus tard, vers 1789 ou 1790, elle séjourne durant onze mois au couvent franciscain Santa Juana de la Cruz, à Cubas de la Sagra[9], et le , elle est admise au couvent de Misericordia de la Orden de Santa Clara à Huete, en Castille-La Manche. Elle en part le , après que ses parents ont décidé de l'en retirer[10]. Après avoir vécu quelques mois avec sa sœur Leocadia à Madrid, elle est admise le au monastère San Vicente el Real, des sœurs bernardines de Ségovie, d'où elle est expulsée le , pour avoir porté l'habit religieux dans d'autres couvents et en raison de sa mauvaise réputation[11].

Voyages

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En , elle quitte Madrid pour se rendre à Rome, où elle arrive en juillet de la même année[12]. Elle cherche alors à contacter la Pénitencerie apostolique du Vatican afin d'obtenir l'autorisation de porter des vêtements masculins et d'adopter une identité masculine. Après cela, elle prend le nom d'« Antonio » et se rend au port de Malaga pour embarquer à destination de l'Amérique espagnole, débarquant d'abord à Montevideo, puis à Buenos Aires[13]. À son arrivée dans cette ville, elle contacte l'évêque de Buenos Aires, Manuel Azamor y Ramírez, qui l'accueille chez lui jusqu'à sa mort en 1796[5],[14].

Après la mort du prélat, Antonio Yta décide de tenter sa chance dans la région de Potosí, aujourd'hui en Bolivie, et arrive dans cette ville en 1797. Il se présenta alors au gouverneur-intendant Francisco de Paula Sanz, qui l'héberge chez lui deux ans[15]. Durant cette période, Antonio rencontre Martina Vilvado y Balberde, avec laquelle il noue une relation amoureuse[16].

Le , Antonio Yta et Martina Vilvado y Balberde se marient à Potosí, et y vivent deux ans. En 1801, Yta est nommé administrateur de La Magdalena, un village indigène de la province de Moxos[17]. L'année suivante, ils s'installent à Cochabamba après avoir été expulsés de La Magdalena par les indigènes locaux, menés par le cacique Maraza[18].

Le , Martina Vilvado y Balverde arrive à La Plata pour demander l'annulation de son mariage. Trois jours plus tard, elle porte plainte auprès des autorités, affirmant avoir vu Antonio menstruer et uriner comme une femme, elle l'accuse de ne pas avoir consommé leur mariage[19]. Le , Antonio Yta est arrêté, soumis à un examen physique, et avoue les faits lui étant reprochés, détaillant également son parcours, depuis l'enfance, en Espagne[18].

Le , le procureur ecclésiastique, Bernardino Méndez de la Parra, demande à l'Audience de Charcas de déterminer si Yta est hermaphrodite, ce que l'institution refuse le lendemain[18]. L'affaire continue d'être instruite tout au long de l'année 1804, et Antonio Yta est emprisonné à La Plata – période durant laquelle il souffre de problèmes de santé, notamment d'un œdème. Il s'évade le , date à partir de laquelle on perd sa trace[20].

  1. ↑ Mentionné dans plusieurs sources comme Antonio Ita[1] ou Antonio de Ita[2].
  2. ↑ Mentionnée dans plusieurs sources comme Martina Bilbao y Valverde[3].

Références

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  1. ↑ (es) Bernardino De la Parra, « Carta de Bernardino de la Parra al Presidente Gobernador Intendente sobre la remisión del testimonio de la vista que ha estampado el Promotor Fiscal Eclesiástico de esa Curia en la causa de nulidad del matrimonio de Antonio Ita. », sur Archivo y Biblioteca Nacionales de Bolivia, (consulté le ).
  2. ↑ « Ser quewa en la ciudad », Correo del Sur,‎ (lire en ligne [archive], consulté le ).
  3. ↑ (es) Mónica Navia Antezana, « Las damas travestidas de Charcas », Revista de Estudios Bolivianos,‎ , p. 13-38 (lire en ligne [archive du 10 de febrero de 2023] [PDF], consulté le ).
  4. ↑ Abercrombie 2018, p. 161-172.
  5. 1 2 Bazán 2004, p. 77-78.
  6. ↑ Abercrombie 2018, p. 60.
  7. ↑ Abercrombie 2018, p. 66.
  8. ↑ Abercrombie 2018, p. 79.
  9. ↑ Abercrombie 2018, p. 80.
  10. ↑ Abercrombie 2018, p. 67.
  11. ↑ Abercrombie 2018, p. 82.
  12. ↑ Abercrombie 2018, p. 84-86.
  13. ↑ Abercrombie 2018, p. 96-100.
  14. ↑ (es) Ricardo Palma, « Tradiciones peruanas, octava serie » [archive du ] [PDF], Biblioteca Virtual Universal (consulté le ), p. 51-52.
  15. ↑ Abercrombie 2018, p. 106-107.
  16. ↑ (es) Ángel Diez de Medina, Don Antonio de Ita, El Siglo, (lire en ligne), p. 387-389.
  17. ↑ Abercrombie 2018, p. 124.
  18. 1 2 3 Abercrombie 2018, p. xxi.
  19. ↑ Abercrombie, Thomas, « Una vida disfrazada en el Potosí y La Plata colonial: Antonio -nacido María- Yta ante la Audiencia de Charcas (un documento y una reflexión crítica) » [archive du ] [PDF], sur Archivo y biblioteca nacionales de Bolivia (consulté le ).
  20. ↑ Abercrombie 2018, p. xxiii.

Bibliographie

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  • (en) Thomas Alan Abercrombie, Passing to América: Antonio (Née María) Yta’s Transgressive, Transatlantic Life in the Twilight of the Spanish Empire, University Park, Pensilvania, The Pennsylvania State University Press, , PDF (ISBN 978-0-271-08279-0, lire en ligne)
  • (es) Osvaldo Bazán, Historia de la homosexualidad en la Argentina, Buenos Aires, Marea Editorial, (ISBN 987-21109-3-X)