Aphrodite à la tortue

statue d'Aphrodite découverte dans le temple d'Artémis à Doura Europos en Syrie

Aphrodite à la tortue est une sculpture en marbre datant d’environ entre 100 et 300 après J.-C., découverte à Doura-Europos, en Syrie, lors des fouilles de 1922. Elle est conservée au département des Antiquités orientales du musée du Louvre à Paris (inv. AO 20126). Cette statue en ronde-bosse, incomplète, représente la déesse Aphrodite, la pointe du pied gauche posée sur une petite tortue. Elle mesure 57 × 22 × 14 cm[1].

Aphrodite à la tortue
Artiste
InconnuVoir et modifier les données sur Wikidata
Date
Entre et Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de création
Grèce (?)Voir et modifier les données sur Wikidata
Matériau
Dimensions (H × L × l)
57 × 22 × 14 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieux de découverte
Doura Europos, Block H4, Dura-Europos (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Propriétaire
No d’inventaire
AO 20126Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation
Near Eastern Antiquities, room 315, display case 18 (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Découverte et restauration

modifier

La statuette est mise au jour dans une petite salle appartenant à un vaste temple d’Artémis ou, plus précisément, de la grande déesse indigène Nanaya. Au fond de cette salle s’ouvre une niche qui devait autrefois abriter une statue de plus grande dimension : un fragment de corniche retourné et réemployé en guise de socle conserve encore deux trous de scellement destinés aux tenons fixant les pieds de l’idole. Devant la niche s’étend une plate-forme dallée d’environ trois mètres de profondeur, accessible par un escalier flanqué de deux colonnes doriques. C’est sur cette plate-forme, légèrement à gauche de la niche, que la statuette est retrouvée.

Les archéologues découvrent d’abord la plus grande partie de la figure, gisant dans le sable, puis un fragment du torse comprenant l’épaule droite et le haut du bras, ainsi que le pourtour du cou, à l’exception d’un petit éclat. Quelques menus débris des plis du vêtement sont également recueillis. Ces éléments, qui se raccordent précisément, sont remontés par les restaurateurs du Louvre. De nouvelles recherches menées en 1923 afin de retrouver la tête et les bras restent infructueuses.

Les bras et la tête ont été travaillés séparément puis fixés au corps : deux trous ronds destinés aux tenons sont visibles au centre des surfaces de cassure des moignons des bras ; dans l’épaisseur du cou, une cavité ovale conserve l’extrémité d’un goujon de fer oxydé. L’arrachement brutal de la tête explique probablement les fractures observées au niveau du cou et de l’épaule.

Le style de l’œuvre indique une origine hellénique, confirmée par l’emploi du marbre de Paros. Du fait de sa qualité, la sculpture est vraisemblablement produite dans un grand centre artistique, peut-être à Antioche[2].

Description

modifier

La déesse est figurée debout, fermement appuyée sur la jambe droite ; la jambe gauche est légèrement fléchie et la pointe du pied se pose sur la carapace d’une petite tortue. Cette attitude entraîne une flexion latérale du corps : la hanche droite accuse une forte saillie sous une taille creusée, tandis que le torse s’incline légèrement du même côté, relevant l’épaule gauche.

Le torse est couvert d’une tunique de lin, largement échancrée au cou et d’une grande finesse, laissant transparaître les formes du corps. Elle est serrée par une mince ceinture placée immédiatement sous la poitrine, accentuant le galbe des seins. Le vêtement tombe ensuite en plis verticaux jusqu’au sol, ne laissant apparaître que l’extrémité des pieds, chaussés de sandales. Des traces de polychromie rouge subsistent sur le manteau.

Par-dessus la tunique, le bas du corps est enveloppé dans un manteau épais (himation) qui s’enroule autour de la hanche droite. Sa masse, torsadée, traverse diagonalement l’abdomen, découvre le pli de l’aine, puis remonte sous l’aisselle gauche, où il est maintenu par le bras. Le drapé se plisse sur la jambe droite, se tend sur la cuisse gauche et le genou fléchi qui le soulève. Les surfaces lisses du vêtement contrastent avec les sinuosités profondes des plis entre les jambes et le large pan tombant à droite en longs plis verticaux.

Le revers de la statuette, non destiné à la vue, reçoit un traitement plus sommaire : le modelé du dos est peu développé et l’himation y forme de larges plis plats divergents, partant de l’aisselle gauche vers la hanche droite et les pieds[2].

Interprétation et iconographie

modifier

La présence de la tortue renvoie à un attribut ancien d’Aphrodite. Divers indices attestent que la tortue est reconnue comme animal sacré de la déesse dans plusieurs régions du monde grec, au-delà d’Élis. Une série de bronzes archaïques représente déjà une déesse debout sur une tortue servant de support. Le motif est notamment associé à l’Aphrodite Ourania sculptée par Phidias, qui reprend et atténue un schéma iconographique attesté dès le VIe siècle av. J.-C. Le surnom d’Ourania rapproche la déesse grecque d’Astarté, divinité orientale dont le culte se diffuse en Grèce. À Paphos, une dédicace à Aphrodite accompagnée de l’image d’une tortue confirme cette association symbolique.

La tortue, observée nageant à la surface d’une mer calme, devient l’emblème d’une navigation heureuse, au même titre que le dauphin. Ces deux animaux sont attribués à la déesse née de l’écume des flots et protectrice des marins. La tortue figure ainsi sur les monnaies de peuples maritimes de Phénicie, de Lycie et surtout d’Égine, à l’époque où la puissance navale de l’île domine la Grèce archaïque. Une tradition légendaire rapporte peut-être qu’Aphrodite aurait vogué debout sur la carapace d’une tortue, donnant naissance à ce type plastique largement diffusé dans l’art archaïque[2].

Notes et références

modifier