Arbre du Ténéré
L'Arbre du Ténéré (en touareg : Techaghert[1],[2.1]) était un acacia solitaire, de l'espèce Vachellia tortilis (synonymes : Acacia raddiana ou Acacia tortilis), qui fut à une époque considéré comme l'arbre le plus isolé de la Terre. Situé approximativement à 235 km au nord-est de la ville d'Agadez, au Niger, il faisait office de repère pour les routes des caravanes qui traversaient le désert du Ténéré au nord-est du Niger. Il est renversé par un camion en .
| Arbre du Ténéré | |
L'arbre du Ténéré en . | |
| Géographie | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Agadez |
| Département | Tchirozérine |
| Coordonnées géographiques | 17° 44′ 39″ N, 10° 04′ 58″ E |
| Caractéristiques | |
| Espèce | Vachellia tortilis |
| Hauteur | 12 m |
| Intérêt | Isolement |
| Âge | 127 |
| Mort | |
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|
Présentation
modifierIl s'agit du seul arbre à avoir jamais été représenté sur une carte géographique au 1:4 000 000[3],[4],[5]. La légende en fit l'arbre le plus isolé de la Terre, prétendant qu'aucun autre arbre ne se situait à moins de 400 km[6]. On a depuis prouvé que c'était faux : l'oasis de Timia ne se trouve ainsi, par exemple, qu'à 150 km de l'Arbre du Ténéré.
L'acacia était le dernier survivant d'un groupe d'arbres qui avait poussé dans le désert à une époque de moindre aridité. Pendant l'hiver -, un puits est foré à côté de l'arbre par des militaires français pour faciliter le transit des convois militaires dans la région[7]. Il est alors découvert que ses racines atteignent la nappe phréatique, située plus de 30 mètres en dessous de la surface.
« Il faut voir l'arbre pour croire à son existence. Quel est son secret ? Comment peut-il être toujours en vie malgré la multitude de dromadaires qui dévastent les alentours ? Comment se fait-il qu'à chaque Azalai, aucun chameau ne dévore ses feuilles ou ses bourgeons ? Parmi les nombreux Touaregs qui conduisent les caravanes de sels, pourquoi donc aucun d'eux ne lui coupe les branches pour faire du feu pour le thé ? La seule réponse est que cet arbre est tabou et qu'il est considéré comme tel par les caravaniers. »
— Michel Lesourd, [8]
Une photographie de par le commandant Michel Lesourd, montre que l'arbre possédait alors deux troncs et des rameaux[9] ; l'un des troncs a disparu dans les années 1940.
L'arbre est visité par la première mission Berliet-Ténéré en [10].
En , l'arbre est renversé accidentellement par un camionneur libyen, prétendument ivre, qui faisait une marche arrière[11].
Hommages
modifierLe , l'arbre mort est transporté au Musée national Boubou-Hama à Niamey et remplacé par une sculpture métallique représentant un arbre[12],[13].
Structure métallique (-)
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Après la destruction accidentelle de l'arbre du Ténéré en , les autorités nigériennes envisagent l'installation d'une balise permanente à son emplacement. Une lettre officielle datée du , émise par la Subdivision des Travaux publics d'Agadez (ministère des Travaux publics, des Transports, des Mines et de l'Urbanisme), décrit le projet retenu Lettre officielle du 22 novembre 1974 (PDF) . Ce document propose une structure métallique « figurant un arbre stylisé », construite en tubes soudés, de lignes simples, et destinée à respecter le symbole initial de l'arbre disparu. La lettre recommande une peinture noir mat pour assurer le contraste dans le désert, ainsi que l'application d'une peinture fluorescente sur les extrémités des « branches » afin d'améliorer la visibilité. Une maquette du projet est déposée au bureau du capitaine commandant la compagnie militaire d'Agadez.
Selon le témoignage de Charles Teresa Historique détaillé de la structure métallique (PDF) alors volontaire du service national actif (VSNA) affecté au ministère des Travaux publics du Niger, le projet retenu correspond à une maquette et à des dessins réalisés par son épouse Josyane Teresa. Charles Teresa fournit également une note de calcul, un plan techniquePlans de conception de la structure métallique (PDF) et une justification de conception permettant la réalisation de la structure. Le couple dépose le projet à Agadez le jour du départ de la mission de balisage du Ténéré, en .
Réalisation de la structure ()
modifierLa structure métallique est réalisée en . La version initiale installée sur le site ne comportait ni le fût élargi, ni les éléments décoratifs ajoutés ultérieurement. Elle se présentait comme un arbre stylisé minimaliste, conforme aux dessins Teresa et aux recommandations de la lettre administrative de .
Symbolique et fonction
modifierLa structure avait une double fonction : symbolique, en rappelant l'arbre isolé le plus célèbre du Sahara, et pratique, en servant de repère de navigation pour les convois traversant le Ténéré. La peinture noir mat devait assurer une visibilité maximale sur l'horizon, tandis que les extrémités fluorescentes renforçaient la perception du repère de nuit ou par faible luminosité.
Modifications ultérieures
modifierAu cours des années suivantes, la structure subit plusieurs modifications non conformes au projet initial : ajout d'un fût élargi, installation d'éléments décoratifs (enjoliveurs), et repeints successifs. Ces transformations ont progressivement éloigné l'objet de son esthétique d'origine.
Autres hommages institutionnels
modifierUne réplique de l'arbre est érigée sur une place du centre historique d'Agadez.
Un timbre de 50 FCFA est émis par le Niger en pour commémorer le premier anniversaire de sa mort[14]. Dessiné par Georges Bétemps, il représente l'arbre, une rose des vents et une caravane[15].
- Restes de l'arbre du Ténéré exposés au musée national Boubou-Hama de Niamey.
- Réplique de l'arbre du Ténéré à Agadez.
Dans la fiction et les arts
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- Une chanson de Vincent Absil, L'Arbre du Ténéré (), rend hommage à l'Arbre[16],[17].
- Quatre x quatre ()[18] est un album de bande dessinée de la série Les Aventures de Jeannette Pointu qui se déroule pour une grande partie lors du raid Paris-Dakar, durant lequel apparaît l'arbre du Ténéré.[source secondaire nécessaire]
- La poétesse suisse Anne Perrier lui consacre le poème L'Arbre du Ténéré dans son recueil Les Noms de l'arbre ()[19],[20].
- La chanson Techaghert du groupe touareg Oyiwan, sur l'album Tifinagh[21], rend hommage à l'arbre[22].
- Le film espagnol La Grande Finale, sorti en , accorde une grande présence à l'Arbre. Les trois protagonistes de l'intrigue parviennent à faire de la sculpture représentant l'arbre une antenne pour suivre la retransmission télévisée d'un important match de football[23], la finale entre l'Allemagne et le Brésil de la Coupe du monde de .
- Lors de l'édition du festival Burning Man, qui a lieu dans le désert de Black Rock au Nevada (États-Unis), une installation est inspirée par l'arbre du Ténéré. Cette sculpture d'arbre d'une dizaine de mètres de hauteur[24] peut accueillir 60 grimpeurs et est dotée de milliers de feuilles contenant des LED qui s'allument au rythme de la musique[25]. Fruit d'un financement participatif sur Indiegogo lancé par Zachary Smith, un artiste de San Francisco[26],[27],[28], elle est réalisée en collaboration avec le studio Drift basé à Amsterdam[29],[30]. Après le festival, elle est déplacée en à Dallas, dans le quartier de Deep Ellum, sur le parvis du complexe The Epic[24],[31] (32° 47′ 03,4″ N, 96° 47′ 18,9″ O).
- En , le clip de la chanson Transmission/Michaelion du groupe français d'origine vénézuéliano-cubaine Ibeyi raconte l'histoire de cet arbre[32],[33].
- Le roman L'Arbre-monde (The Overstory, ) de Richard Powers évoque l'Arbre du Ténéré à l'occasion d'une conférence donnée par Patricia Westerford, l'une des principales protagonistes de l'histoire[34].
- En , le poème The Death of a Tree [La Mort d'un arbre] de Mathew Weitman remporte le Loraine Williams Poetry Prize[35].
Protection
modifierDans les années 1950, l'arbre du Ténéré se trouve sur la limite nord du périmètre d'un avant-projet de réserve partielle de faune du Ténéré[2.2]. Par la suite, son emplacement est à la limite sud des réserves naturelles de l'Aïr et du Ténéré inscrites en au patrimoine mondial de l'UNESCO[36].
Notes et références
modifier- ↑ Mohamed Aoutchiki Kriska, Contribution à l'inventaire chorologique des biogéocénoses de l'Aïr et du Tamesna nigérien, Montpellier, EPHE et CIRAD, coll. « Mémoires et travaux de l'institut de Montpellier » (no 24), , XII−132 p., [368] cartes (ISBN 0-335-8178 (édité erroné), S2CID 163098304, SUDOC 056135335, lire en ligne [PDF]), partie I, tableau 10 « Les unités territoriales écologiquement homogènes de la région Tamesna-Aïr-Ténéré (Niger) : les 274 stations », p. 50.
- Mahamadou Salifou et Chrystel Ferret, chap. 4 « Identification et impact du Projet de Conservation et de Gestion des Ressources Naturelles dans l'Aïr et le Ténéré (PCGRNAT) », dans Franck Giazzi (dir.), La Réserve naturelle nationale de l'Aïr et du Ténéré (Niger) : La connaissance des éléments du milieu naturel et humain dans le cadre d'orientations pour un aménagement et une conservation durables. Analyse descriptive, Gland (Suisse), Ministère de l'hydraulique et de l'environnement du Niger / UICN / WWF, , 678 p.-[32] p. de pl. (ISBN 2-8317-0249-6, lire en ligne).
- ↑ Annexes de la 1re partie, chap. I, annexe 3 : « Liste des points d'eau de la Réserve Naturelle Nationale de l'Aïr et du Ténéré », p. 410 (lire en ligne)
- ↑ § 1.A.1. « Les démarches préliminaires », p. 361 (lire en ligne), et fig. 306 « Cartes localisant les avant-projets de réserves de faune dans la région du Ténéré et du Tadress (documents coloniaux, archives DFPP) », p. 360 (lire en ligne) qui fait apparaître l'arbre du Ténéré.
- ↑ (en) « L'Arbre du Ténéré—(1) : The Arbre du Ténéré is unique in being the only tree to be shown on a map at a scale of 1:4,000,000 », sur the153club.org (version du sur archive.org), traduction en anglais de « L'arbre du Ténéré est mort », Bois et forêts des tropiques, no 153, - , p. 61–65 (DOI 10.19182/bft1974.153.a19236, lire en ligne [PDF]).
- ↑ « Cartes routières Michelin pour l'Afrique », sur voyages4x4.com (version du sur archive.org).
- ↑ « Il faut sauver les balises Berliet », sur saharayro.free.fr.
- ↑ (en) Eric Wagensonner, « Eastern Mali to Niger to Timbuktu - 2-19 September 06 », sur border-crossings.net, (version du sur archive.org).
- ↑ Marc Carlier, La "drôle de guerre" au Sahara : confins nigériens, -, Karthala, coll. « Relire », , 190 p.-[48] p. de pl. (ISBN 978-2-84586-847-2), p. 59, citation du lieutenant Michel Lesourd.
- ↑ « L'arbre du Ténéré, symbole de la survie dans le Sahara », sur agadez-niger.com (version du sur archive.org).
- ↑ « Arbre du Ténéré », sur club-des-voyages.com (consulté le ).
- ↑ Henri J. Hugot (dir.) (préf. Lionel Balout), Missions Berliet Ténéré-Tchad : - , - 9 déc. 1960, Paris, Arts et Métiers graphiques, et Lyon, Société des automobiles M. Berliet (rééd. numérique FeniXX), , 377 p. (ISBN 9782402537087, lire en ligne [PDF]), p. 23.
- ↑ « L'arbre du Ténéré, symbole de la survie dans le Sahara », sur club-des-voyages.com (consulté le ).
- ↑ (en) « L'Arbre du Ténéré—(2) : The Arbre du Ténéré is unique in being the only tree to be shown on a map at a scale of 1:4,000,000 », sur the153club.org (version du sur archive.org) : photo du transport au musée () et traduction en anglais d'un texte de Michel Lesourd, commandant du corps des Affaires militaires musulmanes (AMM) du Service central des Affaires sahariennes () et d'un texte de Raymond Mauny de l'Institut français d'Afrique noire ().
- ↑ Nastasia Michaels, « Connaissez-vous l'histoire de l'arbre le plus isolé du monde, et son absurde fin ? », Geo, .
- ↑ « Arbre du Ténéré - Compass Tree, », sur agadez-niger.com, (version du sur archive.org).
- ↑ (en) « Tenere Tree, Compass Rose and Caravan », sur Colnect.
- ↑ « Vincent Absil – Le Jus Noir Du Matin », sur Discogs.
- ↑ [vidéo] « L'arbre du Ténéré », sur YouTube.
- ↑ Wasterlain (scénario et dessins), Les Aventures de Jeannette Pointu, vol. 2 : Quatre x quatre, Dupuis, , 48 p. (ISBN 2-8001-1411-8).
- ↑ « L'arbre du Ténéré », sur lyrikline.org.
- ↑ Anne Perrier (ill. Loul Schopfer), Les noms de l'arbre, Lausanne, Éditions Empreintes, , 48 p. (LCCN 92132648).
- ↑ « "Tifinagh" par Groupe Oyiwane », sur club-des-voyages.com, .
- ↑ (es) Carlos Pera Madrazo (sous la dir. de Bartolomé Valle Buenestado), Geografía e imagen geográfica del Fezzan a través del relato de los exploradores del siglo XIX (thèse de doctorat), Cordoue, Universidad de Córdoba, Facultad de Filosofía y Letras, Departamento de Geografía y Ciencias del Territorio, (lire en ligne), p. 305.
- ↑ « Symboles et emblèmes du Niger », sur enseigner.tv5monde.com, TV5 Monde, .
- 1 2 (en) Katerina Papathanasiou, « 300-Year-Old Tree Finds New Home in Dallas », sur Vale Magazine, .
- ↑ (en) Jenny Kane, « Burning Man tree of lights inspired by world's loneliest tree », Reno Gazette-Journal (en), .
- ↑ (en) Zachary Smith, « Tree of Ténéré - Burning Man 2017 and beyond », sur Indiegogo, .
- ↑ (en) Alyssa Pereira, « San Franciscans launch crowdfunding campaign to build tree with 15k LED lights for Burning Man », sur SFGate, .
- ↑ (en) Peter Kotecki, « 10 of the most expensive art installations featured at Burning Man », sur Business Insider, .
- ↑ (en) « tree of ténéré team collaborates with studio drift at burning man », sur Designboom (en), .
- ↑ (en) Dan Howarth, « Tree of Ténéré responds to Burning Man attendees with light patterns », sur Dezeen (en), .
- ↑ (en) Dani Grande, « How Deep Ellum Became the Permanent Home for an Instagram Famous Tree », PaperCity, .
- ↑ Ibeyi, « 'Transmission/Michaelion' feat. Meshell Ndegeocello (Official Video) », sur YouTube, (consulté le ).
- ↑ « “Transmission/Michaelion”, le nouveau clip apocalyptique des sœurs Ibeyi », Numéro, .
- ↑ Richard Powers (trad. de l'anglais américain par Serge Chauvin), L'Arbre-monde [« The Overstory »], Paris, Le Cherche midi, , 530 p. (ISBN 978-2-7491-5827-3 et 978-2-7491-5884-6, lire en ligne
) : « “[…] Les hommes et les arbres sont des cousins moins éloignés que vous ne croyez. […] Et pour notre part... nous avons un rôle à jouer dans l'organisme qu'est la Terre, et ça...” Elle se retourne pour voir l'image projetée derrière elle. C'est l'Arbre du Ténéré, la seule créature à tronc à quatre cents kilomètres à la ronde. Fauché par un chauffard en état d'ivresse. Elle clique sur un cyprès chauve de Floride, plus vieux de mille cinq cents ans que le christianisme, tué il y a quelques mois par un mégot de cigarette [The Senator (en)]. “Ça, ce n'est pas notre rôle.” » - ↑ (en) Mathew Weitman, « The Death of a Tree [ Loraine Williams Poetry Prize Winner] », The Georgia Review (en), vol. 75, no 4, , p. 1044–1053 (JSTOR 27122368, lire en ligne).
- ↑ « Réserves naturelles de l'Aïr et du Ténéré », sur whc.unesco.org, UNESCO, en particulier la « carte des limites de la réserve (en vert) », qui fait apparaître l'arbre du Ténéré.
Pour approfondir
modifierBibliographie
modifier- (it) Stefano Mancuso (ill. Grisha Fischer), chap. 05_b « L'acacia del Ténéré », dans L'incredibile viaggio delle piante, Bari, Rome, Giuseppe Laterza & Figli, , 142 p. (ISBN 978-8858133323 et 978-8858135099, hdl 2158/1157180, lire en ligne
) ; L'incroyable voyage des plantes (trad. de l'italien par Olivier Favier), Paris, Albin Michel, , 213 p. (ISBN 978-2-226-44158-4 et 978-2-226-48018-7, lire en ligne
).
