Arghun agha
Arghun agha ou Arghoun agha, Mongol d'origine Oïrate, est un administrateur civil de la Perse sous domination mongole entre 1243 et 1255, avant la période houlagide.
Biographie
modifierOriginaire de la tribu des Oïrats, Arghun est vendu par son père à un homme nommé Qada’an en échange d'un quartier de bœuf lors d'une période de famine. Qada’an le place ensuite comme page auprès de son fils Ilügei, qui sert alors comme garde de nuit dans la keshig d'Ögedei. Grâce à sa maîtrise de l'écriture ouïghour-mongole, Arghun est nommé juge lorsque des différends éclatent concernant le gouvernement de l'Iran[1].
À la mort d’Ögödei, Töregene procède à un remaniement des administrations. Elle fait exécuter le gouverneur du Khorasan Körguz et Arghun à sa place. Arghun poursuit la politique de Körgüz dans le Khorasan. Entre 1243 et 1244, il étend l'administration civile jusqu'à Tabriz, une région auparavant sous contrôle de l'armée de Chormaqan. Durant cette période, son assistant Sharaf-ud-Din y collecte des taxes exorbitantes. Après la mort de Sharaf-ud-Din vers 1245, Arghun tisse des liens étroits avec l'élite du Khorasan et se convertit à l'islam. En 1246, lors de l'élection du khan Güyüg, ce dernier annule les politiques de sa mère Töregene. Arghun parvient cependant à conserver les faveurs du nouveau souverain grâce à des présents et à son efficacité prouvée. À la mort de Güyüg, Arghun se rend à la cour en 1249 et cultive habilement des liens avec Sorqaqtani. Cette stratégie lui permet de maintenir son poste lors de l'élection du fils de cette dernière, Möngke, en 1251[1].
Les rapports qu'Arghun transmet à Möngke servent de fondement aux réformes de ce dernier. Ils permettent de transformer le qubchiri - une contribution irrégulière et en nature - en une taxe régulière payée en argent, calculée sur une échelle allant de 1 à 10 dinars[1].
Sous le règne de Houlagou Khan, Arghun perd son poste de gouverneur suprême. En effet, Houlagou fonde l'Ilkhanat de Perse et nomme d'autres conseillers pour remplacer Arghun. Il est alors envoyé travailler dans le Caucase, où il augmente le plafond du qubchiri jusqu'à 500 dinars et extorque de l'argent aux seigneurs chrétiens locaux. Après 1262, il retourne dans le Khorasan[1].
Arghun s'illustre également sur le plan militaire sous le règne d'Abagha. En 1270, il combat Baraq. Sa grande ancienneté et le respect qui lui est dû lui valent d'être connu sous le nom d'Arghun Aqa (Frère aîné Arghun)[1].
Il meurt à un âge avancé près de Tus en juin 1275[2]. Il a pour fils l'émir Naûroûz, un moment vice-roi du Khorasan sous le ilkhan Ghazan[1].
Famille
modifierIl eut de nombreuses épouses, dont une fille de Yesü Möngke, avec qui il se maria en 1249. Une autre de ses épouses était Sürmish, qui donna naissance à Nawruz. Il a eu au moins 14 fils et 4 filles[3]:
- Un fils (mort en 1270 à Herat);
- Giraï Malik;
- Tatarji;
- Nawruz (décédé le );
- Lagzi Güregen (décédé le ) - marié à Baba Khatun (fille de Hulagu);
- Terjughan Khatun - marié à Öljaitü;
- Hajji;
- Tarkhan Hajji;
- Une fille - mariée à Fakhr al-Din ibn Rukn al-Din des Kartides (1295-1308);
- Yol Qutlugh;
- Boulquq;
- Oiratai;
- Ertai Ghazan (mort en 1297);
- Narin Hajji (décédé en 1297, Hamadan);
- Arghun Hajji;
- Mengli Buqa;
- Barghun Hajji;
- Emine Khatun (décédée vers 1300 et enterrée à Salmas[4]) — peut-être mariée à Taj al-Din 'Ali Shah, vizir;
- Begi Khatun ou Ilkuye Begi — marié à Muzaffar al-Din Hajjaj en 1263/4[3];
- Une fille — mariée à Kingshü, fils de Jumghur, fils d'Hulagu[5];
- Menglitegin - marié à Amir Tasu du clan Eljigin de Khongirad;
- Bulughan Khatun Khorasani - marié à Ghazan;
Source
modifier- Histoire de la Mongolie, des origines à nos jours, par László Lőrincz Publié par Akadémiai Kiadó, 1984 (ISBN 9630533812), 9789630533812
- René Grousset, L’empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Paris, Payot, 1938, quatrième édition, 1965, (version .pdf) 669 (présentation en ligne, lire en ligne)
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 (en) Christopher Pratt Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, Facts On File, (ISBN 978-0-8160-4671-3, lire en ligne), p. 21
- ↑ (en-US) Peter Jackson, « ARḠŪN ĀQĀ », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- 1 2 (en) Ishayahu Landa, « New Light on Early Mongol Islamisation: The Case of Arghun Aqa's Family », Journal of the Royal Asiatic Society, vol. 28, no 1, , p. 77–100 (ISSN 1356-1863 et 1474-0591, DOI 10.1017/S1356186317000438, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Antoin Sevruguin, The tomb of Emir Arghun Agha's daughter, Salmas, Late 19th Century », sur The Nelson Collection of Qajar Photography (consulté le )
- ↑ « Oirats in the Ilkhanate and the Mamluk Sultanate in the Thirteenth to the Early Fifteenth Centuries: Two Cases of Assimilation into the Muslim Environment », Mamlūk Studies Review, (ISSN 1947-2404, DOI 10.6082/M1B27SG2, lire en ligne, consulté le )