Arnold Aletrino
Arnold Aletrino ( - ), aussi connu sous le pseudonyme Karl Ihlfeldt, est un médecin, anthropologue et écrivain néerlandais connu pour être le tout premier défenseur de la cause homosexuelle aux Pays-Bas.
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Karl Ihlfeldt |
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De Nieuwe Gids (- |
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Biographie
modifierArnold Aletrino naît à Amsterdam le de parents séfarades d'origine portugaise[1],[2],[3].
Il étudie la médecine à l'Université d'Amsterdam dès ses 18 ans, en 1876 puis devient médecin en 1886[3]. En 1889 il obtient un doctorat. Il exerce en tant que médecin de la police, puis travaille au service des pompiers d'Amsterdam, avant de se consacrer aux populations pauvres des quartiers Kadijk et Kattenburg[1],[2].
Il se lie d'amitié avec Frederik van Eeden durant leurs études[3]. Un premier mariage a lieu, en 1891, avec Rachel Mendes da Costa, qui meurt d'un suicide en 1897. Il se remarie en 1898 avec Emilia Julia, une infirmière. Il n'a pas d'enfants[1],[2].
En 1899, il est nommé maître de conférence en anthropologie criminelle à l'Université d'Amsterdam[2].
Il lutte toute sa vie contre une addiction à la morphine, qu'il prend pour soulager des douleurs chroniques. Il part tôt à la retraite aux alentours de Genève avec son épouse[4],[2] et meurt à Chernex le [1].
Carrière
modifierLittérature
modifierArnold Aletrino appartient au mouvement moderniste des années 1880 aux Pays-Bas[4]. Il est influencé par le naturalisme français, et s'inspire de sa propre vie pour écrire ses romans[1].
Ses poèmes sont publiés pour la première fois en 1885 dans une anthologie. L’œuvre de Frederik van Eeden a un grand impact sur lui. À partir de 1910 ses critiques littéraires sont publiées dans la revue De Nieuwe Gids[3].
Criminologie
modifierIl a un point de vue déterministe sur les causes de la criminalité, qu'il impute à des facteurs biologiques et génétiques. Dans Over eenige oorzaken der prostitutie (« Sur les causes de la prostitution »), publié en 1901, il parvient à établir un lien entre la condition socio-psychologique des prostituées et leur choix de carrière. Il est critiqué par le psychologue Gerardus Heymans qui lui reproche son fatalisme bien que son « rejet du libre arbitre » soit parfois considéré comme intéressant par ses contemporains[1].
Aletrino contribue durablement au champ de l'anthropologie criminelle, notamment grâce au pamphlet Is celstraf nog langer geoorloofd en gewenscht? (« La prison est-elle encore légitime et souhaitable ? ») qu'il publie en 1906. Le texte pousse le gouvernement néerlandais à introduire des mesures de sursis pour les peines de prison[1].
Défense de l'homosexualité
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En 1897, Aletrino publie son premier texte en défense de l'uranisme : un compte-rendu de l'essai Uranisme et unisexualité publié par Marc André Raffalovich en 1896, dans lequel il défend le caractère naturel de l'amour entre hommes[4].
En 1901, il participe à la Conférence d'anthropologie criminelle d'Amsterdam. Il y défend l'uranisme comme une pratique naturelle qui devrait être acceptée par la société. Durant la conférence, la majorité des participants, dont Cesare Lombroso, le fondateur de la discipline, s'oppose à son discours. Par la suite, le premier ministère des Pays-Bas condamne publiquement l'idée défendue par Aletrino et l'accuse de vouloir apprendre la sodomie à ses étudiants[4].
En 1904, son ami Jacob Israël de Haan publie Pijpelijntjes (« Pipelines »), considéré comme le premier roman gay des Pays-Bas. Il nomme un de ses personnages homosexuel Sam, le surnom d'Aletrino, et lui dédicace le livre. Aletrino, pour sauver sa réputation, collecte tous les exemplaires de la première édition et les fait brûler. Certains chercheurs considèrent que sa colère s'explique par le fait qu'il aurait lui-même été homosexuel, le roman représentant alors un coming-out forcé[4],[5],[6],[7]. Par la suite, il déclare systématiquement sa propre hétérosexualité lorsqu'il aborde le sujet de l'homosexualité, par peur de perdre son poste d'enseignant[8].
L'année suivante, Aletrino fait publier son ouvrage Over uranisme (liefde voor hetzelfde geslacht). Een gerechtelijk-geneeskundige studie (« Sur l'uranisme (amour entre personnes du même sexe) : étude médico-légale ») sous le pseudonyme Karl Ihlfeldt. En 1908 sort Hermaphrodisie en Uranisme (« Hermaphrodisme et uranisme »), cette fois publié en son nom[2]. Dans un premier temps, il adopte la posture de Raffalovich selon laquelle les hommes homosexuels peuvent être aussi virils que les hommes hétérosexuels. Par la suite, sa position se rapproche de celle de Magnus Hirschfeld, pour qui les homosexuels constituent un troisième sexe[4].
Syndicalisme
modifierEn 1900, il fonde Nederlandsche Vereeniging tot Bevordering van de Belangen van Verpleegsters en Verplegers (« Association néerlandaise pour la défense des droits des infirmières ») avec trois autres médecins et 5 infirmières, dont Emilia Julia. Avec ses collègues médecins, il se détourne de l'association afin que les infirmières elles-mêmes puissent la diriger totalement. Sous la direction d'un nouveau conseil, le groupe prend le nom Nosokómos[2],[9].
En 1928, Nosokómos rejoint le Nationale Bond van Verplegenden (« Syndicat national des infirmières »)[9].
Reconnaissance
modifierArnold Aletrino est aujourd'hui considéré comme une figure importante de l'histoire du mouvement LGBT européen[4].
Il apparaît dans une exposition de 2026 intitulée Queer Amsterdam, de roze stad (« Amsterdam queer, ville rose »)[7].
Bibliographie
modifier- (nl) Kees Joosse, Arnold Aletrino. Pessimist met perspectief, Amsterdam,
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 (nl) J. van Weringh, « Aletrino, Arnold (1858-1916) », dans Ivo Schöffer, J. Charité, Biografisch Woordenboek van Nederland 1, Gravenhage, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 (nl) « Arnold Aletrino. Pleitbezorger van het uranisme », sur amsterdam.nl (consulté le )
- 1 2 3 4 (nl) Kees Joosse, « Arnold Aletrino, pessimist met perspectief », Measure, vol. 30, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 (en) Gert Hekma, « Aletrino, Arnold », dans Robert Aldrich (dir.), Garry Wotherspoon (dir.), Who's Who: In Gay and Lesbian History from Antiquity to World War II, Routledge, (ISBN 978-0415253697, DOI 10.4324/9780203986752-14)
- ↑ (nl) Adrian-Florin Duță, « De geschiedenis van het verloren Pijpelijntjes », sur Neerlandistiek,
- ↑ Michael David Rosenfeld, « L’amitié homo-littéraire de Georges Eekhoud et de Jacob Israël de Haan. “Je suis profondément heureux que vous êtes mon ami“ », « Amitiés vives » : littérature et amitié dans les correspondances d’écrivains, (DOI 10.34929/ktwv-sc72, lire en ligne)
- 1 2 (en) Edo Dijksterhuis, « Queer Amsterdammers have fought for their right to love for centuries – this exhibition shows how », Het Parool, (lire en ligne)
- ↑ (nl) Joost Ingen-Housz, « Soep en haring uit de Van Wou », De Groene Amsterdammer, (lire en ligne
) - 1 2 (nl) « 134 Archief van de Nederlandse Vereniging tot Bevordering der Belangen van Verpleegsters en Verplegers Nosokomos », sur archief.amsterdam (consulté le )
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :
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