Avouerie

laïc chargé de défendre les intérêts temporels d'une abbaye ou d'un chapitre

L'avouerie est la charge de l'avoué (du latin advocatus, désignant un protecteur[2]) qui exista dans l'Occident médiéval.

Le grand-bailliage de Haguenau était une avouerie impériale selon la nomenclature de l'Empire romain germanique : Landvogtei Unterelsass[1].

L'avouerie est instituée à l'époque carolingienne, quand les grands domaines ecclésiastiques se sont formés. Les gens d'Église ne pouvant, en principe, « faire couler le sang » c'est-à- dire ni porter les armes, ni rendre la justice civile, sont obligés de confier la défense de leurs biens à des laïcs. Par la suite, l'avouerie devient une charge qui se transmet et se négocie comme un fief héréditaire et a souvent fait l'objet de querelles et procès entre l'autorité religieuse s'estimant spoliée et le seigneur qui considère ce droit comme lui étant acquis définitivement.

Qu'est-ce qu'un avoué ?

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En droit féodal, l'avoué est la personne chargée de la protection et de la représentation juridique d'une institution ecclésiastique, pour les affaires séculières de la vie quotidienne. Cependant, à ses débuts, la fonction désignait un seigneur défenseur d'un vassal, ecclésiastique ou non[3].

Les advocati (avoués) forment deux catégories distinctes[4] :

La première catégorie comprend les princes, ducs ou comtes chargés de la protection juridique des biens ecclésiastiques, en échange d’un revenu souvent annuel. Ces grands seigneurs séculiers règnent sur de vastes terres qu’ils n’administrent généralement pas directement. La seconde catégorie comprend des seigneurs désargentés, chevaliers ou seigneurs de petite noblesse, souvent vassaux des premiers, et qui tirent la majorité de leurs revenus de l'avouerie. Ces derniers détiennent finalement leur avouerie comme un fief héréditaire, fief qui constitue souvent leur seul moyen de subsistance.

C'est en général un seigneur qui met ses forces au service d'une institution ecclésiastique, une abbaye ou un évêché, en échange d'une rémunération perçue sous forme de redevances ou d'une partie des amendes. L'avoué dirige notamment les vassaux de l'institution[5]. Un même seigneur peut assurer la défense des biens de plusieurs établissements religieux différents[6]. Inversement de grandes institutions ont engagé plusieurs avoués. Son rôle est similaire à celui du vidame qui deviendra un titre de noblesse (peu répandu) en France.

En France

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Dans le royaume de France, leur fonction consiste généralement à représenter l'abbé ou l'abbesse dans sa qualité de seigneur temporel, devant les tribunaux pour toutes les affaires séculières. En tant que représentant du supérieur de l’abbaye, l'avoué doit exercer la justice séculière sur les terres de l'abbaye, mais aussi prélever les redevances seigneuriales liées au temporel en nom et place de l'abbé. En cas de conflit armé, l'avoué doit parfois mener ses sergents et ses cavaliers au combat pour défendre les intérêts de l'institution[6]. À partir du XIIe siècle l'influence des grands avoués s'efface devant les prérogatives royales et papales.

Dans le Saint-Empire romain germanique

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L'avoué (Landvogt, Kastvogt en allemand, voogd en néerlandais) joue un rôle plus important dans le système politique féodal du Saint-Empire romain germanique que dans le royaume de France[7], où ses fonctions sont souvent limitées à la protection des intérêts des établissements religieux.

À partir de 970, de nombreux évêchés (Metz, Utrecht, Liège, Magdebourg, Strasbourg, Cambrai…) et grandes abbayes (Fulda, Wissembourg, Luxembourg, Zurich…) sont intégrés au pouvoir impérial et exercent des prérogatives royales (monnaie, armée, chateau, banalité). En échange de la protection impériale, ces ecclésiastiques doivent le servitium regis à l'empereur, qui peut être important (100 chevaliers pour l'évêché de Strasbourg en 982 par exemple). Même si nombre d'évêques gèrent leur domaine et mènent eux-mêmes leurs troupes à la guerre, cela profite aux avoués, l'avouerie devenant une fonction recherchée[8],[5]. À travers la réforme grégorienne (de 1049 à 1085), les papes limitent les interventions des laïcs et donc des avoués dans l'Église[9].

Aux XIIIe et XIVe siècles, de nombreux procès mettent en exergue les actes de violences et autres exactions commises par les avoués eux-mêmes, sur les terres des abbayes qu'ils sont censés protéger[10].

Exemples

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Notes et références

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  1. BECKER (Josef), Geschichte der Reichslandvogtei im Elsaß. Von ihrer Errichtung bis zu ihrem Übergang an Frankreich 1273-1648, Strasbourg, 1905.
  2. « Avoué », sur Cnrtl (consulté le )
  3. « Avoué », sur Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition (consulté le )
  4. Émile Lefort, « L’avouerie ecclésiastique en Luxembourg du Xe au XIIIe siècle », sur Thèses-chartes Paris, (consulté le )
  5. 1 2 « Avouerie », sur Dictionnaire historique suisse (consulté le )
  6. 1 2 « Colloque – Nouveaux regards sur l’avouerie. Les avoués des abbayes et des sièges épiscopaux entre Loire et Rhin (fin IXe – milieu du XIIIe siècle) », (consulté le )
  7. Kirchenvogtei und adlige Herrschaftsbildung im europäischen Mittelalter, Jan Thorbecke Verlag, coll. « Vorträge und Forschungen », (ISBN 978-3-7995-6886-9)
  8. Florian Mazel, Nouvelle histoire du Moyen Âge, Seuil, coll. « Univers historique », (ISBN 978-2-02-146035-3), p. 167
  9. Florian Mazel, p314
  10. Jonathan Reed Lyon, Corruption, protection and justice in Medieval Europe: a thousand year history, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-009-07596-1)

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Émile Lefort, « L'avouerie ecclésiastique en Luxembourg du Xe au XIIIe siècle », Positions des thèses de l'École nationale des chartes, , p. 131-137 (lire en ligne)

Liens externes

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