Baleines en mer Baltique

La présence de cétacés en mer Baltique, notamment de grandes baleines, est un phénomène rare mais régulièrement documenté (même en excluant le marsouin de la Baltique, qui est une espèce classifié comme « espèce en danger »). Ils sont principalement considérés comme solitaires, car il est rare que plus d'un individu, ou des groupes de baleines, s'égarent en mer Baltique par erreur de navigation[1].

Le squelette d'un rorqual échoué au large de Rügen en 1825, au Musée océanographique allemand de Stralsund.

Conditions de vie

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Etant donnée la faible salinité de ses eaux, ainsi que sa manque des ressources alimentaires et son isolement géographique, la mer Baltique n'est pas considérée comme un habitat naturel pour les grandes baleines[2]. La seule espèce de cétacé indigène et présente naturellement en mer Baltique est le marsouin de la Baltique, une espèce menacée. Il ne reste que quelques centaines d'individus qui vivent encore dans la partie centrale de la mer Baltique, et leur population est toujours en déclin[3].

La faible salinité est nocive pour la peau et le métabolisme des baleines, ce qui peut provoquer des inflammations. La communication avec la mer du Nord se fait par les passages relativement étroits du Cattégat et du Skagerrak. Les zones peu profondes et les bancs de sable sont souvent à l'origine d'échouages de baleines[4].

Ces facteurs limitent la migration des espèces marines en général et, par conséquent, la disponibilité de nourriture adéquate. Cette nourriture est principalement composée de petits poissons et de zooplancton. Le krill, pourtant essentiel à de nombreuses baleines à fanons, est quasiment inexistant en mer Baltique; les cétacés à dents, en revanche, s’adaptent mieux à ces ressources alimentaires limitées.

Malgré les conditions de vie difficiles qui règnent en mer Baltique, des individus de différentes espèces y ont été observés depuis des siècles. Baleines à bosse, rorquals communs, bélugas, narvals, cachalots et petits rorquals ont tous été recensés comme visiteurs occasionnels de la mer Baltique[5].

Causes des erreurs de navigation et des échouages de baleines

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La présence de baleines en mer Baltique peut s'expliquer de plusieurs manières. Certaines recherches suggèrent qu'elle est principalement due à la désorientation des baleines lors de leur migration de la mer du Nord vers la mer Baltique[5][pas clair]. Les échouages de baleines pourraient être liés aux tempêtes solaires, qui perturbent leur boussole magnétique interne[4]. Le bruit sous-marin des navires est également considéré comme un facteur de désorientation. Les biologistes marins émettent aussi l'hypothèse d'un lien entre les violentes tempêtes hivernales et la présence de dauphins en mer Baltique, dont l'isolement géographique leur servirait alors de refuge[6].

D'autres théories soulignent les éventuels changements écologiques, tels que le changement climatique ou les variations d'abondance des stocks de poissons, qui pourraient attirer des baleines dans la région. Des observations répétées de baleines isolées suggèrent qu'au moins certains individus recherchent délibérément la mer Baltique[7]. Les baleines à bosse suivent probablement les bancs de harengs jusqu'à l'ouest de la mer Baltique. Les cachalots sont des prédateurs spécialisés des profondeurs, qui chassent principalement les calmars, mais peuvent aussi occasionnellement se nourrir de bancs de poissons, comme le sprat ou le hareng. De plus, les grandes baleines peuvent survivre plusieurs semaines sans se nourrir[8]. En 2014, trois baleines à bosse ont été observées simultanément en mer Baltique. En mars 2015, une baleine à bosse et son baleineau ont été découverts sur la côte suédoise de la mer Baltique. D'après les chercheurs spécialistes des baleines, les deux animaux auraient hiberné[9].

Observations historiques et contemporaines

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Les observations de baleines en mer Baltique remontent au Moyen Âge et étaient souvent liées à des échouages ou à la chasse baleinière locale. Des cachalots ont été observés en mer Baltique entre le XIIIe et le XIVe siècle, et en 1770, deux cachalots se sont échoués sur la côte est du Jutland[10]. La documentation scientifique et systématique des baleines en mer Baltique date principalement du XIXe siècle[11]. De nos jours, les observations de baleines sont de plus en plus souvent recensées grâce à divers programmes de surveillance, études scientifiques et reportages médiatiques. Les baleines de la Baltique sont principalement observées dans l'ouest de la mer Baltique et ses zones côtières méridionales[12].

Des baleines à bosse ont été échouées ou aperçues en mer Baltique au moins vingt-quatre fois entre 1578 et 2016[13]. En mars 1911, une baleine a été chassée par la marine impériale allemande et des pêcheurs dans le fjord de Flensburg, qui a ensuite été tuée à l'aide d'une charge explosive[14].

La présence de baleines en mer Baltique est considérée comme un indicateur de changement écologique, fournissant des indices sur les schémas migratoires des grands mammifères aquatiques. Parallèlement, cette présence soulève des questions quant à la protection des individus, car les conditions environnementales sont considérées comme inadaptées à long terme pour de nombreuses espèces de baleines[15].

Expressions artistiques et culturelles

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Dès les siècles précédents, la présence de baleines en mer Baltique s'est inscrite dans la perception culturelle et artistique des régions côtières. Celle-ci était interprétée non seulement comme un phénomène purement naturel, mais aussi comme un événement symbolique, considéré comme un signe de chance ou de malchance selon le contexte. Ces interprétations se reflètent particulièrement dans les représentations religieuses, notamment sur les peintures murales et autres éléments de mobilier de certaines églises du nord de l'Allemagne, datant d'échouages de baleines[16].

Baleine échouée à Greifswald Bodden en 1545 (fresque de l'église Sainte-Marie de Greifswald)

La baleine de Greifswald est célèbre : il s'agit d'une orque qui s'est échouée sur les rives près de Greifswald le 30 mars 1545 et qui est représentée par une fresque grandeur nature dans l'église Sainte-Marie de Greifswald. En 2009, des restaurateurs d'églises ont également découvert des traces d'une peinture de baleine de plus de sept mètres de long dans la cathédrale Saint-Nicolas de Greifswald. Selon des sources historiques, les trois églises de Greifswald ont reçu des peintures de baleines après l'observation de l'orque en 1545. En raison de leur grande importance symbolique, les ossements de baleine étaient traditionnellement exposés dans diverses églises. Un squelette de petit rorqual datant de 1825, conservé au Musée océanographique allemand de Stralsund, témoigne d'un échouage survenu en avril 1825 à l'ouest de Rügen. Ce squelette est accroché dans le chœur de la salle Sainte-Catherine (Katharinenhalle) de l'ancien monastère de Stralsund[16].

Globalement, il est clair que les baleines de la mer Baltique sont très tôt devenues des supports de projection pour des significations religieuses, culturelles et émotionnelles, de sorte que les baleines ont ainsi fourni une expression artistique et culturelle durable qui allait au-delà de leur apparence biologique[16].

Les baleines échouées en mer Baltique et leur retour régulier

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Les baleines échouées en mer Baltique sont principalement des individus, notamment des baleines à bosse, migrant de l'Atlantique Nord vers les eaux peu profondes de la mer Baltique. Ces baleines ont été observées à plusieurs reprises dans l'ouest de la mer Baltique et au large de Rügen. En 2010, un cachalot a été observé au large de Bornholm[17]. En 2016, une jeune baleine à bosse s'est échouée à Greifswald Bodden pendant plusieurs mois et est entrée en collision avec un voilier[18]. En 2024, deux baleines à bosse ont pénétré dans le fjord de Flensburg[19]. En 2026, une baleine à bosse s'est échouée au large de Niendorf[20]. Après cet échouage, un petit rorqual a également été observé près de Wismar[21],[22] et un béluga près d'Årøsund[23] et de Flensburg[24]. Dans la plupart des cas, les baleines disparaissent de la zone d'observation après un certain temps, ou sont retrouvées mortes. De nombreux biologistes marins considèrent donc généralement la mer Baltique comme un «piège mortel» pour les grandes baleines[19],[17]. Le sud de la mer Baltique ressemble ainsi à un immense « piège à baleines », les Belts et l'Øresund constituant l'«entrée du piège» d'où les baleines, soumises à un stress croissant, ne peuvent plus s'échapper.

Cependant, quelques cas de baleines retournant de la mer Baltique à la mer du Nord ont été documentés, comme les baleines à bosse surnommées « Ossi » (en 1978-1979) et « Bucki » (en 2008). La première a atteint l'archipel au large du sud-ouest de la Finlande et a ensuite été aperçue à nouveau dans la zone pélagique de la mer du Nord[13]. Les baleines à bosse qui s'égarent ou sont retrouvées mortes sont souvent prises dans des filets de pêche[13] Les obstacles, tels que les filets de pêche, sont difficiles à détecter pour les baleines[25].

Un problème majeur pour les baleines est le voyage de retour lui-même. La liaison entre la mer Baltique et la mer du Nord est constituée de plusieurs détroits (parfois très étroits), principalement l'Öresund, le Grand Belt et le Petit Belt. Ces détroits forment un goulot d'étranglement hydrologique et géographique, difficile à franchir pour les grandes baleines. L'environnement acoustique de la mer Baltique représente un défi particulier. Les baleines dépendent fortement du son pour s'orienter, mais en raison de la faible profondeur des zones côtières et de l'intense trafic maritime, un environnement caractérisé par des réflexions sonores très complexes et une pollution sonore accrue se crée. Ces facteurs compliquent davantage l'orientation des baleines et, simultanément, les opérations de sauvetage ciblées, car le bruit supplémentaire dans leur environnement immédiat accroît l'imprévisibilité de leur comportement[26].

Par conséquent, les autorités maritimes et les instituts de recherche adoptent généralement une approche plus prudente, se concentrant uniquement sur l'observation, les mesures de prévention des risques et laissant aux baleines le soin de regagner les eaux plus profondes par elles-mêmes[27]. Les opérations d'escorte de baleines hors de la mer Baltique sont souvent considérées comme controversées en raison du stress qu'elles engendrent chez les cétacés et n'ont encore jamais été menées à bien pour aucune grande baleine en mer Baltique, à l'exception possible de l'escorte de la baleine à bosse Timmy de la mer Baltique à la mer du Nord[10],[28].

Références

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  1. Teilmann et al. (2017): Marine mammals in the Baltic Sea in relation to the Nord Stream 2 project. université d'Aarhus.
  2. (de) « Salthalt der Ostsee » (consulté le ).
  3. (de) Der Ostsee-Schweinswal: Zum Aussterben zurückgelassen.
  4. 1 2 (de) « Nach Buckelwal-Aktion: Streit um Peilsender und riskante Manöver », sur NDR.
  5. 1 2 (de) « Wale in der Ostsee: ein seltener Anblick » (consulté le ).
  6. (de) « Delfiner i Östersjön ».
  7. (de) « Warum verirren sich Großwale in die Ostsee? », sur zdfheute.de.
  8. (de) « Sichtungsprojekt » (consulté le ).
  9. (de) « Wale in der Ostsee: ein seltener Anblick » (consulté le ).
  10. 1 2 »Vermutlich strandet er«, (ISSN 2195-1349).
  11. (de) C. A. Sigm Schultze, Die Walthiere oder Wale: (Abdruck aus Nr. 102 - 4 des Greifswalder Wochenblattes vom 26. - 30. Aug. 1862).
  12. (de) « Sichtungskarte » (consulté le ).
  13. 1 2 3 (de) Fabian Ritter, « Der Hype um Hope: Kann der Wal ein Umdenken des Menschen bewirken? », (consulté le ).
  14. (de) Gerhard Nowc, « Flensburger Förde: Als 1911 ein Wal vor Westerholz strandete » (consulté le ).
  15. (de) « Greenpeace zum gestrandeten Wal in der Ostsee » (consulté le ).
  16. 1 2 3 (de) « GestrandeteGiganten: Wale an der Ostseeküste faszinierten schon vor Jahrhunderten » (consulté le ).
  17. 1 2 (de) « Ein Wal bläst vor Bornholm », (consulté le ).
  18. (de) « „Ein richtiger Bums“: Segler stößt mit Wal zusammen », sur faz.net (consulté le ).
  19. 1 2 (en) Ursula Meer, « Humpback whale in the Baltic Sea: Rare guest off Hiddensee », sur Yacht.de (consulté le ).
  20. (de) « Buckelwal hängt weiter vor Wismar fest – Tier wirkt geschwächt », sur ndr.de (consulté le ).
  21. (de) « Wismar: Finnwal mit Tauchern aus dem Hafen geleitet », sur ndr.de (consulté le ).
  22. (de) « Finnwal in der Ostsee: Tier in Lübecker Bucht aufgetaucht », sur ndr.de (consulté le ).
  23. (da) Kim Dahl Nielsen, « Se billedet: Den sjældne hvidhval er svømmet rundt om Als – og ind i Flensborg Fjord », sur tvsyd.dk (consulté le ).
  24. (de) « Belugawal in der Flensburger Förde unterwegs? Was zum angeblichen Besuch bisher bekannt ist », sur ndr.de.
  25. (de) « Jahrbuch 2017/2018 » [PDF] 6,6 MB, Deutsches Meeresmuseum (consulté le ).
  26. (en) « Report of the Ad-hoc Group on the Impacts of Sonar on Cetaceans and Fish (AGISC) (2nd edition) » [PDF] (consulté le ).
  27. (de) « Wal in der Ostsee » (consulté le ).
  28. (de) « Buckelwal hängt weiter vor Wismar fest – Tier wirkt geschwächt », sur ndr.de (consulté le ).