Bataille de Denain

bataille de la guerre de Succession d'Espagne

La bataille de Denain, qui eut lieu le , est un épisode décisif de la guerre de Succession d'Espagne[6]. Elle se solde par une victoire inespérée des armées françaises commandées par le maréchal de Villars sur les Austro-Hollandais du prince Eugène. Elle permet après plusieurs défaites françaises de négocier une paix favorable.

Bataille de Denain
Description de cette image, également commentée ci-après
Bataille de Denain, huile sur toile de Jean Alaux (1839),
château de Versailles.
Informations générales
Date
Lieu Denain, France
Issue Victoire française décisive
Belligérants
Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France Drapeau des Pays-Bas à cette époque Provinces-Unies
Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Drapeau de l'Autriche Archiduché d'Autriche
Commandants
Claude Louis Hector de Villars Arnold Joost van Keppel
Eugène de Savoie
Forces en présence
Environ 70 000 hommes au total[1]
24 000 à 26 000 engagés à Denain[2],[3]
Environ 100 000 hommes au total[1]
8 500 à 10 500 en garnison à Denain[2],[3]
Pertes
880 morts
1 186 blessés[4]
6 500 morts, blessés ou prisonniers[5]

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Coordonnées 50° 19′ 46″ nord, 3° 23′ 45″ est
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Bataille de Denain
Géolocalisation sur la carte : Hauts-de-France
(Voir situation sur carte : Hauts-de-France)
Bataille de Denain
Géolocalisation sur la carte : Nord
(Voir situation sur carte : Nord)
Bataille de Denain

Contexte : la guerre de Succession d’Espagne

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La guerre de Succession d’Espagne fait rage depuis 1701, la France est dans une période noire sur les plans financier et militaire. Les victoires du maréchal de Villars à Friedlingen (1702) et à la première bataille de Höchstädt (1703) sont suivies de lourdes défaites face aux Alliés, commandés par le prince Eugène et le duc de Marlborough. Rappelé de Bavière à la fin de 1703 et envoyé dans les Cévennes pour réprimer la révolte des Camisards, Villars est absent lorsque l'armée française, commandée par Tallard et Marsin, est écrasée à Blenheim en 1704.

Après la défaite d'Audenarde en 1708 et la perte de Lille, de nombreuses places fortes de la frontière nord tombent aux mains des Alliés. À cela s'ajoute une crise économique (l'hiver 1709, le « Grand hiver », est l'un des plus rigoureux de l'histoire de France) entraînant famine et surmortalité. Les caisses de l’État sont pratiquement vides et la population du Nord est soumise au lourd fardeau de l’occupation ennemie.

Le commandement de l’armée du Nord est rendu au maréchal de Villars. Celui-ci ne perd pas de temps et œuvre à sa réorganisation. Les coalisés, pressés d’en découdre, reprennent l'offensive et le , c’est la bataille de Malplaquet. L'armée française est vaincue mais se retire en bon ordre après avoir infligé aux ennemis au moins le double de ses pertes, sauvant la France d'une invasion. En 1710, la situation se stabilise, la politique britannique semble s’infléchir : sous la pression des pacifistes. Marlborough est destitué en décembre 1711.

La campagne de 1712

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En 1712, alors que des négociations de paix sont ouvertes à Utrecht, les Alliés reprennent l'offensive dans le nord du royaume. Ils sont installés le long de la Scarpe entre Douai et Marchiennes, où se trouve leur dépôt de ravitaillement. Villars, qui dispose d'environ 70 000 hommes[7], cherche à couvrir les places de Condé-sur-l'Escaut, Valenciennes et Le Quesnoy. Au début de juin, Eugène de Savoie met le siège devant Le Quesnoy, qui capitule au début de juillet, puis assiège Landrecies à partir du . Ses communications avec Marchiennes sont protégées par le camp retranché de Denain, relié au dépôt par une double ligne de retranchements[7]. Entre-temps, à la suite d'une suspension d'armes conclue entre Londres et Versailles, le duc d'Ormonde se retire avec les troupes britanniques, ce qui affaiblit l'armée alliée. Le clocher d'Avesnes-le-Sec est incendié le [réf. nécessaire]. Devant l'impatience de Versailles, Villars doit tenter quelque chose pour reprendre l'initiative.

Les forces en présence

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Forces françaises

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Forces alliées

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Le prince Eugène de Savoie, par Jacob Van Schuppen.

L'armée alliée, composée de troupes hollandaises, impériales et d'auxiliaires allemands, est commandée par le prince Eugène de Savoie. Le camp de Denain est tenu par le comte d'Albemarle avec dix bataillons et vingt-trois escadrons, renforcés le jour même par sept bataillons, soit dix-sept bataillons au moment de l'assaut : quatre hollandais, huit impériaux ou palatins et des troupes soldées[7],[8].


Déroulement de la bataille

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Le mouvement des troupes françaises.
L'assaut à la baïonnette, image de 1863.

La marche de nuit (23-24 juillet)

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Les troupes françaises sont au sud du Cateau à Mazinghien. Après un examen minutieux du dispositif ennemi, Villars décide dans le plus grand secret de porter son attaque à Denain, grâce aux conseils du magistrat français, Lefebvre d'Orval, conseiller au Parlement de Flandres qui connaît bien la région, et à la tactique de son second Pierre de Montesquiou d'Artagnan[9]. Des cavaliers sont envoyés tout le long de la Selle pour prendre possession des ponts. Ainsi, un détachement arrive à Haspres et prend position autour du moulin dans la soirée, bloquant ainsi le franchissement de la rivière. À la nuit tombée, des dragons font mine de marcher vers Landrecies, où se trouve le prince Eugène, accompagnés d'hommes qui crient dans l'obscurité les noms des régiments et de tambours qui battent comme pour rallier des traînards. Pendant ce temps, le gros de l'armée, parti à 18 h, marche toute la nuit sur une trentaine de kilomètres en direction de l'Escaut[7]. Cette diversion vise à fixer l'attention des Alliés sur Landrecies et à dégarnir leur aile droite, à Denain. L'ennemi mord à l'appât.

L'assaut (24 juillet)

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À l’aube, Villars fait pivoter le long de la Selle son armée et la dirige en trois colonnes vers Denain. À cinq heures du matin, Villars et ses principaux lieutenants établissent leur plan d'attaque à Avesnes-le-Sec ; ils choisissent le moulin d'Avesnes-le-Sec[note 1] comme point d'observation de la plaine environnante. À 7 h, les fantassins français sont à Neuville-sur-Escaut. Aussitôt, l'ordre de franchir les ponts enjambant l’Escaut est donné. À 8 h, les alliés sont étonnés de la présence française dans le secteur. Albemarle fait prévenir Eugène. Celui-ci ne s'inquiète pas de la situation. À 13 h, l'assaut de la palissade de Denain est donné. Les sapeurs, haches en main, entraînent l’infanterie qui se rue sur l'ennemi, baïonnette au canon. Les alliés, pris de panique, s'enfuient et encombrent le pont du moulin, qui s’écroule sous leur poids, entraînant ainsi la noyade de centaines de fantassins. Eugène, parti trop tard, tente de franchir l’Escaut à Prouvy pour secourir Albemarle. Sous le commandement du prince de Tingry, des régiments français venus en renfort parviennent à repousser pendant plusieurs heures les assauts des Autrichiens ; enfin, la journée déclinant, les Français font sauter le pont pour empêcher qu'il ne tombe aux mains de l'ennemi. Sur son flanc gauche, Eugène est bloqué par l'Escaut et ne peut contre-attaquer pour prendre Denain qui reste donc aux mains des Français.

Conséquences

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Cette victoire est une étape décisive dans le règlement de la guerre de Succession d'Espagne où le petit-fils de Louis XIV, Philippe V, et l'empereur Charles VI du Saint-Empire se disputent le trône d'Espagne.

Commémoration

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En 1781, le roi Louis XVI a fait ériger à proximité de Denain, sur le territoire de la commune d'Haulchin, une pyramide destinée à rappeler cette victoire. Érigé en pierre bleue, le monument initial portait deux vers de Voltaire

« Regardez dans Denain, l'audacieux Villars/ Disputant le tonnerre à l'aigle des Césars. »

Il indiquait également « Érigé par les soins de M.Gabriel Sénac de Meilhan, intendant du Hainaut, 1781[10]».

Mutilé en 1792 et 1815, l'édifice a été remplacé par un obélisque classé aux monuments historiques[11],[12].

Notes et références

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  1. ↑ Saluons au passage ce moulin aujourd'hui en ruine mais témoin d'un riche passé : celui-ci possède, scellée dans sa voûte, une pierre datée de 1690.

Références

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  1. 1 2 Claude C. Sturgill, Marshal Villars and the War of the Spanish Succession, University of Kentucky Press, 1965, p. 112-113.
  2. 1 2 Micheal Clodfelter, Warfare and Armed Conflicts, McFarland, 2017, p. 72.
  3. 1 2 Olaf van Nimwegen, De Veertigjarige Oorlog 1672-1712, Prometheus, 2020, p. 341.
  4. ↑ Mémoires du Maréchal Duc de Richelieu, Tome I, p.123.
  5. ↑ Histoire militaire de la France, par Anne Blanchard, Philippe Contamine, André Corvisier, Jean Delmas, André Martel, Guy Pedroncini Publié par Presses universitaires de France, 1994 (ISBN 2-13-043872-5 et 978-2-13-043872-4)
  6. ↑ 24 juillet 1712 Victoire inespérée de Villars à Denain
  7. 1 2 3 4 « 24 juillet 1712 : la « divine surprise » de Denain qui « sauve la France » », sur Theatrum Belli, (consulté le )
  8. ↑ (en) « War of the Spanish Succession: Battle of Denain », sur HistoryNet (consulté le )
  9. ↑ Aimé Nicolas Leroy, Arthur Dinaux, André Joseph Ghislain Le Glay, Archives historiques et littéraires du nord de la France, et du midi de la Belgique, Bureau des Archives, (lire en ligne), p. 197
  10. ↑ Annuaire statistique du département du Nord pour l'an XI de la République 1802-1803, p. 157, lire en ligne.
  11. ↑ Notice no PA00107547, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture
  12. ↑ « Pyramide commémorative de la bataille de Denain », sur www.pop.culture.gouv.fr (consulté le )

Annexes

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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