Bataille de Hausbergen

bataille de 1262 entre la ville et l’évêque de Strasbourg

La bataille de Hausbergen est un affrontement décisif qui a eu lieu le sur les collines de Hausbergen (actuelle commune d'Oberhausbergen), situées dans la plaine d'Alsace, et qui oppose les soldats de la ville libre de Strasbourg menés par Reinbold Liebenzeller, aux troupes du prince-évêque de Strasbourg, Walter de Geroldseck.

Bataille de Hausbergen
Description de cette image, également commentée ci-après
La bataille de Hausbergen imaginée par Émile Schweitzer en .
(BNU de Strasbourg)
Informations générales
Date
Lieu Oberhausbergen, à proximité de Strasbourg, Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Issue

Victoire décisive des bourgeois de la ville de Strasbourg :

Belligérants
Ville de Strasbourg Principauté épiscopale de Strasbourg
Commandants
Reinbold Liebenzeller
Claus Zorn
Walter de Geroldseck
Forces en présence
Inconnu, mais supérieures en nombre. 300 archers. 300 cavaliers et au moins 5 000 fantassins[N 1]
Pertes
Inconnu. Pas de personnalité notable. Inconnu. Plus de 60 chevaliers nobles tués et 73 nobles faits prisonniers.
Coordonnées 48° 36′ 22″ nord, 7° 40′ 15″ est
Géolocalisation sur la carte : Bas-Rhin
(Voir situation sur carte : Bas-Rhin)
Bataille de Hausbergen
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Bataille de Hausbergen

La victoire des forces de la ville sur l'armée épiscopale permet aux bourgeois de Strasbourg de s'affranchir de la domination féodale de leur prince-évêque. Le pouvoir revient alors aux familles patriciennes de la cité. Cet événement se déroule pendant le Grand Interrègne qui favorise les conflits et l'instabilité politique dans le Saint-Empire romain germanique.

La bataille s'inscrit dans la politique de conquête entreprise par Walter de Geroldseck qui se heurte au comte Rodolphe de Habsbourg, landgrave de Haute-Alsace, allié de Strasbourg et également protecteur des autres villes de la région.

Contexte

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Les relations, déjà tendues des Strasbourgeois avec leur évêque, prennent un tour particulier en 1260. Sitôt installé sur le trône épiscopal, Walter de Geroldseck lance, en allemand, un manifeste de griefs à l'égard des bourgeois, véritable déclaration de guerre : il veut rétablir dans toute leur rigueur ses droits temporels de comte-burgrave de Strasbourg. Pour ce faire, il menace d’user de tous les moyens de contrainte que lui confère son autorité épiscopale, au premier rang desquels l’interdit et l’excommunication.

Les incidents entre l’évêque et la ville se multiplient et l'épreuve de force devient inéluctable.

L'avant bataille (1260 - 1262)

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Replié à Dachstein l'évêque attend des renforts : mille cinq cents hommes de l'évêque de Trèves, mais aussi des hommes envoyés par les abbés de Saint Gall, de Murbach, et surtout du comte Rodolphe de Habsbourg. Il fait une démonstration de force devant la ville, qui tourne à son désavantage. Il choisit alors de mettre Strasbourg sous embargo.

Les Strasbourgeois tentent en vain de rompre ce blocus. L'année 1261 est un tournant. Durant une trêve pour les récoltes, Rodolphe de Habsbourg change de camp et se rallie à la ville. Les Strasbourgeois le nomment gonfalonnier de leur armée le .

À Noël 1261, une sortie effectuée par les Strasbourgeois avec leur nouvel allié en direction de Dachstein ne permet pas de régler le conflit, l'évêque hésitant à se frotter à Rodolphe. Il se venge cependant en pillant les possessions de Rodolphe en Haute-Alsace.

La bataille

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Au printemps 1262, l'Alsace est à feu et à sang. Le doute s'installe dans les deux camps. Une décision en rase campagne s'impose. Elle aura lieu à Oberhausbergen le . La moitié de la garnison de Strasbourg, conduite par Reinbold Liebenzeller, se rend à Mundolsheim, à l'extrémité nord de la colline de Hausbergen, et abat le clocher dont on craint qu'il serve de vigie dans l'embargo établi par l'évêque.

Ce dernier est averti et se met en route avec son armée : 300 chevaliers et 6000 fantassins. Liebenzeller envoie des messagers à Strasbourg pour appeler des secours. Lui-même monte alors sur la colline de Hausbergen et attend les troupes, conduites par son collègue Niclaus Zorn. Lorsqu'elles sont en vue, il se remet en marche le long de la crête, tandis que Zorn le suit en contrebas. Arrivé à l'extrémité sud de la colline, il contourne le village d'Oberhausbergen.

Or, l'évêque, qui l'observe, croit qu'il essaie de revenir vers Strasbourg, et pense pouvoir l'écraser avec sa cavalerie. Son erreur a été de laisser prendre du retard à son infanterie. Le chevalier Marx d'Eckwersheim fut le premier à sortir des rangs pour l'armée de Strasbourg, pour affronter le chevalier Beckelar de l'armée épiscopale; le combat dura jusqu'à la mort de ce dernier, et après ce combat la bataille devint générale.

L’évêque est obligé de fuir et se retire à Molsheim, abandonnant ses prérogatives sur la cité. Il meurt en .

Localisation

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La bataille est livrée sur les collines de Hausbergen situées à l'ouest de Strasbourg. Elle a lieu entre le sommet de la colline du Stimmelsberg et les abords d'Oberhausbergen, à proximité de la route de Saverne[1].

Photographie d'un champ de terre retournée en hiver avec un chemin enneigé et une colline sur laquelle se trouve des arbres sans feuille
Vue panoramique vers le sud-ouest depuis la route de Saverne à Oberhausbergen, qui longe le champ de bataille traversé par le chemin enneigé du Stritweg (à gauche) avec en arrière-plan la colline du Stimmelsberg (à droite) et l'ancienne voie romaine recouverte par la route nationale 4 (sur l'horizon).

Le champ de bataille se trouve au nord de l'ancienne voie romaine Metz-Strasbourg passant à travers le Kochersberg et recouverte plus tard par la route nationale 4 à proximité de Wolfisheim et d'Oberschaeffolsheim. L'affrontement finale de se déroule quasiment sur le même site que la bataille d'Argentoratum qui a opposé Alamans et Romains en [2].

Photographie d'un champ de terre retournée en hiver avec un chemin légèrement enneigé et des arbres sans feuille
Vue panoramique vers l'est depuis la colline du Stimmelsberg à Wolfisheim, qui surplombe le champ de bataille (en bas à droite) avec en arrière-plan, la tour hertzienne et la commune d'Oberhausbergen (à droite), ainsi que la cathédrale de Strasbourg (sur l'horizon, à l'extrémité droite).

Conséquences de la bataille : Strasbourg devient Ville Libre

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Retour triomphant des troupes de Strasbourg.

La paix, conclue entre la ville et le nouvel évêque Henri de Géroldseck, cousin du défunt, confirme le l'indépendance complète du Conseil ; les prétentions ducales passées et futures de l'évêque de Strasbourg sont déclarées nulles et irrecevables.

Désormais, Strasbourg est une ville libre d'Empire et son avenir confié à son seul Conseil. C'est une des illustrations du particularisme alsacien à cette époque, suivi quelques années plus tard par la création d'une autre originalité alsacienne : la Décapole, union de dix villes impériales alsaciennes dont Strasbourg ne faisait pas partie.

Enfin, la gestion de l'œuvre Notre-Dame, chargée de la construction et de l'entretien de la cathédrale, est retirée à l'évêque et confiée au grand-chapitre.

Notes et références

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  1. D'après les chroniques de Jacques Twinger de Koenigshoffen
  1. Jacob et Stutter 2011, p. 49-50.
  2. Hatt 1988, p. 41.

Annexes

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Bibliographie

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Articles spécialisés
  • [Bischoff 2012] Georges Bischoff, « Strasbourg, il y a 750 ans : à Hausbergen, la bataille de la liberté », En Alsace, no 72, , p. 62-68 (ISSN 1634-3859).
  • [Brunner 2023] Thomas Brunner, Olivier Richard et Benoît-Michel Tock, « La bataille d'Oberhausbergen vue par les chartes », Revue d'Alsace, no 149, , p. 323-356 (ISSN 0181-0448).
  • [Ludes 1992] Louis Ludes, « La bataille de Hausbergen ou la vocation d'un archéologue : Fernand Jaenger (1877-1951) », Kocherschbari, no 26, , p. 63-64 (ISSN 0243-2498).
  • [Richard 2001] Olivier Richard, « Histoire de Strasbourg, histoire pour Strasbourg : sur la chronique allemande de Jakob Twinger von Königshofen », Revue d'Alsace, no 127, , p. 219-237 (ISSN 0181-0448, HAL hal-00391082, lire en ligne).
  • [Thomann 2008] Marcel Thomann, « Le Kochersberg au Haut Moyen Âge : recherches, thèses et hypothèses », Revue d'Alsace, no 134, , p. 79-127 (ISSN 2260-2941, DOI https://doi.org/10.4000/alsace.986, lire en ligne).
  • [Tock 2022] Benoît-Michel Tock, « La Guerre de Walter : traduction du Bellum Waltherianum », Revue d'Alsace, no 148, , p. 273-303 (ISSN 2260-2941, DOI https://doi.org/10.4000/alsace.5448, lire en ligne).
  • [Tueffert 1874] Ed. Tueffert, « La bataille de Hausbergen entre les Strasbourgeois et leur évêque, l'an 1262 », Revue d'Alsace, vol. 3, , p. 488-514 (ISSN 0181-0448, lire en ligne).
Ouvrages et encyclopédies
  • [Bischoff 2019] Georges Bischoff, « Chevalerie », dans Dictionnaire historique des institutions d'Alsace, (lire en ligne).
  • [Bischoff 2020] Georges Bischoff, La merveilleuse histoire de Strasbourg, Bordeaux, Éditions Hervé Chopin, , 106 p. (ISBN 978-2-3572-0540-6).
  • [Dollinger 1991] Philippe Dollinger (dir.), Histoire de l'Alsace, Toulouse, Privat, (1re éd. 1970), 524 p. (ISBN 2-7089-1695-5 et 978-2-70891-695-1).
  • [Encyclopédie de l'Alsace 1986] « Strasbourg », dans Encyclopédie de l'Alsace, t. 12 : Strasbourg-Zyrl, Strasbourg, Éditions Publitotal, , p. 7046-7152.
  • [Jacob et Stutter 2011] Pierre Jacob et Gilles Stutter, La Bataille de Hausbergen, Strasbourg, Éditions Coprur, , 72 p. (ISBN 978-2-84208-216-1).
  • [Jéhin 2022] Philippe Jéhin, « Milice bourgeoise », dans Dictionnaire historique des institutions d'Alsace, (lire en ligne).
  • [Kammerer 2012] Odile Kammerer, « L’Oberrhein en 1262 », sur atlas.historique.alsace.uha.fr, (consulté le ).
  • [Livet et Rapp 1981] Georges Livet et Francis Rapp (dir.), Histoire de Strasbourg des origines à nos jours, t. 2, [Strasbourg], Dernières nouvelles de Strasbourg, , XV-661 p. (ISBN 2-7165-0041-X).
  • [Meyer 2008] Philippe Meyer (préf. Rudolf von Thadden), Histoire de l'Alsace, Paris, Perrin, , 426 p. (ISBN 978-2-262-02769-8).
  • [Muller 2022] Christine Muller, « Obernai », dans Dictionnaire historique des institutions d'Alsace, (lire en ligne).
  • [Nuss 2000] Philippe Nuss, Les Habsbourg en Alsace : des origines à 1273 : recherche pour une histoire de l'Alsatia Habsburgica, Altkirch, Société d'histoire du Sundgau, , XX-542 p. (ISBN 2-908498-14-6).
  • [Strobel 1843] Adam Walther Strobel et Ludwig Schneegans, Code historique et diplomatique de la ville de Strasbourg, Strasbourg, Imprimerie de G. Silbermann, , XXX-60-IV-236 (lire en ligne).

Articles connexes

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Liens externes

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