Bataille de Kerbala
La bataille de Kerbala a eu lieu le en Irak. Elle oppose l'armée de Yazid Ibn Mu'awiyya à un groupe de 72 partisans qui entourent Hussein, fils d'Ali et petit-fils du prophète Mahomet.
| Date | |
|---|---|
| Lieu | Kerbala, en Irak |
| Issue |
Victoire des Omeyyades. |
| Alides | Califat omeyyade |
| Al-Hussein ibn Ali Al-Abbas |
Ubayd Allah ben Ziyad Umar ibn Saad Shimr ibn Dhil-Jawshan Urwah ibn Quais |
| 72 combattants |
| ~72 hommes tous | Inconnue |
La deuxième fitna
| Coordonnées | 32° 36′ 55″ nord, 44° 01′ 53″ est | |
|---|---|---|
Cette bataille est commémorée chaque année par les chiites, le 10 de mouharram, au cours de célébrations qui portent le nom de ʿAchoura.
Les prémices
modifierEn 680, à la mort de Mu`âwiya, le nouveau calife omeyyade Yazid Ier se voit refuser le serment d'allégeance de la part de quatre personnes : Hussein fils d'Ali, Abd Allah ben az-Zubayr, `Abd Allah fils d'Umar et Abd ar-Rahman fils d'Abu Bakr[1].
Alors que Hussein se trouve à La Mecque, les habitants de Koufa l'invitent à les rejoindre[2]. Il envoie en éclaireur son cousin Moslim ibn Aghil. Les habitants de Koufa font allégeance à Hussein auprès de Muslim ben Aqil et réclament la venue de Hussein. Le calife intime l'ordre à Ubayd Allah ben Ziyad de réprimer l'agitation provoquée par la popularité grandissante de Hussein à Koufa. Ubayd Allah, qui est à Bassora, confie la ville à son frère Uthman et part pour Koufa. Il arrête Muslim ben Aqil et le fait décapiter en public[3]. Les habitants de Koufa se rallient à Yazid.
Hussein, ignorant ces évènements, part de La Mecque pour Koufa avec toute sa famille, excepté une de ses filles. Ubayd Allah est prévenu et part à sa rencontre. Hussein campe près d'Al-Qâdisiyya. Des habitants de Koufa lui rapportent les événements. Hussein évite Koufa et arrive à Kerbala. Il demande aux hommes de la famille d'établir le campement.
L'armée conduite par Ubayd Allah rencontre le groupe mené par Hussein à Kerbala. Ubayd Allah exige de Hussein un serment d'allégeance à Yazîd ; Hussein refuse. L'armée de Yazid coupe l'accès à l'eau aux partisans et à la famille de Hussein. Hussein prépare ses armes, entouré de 72 partisans et membres de sa famille[4].
La bataille
modifierLa bataille de Kerbala est rapportée par le Kitab maqtal al-Ḥusayn d'Abou Mikhnaf ; il n'a pas été conservé, mais al-Tabari en reprend des passages dans le tome IV de ses Chroniques[5].
Le soir du 9 Moharram, Hussein charge Abbas de négocier un délai. L'Imam et ses compagnons pourraient ainsi se préparer au martyre. Le campement de Hussein était privé d'eau depuis trois jours, les femmes et les enfants souffraient terriblement de la soif.
Hussein essaye de raisonner les assaillants, et rappelle les messages qui l'ont invité à venir en Irak pour défendre le Message de l'Islam. En vain. Il avance son cheval près de l'armée Omayyade. Il lève le Coran et dit : « Soldats de Yazid ! Nous avons en commun le Livre de Dieu et la Sunna de mon grand-père, le Messager de Dieu ! ».
À Umar ibn Saâd (en), le commandant de l'armée de Yazid, il dit : « Omar ! Tu veux me tuer pour que celui qui a usurpé le Califat te nomme Gouverneur de la moitié de la Perse. Par Dieu ! Tu n'auras pas ce plaisir. Fais-moi ce que tu comptes me faire. Mais je te jure que jamais après ma mort tu ne connaîtras de joie, ni dans ce monde, ni dans l'autre ! ».
Hussein a protégé l’arrière de son campement par une tranchée ; il y met le feu pour ne pas être pris à revers et préserver la vie des femmes et des enfants. Shimr ibn Dhil-Jawshan lui crie : « O Hussein ! Tu es pressé de voir le feu avant le jour de la Résurrection ! ».
« Tu y as plutôt la priorité », répond Hussein.
Muslim ibn Awsaja (en), un de ses compagnons, veut tirer une flèche sur Chemr ; Hussein lui dit : « Ne tire pas sur lui, car je n’aimerais pas commencer les hostilités moi-même ».
Hussein organise la défense de son campement et répartit ses hommes à leurs postes. Il laisse le commandement du flanc droit à Zuhair ibn Qayn (en), et le flanc gauche à Habib ibn Mazaher, et reste au centre, avec sa famille. Il confie l’étendard à son frère Abbas ibn Ali[6].
La troupe de Hussein se prépare à affronter une armée plus nombreuse. Hussein rappelle qu'il est parti pour Koufa à l'invitation des habitants de l'Irak, et montre la lettre.
La mort d'Al-Hussein ibn Ali
modifierCauses de la révolte de Hussein ibn Ali
modifierHussein ibn Ali, dans une lettre adressée à son frère Muhammad ibn al-Hanafiya, ainsi que dans d'autres occasions, explique les raisons de son départ de Médine, son refus du pouvoir de Yazid, et sa révolte contre lui. Il détaille le sens de son mouvement et les fondements de sa confrontation avec le nouveau régime omeyyade : « Je ne me suis pas insurgé de gaieté de cœur, ni pour une quelconque insatisfaction personnelle, ni par subversion ni injustement. Je me suis soulevé pour réformer l'Umma de mon grand-père, le Messager de Dieu, pour commander le bien et interdire le mal, et pour suivre les traces de mon grand-père et de mon père... »[7].
Conséquences
modifierLa bataille de Kerbala est le martyre de Hussein et de sa famille. 'Alî Zayn Al 'Âbidîn a réchappé du massacre ; une partie de la descendance de Mahomet, via son petit-fils Hussein, en est issue. Également présent, Al-Hassan, un des fils de l'imam Hassan, survécut de justesse grâce à son oncle maternel, Asma' bin Kharijah Fazari.
Tous les Omeyyades ne sont pas honnis comme Yazid : l'imam Ash-Shâfi'î voit dans Umar ibn Abd al-Aziz, le cinquième calife bien guidé[8] ; Shah Waliullah ad-Dehlawi voit en lui le mujaddid du premier siècle de l'hégire[9].
La théologie chiite duodécimaine va développer un martyrologe initialement absent du sunnisme et des formes de chiisme, comme le zaydisme (un chiisme essentiellement politique avec une forte consonance révolutionnaire). Durant le mois de mouharram, une forme de mortification est célébrée par certains duodécimains : défilés commémoratifs, reconstitutions de batailles, auto-flagellations, etc. .
Une forme théâtrale originale, le tazieh, va se développer autour des événements de Kerbala[10]. De nombreuses élégies ont été écrites sur ce sujet, notamment par Mohtasham Kashani et Moqbel Kashani.
Notes et références
modifier- ↑ (en) Muḥammad Ṭabarī (trad. du persan par Hermann Zotenberg), La chronique : histoire des prophètes et des rois, vol. 2 : Mohammed, sceau des prophètes, Les quatre premiers califes, Les Omayyades, L'âge d'or des Abbasides, Arles, Actes sud Sindbad, coll. « Thesaurus », (ISBN 978-2-742-73318-7), p. 30
- ↑ Jacques Marseille, Nadeije Laneyrie-Dagen et collectif, « 680 : Le Schisme chiite », dans Jacques Marseille et Nadeije Laneyrie-Dagen, Les Grands Événements de l'histoire du Monde, Paris, Larousse, , 318 p. (ISBN 2-03-505206-8), p. 76-77
- ↑ Tabari et Muḥammad Ṭabarī 2001, p. 34-38.
- ↑ Pierre Royer, « Kerbala 680. Le battement d'ailes du papillon », Conflits, no 6, juillet-septembre 2015, p. 36-38
- ↑ Wissam Halabi Halawi, « Abou Mikhnaf, L’événement de Karbala. Le plus ancien récit historique du martyre de Houssayn (as), al-Youssoufi al-Gharawi, Cheikh Mohammad H. (éd.), Mourtaza Radjahoussen (trad. fr.). Madagascar, Éditions Booky 2016 », Bulletin critique des Annales islamologiques, vol. 32, no 1, , p. 108–109 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Abbas Ahmad al-Bostani, L'imame al-Hussayn et le Jour de Âchourâ, Montréal, Québec, H3B 3K3 Canada (ISBN 2922223175, lire en ligne), p. 192
- ↑ L'Imam al-Hussayn et le Jour de "Achourâ", Abbas-Ahmad Al-Bostani, 2922223175, 9782922223170, 191 pages.
- ↑ Brahami, Mostafa Suhayl,, Evolution historique du fiqh les six grands imams : Abou Hanifa, Malik, Zayd, Ja'far, Shafii, Ahmed et les autres, Tawhid, , 431 p. (ISBN 9782848622354 et 2848622350, OCLC 949179433, lire en ligne), p. 53
- ↑ Izalat al-Khafa (en) p. 77 part 7
- ↑ farsi : تعزيه, [t`azīeh], passion)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Abou Mikhnaf, L’événement de Karbala, Madagascar, Éditions Booky, 338 p. (ISBN 978-2-37657-001-1, lire en ligne).
- Jacques Marseille, Nadeije Laneyrie-Dagen et collectif, « 680 : Le Schisme chiite », dans Jacques Marseille et Nadeije Laneyrie-Dagen, Les Grands Événements de l'histoire du Monde, Paris, Larousse, , 318 p. (ISBN 2-03-505206-8), p. 76-77.
- Tabari (trad. Hermann Zotenberg et Ali Mohammad ebn-e Mohammad), La Chronique : histoire des prophètes et des rois, Actes-Sud-Sindbad, coll. « Thesaurus » (ISBN 2-7427-3318-3) (six tomes en deux volumes).
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Henri Tincq, « La bataille de Karbala : le baptême de sang des chiites », dans Le Monde, , [lire en ligne]
- L'Imam Al-Hussayn et le Jour de l'Achourâ
