Batanée

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La Batanée[1], actuellement Al-Bathaniya[2], est une plaine fertile du sud de la Syrie actuelle, à l'est du Golan, à l'ouest de la Trachonitide et au nord de l'Auranitide qui est la région frontalière avec la Jordanie. C'est une partie de l'ancien royaume de Bashân. Elle est aussi parfois appelée Basanitide. Sa localisation au Ier siècle n'est pas connue avec précision. Elle est vue comme située soit à l'est du Golan — la Batanée et la Gaulanitide étant alors deux territoires nettement séparés —, soit comme incluant aussi le Golan.

Batanée avec la Trachonitide, l'Auranitide, la Gaulanitide et l'Iturée au Ier siècle. Les localisations de ces territoires sont approximatives

Bathyra et έν Βατάναια

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Bathyra est avec Ecbatane (ou έν Βατάναια[3]) une des deux villes fortifiées de Batanée qui ont été fondées par ceux que Flavius Josèphe appellent des « Babyloniens ». Des Juifs qui se sont enfuis avec leurs familles de Mésopotamie pour des raisons inconnues, dont 500 hommes entraînés pour tirer à l'arc à cheval, que le roi Hérode le Grand a installés vers 10-7 av. J.-C.[4] — ou quelques années auparavant[5] — en Batanée pour qu'ils s'opposent aux raids des brigands de Trachonitide qui venaient régulièrement piller les territoires de son royaume[6],[7],[8],[3]. Ils pourraient être en lien avec la Mygdonie et Nisibe où l'on trouve aux Ier et IIe siècle plusieurs éminents rabbis qui s'appellent Judah ben Bathyra.

Histoire antique

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En 20 av. J.-C., le roi ituréen Zénodore meurt sans héritier. Auguste donne à Hérode le Grand les territoires de Zénodore. Les Nabatéens furent particulièrement furieux car Zénodore leur avait vendu son territoire avant sa mort : ils perdent le territoire et l’argent qu’ils avaient versé[9].

Au Ier siècle av. J.-C. des tribus arabes razziaient la Batanée et surtout le plateau agricole du Hauran, à partir de la Trachonitide. Hérode Ier le Grand y installa alors des colons militaires juifs[10] » où ils fondèrent la ville de Bathyra[11] et la fortifièrent. Hérode « voulait faire de cet établissement une sorte de rempart[10] » et il y a installé le « babylonien » Zamaris et son clan pour qu'ils s'opposent au banditisme trachonide[3] dans la dernière décennie de son règne ( vers 10-7 av. J.-C.)[4].

Installation des « Babyloniens » en Batanée

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Les Juifs « Babyloniens » que le roi Hérode le Grand a installés en Batanée pour qu'ils instaurent une sorte de « bouclier militaire »[6] en opposition aux raids des brigands nomades du Trachon[Note 1], venaient des rives de l'Euphrate et du Tigre[4]. Ils pourraient être en lien avec la Mygdonie et Nisibe où l'on trouve aux Ier et IIe siècle plusieurs éminents rabbis qui s'appellent Judah ben Bathyra. Le chef de ces colons est Zamaris, le grand-père de Philippe de Bathyra. Au moment où Hérode le Grand leur a proposé de s'installer en Batanée, il est décrit par Flavius Josèphe, comme un « Juif de Babylone, avec cinq cents cavaliers tous instruits à tirer de l’arc à cheval et une parenté comprenant environ cent hommes, [il] avait traversé l’Euphrate et se trouvait alors installé à Antioche près de Daphné en Syrie, car Saturninus, qui gouvernait alors la province lui avait concédé pour y séjourner une localité nommée Oulatha[4] ». Tirer à l'arc tout en chevauchant était une technique de combat typiquement Parthe[12] dont l'Empire s'étendait sur la plus grande partie du nord de la Mésopotamie d'où venaient probablement ces « Babyloniens »[Note 2].

Certains critiques estiment que la localisation de Bathyra n'est pas connue avec précision[4]. C'est néanmoins une des deux villes principales de la Batanée qui correspond à peu près au territoire biblique de Bashan[12]. Une région située au-delà du Jourdain, à l'est de la Galilée et dont vraisemblablement la plus grande partie se trouvait à l'est du Golan, bien que sa position précise ne soit pas connue, même approximativement. La deuxième ville importante de Batanée est la ville juive d'Ecbatane, Έχβατάνα aussi orthographiée έν Βατάναια ou έν Βατάνοις[3]. Elle était peut-être située sur le site de Al-Ahmadiyah[3], à 6 km à l'est du Jourdain. Les restes de deux antiques synagogues y ont été découverts[3]. Pour Étienne Nodet, la Batanée correspond au Golan actuel[13]. Outre la ville de ce nom, Bathyra est parfois utilisé pour désigner la Batanée elle-même. C'est peut-être dans ce sens que Philippe était de Bathyra.

Dans la littérature rabbinique apparaissent les Anciens de Bathyra notamment lors de deux débats portant tous les deux sur une question de calendrier des fêtes juives[14], c'est cette assemblée qui aurait élevé « le Babylonien » Hillel au rang des Patriarches dans la dernière partie du Ier siècle av. J.-C.[14]. Pour Étienne Nodet et Justin Taylor, « Josèphe se trahit : il dit que beaucoup étaient venus s'établir dans la [colonie fondée en Batanée par ces "Babyloniens"], car ils se sentaient en sécurité[15]. » Pour ces auteurs, « Hérode a persécuté les pharisiens, mais n'a pas touché au statut de cette colonie, pour des raisons très claires de politique à l'égard des Babyloniens et des Parthes. C'était donc un refuge [...] précieux pour tous ceux qui ne pouvaient pas espérer de protection des milieux sacerdotaux, forcément inféodés à Hérode[15]. » Dans le Talmud, il existe aussi des « Enfants de Bathyra » appelés Bnei Bathyra, ainsi que plusieurs éminents rabbis appelés « ben Bathyra », attestés jusqu'à la fin du IIIe siècle. Probablement des membres et des descendants de cette famille.

Philippe le Tétrarque

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Le partage du royaume d'Hérode Ier le Grand:

À la mort d'Hérode Ier le Grand, le territoire de son royaume a été partagé par Auguste entre trois des fils d'Hérode (Hérode Antipas, Hérode Archélaüs, Philippe II) ainsi que sa sœur Salomé. Philippe II a obtenu pour sa part « la Batanée, avec la Trachonitide et l’Auranitide, une partie de ce qu’on appela le domaine de Zénodore[16],[17] »[18]. Pour l'essentiel, Auguste a respecté le nouveau testament d'Hérode rédigé à peine cinq jours avant sa mort, après l'exécution d'Antipater, l'héritier qu'il avait désigné[19]. Contrairement à ce qu'il prescrivait, Archélaüs n'obtient toutefois pas le titre de roi[19].

Le domaine de Philippe a pour capitale Césarée de Philippe, appelée ainsi chez Flavius Josèphe comme dans les Évangiles, pour ne pas la confondre avec Césarée maritime. Elle s'appelait Panéas ou Banéas et Philippe la renomma Césarée, pour en faire sa capitale[20]. Chez Flavius Josèphe ou Moïse de Khorène, cette ville est aussi appelée Panéas ou Baniyas, un nom que la ville actuelle située au pied du mont Hermon, à la limite nord du Golan, a conservé et qu'auprès des populations locales, elle n'a jamais perdu.

Le tétrarque refonde Bethsaïde, au nord du lac de Tibériade, sous le nom de Julias en l'honneur de la fille d'Auguste[20].

Bataille entre Hérode Antipas et Arétas IV

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Ruines de la cité fortifiée de Gamala, enjeu de la guerre entre Arétas IV et Hérode Antipas. On entrevoit, au fond, le lac de Tibériade.

Après la mort d'Hérode le Grand (4 av. J.-C.) la Gaulanitide et la Batanée sont devenues des territoires de la tétrarchie de Philippe, dont Gamala faisait partie. Il semble que dès ce moment la Batanée fournissait une « aile » de cavalerie à Philippe le Tétrarque, mort en 33-34[21],[22],[23],[24],[25],[26],[Note 3], puis aux rois Agrippa Ier et Agrippa II[6],[Note 4]. En 36[27],[28],[29],[30],[31],[32], c'est près de Gamala, qui est située juste au-dessus de la Batanée, qu'a lieu la bataille entre les forces du roi arabe Arétas IV et celles du tétrarque Hérode Antipas au cours de laquelle l'armée d'Antipas a été anéantie[Note 5]. Pour Flavius Josèphe, si l'armée d'Antipas a été « taillée en pièces, [c'est] à cause de la trahison de transfuges qui, tout en appartenant à la tétrarchie de Philippe, étaient au service d'Hérode[33]. » Il est possible que ces transfuges aient été les forces de la Batanée. Selon Flavius Josèphe, cette déroute d'Antipas est ainsi considérée au sein de la population juive comme une vengeance divine contre Antipas pour le punir d'avoir mis à mort Jean le Baptiste[34] et dont Arétas IV n'aurait été que l'instrument[34],[33],[Note 6].

Arétas se retire probablement en échange de Damas

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Bien que Flavius Josèphe ne le rapporte pas, un accord a finalement dû être trouvé entre Arétas et les Romains représentés sur place par le légat de Syrie, Lucius Vitellius[35]. Selon Nikos Kokkinos, Lindner a montré que c'est Caligula qui a transféré Damas sous le contrôle nabatéen[36]. Pour lui, puisque Caligula succède à Tibère mort le 16 mars 37, les négociations avec Arétas ne peuvent pas avoir été achevées avant l'été de la même année[36]. Toutefois, les seules preuves de ce fait sont une mention dans une lettre de l'apôtre Paul de Tarse adressée aux Corinthiens qui figure dans le Nouveau Testament, la disparition des monnaies romaines à partir de 33/34, le fait qu'on n'y trouve pas de monnaie de Caligula et de Claude et que les monnaies romaines ne réapparaissent qu'au cours du règne de Néron (vers 65/66)[37],[38],[39]. Pour Lindner, cette attribution de Damas au roi nabatéen est cohérent avec le reste de la politique de Caligula qui contrairement à Tibère donne plusieurs territoires à des rois clients de Rome dès son arrivée au pouvoir[36].

Agrippa Ier devient roi de Batanée

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Dès son accession à l'empire, Caligula nomme Agrippa Ier, roi des territoires qui avaient constitué la tétrarchie de Philippe (fin mars 37) et qui comprenait la Gaulanitide et la ville de Gamala, enjeu de la bataille qui avait vu la déroute des armées d'Hérode Antipas. Lorsque Agrippa vient prendre possession de son royaume dans la seconde partie de l'année 38, il n'y a plus trace de conflit, ni de troupes arabes dans la région.

Agrippa, le frère d'Hérodiade, était parvenu à retrouver son indépendance et était attiré par Rome et les relations qu'il y avait tissées. Bien décidé à se rendre à Rome, « pour accuser le tétrarque » Hérode Antipas auprès de Tibère, afin d'essayer de prendre son domaine[40], il arrive dans la ville au printemps 36[41]. Au début, il est bien accueilli par Tibère, mais après être tombé une première fois en disgrâce[41], il est jeté brutalement dans les fers, parce qu’un jour, voulant flatter Caligula, il lui échappa de dire : « Ah ! si Tibère s’en allait bientôt et laissait la couronne à plus digne que lui ! », ce qu'un de ses esclaves rapporte à Tibère[41],[42]. Pour Gilbert Picard, c'est parce qu'Agrippa avait été évincé de ses prétentions à obtenir la tétrarchie d'Antipas qu'il se serait mis à comploter contre Tibère[40]. Agrippa reste en prison jusqu’à la mort de Tibère, survenue six mois après[42] ().

L’avènement au trône de son ami Caligula relança la fortune d’Agrippa. Le nouvel empereur le tira de prison[43] et lui octroya, outre le titre de roi, les territoires de Philippe[41].

Rattachement à la province de Syrie, puis Agrippa II

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À la mort d'Agrippa Ier en 44, la Batanée est à nouveau intégrée à la province romaine de Syrie et directement administrée par les procurateurs Cuspius Fadus et Tibère Alexandre[44]. Plutôt que de confier le royaume du roi défunt à son fils Agrippa (II) — jeune homme inexpérimenté qui grandit à la cour impériale, protégé de l'empereur[45] — Claude le rattache à la province romaine de Syrie tandis que la nomination des prêtres et le contrôle du Temple de Jérusalem reviennent à Hérode de Chalcis[46]. C'est également ce dernier qui devient l’intermédiaire privilégié entre les Juifs et les Romains jusqu'à sa propre mort en 48[47].

La région Palestine à partir de 53[48] avant l'agrandissement des territoires d'Agrippa (en 55 ou 61[49])
En 55 ou 61[49], le territoire du royaume d'Agrippa est augmenté des villes de Tibériade, Tarichée (Galilée) et Julias (Pérée) ainsi que de leurs régions. (Les frontières, notamment celles du royaume d'Agrippa, sont approximatives, de même que la position précise de la Batanée, la Gaulanitide, l'Hauranitide, la Trachonitide et l'Iturée)

En 53, Agrippa (II) reçoit les anciennes tétrarchies de Philippe et de Lysanias et donc la Batanée. L'année qui suit son accession au trône, Néron procède à des redistributions de territoires. L'empereur donne le territoire de Chalcis à Aristobule, le cousin d'Agrippa, qui devient donc roi de Chalcis comme l'avait été son père[50] ainsi que roi de Petite Arménie[51]. Agrippa reçoit à ce moment-là (54-55) une partie des anciennes tétrarchies de Philippe (la Batanée, la Trachonitide, l'Auranitide), plus les tétrarchies de Lysanias et de Varus (Ouaros / Noaros)[52]. Dans les Antiquités judaïques (XX, VIII, 4, (158)), Flavius Josèphe indique qu'Agrippa reçoit aussi à ce moment-là une partie de la Pérée et de la Galilée[50]: les villes de Tibériade et Tarichée en Galilée et la ville de « Julias en Pérée et quatorze bourgs situés dans son voisinage. »[53], mais les indications qu'il donne dans d'autres parties de son œuvre « hésitent entre 54-55 et 61[49] ». Pour Simon Claude Mimouni, Agrippa ne reçoit cette deuxième partie des territoires qu'en 61[52].

Philippe de Bathyra et Gamala

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Ruines des murailles de la cité fortifiée de Gamala prise et détruite par les Romains en novembre 67.

Finalement après la nomination d'Aequus Modius, Philippe de Bathyra parvient à contacter Agrippa[54] (V 180-183). Le roi « l'envoya quérir avec une escorte de gens de cheval[55] » afin qu'il le rencontre à Beyrouth[54]. Il a été heureux de découvrir la fausseté des rumeurs à son sujet et a exhibé Philippe devant le gouverneur romain et son conseil pour prouver sa loyauté[56] (V 183). Puis il l'a renvoyé à Gamala avec pour mission de ramener les « Babyloniens » à Ecbatane et de préserver la paix[54] (V 183b - 184).

Shaye J. D. Cohen estime qu'il est impossible de déterminer si, ne serait-ce qu'une partie, de ce récit est vrai[54]. Schlatter note que rien ni dans la Vita, ni dans la Guerre des Juifs n'explique ce que sont devenus « l'hipparque » Darius et les 2000 cavaliers qu'il commandait avec Philippe à Jérusalem[57]. Peut-être ont-ils rejoint les forces révolutionnaires à Jérusalem ou peut-être sont-ils venus à Gamala avec Philippe et l'ont aidé à prendre la ville[57].

Vita 114 indique que Aequus Modius est venu assiéger Gamala[54]. Shaye J. D. Cohen estime que la chronologie de cet événement est très vague. Philippe était-il à Gamala quand Modius l'a attaquée[54] ? Puisque selon la Vita (§ 177) « après le départ de Philippe, les gens de Gamala, dans une insurrection contre les Babyloniens », ont tué Chares et Jésus, des parents de Philippe, cela suggère que Philippe n'a pas exécuté les instructions du roi de ramener les Babyloniens de Gamala en Batanée[54]. Ni au § 177 ni au § 184, la Vita ne dit quand ou pourquoi Philippe est parti de Gamala[54]. Pour Shaye J. D. Cohen, l'assertion selon laquelle c'est après le départ de Philippe que ces événements se sont passés et que cela a eu lieu quand Gamala s'est révolté contre le roi (V 185-187) semble destinée à indiquer que tant que Philippe, ses hommes et ses alliés étaient sur place, Gamala a été maintenue dans la fidélité au roi, mais une fois qu'elles ont été retirées la révolté a éclaté[54]. Cela peut être vrai tout comme cela peut être faux[54].

Siège de Gamala par les Romains

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Vue du site de Gamala depuis le sud-est. Le lac de Tibériade est visible sur la gauche (photo prise entre 1934 et 1939).

Le légat Vespasien avait entrepris une campagne pour reprendre le contrôle de la Galilée. Après avoir pris la région du lac de Tibériade il entreprend le siège de Gamala. Après une première tentative plutôt désastreuse, il finit par parvenir à prendre la place début novembre 67[58]. Gamla n'a pas été reconstruite depuis.

La ville fortifiée en 67

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Selon Flavius Josèphe, à Gamala « une crête escarpée, prolongement d'une montagne élevée, dresse une hauteur centrale[59] ». « Sur les côtés et de face, le sol est sillonné de vallons infranchissables : mais, en arrière, il se dégage un peu de ces obstacles, vers l'endroit où il se rattache à la montagne : les habitants l'avaient d'ailleurs coupé par un fossé transversal et rendu cette région difficile d'accès, Sur le flanc de l’escarpement où elles étaient construites, les maisons se pressaient étroitement les unes contre les autres ; la ville semblait ainsi suspendue en l'air et s'effondrer sur elle-même du point culminant des rochers. Tournée vers le midi, elle avait de ce côté pour acropole une montagne très élevée ; au-dessous un précipice, qu'on n'avait point enclos d'une muraille, plongeait en une vallée d'une extrême profondeur : il y avait une source à l'intérieur du rempart et c'était là que se terminait la ville[59]. » Comme Vespasien « ne pouvait cerner de troupes toute la ville, à cause de sa situation, il plaça des postes aux endroits où cela était possible et occupa la montagne qui la dominait[60]. » Il « fit commencer les terrassements à l'arrière. La partie tournée vers l'Orient, où se trouvait une tour, dressée dans le lieu le plus élevé de la ville, fut comblée par la quinzième légion : la cinquième dirigea ses travaux vers le centre de la ville : la dixième remplit de terre les fossés et les ravins[60]. » Agrippa tente de s'adresser aux défenseurs, mais est blessé par les frondeurs.

Première bataille de Gamala

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Monnaie émise sous Domitien, montrant le sanglier et le dauphin, deux des emblèmes de la 10e légion (Fretensis).

« Les terrassements s'achevèrent avec rapidité, grâce au grand nombre de bras et à l'habitude qu'avaient les Romains de ces travaux. On mit en place les machines. Alors Charès et Joseph, qui étaient les citoyens les plus considérables de la ville, rangèrent leurs soldats ; ceux-ci étaient effrayés, car ils doutaient de pouvoir résister longtemps au siège, médiocrement approvisionnés qu'ils étaient d'eau et des autres subsistances[61]. » « Les Romains mirent en position en trois endroits les béliers et ébranlèrent le mur : puis, se précipitant par la brèche avec un grand bruit de trompettes, un grand cliquetis d'armes et des cris de guerre, ils se jetèrent contre les défenseurs de la ville[61]. » « Forcés de tous côtés par le nombre », les défenseurs « battent en retraite vers les quartiers élevés de la ville, et, comme les ennemis les suivent de près, ils se retournent, les repoussent sur la pente et les égorgent, entassés dans des passages étroits et difficiles, Ceux-ci, ne pouvant refouler les Juifs qui occupaient la crête, ni se frayer un chemin à travers leurs propres compagnons qui s'efforçaient de monter, cherchèrent un refuge sur les maisons des ennemis, peu élevées au-dessus du sol. Mais bientôt, couvertes de soldats et ne pouvant supporter leur poids, elles s'écroulèrent. En tombant, il suffisait que l'une d'elles renversât celles qui étaient placées au-dessous pour qu'à leur tour celles-ci entraînassent les autres placées plus bas. Cet accident causa la mort d'un grand nombre de Romains, car, dans leur détresse, ils sautaient sur les toits, bien qu'ils les vissent s'affaisser. Beaucoup furent ainsi ensevelis sous les débris ; beaucoup fuyaient, estropiés, atteints sur quelque partie du corps ; un très grand nombre périssaient, étouffés par la poussière. Les habitants de Gamala virent dans cette catastrophe une intervention divine[61]. » « Ils redoublaient leurs attaques, repoussaient les ennemis vers les toits des maisons. Les Romains glissaient dans les passages escarpés : chaque fois qu'ils tombaient, les Juifs placés au-dessus d'eux les massacraient[61]. » « Trouvant à grand peine des issues, une partie des Romains sortirent de la ville. Vespasien ne cessa de rester auprès des troupes qui soutenaient cette lutte pénible : pénétré de douleur à la vue de cette ville qui s'écroulait sur son armée[62]. »

« Vespasien voyait l'armée découragée. Ignorant la défaite, n'ayant nulle part jusqu'à ce jour subi un tel désastre elle avait aussi honte d'avoir laissé seul son général au milieu des dangers[63]. »

Prise de la ville

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Les habitants de Gamala « furent quelque temps pleins de confiance par suite du succès inattendu et considérable qu'ils avaient obtenu[64]. » « Comme les Romains renforçaient les terrassements et tentaient un nouvel assaut, la plupart des Juifs s'enfuirent de la ville par les ravins escarpés, où ne se trouvaient pas de postes ennemis, et par les galeries de mines. Tous ceux qui restèrent, craignant d'être pris, mouraient de faim, car les vivres avaient été requis de toutes parts pour nourrir les hommes capables de combattre[64]. » « Les plus aventureux fuyaient en secret tandis que les faibles mouraient de faim. Mais les combattants soutinrent le siège[65] » jusqu'au [Note 7] Ce jour-là « trois soldats de la quinzième légion atteignirent en rampant[65] » « la tour qui faisait saillie de leur côté et la sapèrent en silence. Les gardes qui étaient placés au sommet ne s'aperçurent ni de l'arrivée (car il faisait nuit), ni de la présence des ennemis[65]. » « La tour s'écroula avec un fracas effroyable, entraînant les gardes[65]. » « Frappés de terreur, les hommes des autres postes s'enfuirent ; les Romains en firent périr beaucoup [...] et parmi eux Joseph qu'un soldat atteignit d'un trait et tua au moment où il franchissait en courant la partie de la muraille qui avait été détruite[65]. » Au même moment « Charès, alité et malade, rendit le dernier soupir, par l'effet de la terreur intense qui vint s'ajouter à sa maladie et causa sa mort. Mais les Romains, se souvenant de leur précédent échec, ne firent pas irruption dans la ville avant[65] » le lendemain.

En 92/93, probablement à la mort d'Agrippa (II) sans héritier, Domitien incorpore directement les territoires de son royaume — et donc Gamala — à la province romaine de Syrie.

Au IVe siècle

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Selon Épiphane de Salamine, au IVe siècle les deux branches de judéo-chrétiens étaient présents en Batanée[66]. Les Nazôréens à Kokabé et les Ébionites également à Kokabé, ainsi qu'au-delà de la région d'Adraa[66],[67],[68].

Bibliographie

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Notes et références

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  1. « Ces colons juifs servirent « effectivement de bouclier à la fois aux gens de ce pays contre les Trachonites et aux Juifs qui venaient de Babylone sacrifier à Jérusalem, qu’il empêchait d’être molestés par les brigandages des Trachonites. [Ils virent venir, à eux] de partout nombre de gens fidèles aux coutumes juives. Le pays devint très peuplé à cause de la sécurité que lui conférait l’exemption complète d’impôts. » cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVII, II, 2.
  2. Selon Simon Claude Mimouni, « cette histoire de Zamaris et des siens serait par ailleurs à rapprocher de celle d'Onias IV et de sa famille en Égypte. » cf. Mimouni 2012, p. 808 ; voir aussi J. Neusner, A History of Jews in Babylonia, I, Leyde, 1965, p. 38-41.
  3. Des pièces de monnaie à l'effigie de Philippe comportant la mention « (Monnaie) de Philippe » et datant de 33 (la 37e année de son règne) ont été retrouvées, ce qui confirme la donnée de Flavius Josèphe ; cf. Schwentzel 2011, p. 212 « Plus tard, sur des monnaies datées de l'an 31 et de l'an 37, soit respectivement 27 et 33 apr. J.-C., le buste [...], « (Monnaie) de Philippe » sans mention du titre de tétrarque. »
  4. En mourant, Zamaris le Babylonien, qui s’était soumis à Hérode pour obtenir cette région, laissa après une vie vertueuse des fils excellents, entre autres Joachim, illustre par son courage, qui organisa en troupe de cavalerie ses Babyloniens ; un de leurs escadrons servait de garde aux rois que je viens de nommer (Agrippa Ier, Agrippa II). Joachim, mort à un âge avancé, laissa un fils, Philippe, que sa valeur guerrière et ses autres mérites rendaient aussi estimable qu’homme du monde. Aussi une amitié fidèle et un dévouement solide l’unissaient-ils au roi Agrippa ; de toute l’armée que le roi entretenait, c’était toujours lui l’instructeur et, lorsqu’il y avait une expédition à faire, le commandant. cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVII, II, 3 (29-31).
  5. « Arétas chercha un prétexte d'hostilités dans une contestation au sujet des frontières du territoire de Gamala. Tous deux réunirent leur armée en vue de la guerre et y envoyèrent à leur place des généraux. Une bataille eut lieu et toute l'armée d'Hérode fut taillée en pièces à cause de la trahison de transfuges qui, tout en appartenant à la tétrarchie de Philippe, étaient au service d'Hérode (Antipas) ; (Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, V, 1 [lire en ligne]). »
  6. « Hérode (Antipas) craignait qu'une telle faculté de persuader ne suscitât une révolte, la foule semblant prête à suivre en tous les conseils de cet homme. Il aima donc mieux s'emparer de lui avant que quelque trouble se fût produit à son sujet, que d'avoir à se repentir plus tard, si un mouvement avait lieu, de s'être exposé à des périls. À cause de ces soupçons d'Hérode, Jean (le Baptiste) fut envoyé à Machaero [...], et y fut tué. » (cf. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, V, 1 [lire en ligne].
  7. Le vingt-deux du mois d'Hyperberetaios correspond au d'après Julien Weill.

Références

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  1. Βατανέων dans le texte de Flavius Josèphe
  2. arabe : al-baṯaniya, البثنية
  3. a b c d e et f Shimon Applebaum, Judaea in Hellenistic and Roman Times: Historical and Archaeological Essays, The troopers of Zamaris, 1989, éd. Brill, Leiden, p. 53.
  4. a b c d et e Mimouni 2012, p. 396.
  5. Nodet et Taylor 1998, p. 130, note no 1.
  6. a b et c Mimouni 2012, p. 808.
  7. Nodet et Taylor 1998, p. 133-144.
  8. Nodet 2016, p. 194-197.
  9. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques [lire en ligne], XV, 10
  10. a et b Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVII, II, 1.
  11. Le nom de la ville semble avoir été donnée en référence à la famille Bathyra qui avaient une célèbre école à Nisibe
  12. a et b Hadas-Lebel 2013, p. 9.
  13. Nodet 1997, p. 296.
  14. a et b Nodet et Taylor 1998, p. 135.
  15. a et b Nodet et Taylor 1998, p. 138.
  16. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, Livre XVII, XI, 4.
  17. Gilbert Picard, « La date de naissance de Jésus du point de vue romain, p. 805.
  18. Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, pp. 181 et 186.
  19. a et b Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, p. 181.
  20. a et b Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, p. 210.
  21. Mimouni 2012, p. 408 « À sa mort, en 33/34, sans héritier de son mariage avec sa nièce Salomé, la fille d'Hérode Philippe et d'Hérodiade,... »
  22. Schwentzel 2011, p. 215 « Philippe meurt à Julias en 34 apr. J.-C. »
  23. Kokkinos 1989, p. 146 lire la page 146 en ligne
  24. (en) E. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rule, p. 182 lire la p. 182 en ligne
  25. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 408.
  26. Durant l'hiver 33-34 selon (en) Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, Vol. II, Fortress Press, Minneapolis, 1992, p. 426.
  27. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère : Des prêtres aux rabbins, éd. P.u.f./Nouvelle Clio, 2012, p. 407).
  28. Schwentzel 2011, p. 223.
  29. Nikkos Kokkinos, in Jack Finegan, Chronos, kairos, Christos: nativity and chronological studies, éd. Jerry Vardaman & Edwin M. Yamauchi, 1989, p. 135.
  30. (en) Gerd Theissen, The Gospels in Context : Social and Political History in the Synoptic Tradition, éd. T&T Clark, 2004, p. 137.
  31. E. Mary Smallwood, The Jews under Roman Rules, p. 185-186.
  32. (en) Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, Vol. II, Fortress Press, Minneapolis, 1992, p. 427.
  33. a et b Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XVIII, V, 1 [lire en ligne].
  34. a et b Schwentzel 2011, p. 217.
  35. (de) M. Lindner, Petra und das Königreich der Nabatäer, Munich, Delp, 1974, p. 130-131.
  36. a b et c Kokkinos 1989, p. 145.
  37. Selon Steve Mason, Caius Caligula semble avoir permis à Aretas IV d'administrer Damas pour une période à partir du milieu des années 30 (voir 2 Cor 11:32). Compte tenu de l'absence de monnaies romaines à Damas sous Caligula et Claude à partir de 33/34, ne revenant à la normale qu'en 65/66, il est possible que l'administration nabatéenne a continué pendant ces décennies (Schürer-Vermes 1.129-30). Mais Bowersock (1983: 67-9) et Millar (1993: 56-7) ont tendance à restreindre le contrôle nabatéen à une courte période au milieu des années 30. (cf. Steve Mason, Life of Josephus, note no 169.)
  38. Martin Hengel, Paul Between Damascus and Antioch: The Unknown Years, 1997, Westminster John Knox Press, p. 130.
  39. Rainer Riesner, Paul's Early Period: Chronology, Mission Strategy, Theology, 1998, Wm. B. Eerdmans Publishing, p. 73-89
  40. a et b Gilbert Picard, « La date de naissance de Jésus du point de vue romain », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 139 (3), 1995, p. 804 [lire sur Persée].
  41. a b c et d (en) E. Mary Smallwood, The Jews [...], op. cit., p. 189.
  42. a et b Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Paris, Pygmalion, 2011, p. 226
  43. Christian-Georges Schwentzel, op. cit., p. 227.
  44. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs [lire en ligne] Livre II, XI, 6.
  45. Hadas-Lebel 2009, p. 89.
  46. Mimouni 2012, p. 409.
  47. Schwentzel 2011, p. 242.
  48. Pour la carte de la Judée, voir Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 43.
  49. a b et c Jean-Pierre Lémonon, Ponce Pilate, éd. Atelier, 2007, p. 43-44.
  50. a et b Christian-Georges Schwentzel, Hérode le Grand, Pygmalion, Paris, 2011, p. 255.
  51. Claude Mutafian et Éric Van Lauwe, Atlas historique de l'Arménie, Autrement, coll. « Atlas / Mémoires », 2005 (ISBN 978-2746701007), p. 30.
  52. a et b Mimouni 2012, p. 410.
  53. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, livre XX, VIII, 4, (158).
  54. a b c d e f g h i et j Cohen 2002, p. 166.
  55. Flavius Josèphe, Autobiographie, § 182.
  56. Cohen 2002, p. 162.
  57. a et b Cohen 2002, p. 165, note no 200.
  58. Flavius Josèphe, « Guerre des Juifs, Livre IV (62), chapitre i, 9. ».
  59. a et b Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 1.
  60. a et b Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 3.
  61. a b c et d Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 4.
  62. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 5.
  63. Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 6.
  64. a et b Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 7.
  65. a b c d e et f Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, IV, I, 9.
  66. a et b Xavier Levieils, Contra Christianos: la critique sociale et religieuse du christianisme des origines au concile de Nicée (45-325), éd. Walter de Gruyter, Berlin, 2007, p. 25.
  67. (en) Selon Épiphane de Salamine, Hær. 30.18, « [The Ebionites] “spring for the most part from Nabatea [Batanea?] and Paneas, as well as from Moabitis and Kochaba in the Basanitis region on the other side of Adraa" » ; Adolf Harnack, The Mission and Expansion of Christianity in the First Three Centuries, Book IV, Chapter 3, section 1
  68. (en) Albertus Frederik Johannes Klijn, G. J. Reinink, Patristic Evidence for Jewish-Christian Sects, Brill Archive 1973 (ISBN 978-9-00403763-2), p. 29.

Voir aussi

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Articles connexes

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