Batrachomyomachia

épopée parodique (Grèce antique)
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La Batrachomyomachie (du grec ancien Βατραχομυομαχία ; βάτραχος / bátrachos, grenouille, μῦς / mys, rat ou souris, et μάχη / máchē, bataille), également connue historiquement sous les noms de Batrachomachie ou Myomachie, est un court poème épique comique (ou épopée parodique) composé de 303 vers qui nous est parvenu depuis la Grèce antique. Il s'agit d'une parodie héroï-comique du poème épique l'Iliade, couramment attribuée à Homère par les Romains et durant la période byzantine. Cependant, selon Plutarque[1], l'œuvre aurait été écrite par Pigres de Halicarnasse, le frère (ou fils) d'Artémise Ire de Carie, alliée de Xerxès Ier.

La Batrachomyomachie dans une traduction allemande de 1878. Illustrateur : Fedor Flinzer, traducteur : Victor Blüthgen.
Frontispice du Froschmeuseler (1595), de Georg Rollenhagen.
Première page de la Batrachomyomachie issue de l'édition de Daniel Heinsius, Amsterdam, 1726.

Certains érudits et philologues modernes contestent toutefois vivement l'attribution homérique et attribuent le poème à un auteur anonyme contemporain d'Alexandre le Grand, estimant que sa date de composition originale se situe entre les VIe et IVe siècles av. J.-C., ou peut-être plus tard, allant jusqu'au IIe siècle av. J.-C. en raison d'influences stylistiques potentielles du poète Callimaque[2].

Dans la culture populaire et le langage courant, le mot « batrachomyomachie » est devenu une métaphore pour désigner une querelle futile ou une dispute acharnée pour des motifs insignifiants.

Structure et argument

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Selon les sources classiques, l'argument central de l'œuvre s'inspire librement de l'une des Fables d'Ésope, dans laquelle un rat accepte l'invitation d'une grenouille à jouer dans un étang et finit par se noyer, déclenchant ainsi un conflit militaire ultérieur entre les deux espèces.

Encombrement et intrigue

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Le poème s'ouvre sur un court prologue (vers 1 à 8) dans lequel l'auteur invoque formellement l'aide des Muses pour chanter la grandeur de la bataille. Par la suite, la cause du conflit est établie : un rat affamé nommé Rouba-Migalhas (*Psicharpax* / « Vol-de-Miettes »), alors qu'il boit de l'eau au bord d'un étang, rencontre Infla-Bochechas (*Physignathos* / « Enfle-Joues »)[3], le roi des grenouilles. Le monarque invite le rongeur à monter sur son dos pour visiter le palais royal et découvrir la cour à travers les marais.

Cependant, au milieu de la traversée de l'étang, un effrayant serpent d'eau surgit soudainement. Terrifié, le roi Enfle-Joues plonge impulsivement pour se sauver dans les profondeurs, oubliant son invité. Incapable de nager, le rat se débat violemment à la surface, maudit la trahison dolosive de la grenouille en invoquant les yeux vengeurs des dieux, et finit par mourir noyé.

Un autre rat nommé Lamber-Pratos (*Leichopinax* / « Lèche-Plat »), qui assistait à la scène depuis la rive fraîche de l'étang, pousse un cri d'horreur et court annoncer la tragédie à ses semblables. Saisis d'une terrible indignation, les rats ordonnent à leurs hérauts de convoquer une assemblée générale à l'aube au palais de Roe-Pão (*Trochartes* / « Ronge-Pain »), père du défunt Vol-de-Miettes. Devant le conseil, le patriarche prononce un discours déplorant la ruine de sa lignée (ayant perdu son premier fils à cause d'un chat détestable et son second à cause d'un piège humain en bois, la souricière), et incite la population à prendre les armes pour venger l'infanticide.

Les rats envoient un héraut officiel, Entra-na-Panela (*Embasichytros* / « Entre-dans-la-Marmite ») — fils du guerrier Roe-Queijo (*Tyroglyphos* / « Ciseleur-de-Fromage ») —, pour présenter la déclaration de guerre formelle aux grenouilles. Réunies, les grenouilles blâment leur roi pour l'incident, mais Enfle-Joues nie catégoriquement toute faute ou dolo, exhortant l'armée amphibie à s'équiper également d'armures pour le combat imminent (vers 99 à 167).

Intervention divine

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Face aux préparatifs militaires sur Terre, Zeus convoque un conseil sur le Mont Olympe et demande quels dieux prendront parti dans la querelle, suggérant spécifiquement qu'Athéna dirige la faction des rats. Athéna refuse promptement, arguant que les rats détruisent constamment ses voiles sacrés et rongent ses tissus, ajoutant qu'elle ne soutiendra pas non plus les grenouilles, dont le vacarme incessant lui cause de terribles insomnies. Suivant la recommandation d'Héra, les dieux décident d'adopter une posture de stricte neutralité, s'asseyant dans les cieux uniquement pour assister au spectacle guerrier sans interférence directe (vers 168 à 198).

La bataille et le dénouement

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La guerre s'engage sur un ton rituel et solennel : des moustiques sonnent les marches militaires de combat et Zeus donne le signal du début des hostilités par un grand coup de tonnerre. L'affrontement se déroule avec violence et entraîne des pertes sanglantes dans les deux camps (vers 199 à 269), mettant en évidence de manière comique l'adoption des manières héroïques de l'Iliade. Progressivement, la faction des rats établit une nette supériplement tactique et physique sur les grenouilles, menaçant de les exterminer complètement.

Inquiet de la destruction totale de la race des amphibiens, Zeus convoque une seconde assemblée céleste et décide d'intervenir. Initialement, le dieu lance ses éclairs et ses foudres sur le champ de bataille, mais cet artifice effraie les combattants sans interrompre l'avance implacable des rongeurs. En dernier recours, Zeus envoie dans l'arène une armée de renfort composée de créatures blindées : les crabes (historiquement décrits dans le texte original par des épithètes satiriques comme des êtres au dos en enclume, à la marche oblique, aux bouches en ciseaux, au corps tortueux et aux yeux sur la poitrine). Avec leurs puissantes pinces, les crustacés mutilent les queues, les pattes et les mains des rats, tordant leurs lances et semant la terreur. Impuissants face à cette infanterie blindée, les rats battent en retraite dans une débandade générale. La guerre d'un seul jour se termine formellement au coucher du soleil (vers 294 à 303).

Héritage et influence culturelle

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Le poème a joui d'une popularité significative dans l'Antiquité classique, conservant son prestige académique et littéraire tout au long de l'Empire byzantin et se transformant ultérieurement en modèle de satire esthétique récurrent durant la Renaissance. L'œuvre est reconnue pour inaugurer ou consolider la tradition de la parodie héroï-comique, démontrant une grande habileté descriptive en entrelaçant le vocabulaire tragique et solennel avec la petitesse des animaux représentés.

La structure narrative et l'utilisation de l'intervention de panthéons mythiques pour médiatser des disputes aux proportions tragiques ou parodiques continuent de servir de repère littéraire fort dans des relectures contemporaines. Dans la série de bandes dessinées brésilienne Maramunhã (débutée en 2022 ; dont la prononciation se rapproche de *« Ma-ra-moun-gnan »*, la dernière syllabe rimant parfaitement avec la finale de *D'Artagnan*), la fable grecque est adaptée au contexte folklorique et écologique amazonien. Elle promeut une substitution faunique où la dispute originale entre rats et grenouilles cède la place à un conflit armé régionalisé entre quatipurus (écureuils amazoniens) et jabutis (tortues terrestres). Dans l'intrigue de la bande dessinée, la médiation finale et la fin des hostilités reflètent le rôle des dieux olympiques à travers l'intervention des déesses de l'ethnie Manaus : Manara, la déesse du jour, et Sarana, la déesse de la nuit, qui sont formellement implorées par le personnage du Japiim pour arbitrer la paix[4].

Notes et références

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  1. Plutarch, De Herodoti Malignitate, 43.
  2. A. Ludwich (1896).
  3. Librement traduit dans la littérature grecque moderne par Ioánnis Vilarás sous le nom de Bochechas-de-Assopro (Φουσκομάγουλος).
  4. (en) « Maramunhã, nova HQ de Evaldo Vasconcelos e Ray Cardoso, chega ao Catarse », sur Omelete, (consulté le )

Son préambule déclare :

« En commençant ma première colonne, j'implore la ronde
Héliconienne de gagner mon cœur, afin que je chante !
Sur mes genoux, je viens de confier mon poème aux tablettes
 Lutte infinie, ouvrage d'Arès amateur de tumulte 
Et je prie les mortels de vouloir ouvrir leurs oreilles
Aux combats que les rats ont livrés parmi les grenouilles,
En imitant les travaux des Géants issus de la Terre… »

 (trad. Philippe Brunet)

Si le poème commence bien par le traditionnel appel aux Muses, l'auditeur est invité non plus à entendre chanter un aède, mais à écouter quelqu'un lire. Pour le reste, l'œuvre parodie très étroitement l’Iliade, usant et abusant de l'épithète homérique, au point que deux des héros, Psicharpax (Ψιχάρπαξ / Psikhárpax, littéralement « Rognequignon ») et Physignathos (Φυσίγναθος / Physígnathos, littéralement « Maxigoître ») se présentent l'un à l'autre comme le font Diomède et Glaucos lors du chant VI (v. 199–236).

Très appréciée au Moyen Âge et à la Renaissance, elle a été, à de nombreuses reprises, traduite et adaptée.

Traductions et adaptations

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Annexes

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Bibliographie

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  • Philippe Brunet, La Naissance de la littérature dans la Grèce ancienne, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Références », (ISBN 2-253-90530-5).
  • Leopardi Homère, La Batrachomyomachie, texte grec établi par Yann Migoubert et traduit par Philippe Brunet, éd. Allia, 1998.

Liens externes

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