Batterie de Oye-Plage

La batterie de Oye-Plage est une batterie côtière de la Kriegsmarine implantée en 1944 à Oye-Plage dans le Pas-de-Calais, dans le cadre du Mur de l'Atlantique.

Batterie de Oye-Plage
Image illustrative de l’article Batterie de Oye-Plage

Lieu Route des Dunes, Oye-Plage
Fait partie de Mur de l'Atlantique
Construction 1944
Démolition Septembre 1944
Coordonnées 50° 59′ 50,28″ nord, 2° 03′ 08,37″ est

Carte

L'ouvrage emblématique de la batterie est sa tour de direction de tir, mieux connue sous le nom de « tour penchée ».

Une arrivée tardive dans la défense côtière allemande

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Avant 1944, la portion du littoral comprise entre Calais et Dunkerque ne disposait pas de batteries de Marine. Vers la fin de la guerre, la Marine de guerre allemande entreprend le renforcement de la défense par la mise en place de nouvelles batteries, tandis que l'Oberbefehlshaber West accorde la priorité à la mise sous bunker de l'artillerie du Mur de l'Atlantique[1].

Le 27 octobre 1943, le Haut commandement de la Wehrmacht ordonne de déployer deux batteries de 15 cm et deux autres de 21 cm sur les côtes de la Manche[2]. Cette artillerie sera déployée comme suit[3] :

- une batterie de 15 cm Torpedoboots K. C/36, à Longues-sur-Mer, et une autre de 21 cm K 39/41, à Saint-Marcouf, sont implantées sur la côte normande[4]. Elles ouvriront le feu lors du débarquement de Normandie ;

- les deux batteries restantes seront mises en place autour du port de Gravelines : à Oye-Plage, où seront installées des pièces identiques à la batterie de Longues-sur-Mer, et à l'est du port de Gravelines, où se trouvera une batterie similaire (ou presque) à celle de Saint-Marcouf[4].

L'artillerie déployée sur Gravelines sera servie par le 244e bataillon d'artillerie de la Kriegsmarine[3]. Il avait déjà en charge l'artillerie navale déployée sur Calais, dont les batteries Waldam et Oldenburg, placées à 10 km de Oye-Plage.

L'armée de Terre allemande avait, dès 1940, déployé son artillerie dans ce secteur. Si le nom de « Batterie Oye-Plage » se retrouve largement dans les archives allemandes, l'appellation « position Gravelies-est » a été usitée dans un rapport de Kriegsmarine, la position ouest étant la batterie de 21 cm[5].

Une batterie chichement dotée

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Au nord de la route des Dunes, les quatre canons se déploient en arc de cercle. Ils sont placés dans un bunker identique, probablement de type M 270 comme à la batterie Waldam. En bord de route, se trouve une soute à munitions qui rappelle le Regelbau de type 134.

De l'autre côté de la route, la tour de direction de tir se dresse sur un bunker. Elle reprend la forme d'un clocher d'église, tandis qu'une horloge et des vitraux sont peints sur ses façades et une croix latine surplombe son toit pyramidal[6]. Les deux derniers niveaux possèdent une fenêtre d'observation[7], et plus largement, l'édifice est troué de nombreuses ouvertures ; enfin, deux meurtrières sont situées au troisième étage pour défendre les côtés. Certaines ouvertures furent bouchées. La tour devait logiquement disposer d'un télémètre.

À l'est des bunkers d'artillerie, se trouvait un Regelbau 219, modèle disposant d'une double embrasure latérale pour un canon de campagne. Au 1er juin 1944, la batterie est défendue par quatre canons antiaériens de 2 cm assistés d'un projecteur de 150 cm de diamètre, ainsi qu'une pièce de 2,5 cm française[8], a priori installée dans le 219.

Le bunker à munitions et le 219, qui supporte désormais un observatoire donnant sur le Platier d'Oye.

Une fin précoce à la Libération

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Élément d'un canon de la batterie, projeté par l'explosion.

Le mois de septembre 1944 voit le nord de la France libéré par les Alliés. Cependant, dès le 2 septembre, le commandement de la Kriegsmarine à l'Ouest ordonne de renforcer le front des forteresses de Boulogne et de Dunkerque, par l'incorporation de l'artillerie navale située hors de ces places. Les pièces qui ne peuvent être déplacées doivent être détruites[9].

En conséquence, la batterie de Oye-Plage est dynamitée par l'armée allemande : les casemates sont disloquées avec leur artillerie, et le bunker supportant la tour de direction de tir implose. Il vient à s'incliner, faisant pencher la tour.

La date de la destruction de la batterie est sujette à caution : le 5 septembre 1944 a plusieurs fois été retenu[10],[11], sans aucune preuve contemporaine. Le 6 septembre, à 8 heures 30, les batteries de Gravelines et de Waldam sont déclarées dynamitées[12].

Cette annonce concerne probablement Oye-Plage ; Waldam est intégrée à la poche de Calais, et continue de tirer contre les troupes canadiennes après le 6 septembre ; le 13, la destruction des canons de marine d'Oye-Plage est confirmée, avec celles de sept autres batteries réparties en Belgique et dans le nord de la France[13]. Waldam ne figure pas dans cette liste.

Par la suite, le personnel de la batterie rejoint la poche de Dunkerque ; il est inspecté le 19 septembre 1944 par Friedrich Frisius[14], alors commandant de la Kriegsmarine du nord de la France et de la Belgique et retranché dans la ville de Jean Bart[15]. Il avait été passé en revue neuf jours plus tôt[16], vraisemblablement par Frisius là encore, qui se trouvait à Dunkerque.

Après-guerre, un site en ruines

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Après la guerre, le site de la batterie présente de nombreux blocs de béton éparpillés autour de l'emplacement des bunkers d’artillerie[17]. Le Conservatoire du Littoral acquiert les parcelles de la batterie (sauf celle de la tour penchée), et d'autres terrains alentour[18], donnant ainsi naissance à la réserve naturelle nationale du Platier d'Oye.

Annexe : chronologie des chantiers de la batterie Oye-Plage

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En l'absence d'une chronologie complète des chantiers, la consultation des archives alliées et allemandes permet de retracer le déroulement des travaux.

 : la batterie de Gravelines se trouve dans la liste des batteries dont les chantiers ont commencé sur les côtes de la Manche ; celle de Oye-Plage n'est pas mentionnée[19].

 : un rapport de la Marine préconise le creusement, dans l'espace dunaire situé au nord de la route des Dunes, de cinq puits peu profonds, entourés d'anneaux en béton, pour l'approvisionnement en eau de la batterie. Ils seront équipés de pompes manuelles. Les latrines doivent être placées au sud de la route, « près de la ferme »[5], peut-être celle située au niveau du coude de la rue Verte.

Fin mars 1944 :

a) La table de tir pour la batterie n'a pas encore été livrée.

b) L'embrasure de 120 degrés ne peut pas être pleinement exploitée, car le bouclier de protection de la pièce d'artillerie ne peut pas pivoter le long du mur de l'embrasure. L'angle de tir utile n'est que d'environ 105 degrés.

c) La batterie doit être aménagée pour le tir indirect, car le tir direct n'est pas possible en raison de la configuration du terrain.

d) La question de l'emplacement du poste de direction de tir nécessite un nouvel examen.

... Une pièce d'artillerie avec son bouclier de protection coince lors de l'introduction dans l'embrasure, car le bouclier est trop haut[20].

 : comme pour celle de Gravelines, un rapport indique que la batterie de Oye-Plage n'est pas encore déployée[21].

 : une vue aérienne fait apparaitre les quatre casemates de l'artillerie, tout comme le bunker qui supportera la tour, mais cette dernière n'est pas encore en chantier[22].

 : la batterie apparaît pour la première fois dans la structure de l'artillerie déployée dans le secteur de la XVe armée allemande[23].

 : la batterie est déclarée « prête à tirer de manière provisoire après couverture par la casemate, poste de direction de tir encore en construction »[4].

 : les bunkers de l'artillerie sont indiqués comme terminés[24].

 : la batterie apparaît sur une carte des défenses allemandes de la frontière belge à Marck[25].

Notes et références

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  1. BAMA, RW 4/628, p. 196.
  2. NARA, T1022-2141, p. 431
  3. 1 2 NARA, T1022-2141, p. 428
  4. 1 2 3 NARA, T1022-2174, p. 244
  5. 1 2 BAMA, RM 45-IV/12, p. 231
  6. « Sujet: Stp M.K.B Oye Plage: La tour penchée »
  7. Alain Chazette, Les batteries côtières du Nord-Pas-de-Calais, Histoire et Fortifications, , p. 22 et 23
  8. NARA, T312-516, p. 8115289
  9. Kriegstagebuch der Seekriegsleitung 1939-1945. Teil A, Band 61/1, 1. bis 15. September 1944, Verlag E.S. Mittler & Sohn, (lire en ligne), p. 50
  10. « Site de la commune de Oye-Plage »
  11. « Site de l'espace naturel du Platier d'Oye »
  12. NARA, T1022-2256, p. 140
  13. NARA, T1022-2256, p. 172
  14. Patrick Oddone, Guy Bataille, Dominique Macaigne, Le journal du Vice-Amiral Friedrich Frisius. Commandant de la "Forteresse" de Dunkerque, Punch Éditions, , p. 50 (erreur de retranscription à partir du journal pour "Oye Plage")
  15. Ibid, p. 45
  16. NARA, T1022-249, p. 962. Le journal du commandement dirigé par Frisius indique à cette date que « les postes du lieutenant Schulz (autrefois Batterie Oye Plage) » ont été inspectés le 10 septembre sans plus de précisions.
  17. « SHDMV MV 2DOC 1, Dossier 3 (photos) »
  18. « Géoportail, carte des espaces appartenant au Conservatoire du Littoral »
  19. NARA, T1022-4302, p. 818
  20. Rapport du Konteradmiral Friedrich Rieve, chef du commandement de la Kriegsmarine sur les côtes de la Manche, après son inspection dans le nord de la France du 20 au 23 mars 1944 (NARA, T1022-2256, p. 234 et 237).
  21. NARA, T312-0516A, p. 863.
  22. NARA, Record Group 373, Mission US7-BB76, Spot Number D3585, Exposure 13001.
  23. NARA, T312-0516A, p. 869.
  24. NARA, T1022-2141, p. 314
  25. BAMA, RH 24-82/92K, p. 18

Voir aussi

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