Bernardino Gatti

peintre italien (1495-1576)

Bernardino Gatti, dit il Sojaro, né vers 1495 à Pavie et mort le à Crémone, est un peintre italien de la Renaissance[n 1].

Bernardino Gatti
Crucifixion et saints, cathédrale de Parme.
Naissance
Vers 1495
Pavie
Décès
Surnom
Il Sojaro
Nationalité
Italienne
Activité
Élève
Gervasio Gatti
Mouvement

Actif principalement en Lombardie et en Émilie, il travaille successivement à Crémone, à Pavie, à Vigevano, à Plaisance et à Parme. L'historien de l'art S. J. Freedberg tient pour son œuvre la plus accomplie la fresque de la Multiplication des pains et des poissons, peinte au réfectoire de San Pietro al Po, à Crémone.

Longtemps tenu pour l'un des disciples les plus assurés du Corrège, il a fait l'objet de relectures récentes qui le rattachent plutôt à l'entourage de Jules Romain à Mantoue.

Le musée du Louvre conserve plusieurs de ses dessins, dont des études préparatoires pour la fresque de Crémone, et une partie de ce fonds a fait l'objet de réattributions au XXIe siècle.

Biographie

modifier

Origines

modifier

Le musée du Louvre indique une naissance à Pavie vers 1495[1], tandis qu'un essai italien le présente comme un peintre originaire de cette ville dont on a des nouvelles à partir de 1519[2],[n 2].

Crémone, Pavie et Vigevano

modifier

Gatti est actif à Crémone dès 1529, à la cathédrale, puis à Pavie en 1531, à la cathédrale également. Entre 1534 et 1535, il réalise pour le dôme de Vigevano deux toiles commandées par François II Sforza[1].

Plaisance et Crémone

modifier

En 1543, il travaille à Santa Maria di Campagna, à Plaisance[1]. Le musée du Louvre le dit influencé par le Corrège et par Pordenone[1].

Il est ensuite à Crémone, à San Sigismondo en 1546, où il peint en 1553 l'Ascension du Christ à la voûte de la nef, puis au réfectoire de l'église San Pietro al Po, où il exécute entre 1549 et 1552 la fresque de la Multiplication des pains et des poissons[1],[3],[4].

En 1559, à la mort de Michelangelo Anselmi, Gatti est chargé d'achever le décor de la coupole de Santa Maria della Steccata à Parme, qu'il réalise entre 1560 et 1566[1],[4].

Il demeure principalement employé à Parme de 1560 à 1572 et intervient en 1567 à la cathédrale, en collaboration avec Lattanzio Gambara[1],[4].

Dernières années

modifier

Il est ensuite actif à Milan, à l'abbaye de Chiaravalle en 1572, puis de nouveau à Crémone, à la cathédrale, en 1573[1]. Il meurt dans cette ville le [5].

Débat sur la formation

modifier

La formation de Gatti demeure l'objet d'interprétations critiques divergentes.

Tout au long du XXe siècle, il a été tenu, sans examen critique, pour l'un des disciples les plus assurés du Corrège. Des travaux plus récents l'ont rattaché à l'entourage de Jules Romain à Mantoue, sans nécessairement écarter un apprentissage parmesan, jusqu'à l'hypothèse selon laquelle il aurait été l'élève de ce dernier[2].

Un essai paru en 2024 reprend l'examen de ces années de formation entre Pavie et Crémone et ajoute deux œuvres inédites à son catalogue : la fresque de l'Addolorata dans l'église Sainte-Agathe de Crémone et un dessin de Pietà entre saint Sébastien et saint Roch conservé à la Galerie nationale du Canada[2].

Œuvres

modifier
Sélection
DateTitre ou interventionLieu
1529InterventionCathédrale de Crémone[1]
1531InterventionCathédrale de Pavie[1]
1534-1535Deux toiles commandées par François II SforzaDôme de Vigevano[1]
1543InterventionSanta Maria di Campagna, Plaisance[1]
1546InterventionSan Sigismondo, Crémone[1]
1549-1552Multiplication des pains et des poissonsRéfectoire de San Pietro al Po, Crémone[3]
1553Ascension du ChristSan Sigismondo, Crémone[4]
1560-1566Décor de la coupoleSanta Maria della Steccata, Parme[1],[4]
1567Décor, avec Lattanzio GambaraCathédrale de Parme[1]
1572InterventionAbbaye de Chiaravalle, Milan[1]
1573InterventionCathédrale de Crémone[1]

Dessins et collections françaises

modifier

Le musée du Louvre conserve des dessins de Gatti, pour partie liés à la fresque du réfectoire de San Pietro al Po. L'un d'eux, une étude de draperie, avait été successivement donné au Corrège par Saint-Morys, rangé parmi les anonymes italiens par Morel d'Arleux, puis classé parmi les anonymes lombards du XVIe siècle par Frédéric Reiset, avant d'être reclassé à Gatti sur une proposition d'Arthur Ewart Popham, qui y a reconnu une étude pour l'homme du premier plan de la fresque[3].

En 2013, dans La Revue des musées de France. Revue du Louvre, l'historienne de l'art Mary Vaccaro a proposé d'attribuer à Gatti trois feuilles à la sanguine copiant des décorations murales de San Giovanni Evangelista à Parme, conservées au Louvre et au Fogg Museum de l'université Harvard, contre l'attribution à Michelangelo Anselmi avancée par Popham[6].

Des œuvres en rapport avec ses compositions sont également signalées au musée des Beaux-Arts de Besançon, à la Galerie des Offices et au Museo Civico de Pavie[3].

Réception critique

modifier

Dans son ouvrage sur la peinture italienne du XVIe siècle, S. J. Freedberg estime que Gatti illustre le rôle du style émilien à Crémone. Il juge que son interprétation du style du Corrège fut dépourvue de grâce et prosaïque, et sujette à la lourdeur propre à la disposition lombarde lorsqu'elle est le moins inspirée[4].

Il tient la Multiplication des pains et des poissons pour son œuvre la plus accomplie, tout en observant qu'elle ne rappelle le style corrégien que par son apparence extérieure. Il voit dans l'Ascension de 1553 un compromis avec la primauté alors acquise du maniérisme, et considère que la coupole de la Steccata montre comment ses emphases romanisantes pouvaient rendre terne jusqu'au plagiat direct du Corrège[4].

Élèves

modifier

Son neveu Gervasio Gatti, également surnommé il Sojaro, se forme auprès de lui[1].

Notes et références

modifier
  1. ↑ Une notice du musée du Louvre porte l'année 1575 ; la base AGORHA de l'Institut national d'histoire de l'art et la notice biographique du même musée retiennent le 22 février 1576.
  2. ↑ La version antérieure de l'article mentionnait également Crémone et Verceil comme lieux de naissance possibles ; ces indications ne figurent pas dans les sources consultées, qui retiennent Pavie.

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 « Gatti Bernardino », sur Les collections du département des arts graphiques, Musée du Louvre (consulté le ).
  2. 1 2 3 (it) « Bernardino Gatti : una rilettura degli anni di formazione e due inediti », sur Academia.edu, (consulté le ).
  3. 1 2 3 4 « Homme drapé regardant vers la gauche, marchant vers la droite ; étude de draperie », sur Collections, Musée du Louvre (consulté le ).
  4. 1 2 3 4 5 6 7 (en) Sydney Joseph Freedberg, Painting in Italy, 1500 to 1600, Londres, coll. « Pelican History of Art », , passage reproduit sur Spencer Alley, consulté le 26 septembre 2026.
  5. ↑ « Gatti, Bernardino (vers 1495-22/02/1576) », sur AGORHA, Institut national d'histoire de l'art (consulté le ).
  6. ↑ « Saint Marc et saint Grégoire, assis, tenant, l'un et l'autre un livre », sur Collections, Musée du Louvre (consulté le ), citant Mary Vaccaro, « Les dessins d'après Corrège. Trois nouvelles attributions à Bernardino Gatti », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, no 4, 2013, p. 46-55.

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • (en) Sydney Joseph Freedberg, Painting in Italy, 1500 to 1600, Londres, coll. « Pelican History of Art », .
  • Mary Vaccaro, « Les dessins d'après Corrège. Trois nouvelles attributions à Bernardino Gatti », La Revue des musées de France. Revue du Louvre, no 4,‎ , p. 46-55.

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier