Birket Habou
Birket Habou (en arabe : بركة هابو / lac d'Habou) est un lac artificiel creusé à Thèbes-Ouest durant l'Égypte pharaonique. Alimenté par le Nil via un canal, il servait de port et connectait le palais royal de Malqata au fleuve. Le lac est asséché depuis des siècles mais les millions de mètres cubes de terre extraits pour le créer sont encore présents dans le voisinage et ont longtemps permis de distinguer la forme générale du lac.
| Birket Habou | ||
Plan de Birket Habou dans Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien par Karl Richard Lepsius | ||
| Administration | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Subdivision | District de Gournah | |
| Géographie | ||
| Coordonnées | 25° 42′ 21″ N, 32° 35′ 39″ E | |
| Longueur | 2,4 km | |
| Largeur | 1 km | |
| Hydrographie | ||
| Alimentation | Nil | |
| Géolocalisation sur la carte : Égypte
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Description
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Birket Habou était situé sur la rive ouest du Nil, en face de la ville de Thèbes, aujourd'hui Louxor. Le lac fut creusé près de l'extrémité sud de la nécropole thébaine, juste au sud de Médinet Habou et à l'est de Malqata[1].
Le lac fut creusé dans la Plaine alluviale, à la limite entre le désert et la plaine inondable. Ce genre de terrain est généralement plus facile à creuser, ce qui suggère que le choix du site se fit dans une certaine mesure pour des considérations pratiques[2]. Dans un même ordre d'idée, le lac aurait pu être creusé dans une dépression naturelle[2],[3].
Birket Habou ressemblait apparemment à un simple bassin creusé dans le sol, dépourvu de revêtement maçonné[4]. Il mesurait environ 2,4 km de long et un kilomètre de large[2] pour environ cinq mètres de profondeur[5], soit 250 hectares[6]. Le lac était presque entièrement encerclé de buttes artificielles hautes de plus de dix mètres formées à partir des déblais du creusement du lac[2]. Entre les monticules et le lac, les berges mesuraient environ 50 mètres de large[6].
Le lac était alimenté par le Nil situé aujourd'hui à plus de deux kilomètres de distance par un canal[2] encore non localisé à ce jour[7]. La position du Nil à l'époque de la construction n'est pas connue avec précision et il n'est pas impossible qu'un bras du fleuve passait à proximité de Malqata. Un bras du Nil étroit et difficile à naviguer aurait d'autant plus justifié la construction d'un port artificiel[5]. Selon la hauteur du fleuve, le lac de Birket Habou devait être utilisable la moitié de l'année[4].
Histoire
modifierBirket Habou a été creusé au Nouvel Empire sur ordre du pharaon Amenhotep III, en parallèle à la construction du complexe royal de Malqata situé à proximité[2],[6]. Le rôle du lac était de servir de port à la ville-palais et ainsi de la connecter au Nil[5]. Par sa taille tout à fait disproportionnée, Birket Habou devait aussi aussi un rôle cérémoniel. La traversée du lac par le couple royal avait une importante signification rituelle[4]. Le lac aurait également pu être utilisé lors des fêtes jubilaires d'Amenhotep III[8]. En plus du terrain favorable mentionné plus haut[2], le lieu de construction de Malqata et de creusement de Birket Habou fut probablement choisi en raison de la présence à proximité du temple d'Amon de Médinet Habou qui avait un rôle religieux majeur à cette époque[2]. La mise en place du lac commença par des travaux de terrassement afin de régulariser le tracé sinueux du plateau désertique le long duquel fut construit le lac[6]. Le creusement du lac quant à lui nécessita l'excavation d'un peu plus de dix millions de mètres cubes de terre[9], empilés le long de ses berges en monticules appelés kôms. On a aujourd'hui la conviction que l'arrangement des déblais en buttes distinctes était tout à fait souhaitée et faisait partie d'un véritable projet d'aménagement paysager[6].

Des sources antiques nous apprennent qu'à la même époque, Amenhotep III organisa le creusement d'un lac de plaisance pour la reine Tiyi. Les égyptologues ont donc envisagé que le Birket Habou soit ce lac de plaisance. Cependant, cette hypothèse a été finalement écartée car les superficies et descriptions des deux lacs sont trop divergentes[6]. Surtout, le lac de plaisance aurait été creusé d'après les sources historiques en seulement deux semaines. Il a été calculé que creuser le Birket Habou en si peu de temps aurait nécéssité plus de 700 000 hommes, une situation totalement invraisemblable[5].
Malgré les efforts de construction, le site de Malqata fut abandonné dès le règne d'Horemheb, moins d'un siècle plus tard[9]. Malgré l’absence d'entretien, le lac ne s'assécha pas complètement car il était situé en zone inondable. Le lac était donc rempli plus ou moins régulièrement par les crues du Nil et la dépression du terrain permettait de retenir une partie de l'eau. Au fil du temps, le lac artificiel se transforma donc en marais. A l'époque ptolémaïque, Médinet Habou était devenu un verger sacré du dieu ibis Thot. Le temple de Thot de Qasr el-Agoûz fut construit non loin des berges nord du lac par Ptolémée VIII. On a ainsi émis l'hypothèse que les ibis proliféraient dans le marais de Birket Habou, justifiant l'intérêt pour le dieu Thot dans cette zone à cette époque[6].

A partir de l'époque hellénistique, les sédiments déposés par les crues commencèrent à combler petit à petit le lac si bien que le lac commença à s'assécher[6]. A l'époque romaine, des villages et des nécropoles se développèrent sur les deux plus grandes collines d'excavation du Birket Habou, à l'entrée du lac : Kom el-Ramli et Kom el-Ba'irat[10]. Ces implantations profitaient ainsi des hauteurs des collines pour se développer à l'abri des crues du Nil[6].
Le lac s’assécha au fil du temps mais les monticules de terre excavée pendant son creusement restèrent en place au cours des siècles. Birket Habou fut redécouvert lors de la campagne d'Égypte (1798-1801) de Bonaparte. Les savants Français de la Commission des sciences et des arts qui étudièrent le site remarquèrent cette forme rectangulaire dans le paysage causée par les monticules de terre et l'assimilèrent à un ancien hippodrome[11]. Le nom de Birket Habou apparut au XIXe siècle, quand le site fut identifié comme un ancien lac par John Gardner Wilkinson[12],[6].
La plupart des monticules d'excavation furent aplanis au XXe siècle quand l'agriculture se développa dans la zone[2]. Une double ligne de collines artificielles est toujours visible aujourd'hui sur le côté ouest de l'ancien lac[13],[14],[15]. Les deux villages établis à l'époque romaine sur les deux plus grandes collines d'excavation à l'entrée du lac[10] existent encore et sont devenus les villages modernes d'Al Biirat et Nagaa Raml Al Aqaltah. L'étalement urbain de ces villages correspond presque exactement à la forme des anciens kôms[16].
Notes et références
modifier- ↑ (en) « Theban Necropolis », sur Theban Mapping Project
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Kemp et O’Connor 1974, p. 101-136.
- ↑ Toonen et al. 2019, p. 198.
- 1 2 3 O’Connor 1979, p. 53.
- 1 2 3 4 Engelbach et Macaldin 1937, p. 51-57.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Babled 1993/1994, p. 132-142.
- ↑ Toonen et al. 2018, p. 285.
- ↑ Gräzer Ohara 2013, p. 203-206.
- 1 2 Arnold 2002, p. 33.
- 1 2 Pimpaud et Lecuyot 2013.
- ↑ Jollois et de Villiers du Terrage 1818, tome II, chap. IX, section I, § VIII.
- ↑ Wilkinson 1830.
- ↑ Gräzer Ohara 2013, p. 213.
- ↑ Birket Habu Spoil Mounds sur Flickr.com
- ↑ Malqata: Birket Habu back piles sur Flickr.com
- ↑ (en) « Astronaut Photo ISS048-E-515 EGYPT », sur Gateway to Astronaut Photography of Earth (National Aeronautics and Space Administration)
Bibliographie
modifier- Jean-Baptiste Prosper Jollois et Édouard de Villiers du Terrage, « Description générale de Thèbes », dans Description de l'Égypte : Antiquités, Descriptions, t. II, Paris, Imprimerie impériale, (lire en ligne), Section I : Description des Édifices et de l'Hippodrome de Medynet-abou, § VIII : De l'Hippodrome, et du Temple situé à son extrémité sud
- Jean-François Champollion, Lettres écrites d’Égypte et de Nubie en 1828 et 1829, Paris, Firmin Didot Frères, Librairies, (lire sur Wikisource)
- (en) John Gardner Wilkinson, Topographical survey of Thebes, Tape, Thaba, or Diospolis Magna, Londres, Royal Geographical Society, (lire en ligne)
- (de) Karl Richard Lepsius, Denkmäler aus Ägypten und Äthiopien, Berlin, Nicolaische Verlags-Buchhandlung, 1849-1859 (lire en ligne)
- Georges Daressy, « Le palais d'Aménophis III et le Birket Habou », dans Annales du Service des antiquités de l’Égypte, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, (lire en ligne), p. 165-170
- (en) Reginald Engelbach et J. W. Macaldin, « The great lake of Amenophis III at Medînet Habu », Bulletin de l’institut d’Égypte, t. XX, no 1, , p. 51-61 (lire en ligne)
- (en) Barry Kemp et David O’Connor, « An ancient Nile harbour: University Museum excavations at the ‘Birket Habu’ », International Journal of Nautical Archaeology, vol. 3, no 1, , p. 101-136 (DOI 10.1111/j.1095-9270.1974.tb00863.x, lire en ligne)
- (en) David O’Connor, « The University Museum Excavations at the Palace-City of Malkata », Expedition Magazine, vol. 21, no 2, , p. 52-53 (lire en ligne)
- Thibaud Babled, « Les grands projets d'Aménophis III sur la rive occidentale de Thèbes: du contexte original à la situation contemporaine », Memnonia, vol. IV-V, 1993/1994, p. 131-146 (lire en ligne)
- (en) Dieter Arnold, The Encyclopaedia of Ancient Egyptian Architecture, I.B. Tauris, (ISBN 978-1860644658)
- (en) A. Graham, K.D. Strutt, V.L. Emery, S. Jones et D.S. Barker, « Theban Harbours And Waterscapes Survey, 2013 », Journal of Egyptian Archaeology, vol. 99, , p. 35-52 (lire en ligne)
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- Aude Gräzer Ohara, « Le palais des monts sur un bloc de remploi de Karnak : marou d’Amon et/ou complexe jubilaire d’Amenhotep III à Malqata ? », BIFAO, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, no 112, , p. 191-214 (lire en ligne)
- (en) W.H.J. Toonen, A. Graham, B.T. Pennington, M.A. Hunter, K.D. Strutt, D.S. Barker et al., « Holocene fluvial history of the Nile’s west bank at ancient Thebes, Luxor, Egypt, and its relation with cultural dynamics and basin-wide hydroclimatic variability », Geoarchaeology, vol. 33, no 3, , p. 273–290 (DOI 10.1002/gea.21631)
- (en) W.H.J. Toonen, A. Graham, A. Masson-Berghoff, J. Peeters, T.G. Winkels, B.T. Pennington, M.A. Hunter, K.D. Strutt, D.S. Barker, V.L. Emery, L. Sollars et H. Sourouzian, « Amenhotep III's Mansion of Millions of Years in Thebes (Luxor, Egypt): Submergence of high grounds by river floods and Nile sediments », Journal of Archaeological Science: Reports, vol. 25, , p. 195-205 (DOI 10.1016/j.jasrep.2019.03.003)