Inscription de Behistun
L’inscription de Behistun[1] (ou Béhistoun ou Bisistun ou Bisutun) est une inscription monumentale décrivant les conquêtes de Darius Ier en trois langues : le vieux perse, l’élamite et l’akkadien.
Behistun *
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Inscription de Behistun, photo du site. | ||
| Coordonnées | 34° 23′ 18″ nord, 47° 26′ 12″ est | |
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| Pays | ||
| Subdivision | Kermanchah | |
| Numéro d’identification |
1222 | |
| Année d’inscription | (30e session) | |
| Type | Culturel | |
| Critères | (ii) (iii) | |
| Superficie | 187 ha | |
| Région | Asie et Pacifique ** | |
| Géolocalisation sur la carte : Iran
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| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO |
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Le texte est gravé dans un escarpement du mont Behistun (en), dans la province de Kermanchah de l’actuel Iran. Elle a été déchiffrée par Henry Rawlinson. Celui-ci commença ses recherches en 1835 et eut besoin de plus d'une décennie pour achever sa traduction, qui fut publiée à Londres en 1846[2]. L'inscription de Behistun est le seul texte monumental connu des Achéménides qui documente un évènement historique précis : le rétablissement de l'Empire par Darius Ier[3],[4].
L’inscription
modifierLocalisation
modifierLe texte lui-même est une déclaration de Darius Ier qui règne sur l’Empire perse de 521 à Elle est écrite trois fois, en trois écritures et langues différentes : élamite et vieux perse côte à côte, et akkadien au-dessus de l'élamite[5].
Vers , Darius relate en un long récit son accession au trône face à l’usurpateur Smerdis de Perse ainsi que ses guerres victorieuses suivantes et la répression de la rébellion. Les textes sont gravés sur une falaise près de la ville moderne de Bisutun (en), dans les monts Zagros en Iran, à l’entrée de la plaine de Kermanchah.
L’inscription, d’approximativement 15 mètres de haut et 25 mètres de large[4], se trouve à 100 mètres au-dessus de la route antique reliant les capitales de Babylone en Mésopotamie et d’Ecbatane de l’Empire mède[6]. Elle est peu accessible, la montagne ayant été arasée pour rendre l’inscription plus évidente après gravure.
Organisation
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Aujourd’hui trilingue, l’inscription ne l’a sans doute pas été dès le début. Trois étapes se seraient succédé : la première inscription gravée est la première version élamite, la langue officielle jusqu’aux environs de 520 avant J.-C.[3.1], les versions akkadiennes et vieux-perse sont arrivées après, preuve que le vieux-perse n’a été introduit qu’après l’achèvement du relief. De ce fait, les inscriptions mineures identifiant les rois vaincus du bas-relief ont été réalisées dans ce même ordre[5.1].

Le texte en vieux perse est constitué de 414 lignes en cinq colonnes et le texte akkadien en comporte 112 lignes. Le texte élamite comprend dans sa première version 323 lignes en 4 colonnes, et dans sa deuxième 260 lignes en 3 colonnes[3.2].
Si l’ensemble semble déséquilibré, c’est que l’ajout du chef Scythe Skunxa, représenté à l’extrême droite, a nécessité l’effacement d’une partie de la première version du texte élamite. Il est alors recopié sous la version babylonienne. Cette victoire est n’est retranscrite qu’en vieux-perse. Faute de place, les deux autres versions ne subiront pas ces ajouts[3.2].
Contenu
modifierLes longues inscriptions royales dans lesquelles Darius s’adresse autant à ses sujets qu’à la postérité, ont toutes une composition similaire. D’abord, un préambule permet à Darius de donner sa généalogie sur cinq générations pour se légitimer. Il donne aussi la liste des vingt-trois terres qui composent son Empire, la plus ancienne liste de provinces connue en Iran. Dans le corps du texte sont décrites les activités de son règne. Le Roi des rois introduit donc ici pour la première fois ses res gestae[4].
Le bas-relief
modifierL’inscription est accompagnée d’un bas-relief représentant Darius Ier, plus grand que les autres, qui empoigne de sa main gauche un arc tandis que son autre main est orientée en direction d’Ahura Mazda. Le dieu sort à mi-corps d’un disque ailé à pâtes d’oiseau et tend l’anneau au roi, symbole du pouvoir. Deux dignitaires se tiennent derrière Darius[5.2]. De l’autre côté se trouvent les 10 chefs des peuples rebelles de différentes satrapies que Darius mate au début de son règne. Le roi écrase le torse de l’un d’eux, Gaumāta, le mage mède prétendant au trône et dont la mort en 522 av. J.-C. permet à Darius l’accession au pouvoir[5.3].
Les inscriptions trilingues disséminées dans le champ du relief identifient les personnages. Il s’agit dans l’ordre de Āçinaa, Nadintabaira, Fravartiš, Martiya, Tritantaikhmes, Vahyazdāta, Araxa et Frāda[5.4].
La barbe de Darius est un bloc de pierre indépendant fixé par des goupilles et du fil de fer.

Inspiration
modifierDarius aurait puisé son inspiration dans le relief d'Anubanini datant de la période d'Isin-Larsa (2004 - 1763 av. J.-C.). Le support est identique : un bas-relief sculpté dans la falaise de Sarpol-e Zahab, située à environ 150 kilomètres de Behistun. La scène présente aussi des similitudes : la position du roi dominant les prisonniers et qui écrase de son pied un ennemi au sol, la divinité, ici Ishtar, tendant un anneau au roi, et l'inscription en akkadien faisant état des la victoire du roi des Lullubi Anubanini, organisée en colonnes[3.3].
Diffusion
modifierPremière postérité historique et légendaire
modifierLa première mention historique de l’inscription est faite par l’historien grec Ctésias, cité par Diodore de Sicile (II, 13, 1-2), qui a noté son existence vers , sous la forme « Bagistanon ». D'après lui, ce texte aurait été gravé « en caractères syriens » par la reine Sémiramis de Babylone[5.5],[9]. Tacite[réf. nécessaire] la mentionne également et décrit certains des monuments auxiliaires, longtemps oubliés, à la base de la falaise, où se trouve une source. Ce qui en reste est conforme à sa description.
Après la chute de l’Empire perse et de ses successeurs, et après que l’écriture cunéiforme fut tombée en désuétude, la signification de l’inscription a été oubliée et des interprétations fantaisistes sont devenues la norme. Pendant des siècles, on a ainsi pensé qu’elle était due à Khosro II.
Une légende est apparue, selon laquelle elle serait due à Farhâd, amant de Chirine, l’épouse de Khosro II. Exilé pour sa faute, Farhâd aurait eu pour tâche de tailler la montagne pour y trouver de l’eau ; s’il réussissait, il aurait la permission d’épouser Chirine. Après de nombreuses années et avoir déplacé la moitié de la montagne, il aurait trouvé l’eau, mais pour apprendre de Khosro II la mort de Chirine. Fou de douleur, il se serait jeté de la falaise. Chirine, qui n’était naturellement pas morte, se serait pendue en apprenant la nouvelle.[réf. nécessaire]
Découverte par les Européens
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En 1598, l’inscription est révélée à l’Europe de l'Ouest quand Robert Shirley, un Anglais au service de l’Autriche, la découvre lors d’une mission diplomatique en Perse. Il parvient à la conclusion qu’il s’agit d’une représentation de l’Ascension de Jésus Christ. Les fausses interprétations bibliques européennes se répandront au cours des deux siècles qui suivent : elles évoquent le Christ et ses apôtres, ou encore les tribus d’Israël et Salmanazar.
En 1835, Henry Creswicke Rawlinson, un officier de l’armée britannique entraînant l’armée du Chah d’Iran, commence à étudier sérieusement l’inscription[10],[11]. Le nom de la ville de Bisistun est anglicisé en l’actuel « Behistun » et le monument devient connu sous le nom d’« inscription de Behistun ». En dépit de son inaccessibilité, Rawlinson parvient à escalader la falaise et copier l’inscription en vieux perse. La version élamite, qui se trouve de l’autre côté d’un abîme, et la version en akkadien, située quatre mètres au-dessus, sont moins faciles d’accès et sont remises à un accès ultérieur.
Armé du texte vieux perse et d'environ un tiers du syllabaire fourni par l’Allemand Georg Friedrich Grotefend, expert en cunéiforme, Rawlinson déchiffre le texte. Par chance, la première partie donne une liste de rois perses identiques à celle qui est mentionnée par Hérodote. En mettant en correspondance les noms et les caractères, Rawlinson peut, vers 1838, déchiffrer les caractères cunéiformes utilisés pour le vieux perse.
Plus tard vient l’étude des deux textes restants. Après une période de service en Afghanistan, Rawlinson revient en 1843. En utilisant des planches, il franchit l’espace entre le texte vieux perse et l’élamite, qu’il copie. Il recrute un garçon des environs, qui grimpe le long d’une fissure dans la falaise et installe des cordes à la hauteur du texte en akkadien. De la sorte, il peut prendre l’empreinte du texte en papier mâché. Rawlinson se met au travail et traduit à la fois l’écriture akkadienne et la langue, indépendamment des travaux d’Edward Hincks, de Jules Oppert[12] et de William Henry Fox Talbot, qui contribuent également au déchiffrement. Edwin Norris (en) et d’autres sont les premiers à faire de même pour l’élamite. S’appliquant à trois des langues primaires de Mésopotamie et à trois variations de l’écriture cunéiforme, ces déchiffrements furent l’une des clefs pour faire entrer l’assyriologie dans l’époque moderne.
On pense que Darius avait placé spécifiquement l’inscription en ce lieu pour la rendre infalsifiable — la lisibilité passant au second plan de ses impératifs : le texte est complètement illisible depuis le sol. Malheureusement, le roi perse n’avait pas compté sur la mare qui se formerait au pied de la falaise et sur le fait qu’une route serait ouverte dans le secteur. La fente par laquelle le garçon a escaladé la falaise est la sortie d’un petit cours d’eau souterrain, inexistant à l’époque de l’inscription et asséché aujourd’hui, mais peut-être à l’origine du conte de la recherche de l’eau par Farhâd. Il[Qui ?] a causé des destructions considérables à certains personnages. Darius n’avait pas non plus prévu la poudre à canon : son monument a été endommagé par des tirs de soldats au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Notes et références
modifier- ↑ L'étymologie de Behistoun est en vieux-perse Bagastâna : Demeure(-stâna) du dieu / des dieux (baga-).
- ↑ (en) Moussavi Ali, Persepolis. Discovery and Afterlife of a World Wonder., Boston/Berlin, Walter de Gruyter, , 250 p. (ISBN 978-1-61451-028-4), p. 122
- ↑ Encyclopaedia Iranica, BISOTUN iii. Darius’s Inscriptions
- 1 2 3 Unesco - World Heritage Center Behistun
- ↑ Pierre Lecoq, Les inscriptions de la Perse achéménide, Paris, Gallimard, , 327 p. (ISBN 978-2-07-073090-2)
- ↑ « Behistun - Livius », sur www.livius.org (consulté le )
- ↑ (en) Rüdiger Schmitt, Heinz Luschey, Rüdiger Schmitt, « Inscription de Behistun », dans Encyclopædia Iranica (lire en ligne)
- ↑ Chul-Hyun Bae, literary stemma of king darius's (522-486 b.c.e.) bisitun inscription: evidence of the persian empire's multilingualism Journal of the Linguistic Society of Korea, volume 36, 2003, p. 6.
- ↑ (en) Jan Stronk, « Semiramis’ Legacy », dans Jan Stronk, Semiramis’ Legacy, Edinburgh, Edinburgh University Press, (DOI 10.1515/9781474414265-015
, lire en ligne), p. 526. - ↑ Ève Gran-Aymerich, Les chercheurs du passé 1798-1945. Aux sources de l’archéologie page 1056 et 1057 CNRS 2006
- ↑ Chapitre I « Naissance de l’assyriologie : le travail sur le terrain et le début des déchiffrements » pp. 17-43 dans En quête de Ninive de Dominique Charpin Les Belles Lettres
- ↑ Le contexte de la découverte / Le déchiffrement du cunéiforme sur archeologie.culture.gouv.fr
Voir aussi
modifierBibliographie
modifierContexte
modifier- Pierre Briant, Darius : les Perses et l'Empire, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 159), .
- Pierre Briant, Histoire de l'Empire perse : De Cyrus à Alexandre, Fayard, , 1250 p. (ISBN 2213596670)
- (en) Rüdiger Schmitt, « Bisotun », Encyclopædia Iranica, vol. 4, no 3, (lire en ligne)
- (en) Gundula Schwinghammer, « Imperial Crisis », dans Bruno Jacobs et Robert Rollinger (dir.), A Companion to the Achaemenid Persian Empire, Hoboken, Wiley Blackwell, , p. 417-427.
Inscription
modifier- Pierre Lecoq, Les inscriptions de la Perse achéménide, Paris, Gallimard, , 327 p. (ISBN 2-07-073090-5), p. 187-214 (traduction) et 83-96 (commentaire)
- (en) Rüdiger Schmitt, « BISOTUN iii. Darius’s Inscriptions », sur Encyclopædia Iranica,
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à la géographie :
- Ressource relative à l'architecture :
- (en) « The Behistun inscription », sur Livius — un article sur l’inscription de Behistun, avec des images, des dessins du texte cunéiforme, une transcription et une traduction en anglais.
- « Déchiffrement de l’écriture cunéiforme », sur BnF
- David Stronach, de l’université de Californie, Berkeley (États-Unis), « Iran : l’empreinte laissée par Behistun », sur Le Courrier de l'UNESCO
