Black Panthers (bande parisienne)

Les Black Panthers sont une bande antiraciste fondée à la fin des années 1970 à Pantin, principalement composée de jeunes d'origine antillaise et africaine issus des quartiers nord de la banlieue parisienne et adeptes de la culture rock des années 1950. Tirant leur nom du Black Panther Party américain, ils sont la première bande noire organisée de la scène parisienne, et s'affrontent aux bandes racistes. Ils sont souvent considérés comme les précurseurs des bandes antifascistes et chasseurs de skins qui émergent à partir de 1985. Certains de leurs membres contribuent par ailleurs à l'émergence de la culture hip-hop à Paris, notamment dans la danse et le rap. À la fin des années 1980, la bande décline et se reconvertit dans la sécurité.

Black Panthers (bande parisienne)
Histoire
Fondation
Dissolution
Fin des années 1980
Origine
Agressions racistes contre les populations noires en région parisienne
Scission dans
Asnays
Cadre
Zone d'activité
Type
Bande
Domaine d'activité
Lutte antiraciste ; autodéfense
Mouvement
Objectif
Lutter contre les violences racistes et défendre la dignité des populations noires en région parisienne
Méthode
Affrontements directs, pratique des arts martiaux, patrouilles
Organisation
Dirigeant
Grand Jack
Idéologie

Histoire

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La bande est fondée à la fin des années 1970 à Pantin par une vingtaine de membres, majoritairement issus des quartiers nord de la banlieue parisienne[1],[2]. Destroy Man, membre de la bande, la décrit comme composée d'une trentaine d'africains et d'antillais, avec un seul membre blanc[3]. Ils sont principalement d'origine antillaise, ce qui les distingue des Asnays, plutôt d'origine africaine, et des Bounces, d'origines diverses[4]. Le chef de la bande est surnommé Grand Jack[2]. Ils sont décrits par les journalistes Patrick Louis et Laurent Prinaz comme « assez lointainement inspirés » du Black Panther Party américain[5].

À leurs débuts, les Black Panthers sont, avec les Asnays et les Bounces, les bandes noires les plus en vue de Paris. Les Black Panthers sont plus âgés, mieux entraînés et mieux organisés que leurs homologues, et s'imposent d'emblée comme une référence[6]. La bande des Asnays est issue d'une dissidence interne, fondée par un ancien Black Panthers[6]. Les Black Panthers côtoient par ailleurs dans la scène rock parisienne les Del Vikings, une bande de « cats » (amateurs de rock des années 1950 mettant en avant la fête, la danse et les costumes d'époque), avec lesquels ils sont d'abord alliés avant d'entrer en conflit[7].

Le marché aux puces de la porte de Montreuil

À la même époque, les Black Panthers fréquentent les mêmes lieux rock que les Rebelles, des blancs amateurs de rockabilly arborant le drapeau confédéré et prônant une idéologie raciste assumée, et s'y affrontent régulièrement[8]. Les Panthers se heurtent également aux Rebels et aux Teddy Boys (une autre mouvance de jeunes amateurs de rockabilly, eux aussi porteurs du drapeau confédéré) aux puces de Clignancourt et aux puces de la porte de Montreuil, où les uns et les autres se retrouvent pour acheter des vêtements[3]. D'après un ancien Rebelle, Dalton, les Black Panthers auraient poussé les Rebelles à se structurer davantage pour leur tenir tête[9]. Les Black Panthers sont également, parmi les bandes de banlieue parisienne, les premiers à s'organiser contre les skinheads[5]. Ils sont régulièrement considérés comme les précurseurs des bandes antifascistes et chasseurs de skins qui émergent à partir de 1985 ; leur pratique des arts martiaux et leur style auraient ainsi influencé les Ducky Boys, les Red Warriors et les Black Dragons[7],[10].

La fontaine des Innocents, aux Halles

Après l'apparition d'une nouvelle génération de bandes, les Black Panthers et leurs alliés Asnays et Bounces affrontent régulièrement les Requins vicieux, les Fresh et les Go, qui leur disputent le terrain des Halles et de la gare du Nord[6]. L'ascension des Requins vicieux et des bandes de la nouvelle génération contraint les Black Panthers à une redistribution des territoires. La nouvelle génération, plus nombreuse et portée par la culture hip-hop naissante, prend progressivement le dessus sur les bandes plus anciennes[6].

À la fin des années 1980, les Black Panthers ne sont plus très nombreux et n'interviennent plus que pour les grandes occasions[5]. Ils se reconvertissent alors dans le service d'ordre des soirées organisées par la Nation Zulu[5], des boîtes parisiennes concédant des soirées au mouvement hip-hop et des concerts de rap, ainsi que dans le management de groupes de rap français[1]. Ils délèguent certaines de leurs activités à des membres plus jeunes, chargés d'assurer le relais. Les Black Panthers fondent la société de sécurité Bafalo, ouvrent deux magasins de vêtements et d'accessoires sous l'enseigne Roots à Paris et à Marseille, organisent des soirées nommées Black Soly, lancent une ligne de prêt-à-porter et encadrent des entraînements sportifs dans des salles franciliennes. Les membres les plus anciens approchent alors la trentaine[1].

Culture

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Plaque commémorative du Golf-Drouot, l'une des salles de concert fréquentées par les Black Panthers

Les Black Panthers portent une tenue vestimentaire inspirée de la culture rock des années 1950 : jean Levi's 501 à revers, Trapper, mocassins ou Clarks noirs, fly jacket en cuir ou bombardier[8], et blousons de l'US Air Force[7]. Chaque membre maîtrise au moins un art martial[8]. Leurs références musicales sont les grandes figures du rock et du rhythm and blues afro-américain des années 1950 : Big Joe Turner, Bill Haley, Fats Domino, Chuck Berry, Fats Waller, Cab Calloway[8]. Leurs lieux de rassemblement habituels sont le Golf-Drouot, le Balajo, les Champs-Élysées et le Trocadéro[8]. Plusieurs Panthers travaillent également comme videurs dans des clubs parisiens, notamment les Adelphes, une boîte de nuit vers Pigalle[3].

Certains membres entretiennent des liens étroits avec la scène naissante du hip-hop et du smurf : Thony Maskot, Alberto « Junior » Almeida, tous deux Panthers, se tournent vers la danse hip-hop après avoir été formés au mime par Marcel Marceau. Junior, après un séjour à New York où il découvre le breaking, contribue à importer cette danse à Paris au début des années 1980 au sein du Groupe du Rex Club[8]. C'est également dans le milieu des Panthers que naît le duo de rap Destroy Man & Jhonygo. Après avoir découvert le rap, les deux Panthers se tournent vers cette nouvelle musique et deviennent parmi les premiers rappeurs français[3].

Références

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  1. 1 2 3 Anne Giudicelli, « Bandes », dans La Caillera : La Racaille, Paris, FeniXX, (1re éd. 1991) (ISBN 978-2402067393)
  2. 1 2 Samuel Lamontagne, « Rap Radical Noir : pour une histoire diasporique du hip-hop français », Audimat, vol. 23,‎ , p. 45-74 (DOI 10.3917/audi.023.0045, lire en ligne Accès payant)
  3. 1 2 3 4 Vincent Piolet, « Jhony Go & Destroy Man entrent en scène », dans Regarde ta jeunesse dans les yeux : Naissance du hip-hop français 1980-1990, Marseille, Le Mot et le Reste, (ISBN 978-2360542901)
  4. ↑ Louis et Prinaz 1990, p. 149
  5. 1 2 3 4 Louis et Prinaz 1990, p. 148
  6. 1 2 3 4 Anne Giudicelli, « Les Requins vicieux », dans La Caillera : La Racaille, Paris, FeniXX, (1re éd. 1991) (ISBN 978-2402067393)
  7. 1 2 3 Filo Loco, « Paris la nuit », Vice,‎ (lire en ligne Accès libre)
  8. 1 2 3 4 5 6 Vincent Piolet, « Le hip-hop, c'est d'abord de la danse ! », dans Regarde ta jeunesse dans les yeux : Naissance du hip-hop français 1980-1990, Marseille, Le Mot et le Reste, (ISBN 978-2360542901)
  9. ↑ Louis et Prinaz 1990, p. 96
  10. ↑ « Expo vikings & panthers à Paris : loubards, vestes en cuir et rockabilly », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne Accès libre)

Voir aussi

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Bibliographie

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Vidéographie

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  • Rock contre la montre, réalisé par Gilles Élie Cohen, produit par Arte et Les Films à Lou, 2001, 62 min (visionner en ligne).