Le Blitz de Belfast désigne une série de quatre raids aériens allemands menés contre des objectifs stratégiques dans la ville de Belfast, en Irlande du Nord, durant les mois d'avril et de mai 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces bombardements ont provoqué de très lourdes pertes humaines.

Le premier raid eut lieu dans la nuit du 7 au 8 avril 1941. Il s'agissait d'une attaque de faible ampleur, probablement destinée à tester les défenses de Belfast.

Le raid suivant se déroula dans la nuit du 15 avril 1941, le mardi de Pâques, lorsque 200 bombardiers de la Luftwaffe attaquèrent des objectifs militaires et industriels de la ville. Environ 987 personnes périrent à la suite de ce bombardement et 1 500 furent blessées. Les bombes explosives de forte puissance constituaient l'essentiel de l'armement utilisé lors de cette attaque[1].

En dehors des bombardements de Londres, il s'agit de la plus grande perte de vies humaines causée par un seul raid nocturne durant le Blitz.

Le troisième raid sur Belfast eut lieu dans la nuit du 4 au 5 mai 1941. Il fit 200 morts. Lors de cette attaque, les bombes incendiaires constituaient l'essentiel de l'armement utilisé.

Le quatrième et dernier raid sur Belfast se déroula la nuit suivante, du 5 au 6 mai 1941.

Au total, plus de 1 300 habitations furent détruites, environ 5 000 gravement endommagées, près de 30 000 légèrement endommagées, tandis que 20 000 autres nécessitèrent des réparations d'urgence, plus de 55 000 maisons sont touchées par les bombes[2].

Contexte

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Alors que le Royaume-Uni se prépare au conflit, les industries de Belfast, des chantiers navals, des usines textiles, des usines d'aviation et d'armement principalemnt, sont fortement mobilisées pour l’effort de guerre[3]. La ville joue un rôle important dans la production de navires de guerre, d’aéronefs et de munitions destinés aux forces alliées. En raison de cette activité industrielle stratégique, Belfast est considérée par la Luftwaffe comme une cible militaire potentielle.

À la différence de l’Irlande du Nord, l’Éire, sous la direction d’Éamon de Valera, a proclamé sa neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale. Bien que les autorités irlandaises arrêtent les agents allemands identifiés par leurs services de police et de renseignement militaire, l’État ne rompt pas ses relations diplomatiques avec les puissances de l’Axe : la légation d'Allemagne à Dublin reste ouverte pendant toute la durée du conflit[4].

Entre 1940 et 1941, le Royaume-Uni subit des campagnes de bombardements aériens menées par la Luftwaffe, visant à perturber son économie et ses infrastructures stratégiques[5]. Plusieurs villes britanniques sont touchées, notamment Londres, Birmingham, Portsmouth et Swansea. Dans ce contexte, Belfast occupe une position particulière en raison de son importance industrielle et militaire.

Pour les nazis, Belfast est clairement une place à détruire, un bombardement massif leur permettrait de limiter grandement le champs d’action du Royaume-Uni. La décision est alors prise par l’Allemagne de lancer une série de raids aériens contre Belfast.

Gouvernement

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Le gouvernement d’Irlande du Nord se révéla peu préparé à faire face à une crise majeure de l’ampleur des bombardements. James Craig, avait occupé le poste de Premier ministre depuis la création de l’Irlande du Nord en 1921 jusqu’à sa mort en 1940[6]. Son décès, survenu après une période de dégradation de son état de santé, contribua à créer un vide politique au sein de l’exécutif.

Richard Dawson Bates occupait le poste de ministre des Affaires intérieures, tandis que Basil Brooke, ministre de l’Agriculture, était le seul membre du gouvernement à faire preuve d’une activité soutenue, notamment en organisant l’augmentation de la production alimentaire destinée à la Grande-Bretagne.

John Clarke MacDermott, ministre de la Sécurité publique, mit en place après les premiers bombardements le « plan Hiram », visant à organiser l’évacuation de Belfast et à rétablir au plus vite une forme de normalité dans la ville[7]. C’est également lui qui adressa un télégramme à Éamon de Valera afin de solliciter une aide. Toutefois, l’attitude jugée insuffisamment réactive du gouvernement suscita des critiques internes et entraîna plusieurs démissions.

John Edmond Warnock, secrétaire parlementaire au ministère des Affaires intérieures, démissionna le 25 mai 1940, estimant notamment que le gouvernement avait fait preuve de lenteur et d’inaction face à la situation. Le lieutenant-colonel Alexander Gordon, secrétaire parlementaire et financier au ministère des Finances et whip en chef, démissionna à son tour le 13 juin 1940, déclarant devant la Chambre des communes que le gouvernement n’était pas en mesure de soutenir la population face aux épreuves à venir[8].

James Craig mourut le 24 novembre 1940 et fut remplacé par J. M. Andrews, âgé de 69 ans, dont la capacité à gérer la crise fut également remise en question. Le 28 avril 1943, six membres du gouvernement menacèrent de démissionner, ce qui conduisit à son éviction. Il fut remplacé le 1er mai par Sir Basil Brooke, âgé de 54 ans[9].

Sites industriels

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A Belfast, de nombreuses infrastructures contribuent à la production de matériel militaire pour l'Armée Britannique, on y retrouve notamment:

  • Harland and Wolff, l'un des plus grands chantiers navals au monde. De nombreux navires de la White Star Line y furent construits, comme RMS Titanic et RMS Olympic[10] ainsi que pour la Royal Navy, y compris des porte-avions comme HMS Formidable et Unicorn ; les croiseurs, HMS Belfast et Penelope[11] ainsi que 131 autres navires de guerre[12]. Près 35 000 personnes étaient employées, à cette période le site est à son apogée. Pendant les années de guerre, les chantiers navals de Belfast construisirent ou transformèrent plus de 3 000 navires de la marine, en réparèrent plus de 22 000 autres et lancèrent plus de 140 navires marchands. Les ateliers Harland's Engineering construisaient également des chars d'assaut, 300 durant toute la durée du conflit dont le char Churchill.[13]
  • À proximité des chantiers navals, l’usine aéronautique Short & Harland, qui employait environ 20 000 personnes. Elle produisait des bombardiers lourds Short Stirling ainsi que des hydravions Short Sunderland. La Royal Air Force utilisa les Stirling dans sa campagne de bombardement stratégique en Europe et furent produits au nombre de 1200[14]. Le Sunderland, dont 125 furent produits à Belfast, joua un rôle essentiel dans la lutte contre la menace des U-Boote lors de la bataille de l’Atlantique[15].
  • La société James Mackie & Sons rééquipée en 1938, spécialisée dans la fabrication de munitions et d’armements. Cela comprenait la production d’ailes d’avions ainsi que des fuselages de bombardiers Stirling. L’entreprise était également l’un des principaux fournisseurs d’étuis d’obus pour les canons antiaériens Bofors. Au cours de la guerre, elle produit 75 millions d'obus, plus de 150 millions de munitions incendiaires et autres munitions[15],[16].
  • Les usines Sirocco Works, situées dans l’est de Belfast, qui produisaient des systèmes de ventilation et de chauffage, tandis que les Belfast Ropeworks, alors les plus grandes usines de cordage au monde, produisirent environ 250 000 tonnes de câbles et de cordages pendant le conflit.
  • Le lin aéronautique destiné à recouvrir les avions, tels que le Hawker Hurricane, et les structures des planeurs militaires, était fabriqué par un certain nombre de filatures de lin de Belfast, telles que The York Street Flax Spinning Co.; Brookfield Spinning Co.; Wm. Ewart's Rosebank Weaving Co.; et Linen Thread Co. On y produisit durant cette période des millions d'uniformes, de tentes et de parachutes.

Du matériel de guerre et des vivres étaient envoyés par voie maritime de Belfast vers la Grande-Bretagne, certains sous la protection du drapeau tricolore irlandais neutre. Le MV Munster, par exemple, exploité par la Belfast Steamship Company, assurait la liaison entre Belfast et Liverpool sous le drapeau tricolore, jusqu'à ce qu'il heurte une mine et soit coulé au large de Liverpool[17].

Préparation britannique

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Sir James Craig, vicomte Craigavon, Premier ministre d'Irlande du Nord jusqu'à sa mort en 1940. Image HMSO.

Préparation du gouvernement

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Malgré les tensions croissantes en Europe, les préparatifs de l'Irlande du Nord en vue d'un éventuel conflit avec l'Allemagne demeurent limités. Premier ministre depuis la création de l'Irlande du Nord en 1921, James Craig, affirme néanmoins que « l'Ulster est prêt lorsqu'il en recevra l'ordre et le sera toujours ». Interrogé au Parlement d'Irlande du Nord sur la capacité des bombardiers allemands à atteindre la province en moins de trois heures, il répond que le pays est en état de guerre et qu'il est prêt, aux côtés du reste du Royaume-Uni et de l'Empire britannique, à assumer toutes les responsabilités que cette situation impose.

De son côté, le ministre des Affaires intérieures, Richard Dawson Bates, est critiqué pour son manque de réactivité. Selon plusieurs témoignages, il ne répond pas à certaines correspondances de l'armée. En 1939, des experts britanniques de la défense impériale avertissent le ministère des Affaires intérieures que Belfast constitue « un objectif allemand très probable ». Malgré ces mises en garde, les mesures de protection demeurent limitées et se résument essentiellement à la construction d'abris antiaériens dans la zone portuaire[18].

Abris anti-aériens

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À cette époque, Belfast, qui est la ville présentant la plus forte densité de population du Royaume-Uni, dispose également de l'un des plus faibles taux d'équipement en abris antiaériens publics. Avant le Belfast Blitz, la ville ne compte qu'environ 200 abris publics, bien qu'environ 4 000 foyers aient aménagé leur propre abri privé alors que 60 000 auraient pu en bénéficier.

La nature du sous-sol de Belfast, caractérisée par une nappe phréatique élevée, rend les abris Anderson peu adaptés. Par ailleurs, de nombreux logements ne disposent pas de jardin, ce qui limite également l'installation d'abris Morrison. Les autorités locales privilégient donc la construction d'abris collectifs de surface, mais leur nombre demeure insuffisant au regard des besoins de la population[15].

Les défenses antiaériennes de la ville sont également limitées. Aucun projecteur de défense aérienne n'est installé avant le 10 avril 1941, quelques jours seulement avant les principaux bombardements. Belfast ne dispose pas non plus d'un système de rideau de fumée destiné à masquer les installations stratégiques, même si plusieurs ballons de barrage sont déployés afin de gêner les attaques aériennes.

En raison de sa situation géographique, Belfast est considérée par les autorités britanniques comme se trouvant à la limite du rayon d'action des bombardiers allemands. Une unité de la RAF est basé à Aldergrove mais cette appréciation des autorités conduit à l'absence de dispositif permanent de chasse de nuit pour protéger la ville. Ainsi, lors du premier raid aérien, aucun appareil de la Royal Air Force ne décolle pour intercepter les bombardiers de la Luftwaffe.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Belfast est protégée par un nombre limité de batteries antiaériennes. La défense de la zone portuaire repose alors sur douze canons lourds de 3 pouces et huit canons légers Bofors de 40 mm.

Toutefois, les besoins militaires conduisent rapidement au redéploiement d'une partie de ces équipements vers la Grande-Bretagne et d'autres théâtres d'opérations. Ainsi, lors du premier raid aérien des 7 et 8 avril 1941, Belfast ne dispose plus que de seize canons antiaériens lourds et de six canons légers, soit environ la moitié des effectifs jugés nécessaires pour assurer la défense d'une ville britannique de taille comparable[15].

Enfants

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Dès le mois de juin 1939, les autorités d’Irlande du Nord envisagent l’évacuation d’une partie de la population de Belfast en prévision d’un éventuel conflit. La ville compte alors environ 70 000 enfants scolarisés, mais, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate le 3 septembre 1939, les capacités d’accueil disponibles dans les zones d’évacuation ne permettent d’en héberger qu’environ un cinquième.

La nomination de John Clarke MacDermott au poste de ministre de la Sécurité publique marque le début d'une politique plus volontariste. Lors de son premier Conseil des ministres, le , il obtient l'approbation d'un plan prévoyant l'évacuation immédiate de l'ensemble des écoliers de Belfast. Si le projet est soutenu par le gouvernement, il suscite en revanche peu d'adhésion auprès de la population.

Sur les quelque 70 000 enfants concernés, seuls 17 000 sont inscrits au programme d'évacuation. Fixée au 7 juillet 1940, la première opération se solde par un échec : à peine un millier d'enfants se présentent dans les établissements désignés pour leur départ.

Une seconde tentative est organisée six semaines plus tard. Environ 5 000 inscriptions supplémentaires sont enregistrées, mais seulement 1 700 enfants quittent effectivement la ville. Les autorités qualifient alors l'opération de « fiasco », d'« échec » ou encore d'« embarras ».

Plusieurs facteurs expliquent cet échec. Beaucoup d'habitants estiment que Belfast ne constitue pas une cible prioritaire pour la Luftwaffe et ne perçoivent donc pas la nécessité d'une évacuation. De nombreux parents refusent également de se séparer de leurs enfants. À cette époque, les familles ouvrières voyagent peu en dehors de Belfast, hormis de brèves excursions vers des stations balnéaires comme Bangor.

Dans les campagnes, les familles d'accueil se plaignent quant à elles du coût supplémentaire lié à l'hébergement et à l'habillement des enfants évacués. Les jeunes citadins s'adaptent difficilement à la vie rurale et, après quelques semaines, nombre d'entre eux retournent à Belfast. Ce n'est qu'après les bombardements du printemps 1941 que les évacuations prennent une ampleur beaucoup plus importante, sous l'effet de la menace devenue bien réelle[19].

Préparation allemande

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Dossier de cibles de la Luftwaffe allemande représentant l'aéroport et les batteries antiaériennes environnantes (marquées Flak ), daté du 18 octobre 1940.

Des documents retrouvés après la guerre révèlent qu'un vol de reconnaissance de la Luftwaffe a survolé Belfast en novembre 1940. Les Allemands ont constaté que Belfast n'était défendue que par sept batteries antiaériennes, ce qui en faisait la ville la moins bien défendue du Royaume-Uni. À partir de leurs photographies, ils ont identifié des cibles potentielles parmi lesquelles figurent[8]:

  • "Die Werft Harland and Wolff Ltd (chantiers Harland and Wolff)
  • die Tankskelle Conns Water (installations pétrolières du Conns Water)
  • das Flugzeugwerk Short and Harland (usine aéronautique Short and Harland)
  • das Kraftwerk Belfast (centrale électrique de Belfast)
  • die Grossmuhle Rank & Co (grande minoterie Rank & Co)
  • das Wasserwerk Belfast (installations de distribution d’eau de Belfast)
  • die Kasernlagen Victoria Barracks (caserne Victoria)

Premiers raids

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Il y avait eu plusieurs bombardements de faible ampleur, probablement effectués par des avions qui avaient manqué leurs cibles au-dessus de la rivière Clyde à Glasgow ou des villes du nord-ouest de l'Angleterre.

Le 24 mars 1941, John McDermott, ministre de la Sécurité, écrivit au Premier ministre John Andrews pour lui faire part de ses inquiétudes concernant la faible protection de Belfast:« Jusqu’à présent, nous avons échappé aux attaques. Clydeside également, jusqu’à récemment. Clydeside a subi son Blitz lors de la dernière période de pleine lune. Il y a lieu de penser que l’ennemi ne pourrait pas facilement atteindre Belfast en force, sauf durant une période de clair de lune. La prochaine période de pleine lune, approximativement du 7 au 16 avril, pourrait bien être notre tour. »[8].

Le premier raid délibéré eut lieu dans la nuit du 7 avril. Il visait les docks, mais les zones résidentielles voisines furent également touchées. Six bombardiers Heinkel He 111 appartenant au Kampfgruppe 26, volant à environ 2 100 mètres d’altitude, larguèrent des bombes incendiaires, des explosifs à forte puissance ainsi que des mines parachutées.

Comparées aux standards des bombardements sur le territoire britannique, les pertes humaines furent relativement limitées. Treize personnes furent tuées, dont un soldat victime d’un tir accidentel d’un canon antiaérien sur le site du Balmoral Showgrounds. La perte la plus significative fut la destruction d’un atelier de 1,8 hectare destiné à la fabrication des fuselages des bombardiers Short Stirling[7].

La Royal Air Force annonça que le Squadron Leader J. W. C. Simpson avait abattu l’un des Heinkel au-dessus de Downpatrick. Les équipages de la Luftwaffe regagnèrent leur base dans le nord de la France et rapportèrent que les défenses de Belfast étaient « de qualité inférieure, clairsemées et insuffisantes ».

Bien que dans l’ensemble, ce raid a causé relativement peu de dégâts, il a permis aux Allemands de comprendre à quel point Belfast était vulnérable[2].

Blitz du mardi de Pâques

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Junkers Ju 88.

Le mardi de Pâques, 15 avril 1941, des spectateurs assistant à un match de football à Windsor Park ont remarqué un avion Junkers Ju 88 de la Luftwaffe solitaire qui tournait au-dessus d'eux. Peu d’attention avait été portée à cet avion de reconnaissance isolé qui survola la zone à haute altitude pendant le match. Peu avant le coup de sifflet final, environ 200 bombardiers allemands composés de Heinkel 111, de Junkers 88 et de Dornier Do 17 quittaient leurs bases du nord de la France en direction de l’Irlande du Nord[20].

À 22 h 40, les sirènes d’alerte aérienne retentirent dans la ville. Les témoignages divergent quant au moment précis où les fusées éclairantes furent utilisées pour illuminer Belfast.

La première cible fut le réseau de distribution d’eau de la ville, déjà visé lors d’un raid précédent. Des bombes explosives de forte puissance furent larguées. Dans un premier temps, il fut supposé que les attaquants avaient confondu ce réservoir avec les docks et les chantiers navals, où plusieurs navires, dont le HMS Ark Royal, étaient en réparation. Cependant, il s’agissait d’une cible intentionnelle.

Peu après, trois navires en construction aux chantiers Harland and Wolff ainsi que la centrale électrique furent touchés.

Les principaux centres industriels et civils furent progressivement atteints, notamment les chantiers navals, l’hôtel de ville, l’hôpital d’Ulster et la gare de York Road. Les quartiers centraux furent particulièrement touchés, incluant High Street, Ann Street, Callender Street, Chichester Street, Castle Street, Tomb Street, Bridge Street (pratiquement détruite), Rosemary Street, Waring Street, North Street, Victoria Street, Donegall Street, York Street, Gloucester Street et East Bridge Street.

Dans l’est de la ville, les rues Westbourne et Newcastle, ainsi que Thorndyke Street et Ravenscroft Avenue, furent détruites ou gravement endommagées. Dans le nord et l’ouest, de nombreuses rues furent également touchées, notamment sur Oldpark Road, Antrim Road et Cliftonville Road.

La rue Burke Street, située entre Annadale et Dawson Street dans le quartier de New Lodge, fut totalement rasée, ses vingt habitations détruites et l’ensemble de ses occupants tués[2]. Certains abris peu efficaces comme ceux de Atlantic Avenue et Percy Street furent touchés par les bombes et plusieurs dizaines de civils y perdirent la vie.

Les bombardiers larguèrent cette nuit là 203 tonnes de bombes explosives de forte puissance, dont 79 tonnes de mines parachutées d’une tonne. 29 000 bombes incendiaires supplémentaires provoquèrent de nombreux incendies dans toute la ville, aggravés par une pression d’eau insuffisante, rendant la lutte contre le feu extrêmement difficile. Les pompiers locaux furent largement dépassés. Au total, environ 55 000 habitations furent endommagées, laissant près de 100 000 personnes sans abri temporairement.

Il n’y eut pratiquement aucune opposition aérienne. Dans l’idée erronée de protéger les avions de la Royal Air Force, les batteries antiaériennes cessèrent brièvement le tir, mais aucun chasseur britannique ne fut engagé. A 1 heure 55 du matin, une mine parachutée a touchée sévèrement le centrale téléphonique local, compant les lignes téléphoniques qui informaient les batteries. Sans informations de ciblage, les défenses anti-aériennes ont cessé le feu. Les bombardements se poursuivirent jusqu’à environ 5 heures du matin.

Par ailleurs, des appareils isolés attaquèrent également d’autres localités: Derry, où 15 personnes furent tuées, et Bangor, où cinq victimes furent recensées.

Vers 4 heures du matin, la ville semblait entièrement en flammes. À 4 h 15, le ministre de la Sécurité publique, John MacDermott, parvint à contacter Basil Brooke afin d’obtenir l’autorisation de solliciter une aide extérieure. L’accord fut donné, et un télégramme fut envoyé à 4 h 35 au Taoiseach irlandais Éamon de Valera pour demander assistance.

Les Air Raid Precautions (ARP) et les équipes de secours opérèrent tout au long du raid, aidant la population à rejoindre les abris et procédant au sauvetage des personnes coincées dans leurs habitations détruites. Toutefois, l’ampleur des destructions dépassa rapidement les capacités des équipes de secours et des services incendie.

Des renforts furent mobilisés depuis la Grande-Bretagne pour soutenir les services d’urgence fortement sollicités à Belfast. La demande d'assitance fut approuvée par Éamon de Valera: 75 pompiers, accompagnés de 13 engins, furent envoyés vers le nord afin de prêter main-forte aux opérations de secours[21].

Ce raid, l’un des plus destructeurs du Blitz, causa des pertes humaines considérables — plus de 900 morts — et demeure l’un des bombardements nocturnes les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale en dehors de Londres.

Raids du 4-5-6 mai 1941

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Après le raid du mardi de Pâques, les autorités allemandes considèrent que les objectifs principaux de l’attaque n’ont pas été atteints. Les rapports de la Luftwaffe qualifient les résultats de «minimes» et «insatisfaisanns»: malgré un lourd bilan humain, les dommages causés aux industries de guerre de Belfast restent limités. Dans les semaines suivantes, l’aviation allemande poursuit ses bombardements contre Londres et plusieurs villes portuaires britanniques.

Consciente de la menace persistante, l’administration nord-irlandaise tente de renforcer les défenses de Belfast. Le nombre de canons antiaériens est porté à 28, tandis qu’une batterie de projecteurs de défense aérienne est mise en service. Le réseau de ballons de barrage est également renforcé. Les services de défense passive recrutent 1 200 volontaires supplémentaires et du matériel destiné aux équipes de secours et au service auxiliaire des pompiers est commandé. Toutefois, ces équipements n’ont pas le temps d’arriver avant la reprise des bombardements.

Dans la nuit du 4 au 5 mai 1941, par une nuit claire éclairée par un demi-quartier de lune, plus de 200 appareils allemands quittent leurs bases en France et aux Pays-Bas en direction de Belfast. Les conditions météorologiques permettent aux équipages de la Luftwaffe d’identifier leurs objectifs avec une grande précision. Les sirènes retentissent peu après minuit et, contrairement au raid précédent, les bombardiers parviennent à atteindre efficacement leurs cibles.

Les installations industrielles et stratégiques sont de nouveau visée: les chantiers navals Harland and Wolff, l’usine aéronautique Short & Harland, les gazomètres, les dépôts pétroliers, les minoteries et la centrale électrique. Environ 237 tonnes de bombes explosives et de mines parachutées sont larguées, accompagnées d’environ 96 000 bombes incendiaires.

Les chantiers navals Harland and Wolff subisSent des destructions considérables. Les ateliers, bureaux, magasins, installations de réparation et bâtiments de production sont gravement endommagés ou détruits. Plusieurs navires en construction ou en réparation sont touchés : trois corvettes presque achevées sont détruites sur leurs cales, tandis que trois cargos sont coulés et cinq autres endommagés. Aucun autre chantier naval britannique ne connaît une destruction comparable lors d’un seul raid aérien.

L’usine aéronautique Short & Harland est également frappée. Bien que les dégâts soient moins importants que ceux subis par les chantiers navals, la destruction des ateliers, des stocks et des documents techniques entraîne l’arrêt temporaire de la production des bombardiers Short Stirling. D’autres sites industriels sont lourdement touchés, notamment les Belfast Ropeworks, principaux fournisseurs de cordages pour la Royal Navy, qui restent en flammes pendant plus de vingt-quatre heures.

Les incendies deviennent rapidement incontrôlables. Les bombes incendiaires larguées dans la zone portuaire servent de repères aux appareils suivants, tandis que les feux se propagent en raison de la rupture des canalisations d’eau et de la baisse de pression du réseau. De vastes secteurs du centre-ville sont ravagés, notamment Rosemary Street, Waring Street, Bridge Street, High Street et North Street.

Les quartiers résidentiels ne sont pas épargnés. En raison de l’imprécision inhérente aux bombardements aériens, de nombreuses bombes tombent dans l’est de Belfast, notamment autour de Newtownards Road et de Ballymacarrett, où le quartier est décrit comme une « mer de flammes ». Au plus fort de l’attaque, environ 200 incendies ravagent simultanément la ville, soit beaucoup plus que lors du raid du mardi de Pâques.

La défense antiaérienne se montre plus active que lors de la première attaque, mais les tirs présentent également un danger pour la population civile en raison des éclats d’obus retombant dans les rues. Les batteries cessent le feu vers 3 h 40 et le signal de fin d’alerte est donné à 4 h 25. Toutefois, plus de 70 bombes non explosées restent dispersées dans la ville, certaines équipées de dispositifs de retardement.

Comme lors du raid précédent, l’ampleur des destructions dépasse les capacités locales de secours. Des pompiers venus d’Éire sont une nouvelle fois envoyés en renfort: 130 hommes accompagnés de véhicules d’intervention et d’ambulances participent aux opérations avant de repartir vers le sud dans la soirée.

Le bilan humain est toutefois inférieur à celui du raid du 15 avril, notamment grâce à une meilleure préparation défensive, à l’évacuation d’une partie de la population et à une plus grande précision des bombardements. Un peu plus de 200 personnes sont néanmoins tuées, principalement dans les quartiers ouvriers de l’est de la ville.

Les victimes non identifiées ou non réclamées sont ensuite enterrées dans des fosses communes des cimetières de Milltown et de Belfast City, le 7 mai 1941.

Les conséquences du raid sont cependant considérables. De nombreux services essentiels cessent de fonctionner : les canalisations d’eau sont détruites, les rues sont envahies par les eaux usées, les approvisionnements alimentaires deviennent difficiles et de nombreux commerces restent fermés. L’effondrement partiel des services publics provoque une forte colère dans la population, certains responsables allant jusqu’à craindre des émeutes contre les bâtiments du Parlement à Stormont[22].

La nuit suivante, du 5 au 6 mai 1941, la Luftwaffe mène un dernier raid sur Belfast, mais avec des moyens beaucoup plus limités. Quelques appareils seulement participent à l’attaque, qui provoque néanmoins 23 morts supplémentaires. Au cours de cette dernière opération, un chasseur Hurricane du 245e escadron de la RAF abat un bombardier Junkers Ju 88 allemand au-dessus d’Ardglass.

Pour Belfast, c’est le coup de grâce : plus de 52% de la ville est rasée depuis les premières attaques[2].

Coût humain

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Environ 987 personnes sont décédées et plus de 1 500 ont été blessées, dont 400 grièvement. 50 000 maisons, soit plus de la moitié des habitations de la ville, ont été endommagées. Onze églises, deux hôpitaux et deux écoles ont été détruits[23]. Ces chiffres sont basés sur des articles de journaux de l’époque, des témoignages personnels et d’autres sources primaires, telles que :Jimmy Doherty, un responsable de la défense passive (qui a ensuite servi à Londres pendant les bombardements des V1 et V2 ), qui a écrit un livre sur le blitz de Belfast intitulé Post 381. [24]

Emma Duffin, une infirmière de l'hôpital universitaire Queen's (qui avait auparavant servi pendant la Première Guerre mondiale ), tenait un journal intime et participa notamment à l'organisation de la morgue temporaire du marché de St George.

Et le major Seán O'Sullivan, arrivé à Belfast le matin du 16 avril, a rédigé un rapport détaillé pour le gouvernement de Dublin[25].

Le manque d’abris antiaériens contribua à alourdir le bilan humain du raid. Plusieurs refuges furent directement touchés, notamment un abri de Hallidays Road où aucun survivant ne fut retrouvé. Dans le quartier de New Lodge, 35 personnes furent tuées lors de l’effondrement d’un moulin où elles s'étaient réfugiées, tandis que l’écroulement d’un mur de la York Street Mill provoqua également de nombreuses victimes. Face à l’intensité des bombardements, de nombreux habitants cherchèrent refuge dans les rues ou à la campagne, mais furent exposés aux explosions et aux débris. Près de 300 habitants, principalement protestants, trouvèrent également refuge au monastère catholique de Clonard, où des espaces souterrains avaient été transformés en abris antiaériens.

Les services funéraires ne disposaient de plans d’urgence que pour prendre en charge environ 200 corps. Environ 150 dépouilles restèrent entreposées pendant trois jours dans les bains publics de Falls Road avant d’être inhumées dans une fosse commune, dont 123 victimes demeuraient encore non identifiées[26].

255 corps furent exposés au marché Saint-George (St George’s Market). De nombreuses dépouilles et parties de corps ne purent jamais être identifiées. Des fosses communes destinées aux victimes non réclamées furent creusées dans les cimetières de Milltown et de Belfast City.

Réfugiés

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Les bombardements eurent de lourdes conséquences sur la population civile de Belfast. Environ 56 000 habitations furent détruites ou endommagées, soit près de la moitié du parc immobilier de la ville, provoquant un important déplacement de population.

Face à la menace persistante de nouveaux raids de la Luftwaffe, des dizaines de milliers d’habitants quittèrent Belfast temporairement afin de se réfugier dans les campagnes environnantes. Ce phénomène, connu sous le nom de «ditching» (abandonner en français), consistait pour les civils à abandonner la ville durant la nuit pour dormir en plein air, emportant avec eux des couvertures, des tapis ou tout autre équipement permettant de se protéger sommairement.

Les habitants les plus modestes, ne disposant pas de proches pouvant les accueillir à la campagne, quittaient également la ville à pied chaque soir pour chercher un refuge hors des zones exposées. Le mouvement dépassa largement les environs immédiats de Belfast : des départs nocturnes furent également observés dans des villes comme Ballymena et Enniskillen, pourtant épargnées par les bombardements.

Ces évacuations se poursuivirent pendant l’été 1941, avec une intensité variable. Lors des alertes aériennes, notamment celle du 24 juillet 1941, la police estima qu’environ 30 000 personnes avaient quitté Belfast. En juin 1941, les évacuations organisées par les autorités atteignirent leur niveau maximal avec environ 70 000 personnes déplacées, auxquelles s’ajoutèrent environ 150 000 départs volontaires selon certaines estimations.

Au total, près de la moitié de la population de Belfast aurait quitté temporairement la ville après les bombardements, illustrant l’impact profond du Blitz sur la population civile[27].

Réaction de la presse

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L'Irish Independent a déclaré dans son édition du 6 mai 1941[28] Des ravages causés par les raids sur Belfast – Des milliers de bombes larguées.

De nombreux corps ont été retirés des décombres des bâtiments de Belfast qui, hier matin, ont subi pour la deuxième fois en trois semaines un bombardement aérien allemand particulièrement violent et prolongé. D’importants dégâts ont été infligés aux installations industrielles, aux commerces et aux quartiers résidentiels.

Pendant près de quatre heures, des vagues de bombardiers ont survolé la ville, larguant des milliers de bombes incendiaires, d’explosifs de forte puissance et de mines sur une cité qui ne s’était pas encore remise des conséquences du premier raid.

Le bilan humain, bien que très lourd, s’est finalement révélé inférieur aux premières estimations. La situation des incendies fut, à un moment, extrêmement préoccupante, mais grâce au travail remarquable des sapeurs-pompiers professionnels et des services auxiliaires, la plupart des foyers furent maîtrisés. À 9 heures hier matin, il ne subsistait plus que des colonnes de fumée et quelques flammes isolées pour marquer l’emplacement des incendies les plus importants.

Parmi les bâtiments détruits figuraient plusieurs grands magasins, de nombreuses installations industrielles ainsi qu’environ cent habitations. Un bombardier allemand aurait été abattu et plusieurs autres auraient été endommagés par l’intense barrage de la défense antiaérienne. »

Conséquences

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Réaction du Sud

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À 6 heures du matin, soit moins de deux heures après la demande d'assistance, 71 pompiers accompagnés de 13 véhicules d'incendie quittèrent Dundalk, Drogheda, Dublin et Dún Laoghaire afin de franchir la frontière irlandaise et de venir en aide à leurs homologues de Belfast. Dans chaque caserne, les volontaires furent sollicités pour cette mission exceptionnelle, qui dépassait leurs obligations habituelles ; tous se portèrent volontaires[29].

Les pompiers de l'Éire demeurèrent à Belfast pendant trois jours, avant d'être renvoyés par le gouvernement d'Irlande du Nord. Entre-temps, 250 pompiers supplémentaires venus de la région de Clydeside étaient arrivés en renfort.

Éamon de Valera adressa également une protestation officielle à Berlin. Quelques jours plus tard, le 20 avril 1941, lors d'un discours prononcé à Castlebar (comté de Mayo), il exprima sa solidarité envers les habitants de Belfast en déclarant[30]:

« La première fois que je prends la parole en public depuis la catastrophe de Belfast, je sais que vous souhaiterez que j’exprime, en votre nom et au nom du gouvernement, notre sympathie envers les habitants qui souffrent là-bas.

Dans le passé, et probablement encore aujourd’hui, certains d’entre eux n’ont pas toujours partagé nos positions politiques. Mais ils sont tous notre peuple. Nous formons un seul et même peuple, et leurs souffrances dans la situation actuelle sont également les nôtres.

Je tiens à dire que toute l’aide que nous pouvons leur apporter dans les circonstances présentes, nous la leur apporterons de tout cœur, convaincus que, si la situation avait été inversée, ils nous auraient eux aussi apporté leur aide avec la même générosité. »

Frank Aiken, le ministre irlandais de la Coordination des mesures de défense, se trouvait alors à Boston, dans le Massachusetts. Il a donné une interview dans laquelle il a déclaré: «Les habitants de Belfast sont aussi des Irlandais»[31].

Les premières émissions de radio allemandes célébrèrent le raid. Un pilote de la Luftwaffe en donna le récit suivant [32]:

« Nous étions d’une humeur exceptionnelle, sachant que nous nous dirigions vers une nouvelle cible, l’un des derniers refuges de l’Angleterre. Partout où Churchill cache son matériel de guerre, nous irons le chercher… Belfast est une cible aussi digne d’intérêt que Coventry, Birmingham, Bristol ou Glasgow. »

William Joyce, surnommé «Lord Haw-Haw», déclara quant à lui [8]:

« Le Führer vous laissera le temps d’enterrer vos morts avant la prochaine attaque… Le mardi n’était qu’un avant-goût. »

Cependant, Belfast ne fut plus jamais mentionnée par la propagande nazie par la suite. Après la guerre, des instructions de Joseph Goebbels furent découvertes, ordonnant de ne plus évoquer la ville dans les communications officielles. Il semble qu’Adolf Hitler, en raison de la réaction hostile d’Éamon de Valera, ait craint que ce bombardement ne pousse le dirigeant irlandais et les responsables politiques irlando-américains à encourager l’entrée des États-Unis dans le conflit[33].

Eduard Hempel, ministre allemand en Irlande, se rendit au ministère irlandais des Affaires étrangères afin d’exprimer sa sympathie et de tenter de fournir des explications. J. P. Walshe, secrétaire adjoint du ministère, rapporta que Hempel était «clairement bouleversé par les informations concernant le grave raid sur Belfast, et en particulier par le nombre de victimes civiles».

Il déclara qu’il «informerait une nouvelle fois son gouvernement de son opinion sur cette affaire et lui demanderait de limiter les opérations aux objectifs militaires autant qu’il était humainement possible de le faire». Il estimait que cette ligne de conduite était déjà appliquée, mais reconnaissait qu’«il était inévitable qu’un certain nombre de vies civiles soient perdues lors de bombardements aériens de grande ampleur »[34].

Critiques

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Le gouvernement fut accusé par certains d’avoir pris des mesures de précaution insuffisantes. Tommy Henderson, député unioniste indépendant à la Chambre des communes d’Irlande du Nord, résuma le sentiment général lorsqu’il invita le ministre de l’Intérieur à se rendre à Hannahstown et sur Falls Road, déclarant:

«Les catholiques et les protestants montent là-haut ensemble et ils se parlent. Ils dorment dans le même fossé, sous le même arbre ou dans la même grange. Ils disent tous la même chose : le gouvernement ne vaut rien.»

Cette déclaration faisait référence au phénomène des évacuations nocturnes après les bombardements, lorsque des habitants issus des différentes communautés de Belfast quittaient la ville pour chercher refuge dans les campagnes environnantes. Elle souligne également la critique largement répandue envers les autorités nord-irlandaises, accusées d’avoir sous-estimé la menace aérienne et de ne pas avoir suffisamment préparé la population aux attaques[35].

Le journaliste américain Ben Robertson rapporta que, durant la nuit, Dublin était la seule grande ville située entre New York et Moscou, ainsi qu’entre Lisbonne et la Suède, à ne pas appliquer de mesures d’occultation lumineuse («black-out»). Selon lui, les bombardiers allemands survolaient fréquemment la ville afin d’utiliser ses lumières comme repère de navigation, ce qui provoquait l’irritation des autorités britanniques[36].

Une critique fréquemment formulée à l’époque affirmait que les Allemands repéraient Belfast en se dirigeant d’abord vers Dublin, puis en suivant vers le nord les lignes ferroviaires reliant l’Éire à l’Irlande du Nord. Dans son ouvrage The Blitz: Belfast in the War Years, Brian Barton écrit; «Les ministres du gouvernement estimaient, à juste titre, que les Allemands étaient en mesure d’utiliser les lumières non occultées du sud pour les guider vers leurs objectifs au nord.»[26] Barton souligne toutefois que Belfast se trouvait «trop au nord» pour permettre un guidage radio allemand efficace.

D’autres auteurs, comme Tony Gray dans The Lost Years, affirment que les Allemands utilisaient effectivement leurs faisceaux de guidage radio pour leurs missions de bombardement. Plusieurs témoignages soulignent également que Belfast, située à l’extrémité du long bras maritime formé par le Belfast Lough, était une ville relativement facile à repérer depuis les airs.

Une autre affirmation avancée à l’époque était que la population catholique, et plus particulièrement l’IRA, aurait aidé les bombardiers allemands à identifier leurs cibles. Brian Barton écrit à ce sujet:

«La population catholique était beaucoup plus opposée à la conscription, était davantage portée à sympathiser avec l’Allemagne…» «Des soupçons existaient parmi la population unioniste selon lesquels les Allemands auraient été aidés dans l’identification de leurs objectifs.»

Cette perception fut probablement influencée par la décision du Conseil de l’armée de l’IRA de soutenir l’Allemagne pendant la guerre[37]. Toutefois, l’organisation ne disposait pas des moyens nécessaires pour transmettre des informations aux Allemands, et les documents allemands récupérés après le conflit montrent que la préparation du Blitz reposait principalement sur la reconnaissance aérienne effectuée par la Luftwaffe.

Cependant, le 20 octobre 1941, la Garda Síochána (police irlandaise) saisit un rapport détaillé de l’IRA concernant Helena Kelly, une membre arrêtée de l’organisation. Ce document contenait une analyse précise des dégâts infligés à Belfast et identifiait plusieurs objectifs militaires prioritaires, notamment l’usine aéronautique Short & Harland et la base de la RAF à Sydenham, décrites comme «les derniers et les plus importants objectifs militaires encore intacts après les précédents raids». Le rapport suggérait que ces installations devraient être «bombardées par la Luftwaffe aussi complètement que les autres secteurs touchés lors des raids récents»[38].

Retour des pompiers au sud

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Les pompiers irlandais reçurent l'ordre de rentrer vers le sud avant la tombée de la nuit, les dernières équipes partant vers 20h00. Les conséquences politiques d'une éventuelle mort d'un pompier du sud lors d'une nouvelle attaque contre la ville auraient été trop lourdes[39]. Certains avaient reçu de la nourriture, d'autres étaient affamés. Tous étaient épuisés. Deux équipes furent ravitaillées à Banbridge ; d'autres furent reçues à la salle de l'Ancient Order of Hibernians à Newry. En 1995, pour le 50e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la brigade des sapeurs-pompiers de Dublin reçut une invitation à tous les survivants de cette époque pour assister à une réception au château de Hillsborough et rencontrer le prince Charles [29]. Seuls quatre étaient encore en vie. L'un d'eux, Tom Coleman, s'y rendit pour être honoré de la solidarité de ses collègues en ces moments critiques.

Dans les arts et la culture

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Le roman de Brian Moore , L'Empereur de la crème glacée, paru en 1965 et se déroulant à Belfast pendant la Seconde Guerre mondiale, décrit le Blitz.

Le film Zoo, sorti en 2017, met en scène un raid aérien pendant le Blitz de Belfast[40].

Les raids aériens sur Belfast en avril et mai 1941 sont relatés dans le roman These Days, paru en 2025 et écrit par Lucy Caldwell[41].

Post 381, un livre de James Doherty, qui était responsable de la défense passive pendant le Blitz de Belfast, donne un récit de première main du Blitz de Belfast[24].

Dans son livre Ne dis rien paru en 2020, Patrick Radden Keefe écrit à propos du Bloody Friday [42] :

« Un vendredi de jullet, un commando de l'IRA posa un nombre record de bombes -- près d'une vingtaine -- dans des gares routières, des dépôts de chemin de fer et des zones commerçantes aux quatre coins de Belfast. [...] "La ville n'avait pas connu de journée aussi meurtrière et destructrice depuis les bombardements allemands de 1941", écrivit le Belfast Telegraph [...]. »

Voir aussi

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Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Belfast Blitz » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) « The Belfast Blitz - Impact of the raids » Accès libre, sur niwarmemorial.org
  2. 1 2 3 4 « Le Blitz de Belfast », sur guide-irlande.com
  3. Maurice Goldring, Belfast ouvrier pendant la seconde guerre mondiale, Etudes irlandaises, , 206 p. (lire en ligne), p. 193-194
  4. Jérôme Aan De Wiel, L’Irlande et sa longue Seconde Guerre mondiale 1939-2022 : participation, reconnaissance, mémoire, non-mémoire et controverse, Presses Universitaires de France, , 160 p. (lire en ligne)
  5. « Le Blitz », sur secondeguerre.net
  6. krononationseurope, « L'Irlande de 1940 à 1949 », sur https://krononationseurope.weebly.com
  7. 1 2 (en) Public Record Office of Northern Ireland, « Education Leaflet 2 THE BELFAST BLITZ », sur proni.gov.uk
  8. 1 2 3 4 (en) « The Belfast Blitz » Accès libre, sur bbc.co.uk,
  9. (en) The New York Times Archives, « NORTHERN IRELAND GETS NEW PREMIER; Sir Basil Brooke, 54, Named to Succeed J.M. Andrews, Who Resigned PARTY RIFT INSPIRED MOVE Prime Minister Expected to Announce Composition of Cabinet by Tuesday », sur nytimes.com,
  10. « Construction du Britannic » Accès libre, sur rms-titanic.fr
  11. « H.M.S. "Penelope" »
  12. « Les Chantiers Harland and Wolff », sur https://titanic-1912.fr
  13. (en) « Harland and Wolff », sur gracesguide.co.uk
  14. (en) « Why was Belfast targeted ? », sur https://www.niwarmemorial.org
  15. 1 2 3 4 (en) NI War Memorial, « NORTHERN IRELAND DURING THE SECOND WORLD WAR: Industry », sur arcgis.com,
  16. (en) « James Mackie & Sons Limited – Belfast », sur https://war-work.com
  17. « Munster », Commemorative Brochure, Maritime Institute of Ireland (consulté le )
  18. (en) Barton, Brian, The Belfast Blitz: The City in the War Years., Belfast, Blackstaff Press, , 335 p. (ISBN 0-85640-422-9[à vérifier : ISBN invalide])
  19. (en) « The Belfast Blitz: The planned evacuation of Belfast City », sur belfastblitz.com
  20. Peter Hughes, « The most unprotected city in the UK », BBC (consulté le )
  21. (en) « The Easter Tuesday Raid », sur niwarmemorial.org
  22. (en) « The Fire Raid », sur niwarmemorial.org
  23. (en-US) « Impact of the raids », Northern Ireland War Memorial Museum (consulté le )
  24. 1 2 (en) Scott Edgar, « Post 381 », sur wartimeni.com
  25. « Multitext - the Blitz - Belfast during the second World War » [archive du ] (consulté le )
  26. 1 2 Brian Barton, « The Belfast Blitz: April-May 1941 », sur History Ireland
  27. (en) « Impact of the Raids », sur niwarmemorial.org
  28. (en) “Irish Independent Special Representative, « *Raid havoc in Belfast: thousands of bombs dropped* », Irish Independent, , p. 3 (lire en ligne)
  29. 1 2 (en) Scott Edgar, « Belfast Blitz: The Irish Firemen », sur wartimeni.com
  30. (en) « *Ttaoiseach’s promise of help* », Irish Independent, vol. 50, no 17, , p. 1 (lire en ligne)
  31. Tom Geraghty et Trevor Whitehead, The Dublin Fire Brigade, Dublin, Dublin City Council, (ISBN 978-0946841714), p. 229
  32. (en) « Not ready for war », sur bbc.co.uk
  33. (en) Krista Marson, « The Trip That Never Was DAY 2 », sur kmarson.com,
  34. (en) « Belfast Blitz – April and May 1941 », sur belfastchildis.com,
  35. (en) Dr. Ian Adamson OBE, « Bombs on Belfast – The Blitz 1941 »
  36. Ralph Ingersoll, Report on England, November 1940, New York, Simon and Schuster, , 194 p. (lire en ligne)
  37. Jean-Jacques Allevi, « Quand l’IRA s’alliait à l’Allemagne hitlérienne », sur Geo (magazine),
  38. British Spies and Irish Rebels by Paul McMahon (ISBN 978-1-84383-656-8) p397
  39. (en) Brian Barton, The Belfast Blitz: the city in the war years, Belfast, Ulster Historical Foundation, , 244 p. (ISBN 9781909556324)
  40. « Le zoo »
  41. (en) Lucy Caldwell, « These Days »
  42. Patrick Radden Keefe, Ne dis rien, Belfond, , 429 p., p. 133-134