Affaire Bonus Eventus

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L'affaire Bonus Eventus (ou les Bonus Eventus files) est un ensemble de documents et de révélations faites à l'issue d'une enquête journalistique publiée le 27 septembre 2024.

Cette enquête a été faite par un consortium de médias internationaux (incluant le média d'investigation Lighthouse Reports et The Guardian, Le Monde, l'Australian Broadcasting Corporation, le New Lede, Africa Uncensored et d'autres). Elle s'est construite à partir de documents internes issus d'une entreprise privée américaine « Bonus Eventus », créée par Jay Byrne, ancien directeur de la communication de Monsanto et fondateur de la société de relations publiques v-Fluence.

Il s'agit de la création d'un réseau mondial de veille stratégique, de fichage, et de communication stratégique au service des défenseurs des pesticides et des biotechnologies agricoles. Une plateforme était chargée de répertorier et ficher les personnes ou groupes critiques vis-à-vis de l'agroindustrie (et en particulier des agro-biotechnologies), ainsi que leurs arguments ; pour leur opposer des contre-arguments mobilisables par les acteurs du secteur, ou les ostraciser et les décrédibiliser auprès des journalistes et des décideurs politiques. Plus de 3 000 journalistes, scientifiques (travaillant sur l'environnement et les pesticides notamment)[1], militants et organisations étaient ainsi fichés.

Cette affaire d'opération internationale de surveillance, de fichage et d'influence a été comparée aux révélations des Monsanto Files (2019).

Le nom Bonus Eventus

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Le nom Bonus Eventus évoque la notion d'« issue favorable » et renvoie à une expression et à une divinité romaine associée à l'agriculture et à la réussite. Jay Byrne l'a choisi comme symbole et comme nom pour désigner son projet[2].

Teneur des révélations

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Selon l'enquête (présentée en France par le journal Le monde comme une « plongée dans la boite noire de la propagande mondiale en faveur des pesticides »), Bonus Eventus était une entitité (souvent qualifiée de plateforme) regroupant à la fois :

  • une base de données recensant les profils de 500 scientifiques, journalistes, militants écologistes et experts jugés critiques envers les pesticides ou les OGM[2] ;
  • un ensemble de ressources d'influence, de propagande et de lobbying fournissant à ses membres des arguments et des ressources destinés à influencer le débat public en faveur de l'agrochimie et en particulier des pesticides et des OGM[2],[3].

Selon The Guardian, les informations collectées par la plateforme servait aussi à influencer les débats réglementaires et scientifiques[4].

L'analyse des documents montre que cette entité collectait et partageait des informations détaillées sur ces personnalités, incluant des données sur leur vie privée, dans le but affiché de mieux identifier leurs travaux et leurs positions sur les sujets relatifs à l'agrochimie, la toxicologie, l'écotoxicologie, afin de préparer des stratégies de réponse aux critiques adressées à l'industrie agrochimique[2],[3].

Histoire

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Selon les courriels obtenus de la justice américaine, puis analysés par l'enquête « Bonus Eventus files », l'origine de la plateforme remonte à un projet élaboré par Jay Byrne quand il travaillait pour la firme Monsanto. Byrne a ensuite quitté Monsanto pour créer et diriger une société de relations publiques et de « gestion de la réputation », baptisée v-Fluence (v-Fluence Interactive Public Relations, Inc.) dont il était copropriétaire ; créée en 2001, basée dans le Missouri (au 4571 Laclede Avenue, #275 - St. Louis), avec en 2024 des bureaux (pôles) à Chicago, San Diego et Washington D.C.. Cette société se présentait initialement (mi-aout 2001)[5] comme produisant de « l'Intelligence concurrentielle ; des relations médias, de la rédaction de discours, et du développement de contenus médias et web » en précisant :

« Notre équipe principale comprend d’anciens journalistes, du personnel du Capitole, des responsables du gouvernement américain, des directeurs de la communication d’entreprise, des spécialistes du marketing et des cadres supérieurs des affaires publiques, chacun avec plus de 15 ans d’expérience[5] »

. Plus tard, elle dit vendre des services de « collecte de renseignements », « exploration de données propriétaire » et « communications de risque »[4]. Sur son site internet, v-Fluence se définissait comme une société spécialisée dans la gestion intégrée des affaires publiques, des enjeux et de la réputation, privilégiant un nombre restreint de clients afin de fournir une expertise approfondie dans ses domaines de spécialisation[6]. L'entreprise affirmait fonder son activité sur la recherche, la veille, la collecte de renseignements, l'exploration de données et l'analyse propriétaire ; afin d'aider ses clients (incluant « les plus grandes entreprises mondiales et les marques les plus connues, les principales associations professionnelles et professionnelles, des cabinets d'avocats, des associations à but non lucratif respectées, des agences gouvernementales et des institutions académiques de premier plan ») à identifier les opportunités et à gérer les risques liés à leur environnement[6].


Elle évoquait une reconnaissance de son expertise par des récompenses professionnelles, et une équipe combinant des compétences en marketing, communication, relations publiques, journalisme, affaires gouvernementales et réglementaires, recherche et communication des risques[6].

Sa première trace publiquement documentée date du 11 mars 2010 ; il s'agit d'un courriel adressé au professeur Bruce Chassy, dans lequel Byrne expose son intention de relancer une idée qu'il avait eu, consistant à créer un système recensant les critiques faites aux biotechnologies et pesticides agricoles, ainsi que les organisations et personnes qui portent ces critiques. Il s'agissait aussi de produire des contre-arguments et des éléments de langage permettant aux industriels ainsi "attaqués" de répondre à ces critiques. Ce travail serait fait par « des centaines d'experts, de consultants, de cadres de l'industrie chimique, tous acquis à la cause des pesticides et des biotechnologies ».
Byrne identifie déjà comme « cibles » des militants, scientifiques, associations et contenus médiatiques critiques de l'agrochimie, parmi lesquels Vandana Shiva, Andrew Kimbrell, Ronnie Cummins , Greenpeace et le Sierra Club ou encore des livres ou documentaires comme Food, Inc. et Le Monde selon Monsanto tous deux sortis en 2008 et In Defense of Food.

Les années suivantes, cette idée se concrétise et prend la forme d'une « plateforme » privée Bonus Eventus, conçue comme un « réseau social privé » exclusivement réservé à des membres, tous recrutés par cooptation. Cette entité rassemble progressivement des fiches détaillées sur les groupes ou personnes qu'elle classe comme « opposants » à l'agrochimie, ainsi qu'une vaste bibliothèque d'arguments favorables aux pesticides et aux biotechnologies destinée aux entreprises, consultants, universitaires et représentants du secteur. Ces fiches semblent avoir été rédigées « par des personnes financées par, ou autrement liées à l’industrie chimique. Les premières versions des profils ont été compilées par Academics Review » (une association créée au début des années 2010 autour de deux universitaires favorables aux OGM, Bruce Chassy (Université de l'Illinois) et David Tribe (Université de Melbourne), qui se présentait comme une initiative portée par un groupe d'experts académiques indépendants, visant — à partrir d'une veille académique — à évaluer les affirmations scientifiques relatives à l'agriculture, aux OGM et à l'alimentation, mais des courriels obtenus par demandes d'accès aux documents administratifs (FOIA) dans une autre affaire, notamment analysés par l'ONG Right to know, ont montré que cette entité a en réalité été développé avec l'aide de cadres de Monsanto et du lobbyiste Jay Byrne, alors directeur de dirigeant de v-Fluence. Cette organisation s'est surtout fait connaître par ses attaques contre l'agriculture biologique et les critiques des OGM, dont par un rapport (2014) affirmant que l'« industrie du bio » trompait les consommateurs[7],[8]. En 2024, apprès 23 ans d'existence, v-Fluence, sur son site internet, affirme « avoir mené des dizaines de campagnes de gestion de crise, de contentieux et de réputation, ainsi que plusieurs engagements d'affaires publiques intégrés et pluriannuels qui soutiennent une large gamme de produits et de problématiques dans des espaces hautement réglementés, contestés par le plaidoyer et autres sujets de conflit », ajoutant avoir rejoint des « dizaines de milliers de producteurs, professionnels du secteur, niversitaires, analystes et autres influenceurs », notamment grâce à des formations et des présentations lors de centaines de conférences et événements liés à l'alimentation et à l'agriculture[9]. L'entreprise dit avoir une expertise particulière dans les domaines suivants : Biotechnologie, OGM et clonage ; Chimie des cultures et protection des cultures ; Biocarburants ; Santé animale ; Maladies alimentaire ; contamination et rappels ; Litige sur les produits alimentaires et agricoles ; référendum, consultations populaires ou initiatives citoyennes concernant l’alimentation ou la production ; Bien être animal, droits des animaux et soins vétérinaires ; commerce international et marchés internationaux ; Conservation de l'environnement ; Questions et politiques de nutrition et santé ; Production alimentaire, politiques et réglementation commerciale ; « Renforcement de la communauté des producteurs, universitaires et autres parties prenantes pertinentes »[9].

Financements

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Selon The Guardian, une partie des activités de v-Fluence et du réseau Bonus Eventus a bénéficié de financements publics américains (liés à des programmes de promotion des biotechnologies agricoles à l'étranger) ; des documents internes de type courriels et archives judiciaires montrent que v-Fluence a travaillé dans le cadre de projets soutenus par l'United States Agency for International Development (USAIDIl où Byrne a auparavant occupé plusieurs postes de haut niveau en législation et affaires publiques)[4]. Il a précédemment occupé divers postes de haut niveau en législation et affaires publiques à l'Agence américaine pour le développement international (USAid)[4]. Bonus Eventus (et ses attaques contre l'agriculture bio) étaient donc « financée en partie par l'argent des contribuables américains » avec l'objectif de favoriser l'acceptation des cultures génétiquement modifiées dans le monde, notamment en Afrique et en Asie[4].

D'autres enquêtes ont montré que le principal financeur du groupe qui a rédigé des fiches de Bonus Eventus était le Council for Biotechnology Information[10],[11], une association professionnelle de l'agrochimie, également liée à CropLife, financée par plusieurs grandes entreprises agrochimiques, dont Monsanto, Bayer, Syngenta, BASF et Dow Chemical. Leurs déclarations fiscales, citées par U.S. Right to Know, montrent que ce financement a atteint environ 650 000 dollars entre 2014 et 2016)[7].

Contenu et services offerts

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Les documents, légalement obtenus par le média d'investigation Lighthouse Reports, puis analysés par le consortium et publié en France par Le Monde, montrent qu'au moment où la justice a requis ces documents, la plateforme contenait des informations (parfois intimes) sur plus de 500 scientifiques, militants, journalistes et experts internationaux.

Ce contenu semble être l'aboutissement direct du projet conçu dès 2010 dans le prolongement des stratégies de communication développées autour de Monsanto et de l'industrie agrochimique. Cette plateforme répertoriait et relayait « des contenus (commentaires, billets, entretiens) visant à minorer l'impact sanitaire et environnemental de l'industrie agrochimique, mais surtout à jeter le doute sur des études et des articles de presse révélant des faits compromettant ses intérêts, et à discréditer leurs auteurs »[1].

Selon son site Internet (page "Services"), elle fournissait à ses clients

« des recherches de référence, un suivi approfondi des problématiques, des recherches et analyses tactiques continuellement mises à jour des parties prenantes, des rapports de tendances sectorielles, des livres blancs sur des sujets émergents de la communication numérique et des guides sur les meilleures tactiques pour alimenter, soutenir et mesurer une sensibilisation et un engagement efficaces. Notre soutien à la recherche et à l'exécution de programmes a permis d'établir des réseaux durables d'influenceurs engagés à travers le monde, promouvant les technologies agricoles, la production alimentaire durable, les initiatives environnementales, les intérêts en nutrition et sécurité alimentaire, ainsi que des campagnes responsables d'étiquetage et de marketing des produits[12]. »

Bonus Eventus fournissait aussi à ses utilisateurs des éléments de langage et des ressources visant à influencer les controverses publiques relatives aux OGM et aux pesticides.

Qui était dans ce réseau ?

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Selon les « Bonus Eventus files », cette officine et son réseau ont compté jusqu'à environ un millier de membres inscrits, surtout issus de l'industrie agrochimique : surtout des cadres de Syngenta, Bayer, BASF, Corteva, et de l'organisation professionnelle CropLife (qui dispose d'une branche européenne autrefois dite European Crop Protection Association (ECPA), rebaptisée CropLife Europe en janvier 2021), mais aussi des consultants, blogueurs/influenceurs, experts et journalistes spécialisés (tous étaient recrutés par cooptation)[13].

Une trentaine de fonctionnaires de l'administration fédérale américaine figurent aussi dans la liste (travaillant notamment à l'United States Department of Agriculture (USDA) et à l'United States Department of State (l'équivalent d'un ministère des Affaires étrangères aux États-Unis), ainsi que de personnalités ayant occupé des postes influents au sein d'organismes nationaux ou internationaux liés à l'évaluation des pesticides, à la biosécurité ou aux politiques agricoles.
Parmi les inscrits figuraient aussi des personnes associées à des grandes institutions telles que :

Ce réseau était mondialisé (plus de soixante nationalités ont été répertoriées par l'enquête de 2024 ; avec surtout des Américains, Canadiens, Kényans, Suisses, Britanniques, Allemands et Français).

Beaucoup des inscrits (titulaires d'un compte Bonus Eventus) interrogés dans le cadre de l'enquête journalistique ont dit ne pas se considérer comme « membres actifs » du réseau, mai avoir accepté d'y être inscrit, uniquement pour profiter de son service de veille et de revue de presse. Il est donc difficile de distinguer les membres actifs et abonnés passifs (simplement destinataires d'informations).

Entreprise de fichage

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Bonus Eventus était non seulement un outil de communication pro‑agrochimie, mais aussi un espace de veille et de cartographie des opposants à ce modèle agricole.

L'enquête a montré que le réseau Bonus Eventus permettait à ses membres d'accéder à une base documentaire contenant divers types de fiches, avec des informations personnelles

Informations personnelles

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Au moment des révélations, plusieurs milliers de fiches d'informations (y compris personnelles) portaient sur plus de 500 scientifiques, militants, journalistes et experts critiques de l'agriculture intensive, organismes de recherche, fondations intervenant dans les débats sur l'agriculture, les pesticides et l'environnement[2],[4]. Par exemple, la fiche sur Michael Pollan (« qui le présente comme un « opposant ardu » à l'agriculture industrielle et un défenseur de l'agriculture biologique » mentionne aussi outre une longue liste de critiques, des informations privées comme les noms de ses frères et sœurs, parents, fils et beau-frère[4]. L'une de fiches présentait le curriculum vitae détaillé d'une "cible", avec des précisions telles que son goût pour la méditation, la longue maladie de sa compagne, le fait qu'ils n'aient pu avoir d'enfant (...) Byrne a affirmé que ces profils n'étaient basés que sur des informations publiques[4].

Elles renseignaient notamment sur leurs sources de financement, leurs responsables, leurs positions publiques et les controverses auxquelles ces acteurs avaient été associés, pour aider leurs utilisateurs à contester leur crédibilité ou leur impartialité[2].

Ces pratiques — selon le 1er rapport[14] de l'Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse ou Ofalp —, relèvent de la Déstabilisation et désinformation et des rubriques :

- actions d'influence et de déstabilisation (17)[14] ;
- les « actions coordonnées visant à manipuler, perturber ou discréditer le travail journalistique ou la liberté d'informer » (18)[14] ;
- le fichage, c'est-à-dire les « pratiques, par une organisation, de fichage, listing ou signalement interne, visant à discréditer des professionnels de l'information ou perturber leur travail » (19)[14] ;
- les « atteintes à la crédibilité et usurpation d'identité (diffusion de faux contenus, usurpations d'identité ou manipulations de type fake news, deep fakes... visant à discréditer des professionnels des médias ou leur travail » (20)[14].

Fiches thématiques techniques

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Ces fiches couvraient un large éventail de sujets liés aux pesticides, aux OGM et aux biotechnologies agricoles, avec pour objectif de fournir aux utilisateurs du réseau des arguments prêts à l'emploi, en réponse aux commentaires, analyses ou études critiques adressées à l'agriculture intensive, n'importe où dans le monde.
Elles portaient notamment sur les arguments relatifs à l'innocuité et à l'utilité (ou à la nécessité) du glyphosates et des autres pesticides, des technologies de traitement des semences, des OGM et nouvelles techniques de sélection végétale ou encore d'allégations concernant la présence de pesticides dans le lait maternel[2].

Certains documents abordaient aussi des questions religieuses et éthiques, à propos par exemple des relations que l'on pourrait établir entre OGM et judaïsme, ou entre OGM et catholicisme ; en mobilisant des arguments théologiques destinés à montrer la compatibilité des biotechnologies agricoles avec ces traditions religieuses[2].

Des fiches visaient spécifiquement à contester — ou à relativiser — des préoccupations environnementales déjà largement médiatisées, comme le déclin des abeilles, en soutenant que certaines évaluations des impacts de l'agriculture intensive ou des pesticides seraient exagérées ou trompeuses[2].

Production de contre-arguments

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Les Bonus Eventus files ont mis au jour un système de veille et de production de contre-arguments, offerts "clés en main", visant à contrer les arguments de grandes organisations internationales (Greenpeace ou Sierra Club notamment) et deux de structures plus modestes ou visant à alimenter des médias d'investigation en éléments de langage ou de Ghostwriting, un phénomène déjà dénoncé par des enquêtes journalistiques antérieures et des rapports d'ONG (comme Corporate Europe Observatory) ayant mis au jour des scandales de capture réglementaire (regulatory capture), à l'instar des Uber Files pour le secteur numérique[15], ou de controverses similaires concernant l'agrochimie et l'industrie agroalimentaire ; ainsi, des enquêtes journalistiques et des rapports commandités pour le Parlement européen (notamment en 2017 et 2019) ont démontré que des parties entières de rapports d'évaluation officiels rédigés par des agences européennes et nationales (comme l'EFSA) avaient copié-collé de manière quasi identique des passages textuels directement issus des dossiers de demande présentés par Monsanto (ou par le consortium industriel le Glyphosate Task Force) : Ces exemples ont mis en lumière comment des arguments ou des descriptions de la firme agrochimique pouvait directement se retrouver dans les documents d'évaluation des risques servant de socle aux décisions réglementaires européennes.

Ces fiches de Bonus Eventus mettaient souvent en exergue certains financeurs ou affiliations, présentés comme problématiques (du point de vue de l'agro-industrie), afin de suggérer l'existence de biais militants ou idéologiques ou d'intérêts cachés chez les organisations critiquant l'agriculture intensive ou défendant l'agriculture bio[2].

Parmi les institutions les plus ciblées figure le Centre international de recherche sur le cancer qui semble, d'après l'enquête, être la « bête noire des géants de l'agrochimie »[2].

Méthodes et stratégie d'influence

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The Guardian cite comme exemple de fonction de surveillance et de discrédit des personnalités contestant les positions de l'industrie agrochimique, le cas de deux rapporteurs spéciaux de l'ONU (Hilal Elver et Baskut Tuncak ayant en 2017 appelé à un encadrement plus strict des pesticides, en invoquant une « préoccupation mondiale pour les droits humains », et en argumentant leur demande par les recherches scientifiques qui ont montré que les pesticides peuvent provoquer des cancers, la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer et d'autres problèmes de santé. Leur appel n'a pas été relayé avec succès). L'enquête a retrouvé les profils de ces deux expertes dans la plateforme privée Bonus Eventus ; des profils qui les présentaient de manière peu avantageuse (profils critiques, dépréciant leurs qualités d'experts)[4].

Le journal Le monde précise que J. Byrne et son entreprise v-Fluence étaient alors codéfendeurs du géant agrochimique Syngenta, après avoir été accusés d'avoir aidé Syngenta à supprimer des informations sur les risques que les désherbants à base de paraquat Syngentga pourraient causer la maladie de Parkinson, et d'avoir aidé à « neutraliser » ses détracteurs[4].

Les méthodes d'Astroturfing et de fabrique du dissensus, par exemple par la diffusion récurrente de salves des mêmes arguments via différents canaux et médias (consultants, blogueurs ou autres acteurs gravitant autour de la plateforme) a conduit les auteurs de l'enquête à décrire le fonctionnement de Bonus Eventus comme une « ferme de contenus » et une chambre d'écho destinée à produire et amplifier des éléments de langage favorables à l'agrochimie et défavorables à ses critiques.

Une autre technique d'influence (associée à la veille) consistait à — dès que possible — occuper les espaces de discussion en ligne (ou les espaces de commentaires prévus sous les articles en ligne) pour orienter la perception des lecteurs, et donc le débat public en atténuant dès que possible les critiques visant l'agrochimie. Le journal Le monde note que c'est une méthode que Jay Byrne avait déjà recommandé en 2002, comme l'ont montré « des correspondances rendues publiques par la justice, alors qu'il conseillait la firme Syngenta dans la défense de son herbicide-phare, l'atrazine ». Depuis, ces espace sont souvent ciblés par des bots ou des trolls (il n'existe pas en 2024 d'estimation consensuelle de la proportion totale de commentaires en ligne produits par des bots ou des trolls, mais selon un article du journal Nature, les bots peuvent représenter environ 20 % des messages observés lors de certains grands débats sur les réseaux sociaux, et leur influence peut être encore bien plus importante dans certaines controverses politiques spécifiques (où une minorité de comptes automatisés est parfois à l'origine de plus de 30 % des contenus publiés)[16].

Contextualisation

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Les « Bonus Eventus files » ont confirmé des informations sur le lobbying de l'agroindustrie issues des « Monsanto Papers » où plusieurs de ses premières traces documentaires ont été fournies par l'étude de courriels réclamés et obtenus par la procédure juridique américaine d'accès aux documents publics. L'enquête indique notamment que le projet reprenait et systématisait des méthodes élaborées antérieurement pour défendre les intérêts de Monsanto dans la création et l'entretien de controverses sur les impacts et la dangerosité des OGM et les pesticides, en recensant opposants, organisations critiques et arguments de réponse, ce qui a conduit plusieurs médias à présenter l'affaire Bonus Eventus comme révélant un prolongement ou une nouvelle incarnation des stratégies d'influence révélées par les « Monsanto Papers »[2].

Suites et réactions

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En 2025, Lighthouse Reports a reçu le prix « One World Media Reporting Award » pour une série d'articles consacrés à la propagande menée par des entreprises agrochimiques et biotechnologiques en faveur des pesticides et des OGM en Afrique et en Europe[17].

Des ONG et des organisations comme Reporters sans frontières (RSF) ont vivement dénoncé ces pratiques de « Les marchands de doute », appuyées sur le fichage et le harcèlement, notamment contraires au principe de la liberté de la presse et de l'indépendance et de la liberté de la recherche. RSF demande aux autorités compétentes d'ouvrir au plus vite une enquête judiciaire sur ces pratiques honteuses et scandaleuses[1]. Arthur Grimonpont (responsable du bureau enjeux globaux de RSF) appelle à une enquête approfondie (...) afin de traduire en justice tous ceux qui sont impliqués dans ces atteintes scandaleuses à la vie privée et à la réputation des journalistes environnementaux. Ces techniques de manipulation dans le but d'influencer le débat public constituent une attaque directe contre le droit du public à une information fiable et indépendante[1].

L'enquête a suscité des témoignages rétrospectifs ;

  • la journaliste d'investigation américaine Carey Gillam (ciblée par Bonus Eventus, car elle travaillait notamment sur le sujet des pesticides, dont pour The Guardian et The New York Times), relayée par RSF : « Ils ont essayé de me discréditer en diffusant des mensonges sur mon travail et en faisant pression sur mes éditeurs. Cela a eu des impacts réels sur ma carrière, allant jusqu'à l'annulation de conférences où j'étais invitée à intervenir »[1].
  • Hilal Elver experte dans un comité de sécurité alimentaire de l'ONU et enseignante-chercheuse universitaire a réagi en disant que l'argent dépensé pour la cibler elle et d'autres personnes comme elle, aurait été mieux dépensé pour la recherche scientifique sur les impacts sanitaires des pesticides « Au lieu de comprendre la réalité scientifique, ils essaient de tirer sur le messager. C'est vraiment difficile à croire », a-t-elle expliqué au Guardian[4].

Avant même la publication de l'enquête, un même argument a cherché à la décrédibiliser. Cet argument était que Lighthouse Reports qui a obtenu les documents qui ont permis cette enquête a reçu des (« sommes non divulguées versées à par de sombres groupes d'intérêt conseillés par des donateurs et cachés derrière des fonds tels que la Oak Foundation ». Il a été donné au Journal Le Monde par Jay Byrne lui-même, et par une journaliste membre du réseau et interrogée par Le Monde, mais aussi par un blogeur qui n'avait pas été interrogé (mais qui était également membre du réseau) ; tous sous-entendaient clairement que Lighthouse Reports (qui était lui-même fiché) était possiblement en situation de conflit d'intérêt ou pourrait produire un travail biaisé, ...des « accusations utilisées pour tenter de décrédibiliser leur travail d'enquête, d'après l'organisation, interrogée par RSF »[1].

Stéphane Foucart — citant en exemple une étude parue dans la Revue Science qui venait de montrer qu'aux Etats-Unis, les décès de 1 300 nouveau-nés dans plusieurs comtés, entre 2006 et 2017, étaient jugés directement imputables à un usage accru de pesticides compensant la raréfaction des chauve-souris[18] — a estimé que les contenus diffusés par Bonus Eventus servent à contester et discréditer des travaux scientifiques et leur couverture médiatique, avant d'être largement relayés sur les réseaux sociaux afin d'affaiblir la confiance du public envers des résultats de recherche reconnus[1].

La société v-Fluence a fermé son site internet[19].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 « Fichage et dénigrement des journalistes environnementaux : RSF dénonce les pratiques honteuses de l'agrochimie | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Stéphane Foucart, Elena DeBre et Margot Gibbs, « Plongée dans la boîte noire de la propagande mondiale en faveur des pesticides », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  3. 1 2 Stéphane Foucart, Elena DeBre et Margot Gibbs, « Révélations sur le fichage à grande échelle de personnalités gênantes pour l'industrie agrochimique », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  4. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 (en-GB) Carey Gillam, Margot Gibbs et Elena DeBre, « Revealed: the US government-funded ‘private social network' attacking pesticide critics », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
  5. 1 2 « v-Fluence Interactive Public Relations, Inc. » [archive du ], sur www.v-fluence.com (consulté le ).
  6. 1 2 3 (en-US) « About Us – v-Fluence » [archive du ], sur www.v-fluence.com (consulté le ).
  7. 1 2 (en-US) Stacy Malkan, « Academics Review: The Making of a Monsanto Front Group », sur U.S. Right to Know, (consulté le )
  8. ↑ (en-US) EcoWatch, « The Inside Story of How a University Professor Quietly Collaborated With Monsanto - Page 2 of 2 », sur EcoWatch, (consulté le )
  9. 1 2 (en-US) « Services – v-Fluence » [archive du ], sur www.v-fluence.com (consulté le ).
  10. ↑ (en-US) Stacy Malkan, « CBI, GMO Answers, CropLife: pesticide industry PR salvos », sur U.S. Right to Know, (consulté le )
  11. ↑ (en) « Council for Biotechnology Information - SourceWatch » [archive du ], sur www.sourcewatch.org (consulté le )
  12. ↑ (en-US) « Services – v-Fluence » [archive du ], sur www.v-fluence.com (consulté le )
  13. ↑ https://universitepopulairetoulouse.fr/IMG/pdf/le_monde_plongee_dans_la_boite_noire_de_la_propagande_mondiale_en_faveur_des_pesticides_2.pdf
  14. 1 2 3 4 5 Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (2026) Les atteintes à la liberté de la presse en France en 2024 ; Ofalp ; PDF, 64 pages | 09/02/2026 ; PDF, 61 pages, daté du 09/02/2026, consulté le 2026-10-29
  15. ↑ (en) « Bolt's shady lobbying on the Platform Work Directive, exposed by internal documents, causes public outcry in Estonia | Corporate Europe Observatory », sur corporateeurope.org (consulté le )
  16. ↑ (en) Lynnette Hui Xian Ng et Kathleen M. Carley, « A global comparison of social media bot and human characteristics », Nature, Nature Publishing Group, vol. 15, no 1,‎ , p. 10973 (ISSN 2045-2322, DOI 10.1038/s41598-025-96372-1, lire en ligne, consulté le )
  17. ↑ (en-US) « Winners 2025 », sur One World Media (consulté le )
  18. ↑ Stéphane Foucart, « Aux Etats-Unis, les décès de 1 300 nouveau-nés directement imputables à un usage accru de pesticides », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  19. ↑ (en-US) « About Us – v-Fluence » [archive du ], sur www.v-fluence.com (consulté le )

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Stéphane Foucart, Elena DeBre et Margot Gibbs, « Révélations sur le fichage à grande échelle de personnalités gênantes pour l'industrie agrochimique », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  • (en-GB) Carey Gillam, Margot Gibbs et Elena DeBre, « Revealed: the US government-funded ‘private social network' attacking pesticide critics », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).

Liens internes

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Liens externes

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