Bulcsú (chef magyar)

chef magyar du 10e siècle

Bulcsú (en hongrois : ˈbult͡ʃuː ; également appelé Vérbulcsú ; en latin Bultzus, en grec : Βουλοσουδης Boulosoudes ou Βουλτζους Boultzous ; c.910 – 15 août 955) est un chef tribal et un commandant militaire hongrois du Xe siècle. Il porte le titre de harka (karchas). Bien qu’il n’appartienne pas à la dynastie Árpád au pouvoir, il compte parmi les principaux acteurs des incursions hongroises en Europe. Dans les années 930 à 950, il dirige des campagnes militaires vers le nord-ouest, l’ouest et le sud.

Bulcsú
Fonction
Horka (en)
Biographie
Naissance
Lieu inconnuVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Activité
Chef militaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Horka Kál (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

En 948, Bulcsú se rend à la cour de l’empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète, où il est reçu avec un grand faste. Il adopte le christianisme et l’empereur devient son parrain. Il est reconnu comme « ami hôte de l’empereur » et reçoit le titre de patrice.

Après la défaite désastreuse de son armée à la bataille du Lechfeld en 955, il est capturé par les vainqueurs germaniques et exécuté. Les territoires de sa tribu se situent autour du lac Balaton, en Transdanubie, dans une région dont le cœur forme ultérieurement le comitat de Zala.

Nom et étymologie

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« S’il était appelé Vérbulcsú, c’est parce qu’ayant appris que son grand-père avait été tué par les Allemands lors de la bataille de Krimhild, il se vengea en faisant rôtir plusieurs Allemands à la broche. On raconte qu’il se montra si cruel envers eux qu’il but le sang de certains captifs comme s’il s’agissait de vin. »

Bulcsú est l’un des trois seuls Hongrois du Xe siècle, avec Gyula II et Taksony, dont le nom est mentionné à la fois dans des sources occidentales en latin, byzantines en grec et arabes[1]. De nombreuses formes de son nom sont par conséquent attestées. Le De Administrando Imperio de Constantin VII Porphyrogénète, contemporain des événements, le désigne sous la forme « Boultzous », transcription directe de la variante latine « Bultzus ». Son nom apparaît sous la forme « Boulosoudes » dans la chronique de Skylitzès de Madrid du chroniqueur de la fin du XIe siècle Jean Skylitzès, œuvre ensuite abrégée par Jean Zonaras dans ses Extraits d’histoire au XIIe siècle, où Bulcsú est nommé « Bolosoudes ».

Parmi les sources occidentales, les Annales Sangallenses maiores, presque contemporaines, le désignent sous le nom de « Pulszi ». Il apparaît comme « Bulgio » dans les Gesta episcoporum Cameracensium, composés au milieu du XIe siècle. Au XVIe siècle, l’historien humaniste de la Renaissance Johannes Aventinus, qui utilise des annales du XIe siècle aujourd’hui perdues, mentionne Bulcsú sous les formes « Bultzko » et « Bulichizo ». Les œuvres latines composées en Hongrie le nomment « Bulsuu » ou « Bulsu » dans la Gesta Hungarorum d’Anonymus, « Bulchu » ou « Werbulchu » dans la Gesta Hunnorum et Hungarorum de Simon de Kéza, et encore « Bulchu », « Bolchu », « Werbulchw » ou « Uerbulchu » dans les différentes versions des chroniques hongroises[2]. Son nom, transcrit sous la forme (w)l.h.w.d.y, « Wulǧūdī », figure également dans le Kitāb al-Muqtabis fī tarīkh al-Andalus, composé par l’auteur musulman du XIe siècle Ibn Hayyan[3].

L’étymologie de son nom demeure incertaine. Selon plusieurs linguistes, parmi lesquels János Melich, Zoltán Gombocz et, dans un premier temps, Dezső Pais, il est d’origine turcique et partage la même racine que le nom commun hongrois búcsú indulgence »)[4]. Les deux termes dériveraient du verbe turcique bos pardonner »). Bulcsú constituerait ainsi soit une forme nominale du verbe, soit un dérivé du substantif bošug décret du ciel, destin, jugement divin ou commandement »), lui-même directement lié à la dignité bošugčï, littéralement « commandant ».

D’autres historiens, comme Gyula Pauler, rapprochent le nom de Bulcsú de l’adjectif hongrois bölcs sage »). D’autres hypothèses y voient une variante hongroise des noms latins Basilius ou Blasius[5]. Dezső Pais considère d’abord que Bulcsú reçoit ce nom dans une perspective de prédestination : puisqu’il est destiné à succéder à son père dans la fonction judiciaire de harka, il doit être un homme « porté au pardon et d’un caractère bienveillant », qualité que refléterait son nom, alors même que Bulcsú acquiert par la suite une réputation de cruauté.

Pais abandonne ensuite l’hypothèse d’un lien entre le nom de Bulcsú et le verbe bos. Il propose à la place une dérivation à partir du verbe bulya ou bulģha remuer », « mélanger »), dont proviendrait également le nom des Bulgares. Selon lui, le participe substantivé bulyučy celui qui mélange ») constitue l’antécédent direct du nom du chef hongrois[6]. Le byzantiniste Mátyás Gyóni estime pour sa part que le De Administrando Imperio transcrit, d’après une information orale, une forme en vieil hongrois du nom de Bulcsú. Il rapproche ce dernier d’une dignité khazare, bwlšcy, attestée dans la lettre de Schechter du Xe siècle. Si cette hypothèse est exacte, elle pourrait également refléter une éventuelle origine kavare de Bulcsú[7],[8].

La variante « Vérbulcsú », littéralement « Bulcsú le Sanglant », apparaît pour la première fois dans les sources au milieu du XIIIe siècle, lorsque les descendants du chef se désignent comme issus du « de genere Werbulchu ». L’origine de cette forme demeure incertaine. Anonymus, qui compose sa gesta au début du XIIIe siècle, présente déjà Bulcsú comme un « homme de sang » (vir sanguinis)[9].

Simon de Kéza propose une explication détaillée de cette variante dans sa Gesta Hunnorum et Hungarorum, rédigée au début des années 1280. Selon lui, le grand-père de Bulcsú est tué lors de la légendaire bataille de Krimhild opposant les Romains aux Huns, épisode rapproché de la Chanson des Nibelungen. Bulcsú consacre dès lors toute sa vie à se venger des Allemands. Par un jeu de mots sur le terme latin veru, qui signifie « broche », Simon emploie également dans son texte latin la forme « Vérbulcsú »[10]. Il décrit Bulcsú comme « sanguinaire », « belliqueux » et doté d’un « cœur intrépide »[11].

Bien que Marc de Kalt, auteur de la Chronique enluminée au XIVe siècle, écarte l’étymologie fabuleuse proposée par Simon, il conserve dans son œuvre la variante Vérbulcsú[12]. Dezső Pais estime que ce nom, rapproché de vérbocsátó celui qui fait couler le sang »), puis de vérkeverő celui qui mêle le sang »), reflète la fonction de harka exercée par Bulcsú et son éventuel rôle cérémoniel lors des serments du sang conclus entre les chefs tribaux magyars[6],[13].

Ascendance et titre

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« Tebelis est mort, et c’est son fils Termatzous qui est récemment venu ici comme « ami », avec Boultzous, troisième prince et karchas de Tourkia. Le karchas Boultzous est le fils du karchas Kalis ; Kalis est un nom propre, tandis que karchas est une dignité, comme celle de gylas, qui est supérieure à celle de karchas. »

Bulcsú, sixième capitaine parmi les sept chefs des Magyars (Chronicon Pictum).

Bulcsú naît au début du Xe siècle, peut-être vers 910. Il a au moins un frère ou une sœur[14]. Il n’appartient pas à la dynastie Árpád au pouvoir et seul le nom de son père est connu[15]. János Belitzky estime qu’il appartient aux Kér, l’une des tribus magyares, tandis que Sándor László Tóth défend son appartenance à la tribu des Tarján[16]. Le De Administrando Imperio, contemporain des événements, affirme que son père est Kál ou Káli (grec moderne : καλἠ), qui porte le titre de harka avant l’accession de Bulcsú à cette dignité, peut-être entre les années 910-920 et les années 930[17],[18]. Dans sa Gesta Hungarorum, Anonymus présente toutefois Bulcsú comme le fils de Bogát[19]. Bogát (Bugat ou Busac) est l’un des deux chefs de la campagne d’Italie de 921-922, aux côtés de Tarkacsu (Dursac), fils aîné encore en vie du grand-prince des Hongrois Árpád[20].

Selon l’interprétation la plus répandue, Constantin VII et la cour byzantine recueillent notamment leurs informations sur les Hongrois au cours de l’ambassade de Bulcsú ; la majorité des historiens considère donc le premier témoignage comme authentique[17]. En raison de ses apparitions fréquentes aux côtés des Árpád, certains chercheurs cherchent néanmoins à rattacher Bulcsú à la dynastie régnante. Bálint Hóman affirme ainsi que Kál est le fils de Liüntika, tandis qu’István Herényi considère Bulcsú comme un descendant du chef Tétény, par l’intermédiaire de son grand-père Bogát et de son père Kál[21].

Mátyás Gyóni suppose que Kál et Bulcsú sont d’origine khalyze ou khavare. Ces groupes se révoltent contre le Khaganat khazar et rejoignent les Hongrois au début du IXe siècle, constituant trois tribus au moment de la conquête hongroise du bassin des Carpates[22]. Selon András Róna-Tas, Kál, puis Bulcsú, gouvernent les populations ralliées ou soumises en portant le titre de harka[23]. Une chronique hébraïque du XVIe siècle, composée en royaume de Bohême, présente également Bulcsú comme un Khalyze. Herényi affirme qu’il appartient à la tribu khavare des Varsány, installée dans l’ouest de la Transdanubie et chargée de la défense des frontières[7].

Dezső Dümmerth défend lui aussi l’hypothèse d’une origine khavare. Selon lui, c’est pour cette raison que Bulcsú souligne plus tard devant la cour byzantine le rôle des Khavars dans la conquête du pays, tout en passant sous silence la présence d’Álmos au cours de ces événements. Le linguiste Lajos Ligeti admet également l’origine khavare du chef militaire[24]. György Szabados exprime toutefois des doutes, faisant remarquer que le chapitre 39 du De Administrando Imperio ne minimise nullement la défaite et l’expulsion des Khavars[25].

Le titre de harka — ou karchas — porté par Bulcsú fait l’objet de débats historiographiques. Selon le De Administrando Imperio, il s’agit de la troisième dignité la plus prestigieuse de la principauté de Hongrie, après le grand-prince et le gylas ou gyula. Le gylas et le karchas « ont tous deux rang de juge »[26],[27]. György Szabados estime que cette information témoigne du caractère étatique de la principauté de Hongrie et que le titre de harka constitue une dignité héréditaire, au moins dans le cas de Kál et de Bulcsú[28]. Selon Gyula Kristó, Bulcsú la détient au moins depuis 942, année où l’auteur musulman Ibn Hayyan le mentionne parmi les chefs hongrois[29].

Sándor László Tóth considère que la dignité de harka, relativement éphémère, est créée entre 900 et 920 et que Kál en est le premier titulaire[30], tandis que Róna-Tas affirme qu’elle est initialement exercée par Kurszán[23]. Il est possible que cette fonction soit instituée afin de contrebalancer l’autorité du gyula aux côtés du grand-prince[31]. István Herényi considère que Bulcsú gouverne, comme harka, l’ensemble des populations soumises de la confédération tribale hongroise, notamment les Khavars, les Sicules, les Petchénègues et les Kylfings. Cette dignité pourrait avoir été à l’origine celle d’un adjoint ou d’un subordonné du gyula. Bulcsú serait ainsi chargé de la protection de la principauté sur sa frontière occidentale[32].

Dániel Bácsatyai rapproche enfin le harka de la dignité de tudun du Khaganat avar. Selon lui, Bulcsú gouverne peut-être les régions occidentales de la principauté au nom du grand-prince. À ce titre, il prélève les impôts auprès des populations agricoles sédentaires, majoritairement slaves[33].

Territoire tribal

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« Le chef de la septième armée se nommait Vérbulcsú. On raconte qu’il s’établit dans la région de Zala, autour du lac Balaton. »

Le territoire tribal de Bulcsú, selon György Györffy.

Le chroniqueur du XIIIe siècle Simon de Kéza, qui situe à tort l’activité de Bulcsú à l’époque de la conquête hongroise, affirme que celui-ci s’empare de terres en Transdanubie occidentale, autour du lac Balaton. La Chronique enluminée rapporte également que Bulcsú « aurait dressé ses tentes près du lac Balaton »[12]. Les descendants du chef, le clan Lád, possèdent effectivement des terres dans cette région au milieu du XIIIe siècle, notamment à Badacsonylábdihegy, aujourd’hui quartier de Badacsonytördemic[18],[34].

Bien que certains chercheurs estiment que les chroniqueurs tardifs projettent rétrospectivement au IXe ou au Xe siècle les possessions ultérieures des Lád, la toponymie permet d’identifier dans la région un ensemble de lieux portant le nom du père de Bulcsú. Ce serait donc Kál — ou éventuellement son propre père — plutôt que Bulcsú qui conquiert ce territoire à la fin du IXe siècle. Selon György Györffy, sa résidence estivale se trouve dans le bassin de Kál, où les localités actuelles de Köveskál et de Mindszentkálla, dans le comitat de Veszprém, conservent son nom[35]. Un vignoble nommé Harka est également attesté à Balatonhenye, dans le même bassin[34].

Plus à l’ouest, Kál établit sa résidence hivernale sur le site de l’actuelle Dióskál, près du Petit Balaton et de la forteresse carolingienne de Mosaburg, aujourd’hui Zalavár. Mosaburg devient ensuite le centre du territoire de Kál, puis de Bulcsú. La tribu de Kál progresse vers le nord le long de la Zala, atteint la vallée de la Rába en longeant le lac de Neusiedl — le Fertő — et s’étend jusqu’à la région de Szombathely. Györffy considère que le village de Bucsu, dans le comitat de Vas, conserve le nom de Bulcsú[35].

Plusieurs localités de Transylvanie et du Tiszántúl, notamment Kál dans le comitat de Heves, portent vraisemblablement les noms de Kál, de Bulcsú ou encore de Bogát. Selon Györffy, ces toponymes constituent les vestiges linguistiques des lieux de résidence temporaires occupés par la tribu de Bulcsú au cours de la première phase de la conquête hongroise[35]. D’autres chercheurs estiment toutefois qu’il peut s’agir d’attributions plus tardives, le nom de Bulcsú demeurant relativement courant entre les XIe et XIVe siècles[34].

Le vaste et ancien comitat de Kolon, précurseur des comitats de Zala et de Somogy, est constitué au début du XIe siècle à partir du territoire de Bulcsú. Herényi estime que celui-ci possède également, au milieu du Xe siècle, le château de Kolon, situé près de l’actuelle Zalakomár. Des Petchénègues, ainsi que des Khavars et des Khalyzes accompagnant la tribu de Bulcsú, sont également installés dans la région ; ils seraient notamment les ancêtres des clans Tomaj et Osl. Herényi considère aussi que plusieurs lignages ultérieurs de la région, tels les Herény et les Kajd, arrivent avec la tribu de Bulcsú comme auxiliaires militaires. Le territoire de Bulcsú jouxte celui de Lehel en Haute-Hongrie, à hauteur de la rivière Répce[36].

Gyula Kristó critique toutefois la méthode consistant à reconstituer les territoires tribaux à partir de la seule toponymie. Sur la base des découvertes archéologiques, il situe plutôt le domaine de Bulcsú entre la Drave et la Save, principalement dans la partie occidentale de la Syrmie[37],[38]. Ferenc Makk affirme pour sa part que la tribu de Bulcsú s’établit d’abord entre le Maros et le Körös, avant d’être contrainte par le grand-prince Taksony, après la bataille du Lechfeld, de se déplacer en Transdanubie, au nord du lac Balaton[39].

Carrière militaire et diplomatique

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Premiers raids

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Selon Bálint Hóman, Bulcsú joue un rôle de premier plan dans les invasions hongroises en Europe occidentale à partir du milieu des années 930. Il fait valoir que la campagne de 936–937 suit le même itinéraire que celles des années 950, ce qui témoignerait des qualités militaires de Bulcsú et d'une stratégie comparable à celle employée par Attila lors de sa campagne en Gaule en 451[40]. Il convient toutefois de souligner que l'attribution à Bulcsú des raids antérieurs à 948 — à l'exception de l'expédition menée dans la péninsule Ibérique en 942 — relève de la spéculation historique, fondée sur l'analyse des itinéraires et des tactiques militaires[41].

Les raids hongrois de 936–937.

À la fin de l'année 936, les Hongrois envahissent la Souabe et la Franconie afin de contraindre le nouveau roi germanique Otton Ier à reprendre le paiement d'un tribut. Ils incendient notamment l'abbaye de Fulda, avant de pénétrer en Saxe, où les forces royales les repoussent vers la Lotharingie puis la Francie occidentale en février 937. L'armée de Bulcsú franchit alors le Rhin à Worms, puis marche en direction de Namur. Les Hongrois s'emparent de l'abbaye Saint-Basle de Verzy, qu'ils utilisent comme base pour ravager les environs, notamment les abbayes d'Orbais et de Saint-Macre, ainsi que la région de Bouvancourt.

À la fin du mois de mars 937, ils atteignent Sens, où ils incendient l'abbaye Saint-Pierre. Près d'Orléans, ils affrontent une armée française commandée par le comte Ebbes de Déols, qui est blessé au combat et succombe peu après à ses blessures. Les Hongrois suivent ensuite le cours de la Loire, traversent l'ensemble de la France jusqu'à l'océan Atlantique, puis reviennent par le sud-est. En route vers la Bourgogne, ils pillent les environs de Bourges.

Après juillet 937, l'armée hongroise entre en Bourgogne près de Dijon, dévaste les possessions de l'abbaye de Luxeuil, puis remonte la vallée du Rhône. Elle incendie Tournus, occupe les monastères de saint Deicolus et de saint Marcel, mais échoue à s'emparer de l'abbaye Saint-Apollinaire. Poursuivant sa campagne, les Hongrois — ou du moins une partie de leurs forces — pénètrent en Lombardie par l'ouest en août. Hugues d'Italie les persuade alors de gagner l'Italie méridionale afin de soutenir les Byzantins. Ils ravagent les environs de Capoue et établissent leur camp en Campanie. De petits détachements sont envoyés pour piller les régions de Naples, Bénévent, Sarno, Nola et Montecassino. L'abbaye du Mont-Cassin leur remet des objets précieux d'une valeur de 200 hyperpères byzantins afin d'obtenir la libération de ses captifs[42],[43],[44]. Contrairement à Bálint Hóman, Dániel Bácsatyai rejette toutefois l'idée d'une campagne organisée selon un plan préétabli par Bulcsú et estime que les Hongrois improvisent leur progression en France après le refoulement inattendu de leur offensive par Otton[45].

Bulcsú figure parmi les sept chefs (amīrs) qui conduisent le raid hongrois dans la péninsule Ibérique durant l'été 942. L'historien arabe Ibn Ḥayyān conserve son nom sous la forme « Wulǧūdī » et le cite au troisième rang parmi les chefs de l'expédition[17]. Les Hongrois gagnent d'abord le royaume d'Italie, où Hugues, après leur avoir versé dix boisseaux d'or, les incite à attaquer le califat de Cordoue. Bulcsú et les autres chefs, peut-être sous le commandement de Gyula II, attaquent d'abord Fraxinet, puis gagnent la Catalogne, qu'ils mettent à sac avant de pénétrer, vers la mi-juin 942, dans les territoires septentrionaux du califat. Ils assiègent Lérida pendant huit jours, puis attaquent la Cerdagne et Huesca. Le 26 juin, ils capturent Yaḥyā ibn Muḥammad ibn al-Ṭawīl, gouverneur de Barbastro, qu'ils retiennent prisonnier pendant trente-trois jours avant de le relâcher contre rançon. À court de vivres et d'eau, les Hongrois quittent la péninsule Ibérique en juillet[42],[46],[47].

D'autres interprétations, défendues notamment par György Györffy et András Róna-Tas, considèrent que ces sept chefs ne commandent pas effectivement l'expédition : Ibn Ḥayyān se serait borné à énumérer les sept chefs des tribus hongroises de l'époque, probablement d'après une source byzantine[48]. Gyula Kristó estime, pour sa part, qu'il est peu vraisemblable qu'un aussi grand nombre de personnages de premier rang aient conjointement dirigé une campagne aussi éloignée de la Hongrie[29]. À l'inverse, István Elter et György Szabados soutiennent, au vu du contexte, que l'auteur musulman désigne bien les véritables chefs de l'expédition[49]. István Herényi considère enfin que Bulcsú y exerce les fonctions de second de Gyula[50].

Bálint Hóman attribue également à Bulcsú les incursions hongroises contre l'Empire byzantin de 934 et de 943, menées respectivement en alliance avec les Petchénègues puis avec la Rus' de Kiev. À chacune de ces occasions, l'empereur Romain Ier Lécapène achète la paix pour une durée de cinq ans et accepte de verser un tribut annuel aux Hongrois[47]. Il est également possible que Bulcsú participe à la campagne de 947, au cours de laquelle Taksony conduit son armée le long de la côte orientale de l'Italie jusqu'à Otrante et ravage les Pouilles pendant trois mois[50].

Voyage à Constantinople

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« Les Turcs ne cessèrent leurs incursions et leurs ravages en territoire romain que lorsque leur chef, Boulosoudès, vint à Constantinople sous prétexte d'embrasser la foi chrétienne. Il reçut le baptême et l'empereur Constantin lui-même le tira des fonts baptismaux. Celui-ci l'honora de la dignité de patrice et le combla de riches présents ; puis il retourna dans son pays. »

L'empereur Constantin VII rapporte dans le De Administrando Imperio que Bulcsú, accompagné de Termacsu — membre de la dynastie des Árpád et arrière-petit-fils d'Árpád —, conduit une ambassade hongroise à Constantinople « récemment », c'est-à-dire vers 948[26],[27]. Il est probable que cette mission vise à renouveler le traité de paix de cinq ans conclu avec l'Empire byzantin en 943, à l'issue de la dernière attaque hongroise contre celui-ci[51],[52]. Selon György Szabados, Termacsu représente la dynastie régnante, tandis que Bulcsú parle au nom de l'aristocratie hongroise. Leur présence conjointe à la cour impériale témoigne, selon lui, de l'unité politique de la principauté de Hongrie et infirme la théorie de Gyula Kristó sur l'existence de quasi-« États tribaux » indépendants dans le bassin des Carpates au Xe siècle. Il estime également que l'ambassade est envoyée par le grand-prince Fajsz[53].

Pour les Hongrois, cette mission intervient à un moment où la possibilité de percevoir régulièrement des tributs et du butin en Europe occidentale semble définitivement compromise après les revers de 937, 938 et 943. Les revenus versés par Byzance revêtent dès lors une importance essentielle pour la principauté hongroise[18],[54]. Quant à Constantin VII, il cherche à conclure une alliance solide avec les Hongrois contre le Premier Empire bulgare[55]. Certains historiens ont avancé que Bulcsú domine la mission diplomatique au détriment du jeune Termacsu, mais la formulation même du De Administrando Imperio Termatzous, qui est venu ici récemment [...] avec Boultzous ») semble indiquer que Termacsu dirige officiellement l'ambassade hongroise de 948[56].

L'historiographie hongroise considère longtemps que cette ambassade, ainsi que d'autres informations recueillies à la même époque, constitue la principale source des renseignements sur les Hongrois consignés par Constantin VII dans les chapitres 38 à 40 du De Administrando Imperio, rédigé vers 952[57]. István Kapitánffy estime toutefois que la majeure partie des informations, à l'exception de la généalogie des descendants d'Árpád, provient de documents plus anciens remontant au IXe siècle[58]. Les ambassadeurs s'expriment par l'intermédiaire d'un interprète slave, qui traduit ensuite leurs propos en grec. Selon András Róna-Tas, leurs déclarations ne sont probablement pas recueillies directement par Constantin VII, mais soigneusement consignées par les services de la cour impériale. Ils renseignent également les Byzantins sur les Hongrois orientaux[59].

Dezső Dümmerth soutient que Bulcsú exagère délibérément le rôle des Khavars dans le récit des événements antérieurs à la conquête hongroise — notamment la dépendance à l'égard des Khazars et l'histoire de Levedi —, tout en minimisant celui d'Álmos. Cette interprétation est toutefois rejetée par la plupart des historiens, qui la considèrent comme dénuée de fondement[25],[60]. Gyula Kristó avance pour sa part que Termacsu et Bulcsú passent volontairement sous silence le « sacrifice rituel » d'Álmos, devenu un sujet délicat qu'il vaut mieux éviter[61]. Les historiens du XIXe siècle pensent encore que les passages du De Administrando Imperio consacrés aux Hongrois reposent principalement sur des informations d'origine khazare, petchénègue ou byzantine, sans lien avec l'ambassade de Termacsu et de Bulcsú. Les études linguistiques de Zoltán Gombocz et de Géza Fehér, au début du XXe siècle, conduisent progressivement à abandonner cette interprétation au profit de l'idée que les ambassades hongroises de 948 et 952 constituent les principales sources d'information de Constantin VII. Plus récemment, Ádám Bollók et János B. Szabó reviennent toutefois à une position proche de celle du XIXe siècle en estimant que les deux chefs hongrois ne sont à l'origine que des renseignements concernant la descendance d'Árpád préservés dans l'ouvrage impérial[62].

Le baptême de Bulcsú, représenté dans le Madrid Skylitzes du XIIe siècle.

Le chroniqueur du XIe siècle Jean Skylitzès rapporte dans sa Synopsis des Histoires que Bulcsú se convertit au christianisme au cours de son séjour à Constantinople. Lors d'une cérémonie solennelle, il reçoit le baptême dans le baptistère de Sainte-Sophie, des mains de l'empereur Constantin VII et du patriarche œcuménique Théophylacte Lécapène. Il reçoit ensuite, dans le Chrysotriklinos, la dignité de patrice, tandis que l'empereur devient son parrain[63],[64],[65]. L'une des miniatures du manuscrit de Skylitzès représente Bulcsú nu dans la cuve baptismale. À sa gauche se tiennent plusieurs évêques byzantins, parmi lesquels le patriarche, qui étend la main au-dessus de sa tête. À sa droite, l'empereur attend, une serviette à la main, pour essuyer le nouveau baptisé[66].

Jean Zonaras, qui reprend notamment le récit de Skylitzès, fusionne les ambassades de 948 et de 952 et affirme que Bulcsú et Gyula II « vinrent auprès de l'empereur, reçurent tous deux le bain divin de la régénération et furent initiés aux saints mystères de notre religion »[67]. Un récit en vieux slave, la Povesti o latinech Récit sur les Latins »), composée au XVe siècle, ainsi que la Chronique de Nikon, confirment également que « deux princes des Péons [les Hongrois], inspirés par Dieu, décidèrent aussitôt de se rendre avec tous leurs guerriers jusqu'à la ville de Constantin, dans une parfaite humilité et avec amour, afin de recevoir le saint baptême et la parole de la sagesse divine, dont ils furent jugés dignes. Après avoir reçu le baptême et accueilli l'Évangile du Christ, ils retournèrent dans leur patrie »[68].

Par ce baptême, Bulcsú devient le premier Hongrois connu à embrasser le christianisme[69]. Constantin VII peut ainsi mettre en scène la supériorité de l'Empire byzantin grâce au faste des cérémonies, à l'octroi de riches présents, à l'attribution d'un titre prestigieux et au rôle de parrain assumé par l'empereur lui-même, dans l'espoir que son hôte accepte, au moins symboliquement, la prééminence de Byzance. Bulcsú reçoit d'importants cadeaux et regagne la Hongrie en « homme riche ». Dániel Bácsatyai estime que ce baptême répond également à des préoccupations politiques : confronté à une situation intérieure difficile, Bulcsú cherche peut-être à renforcer sa position face à ses rivaux, notamment Gyula II, grâce au soutien de Byzance[70].

Les sources byzantines soulignent cependant que Bulcsú ne se convertit pas par conviction religieuse, contrairement à Gyula, qui invite le prêtre Hiérothée à évangéliser son peuple. Skylitzès écrit en effet que Bulcsú « viola ensuite son engagement envers Dieu et envahit à plusieurs reprises les terres des Romains avec tout son peuple »[71]. Ces expéditions se déroulent vraisemblablement dans la première moitié des années 950 en direction des Balkans, mais les sources ne fournissent aucun autre détail[72].

Malgré cela, György Györffy estime que Bulcsú fait également venir à Zalavár des missionnaires grecs capables de parler le slave afin d'évangéliser sa région après sa conversion[73]. István Herényi lui attribue également la fondation de plusieurs églises de rite grec en Transdanubie, notamment à Rum, Zalaszentiván et Szentkozmadombja[74].

Campagne de 954

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« Lorsqu'il apprit [la mort de son neveu], le roi Bulgio — du moins est-ce ainsi qu'on le nommait — entra dans une grande colère et pleura la mort de son compagnon. Désireux de venger la disparition prématurée de son neveu, il attaqua de nouveau la ville avec ses hommes. Ceux-ci se déchaînèrent alors avec une extrême violence à l'extérieur, tandis que les assiégés résistaient fermement derrière les murs. Les deux camps combattirent longtemps avec toutes sortes d'armes. Les Hongrois étaient animés par la colère que leur inspirait la mort du neveu, tandis que les habitants de Cambrai puisaient leur courage dans l'amour de leur patrie et dans l'espoir du salut. »

Après le désastreux raid de 938, au cours duquel les Hongrois subissent une lourde défaite en Thuringe et en Saxe face à l'armée d'Otton le Grand, les attaques vers l'ouest se raréfient. Malgré les conflits dynastiques qui secouent la Germanie en 939 et 941, les Hongrois ne parviennent pas à exploiter cette situation favorable[75]. La bataille de Wels se solde également par une défaite hongroise face à Berthold de Bavière en 943, ou peut-être en 945.

La même année que le voyage de Bulcsú à Constantinople, deux armées hongroises attaquent la Bavière et la Carinthie, mais elles sont battues à Flozzun, dans la marche du Nordgau, par Henri Ier de Bavière, frère cadet d'Otton. De nouveaux affrontements opposent ensuite Hongrois et Germains le long de l'Enns, frontière naturelle entre leurs territoires, en 949 et 950. En réaction, Henri Ier conduit en 950 ou 951 une expédition en Hongrie occidentale, où il pille la région et capture des habitants. Il s'agit de la première incursion germanique de cette nature depuis la bataille de Presbourg en 907. L'expédition d'Otton en Italie et son couronnement comme roi d'Italie ferment également aux Hongrois la route de la péninsule. Otton domine alors un vaste ensemble allant de la mer Baltique à la mer Adriatique, ce qui rend pratiquement impossibles de nouvelles offensives hongroises vers l'ouest[76],[77]. L'invasion d'Henri frappe principalement le territoire tribal de Bulcsú, dans le sud-ouest de la principauté de Hongrie[74].

La campagne de Bulcsú contre la Francie orientale et la Francie occidentale en 954.

Au printemps 953, une révolte générale éclate contre Otton et son frère Henri. Elle est dirigée par Liudolf de Souabe, fils d'Otton, et par Conrad le Roux, duc de Lorraine. Le remariage d'Otton avec Adélaïde de Bourgogne fait craindre à Liudolf pour sa position. Arnulf II, comte palatin de Ratisbonne, qui gouverne alors la Bavière en l'absence d'Henri, rejoint bientôt les rebelles. Fils du défunt Arnulf Ier de Bavière, il n'a pas pardonné à Otton d'avoir attribué le duché à son propre frère Henri en 948. L'armée royale échoue à prendre Ratisbonne et, à la fin de l'année, l'évêque Ulrich d'Augsbourg demeure le seul soutien d'Otton en Bavière.

Cette situation incite les Hongrois à intervenir dans les affaires intérieures germaniques. Ils apparaissent en Bavière au cours des premiers mois de 954. Selon le chroniqueur Widukind de Corvey, les seigneurs rebelles les invitent à leur prêter main-forte contre Otton et Henri. Il précise aussi que Liudolf leur verse d'importantes sommes afin qu'ils épargnent ses propres sujets. Il est donc vraisemblable que le prince rebelle conclut une alliance avec les Hongrois sous la pression des circonstances[78],[79].

L'armée hongroise qui pénètre en Francie orientale est commandée par Bulcsú. Elle gagne la Bavière en passant par la Carinthie. Afin d'éviter un affrontement direct avec l'armée d'Otton, Bulcsú conduit sa cavalerie légère vers la Franconie, où elle ravage les domaines d'Ernst, comte de Sualafeld, pourtant partisan de la révolte de Liudolf, et capture environ un millier de civils. En février ou mars 954, les Hongrois franchissent le Rhin et atteignent Worms, qui leur verse une rançon le 19 mars afin d'éviter le pillage.

Conrad le Roux encourage alors les Hongrois, ses « alliés difficiles », à gagner la Basse-Lotharingie. Son armée escorte les troupes de Bulcsú jusqu'à Maastricht, en Francie occidentale. Celles-ci pillent ensuite Gembloux, Tournai, Wintershoven et l'abbaye de Lobbes au début du mois d'avril, peut-être à la demande de Régnier III de Hainaut. Les forces de Bulcsú atteignent les murs de Cambrai le 6 avril 954[80].

Les Gesta episcoporum Cameracensium conservent le nom de Bulcsú, sous la forme « Bulgio », comme commandant de l'armée hongroise. Sous sa direction, les Hongrois commencent le siège de la ville. Ils pillent les bâtiments situés hors des remparts et s'emparent de nombreux biens, mais la plupart des habitants se barricadent derrière les fortifications. Un neveu de Bulcsú, désigné par le terme latin nepos, quitte le camp hongrois avec une faible escorte afin d'observer les mouvements ennemis. Un petit détachement de défenseurs conduit par un certain Odon le repère et se lance à sa poursuite. Refusant de fuir par orgueil, contrairement à ses compagnons, le neveu de Bulcsú se retrouve engagé dans un combat inégal. Il est tué et sa tête tranchée est exposée au bout d'une lance sur les remparts.

À cette nouvelle, Bulcsú entre dans une grande fureur et lance un assaut désespéré qui dure quatre jours afin de récupérer la tête, mais les Hongrois ne parviennent pas à prendre Cambrai. Il se déclare prêt à abandonner l'ensemble du butin et des prisonniers en échange de celle-ci, mais les habitants soupçonnent une ruse. Ayant échoué à s'emparer de la ville, les Hongrois pillent et dévastent l'église Saint-Géry située à proximité. Bulcsú décide de lever le siège le 10 avril. Après avoir ravagé le Vermandois, les régions de Laon, Reims et Châlons-sur-Marne, les Hongrois gagnent la Bourgogne, puis regagnent leur pays en passant par l'Italie[77],[81],[82].

La campagne n'apporte finalement aucune aide réelle aux rebelles germaniques. Lorsque Otton assiège de nouveau Ratisbonne au milieu de l'année 954, les Hongrois ont quitté la Francie orientale depuis plusieurs mois. Arnulf est tué pendant le siège, tandis que Liudolf et Conrad se soumettent à Otton. Bulcsú échoue ainsi à faire de la Bavière une zone de passage durable pour les armées hongroises. Après leur départ de Francie orientale, l'expédition ne poursuit plus qu'un objectif de pillage et d'acquisition de butin[82].

Défaite au Lechfeld

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« Pendant ce temps, alors que les deux camps se préparaient au combat à l’intérieur et à l’extérieur de la ville, Berthold, fils d’Arnulf, vint du château appelé Reisenburg auprès du roi des Hongrois [Bulcsú] et l’informa de l’arrivée du glorieux roi Otton. Dès qu’il l’apprit, celui-ci fit sonner son cor, dont le signal était connu de toute l’armée. Au son du cor, toute l’armée interrompit le combat contre la ville et se hâta de rejoindre son roi pour délibérer. Après avoir consulté ses hommes, celui-ci, par la grâce de Dieu, renonça à poursuivre l’assaut contre la ville et marcha contre le glorieux roi, dans l’intention de l’écraser avec ses troupes, puis de revenir en vainqueur afin d’occuper librement la cité et tout le pays. »

La bataille du Lechfeld, illustration de 1457 tirée du codex de Sigmund Meisterlin consacré à l’histoire de Nuremberg.

La situation politique intérieure de la Bavière demeure tendue entre Henri et ses adversaires locaux, ce qui provoque des affrontements à Mühldorf au printemps 955. Quittant la Saxe, Otton et Henri assiègent Ratisbonne après Pâques. Après une résistance acharnée, la ville, à court de ravitaillement, capitule, mettant fin à la guerre civile commencée en 953. La situation intérieure ne s’améliore toutefois guère après l’échec de la révolte, car les neveux du prince Hermann de Saxe, alliés aux Slaves polabes, multiplient les raids dans le duché. Otton quitte ensuite la Bavière pour la Saxe.

Au début de juillet, le souverain reçoit des émissaires hongrois qui affirment venir en paix, mais que les Germains soupçonnent en réalité d’évaluer les conséquences de la rébellion, selon le récit de Widukind de Corvey[83]. Peu après, des messagers d’Henri arrivent à Magdebourg pour avertir Otton d’une invasion hongroise. Widukind rapporte qu’Otton, « comme s’il n’avait subi aucune fatigue dans la guerre qui venait de s’achever, se mit en marche contre l’ennemi. Il emmena avec lui une petite armée, et particulièrement peu de Saxons, car ceux-ci étaient alors menacés par une guerre contre les Slaves »[84]. Flodoard affirme que la destination initiale des Hongrois est la Francie occidentale, comme l’année précédente[85]. Gyula Kristó considère qu’ils cherchent à profiter au plus vite des troubles politiques germaniques, avant leur apaisement définitif et la consolidation du pouvoir d’Otton[86].

Carte de la bataille.

Les Hongrois pénètrent en Bavière à la mi-juillet 955. Leur armée est commandée par Bulcsú, assisté de Lehel, membre de la dynastie des Árpád, et de Súr, peut-être d’origine petchénègue. Selon l’historien du XVIe siècle Johannes Aventinus, Taksony et Csaba servent également comme lieutenants de Bulcsú pendant la campagne[87]. Sándor László Tóth estime que l’expédition de 955 mobilise l’ensemble des forces de quatre ou cinq tribus. Les Annales Sangallenses maiores évaluent l’armée hongroise à 100 000 guerriers, mais Bulcsú et ses lieutenants commandent probablement entre 8 000 et 10 000 archers montés[85].

Selon Gerhard d’Augsbourg, auteur de la vie de l’évêque Ulrich, les envahisseurs hongrois « ravagent le pays du Noricum, c’est-à-dire la Bavière, depuis le Danube jusqu’à la Forêt-Noire, qui s’étend vers les régions montagneuses »[86]. Les Hongrois franchissent ensuite le Lech et pénètrent en Souabe, où ils pillent les environs d’Augsbourg et de nombreuses églises, notamment celle de Sainte-Afre, dévastant toute la Souabe du Danube jusqu’à l’Iller.

Au début d'août, Bulcsú ordonne aux détachements dispersés de se rassembler sur le Lechfeld, devant les murs d’Augsbourg, car il décide d’assiéger la cité épiscopale avec les engins de siège qu’il a apportés. Les Hongrois pensent la ville vulnérable, celle-ci ayant beaucoup souffert des attaques d’Arnulf pendant la guerre civile de l’année précédente. Augsbourg est toutefois défendue avec détermination par son évêque Ulrich d'Augsbourg, qui ordonne à ses hommes de ne pas affronter les Hongrois en rase campagne et de renforcer plutôt la principale porte méridionale de la forteresse.

Simon de Kéza rapporte que les Hongrois harcèlent Augsbourg jour et nuit, ce qui indique qu’ils tentent d’abord de s’en emparer par des assauts répétés avant d’organiser un siège en règle. Après l’échec de ces attaques menées par de petits détachements, Bulcsú lance le 8 août des forces plus nombreuses contre la porte orientale afin d’abattre celle-ci et de prendre les remparts[88]. Ulrich conduit alors ses milites professionnels hors de la ville pour affronter l’ennemi au corps à corps. Selon son récit, les Hongrois auraient pu franchir les portes à tout moment, mais la mort de leur commandant au cours de l’escarmouche les conduit à se retirer vers leur camp en emportant son corps.

Pendant la nuit, les défenseurs occupent toutes les tours, tandis que les Hongrois encerclent complètement la ville avec leurs engins de siège et leur infanterie, poussée en avant sous les coups de fouet de leurs chefs. Le lendemain, 9 août, les combats viennent à peine de reprendre lorsque le transfuge Berthold de Reisensburg, fils du défunt Arnulf, informe Bulcsú qu’Otton Ier a déployé ses troupes à proximité. Bulcsú ordonne alors d’interrompre le siège et réunit un conseil de guerre. Les chefs hongrois décident d’abandonner l’assaut contre Augsbourg et de marcher à la rencontre de l’armée royale, dans l’espoir qu’une victoire entraîne ensuite la reddition de la ville et de l’ensemble du royaume[85],[88].

Sous le commandement de Bulcsú, les Hongrois franchissent immédiatement le Lech le 10 août afin de surprendre l’armée germanique encore en cours de déploiement. Ils se portent rapidement sur ses arrières et commencent à décimer sous leurs flèches le contingent bohémien placé en queue de colonne, s’emparant également du ravitaillement. Ils attaquent ensuite les sixième et septième corps d’armée d’Otton, constitués de Souabes sous le commandement de leur duc Burchard III de Souabe, et parviennent à les disperser.

Otton envoie alors Conrad le Roux et le quatrième corps d’armée, composé de Francs, vers l’arrière. Ceux-ci libèrent les prisonniers, récupèrent le butin et repoussent les détachements hongrois occupés au pillage. Un combat rapproché s’engage ensuite entre les Hongrois et le gros de l’armée d’Otton, formé de Saxons et de Bavarois, affrontement fatal à la cavalerie légère hongroise. Les Hongrois commencent à fuir en désordre en tentant de repasser le Lech. Certains cherchent refuge dans les villages voisins, où ils sont attaqués et massacrés par les habitants[85],[89],[90].

Les Annales Sangallenses maiores affirment que Bulcsú est capturé dès le 10 août. Otton et son armée, qui subissent eux aussi de lourdes pertes, parmi lesquelles celle de Conrad, passent la nuit à Augsbourg, où l’évêque Ulrich les accueille. Le 11 août, le roi ordonne expressément de contrôler tous les points de passage sur les cours d’eau. Le même jour, l’armée auxiliaire bohémienne commandée par Boleslav Ier de Bohême affronte un important groupe de fuyards hongrois dans la partie orientale du Lechfeld. Lehel et Súr sont alors capturés près de la forteresse d’Ebersberg. La plupart des Hongrois sont tués ou faits prisonniers dans les deux jours qui suivent la bataille, Otton bloquant progressivement toutes leurs voies de retraite[91].

Exécution

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Après la bataille, Bulcsú et ses deux lieutenants, Lehel et Súr, sont conduits à Ratisbonne « quelques jours plus tard » (selon la Vita de saint Ulrich), où, sous l'autorité du duc Henri, gravement malade — qui ne participe pas à la bataille et meurt peu après —, ils sont condamnés à mort puis exécutés sur la place située devant le palais ducal. Les circonstances de leur mort sont rapportées de manière diverse par de nombreuses sources contemporaines ou postérieures[91]. Widukind écrit que « trois chefs du peuple avar [hongrois] furent capturés et conduits devant le duc Henri. Ils furent condamnés à une mort infamante, qu'ils avaient méritée. Leur cou se rompit sous l'effet de la pendaison »[92]. Les Annales Sangallenses maiores rapportent que « beaucoup [de Hongrois] furent capturés et pendus avec leur roi, appelé Pulszi [Bulcsú] »[93]. Le Necrologium Weissenburgensis indique que les exécutions ont lieu le 15 août 955[18],[94]. Johannes Aventinus raconte que les prisonniers sont remis à « Eberhard, chef des Bavarois, qui envoie ensuite le roi [Bulcsú] et les quatre princes [Lehel, Súr, Taksony et Csaba] auprès du duc Henri de Bavière à Ratisbonne. Là, devant la porte orientale tournée vers la Hongrie, ils sont conduits au gibet et exécutés par la corde »[93]. Simon de Kéza écrit quant à lui que « lorsqu'ils virent ce qui s'était produit, Lél et Bulcsú cherchèrent leur salut dans la fuite. Ils embarquèrent sur un bateau et descendirent le Danube dans l'espoir de rejoindre la Hongrie. Cependant, ils furent interceptés à hauteur de Ratisbonne et conduits prisonniers devant l'empereur (sic). Celui-ci les condamna à être pendus, et ils furent exécutés au gibet de Ratisbonne. [...] La vérité, telle qu'elle est rapportée dans les chroniques, est qu'ils proférèrent avec folie d'insolentes blasphèmes devant l'empereur et déclarèrent que, s'ils étaient mis à mort, plus aucun captif allemand ne serait désormais épargné : tous seraient soit réduits à une servitude perpétuelle, soit exécutés sans jugement. »[95]

L'exécution de Bulcsú représentée dans le Madrid Skylitzes du XIIe siècle.

Outre les sources occidentales, les auteurs byzantins évoquent également l'exécution de Bulcsú. Jean Skylitzès écrit qu'il est « capturé puis empalé par Otton, l'empereur des Francs »[71], tandis que Jean Zonaras affirme que Bulcsú est « crucifié » par les Francs[67]. Le Madrid Skylitzes représente Bulcsú nu, les mains liées, suspendu par une corde à une potence bifide, un genou relevé[66]. Le juriste Pál Szabó souligne que les deux auteurs byzantins emploient les verbes grecs (a)naskolopizw et a)nastaurw, qui désignent un mode d'exécution pour lequel une potence en forme de fourche peut servir aussi bien à la pendaison qu'à la crucifixion, en s'appuyant notamment sur le témoignage de Théophylacte Simocatta et sur l'illustration du Madrid Skylitzes. La terminologie juridique byzantine utilise également le verbe d'origine latine furkidzó pour désigner ce type d'exécution. Le chroniqueur primitif fait vraisemblablement référence à une pendaison, conformément aux sources occidentales, avant que les traductions ultérieures ne déforment progressivement cette tradition[96].

L'exécution de Bulcsú et de ses deux lieutenants constitue un événement exceptionnel au Xe siècle. Au cours des décennies précédentes, notamment en 924 et en 938, les chefs de guerre capturés sont généralement libérés contre le paiement d'une forte rançon ou la conclusion d'un pacte de non-agression. Gyula Kristó estime qu'Otton sait que les chefs militaires font l'objet d'un véritable culte au sein de l'armée hongroise et que leur disparition est susceptible de produire un effet paralysant, comme l'ont montré les événements de 954. Il recourt donc à cette peine particulièrement sévère afin de dissuader durablement les Hongrois de reprendre leurs invasions vers l'ouest[91]. La Vita contemporaine de saint Ulrich, rédigée par Gérard, souligne également que la pendaison des chefs hongrois est accomplie « pour couvrir leur peuple d'opprobre »[91]. György Györffy estime que l'exécution de Bulcsú et de Lehel provoque un profond traumatisme psychologique en Hongrie : conformément aux croyances de la mythologie hongroise, les trois chefs deviennent, dans l'au-delà, les serviteurs des Germains et, ayant été ensevelis sans honneur ni sépulture digne de ce nom, ils apportent le malheur aux vivants. Bien qu'une partie seulement de l'armée hongroise ait été détruite — comme le prouvent les campagnes menées contre Byzance jusqu'en 970 —, les Hongrois n'osent plus attaquer l'Occident[85],[97]. Dániel Bácsatyai considère que ces exécutions peuvent avoir été perçues comme un sacrifice nécessaire pour obtenir une paix durable, les Hongrois étant alors contraints d'abandonner leur gyepű situé entre les rivières Traisen et Enns[98]. D'autres historiens, notamment István Bóna, estiment enfin que l'exécution de Bulcsú est principalement voulue par le frère cadet d'Otton, le duc Henri, réputé pour sa violence et sa cruauté[11].

Héritage

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Tradition

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« En ce lieu, les illustres capitaines Lél et Bulcsú sont faits prisonniers et conduits devant l'empereur. Lorsque celui-ci leur demande pourquoi ils se montrent si cruels envers les chrétiens, ils répondent : « Nous sommes le châtiment du grand Dieu, envoyés par Lui pour vous frapper ; si vous nous capturez et nous mettez à mort, c'est parce que nous avons cessé de vous poursuivre. » L'empereur leur dit alors : « Choisissez la mort que vous souhaitez subir. » Lél lui répond : « Qu'on m'apporte mon cor, et lorsque j'en aurai sonné, je vous répondrai. » On lui apporte son cor ; s'approchant de l'empereur comme pour en jouer, il le frappe si violemment au front qu'il le tue d'un seul coup. « Tu marcheras devant moi, lui dit-il, et tu seras mon serviteur dans l'autre monde », car les Scythes croient que tous ceux qu'ils tuent de leur vivant sont contraints de les servir dans l'au-delà. »

Le capitaine Vérbulcsú représenté dans la Chronica Hungarorum du XVe siècle.

Les invasions hongroises de l'Europe au Xe siècle, ainsi que les chefs païens tels que Bulcsú, laissent un héritage ambivalent dans le royaume chrétien de Hongrie fondé en l'an 1000, où s'affirment progressivement une nouvelle identité politique et une nouvelle conscience nationale[99]. Avec le recul des siècles, la personnalité de Bulcsú demeure suffisamment marquante pour que, bien que ses actions soient déjà largement oubliées, les chroniqueurs du XIIIe siècle, Anonymus et Simon de Kéza, replacent tous deux sa vie à l'époque de la conquête hongroise, soit une ou deux générations plus tôt. Chez Anonymus, Bulcsú, présenté comme le fils de Bogát, est un « chef et commandant » d'Árpád. Aux côtés de Lehel et de Botond, il combat le seigneur bulgare Salan et ses alliés byzantins dans l'Entre-deux Danube-Tisza, avant de s'emparer de plusieurs forteresses en Slavonie. La Gesta Hungarorum rapporte ensuite que, lorsque le jeune Zolta succède à son père Árpád comme grand-prince, Bulcsú, Lehel et Botond mènent des campagnes en Carinthie et en Lombardie. Anonymus affirme à tort que Bulcsú et Lehel sont exécutés après la bataille de l'Inn en 913[100]. Simon de Kéza fait quant à lui figurer Bulcsú (« Vérbulcsú ») au septième rang des sept chefs hongrois qui conduisent leur peuple lors de la conquête du bassin des Carpates.[101] La Chronique enluminée reprend cette liste, mais y présente Bulcsú comme le sixième capitaine.[12] Les chroniques postérieures, notamment la Chronica Hungarorum, reprennent à leur tour cette tradition, tandis que Bulcsú apparaît également en pied comme sixième capitaine de la Hongrie dans le Mausolée Nádasdy du XVIIe siècle[102].

Les capitaines Lehel et Bulcsú devant l'empereur germanique (Chronique enluminée)

L'exécution de Bulcsú et de Lehel donne naissance à la légende populaire du « Cor de Lehel », qui cherche à atténuer le souvenir de la lourde défaite hongroise de la bataille du Lechfeld et à montrer que les deux chefs ne meurent ni dans le déshonneur ni comme serviteurs de leurs ennemis dans l'au-delà[103],[104]. Le chroniqueur Ákos, au milieu du XIIIe siècle, recueille cette tradition orale dans son ajout à l'Urgesta, ce qui lui permet d'être intégrée au texte de la Chronique enluminée ainsi qu'aux autres versions de la chronique. Simon de Kéza, en revanche, se montre sceptique quant à la véracité de ce récit : « Certains auteurs rapportent une autre version de leur destin et racontent cette histoire fantaisiste selon laquelle, lorsqu'ils furent conduits devant l'empereur, l'un d'eux [Lehel] le frappa à la tête avec son cor et le tua. Cette histoire est évidemment invraisemblable, et celui qui y croit fait preuve d'une grande crédulité. Les criminels sont, en effet, habituellement conduits devant les princes les mains liées. »[95]

La figure de Bulcsú influence peut-être également la littérature populaire allemande. Selon Heinrich Kunstmann, le nom du chef hunnique Craco, antagoniste de la Dollingersage — qui partage des origines communes avec la légende de Rasso — dérive du titre de harka porté par Bulcsú. Kunstmann estime que, dans le duel allégorique de Ratisbonne, qui symbolise la victoire allemande d'Augsbourg, le harka Bulcsú est transformé en Craco, chef païen représentant le camp des vaincus, avant d'être défait par le chevalier Hans Dollinger, incarnation des chrétiens germaniques. Il identifie en outre ce chevalier, précédemment emprisonné pour crime de lèse-majesté, à Liudolf, le fils rebelle d'Otton, finalement réconcilié avec son père[105].

Notes et références

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  1. Bácsatyai 2024, p. 10.
  2. Melich 1913, p. 326.
  3. Kristó 1995, p. 64.
  4. Kordé 1994, p. 133.
  5. Melich 1913, p. 327.
  6. 1 2 Pais 1956, p. 140–142.
  7. 1 2 Herényi 1971, p. 361.
  8. Bácsatyai 2024, p. 31–32.
  9. Anonymus, Notary of King Béla: The Deeds of the Hungarians (ch. 53), p. 116–117.
  10. Bácsatyai 2024, p. 23–25.
  11. 1 2 Szabados 2011, p. 202.
  12. 1 2 3 The Hungarian Illuminated Chronicle (ch. 33), p. 76–77. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : le nom « illu76 » est défini plusieurs fois avec des contenus différents.
  13. Herényi 2008, p. 29.
  14. Herényi 2008, p. 30.
  15. Róna-Tas 1999, p. 346.
  16. Tóth 2015, p. 355, 403.
  17. 1 2 3 Tóth 2015, p. 454.
  18. 1 2 3 4 Kordé 1994, p. 132.
  19. Anonymus, Notary of King Béla: The Deeds of the Hungarians (ch. 39), p. 84–85.
  20. Bácsatyai 2017, p. 160.
  21. Herényi 2008, p. 31.
  22. Tóth 2015, p. 264.
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  24. Tóth 2015, p. 67, 83, 294.
  25. 1 2 Szabados 2011, p. 82.
  26. 1 2 Porphyrogénète 1967, p. 179.
  27. 1 2 Moravcsik 1984, p. 49.
  28. Szabados 2011, p. 59, 185.
  29. 1 2 Kristó 1980, p. 351–353.
  30. Tóth 2015, p. 430–431.
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  33. Bácsatyai 2024, p. 46.
  34. 1 2 3 Bácsatyai 2024, p. 22–23.
  35. 1 2 3 Györffy 2013, p. 31–34.
  36. Herényi 1971, p. 366, 370–373.
  37. Kristó 1980, p. 453–454, 465, 480.
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  40. Herényi 2008, p. 32.
  41. Bácsatyai 2024, p. 11–12.
  42. 1 2 Bácsatyai 2017, p. 228.
  43. Kristó 1980, p. 271–275.
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  46. Kristó 1995, p. 61–62.
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  48. Róna-Tas 1999, p. 340–341, 381.
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  85. 1 2 3 4 5 Tóth 2015, p. 474–475.
  86. 1 2 Kristó 1985, p. 83.
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  88. 1 2 Kristó 1985, p. 84–88.
  89. Kristó 1980, p. 288–293.
  90. Kristó 1985, p. 89–92.
  91. 1 2 3 4 Kristó 1985, p. 93–94.
  92. Widukind: Deeds of the Saxons (Book Three, ch. 48), p. 128.
  93. 1 2 Szabó 2012, p. 168.
  94. Bácsatyai 2017, p. 110.
  95. 1 2 Simon of Kéza: The Deeds of the Hungarians (ch. 40), p. 92–95.
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  100. Anonymus, Notary of King Béla: The Deeds of the Hungarians (ch. 41–43, 53, 55), p. 85, 89–93, 117–119.
  101. simon85.
  102. Bácsatyai 2024, p. 9.
  103. Györffy 2013, p. 363.
  104. Bácsatyai 2024, p. 124–126.
  105. Kristó 1998, p. 33–34.

Sources

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Sources primaires

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  • Anonymus, « The Deeds of the Hungarians », dans Anonymus and Master Roger, CEU Press, (ISBN 978-963-9776-95-1)
  • Simon de Kéza (préf. Étude de Jenő Szűcs), The Deeds of the Hungarians, CEU Press, (ISBN 963-9116-31-9)
  • János M. Bak, László Veszprémy et Norbert Kersken, Chronica de gestis Hungarorum e codice picto saec. XIV, Budapest, Central European University Press, (ISBN 978-9-6338-6264-3)

Sources secondaires

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  • (hu) Dániel Bácsatyai, A kalandozó hadjáratok nyugati kútfői, HM Hadtörténeti Intézet és Múzeum, (ISBN 978-963-7097-83-6)
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  • (hu) Sándor László Tóth, A magyar törzsszövetség politikai életrajza, Belvedere Meridionale, (ISBN 978-615-5372-39-1)