Capitainerie générale du Chili

territoire de l'Empire espagnol de 1541 à 1818

La capitainerie générale du Chili, gouvernorat du Chili ou royaume du Chili est une division de l'Empire espagnol aux Amériques. Elle est créée en 1541 et comprend principalement les territoires actuels du Chili (du désert d'Atacama au Détroit de Magellan) ; elle est rattachée à la vice-royauté du Pérou et à la « Real Audiencia du Chili ».

Capitainerie générale du Chili
(es) Capitanía General de Chile

1540–1818

Drapeau Blason
Description de cette image, également commentée ci-après
Extension de la capitainerie jusqu'en 1796. Les territoires revendiqués sont en vert clair.
Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Santiago de Nouvelle-Estrémadure
Langue(s) Espagnol, mapudungun
Monnaie Réal espagnol colonialVoir et modifier les données sur Wikidata
Histoire et événements
Colonisation
Première Junte nationale
Bataille de Rancagua
Bataille de Chacabuco
Indépendance
Roi
1541–1566 Charles Ier
1813–1821 Ferdinand VII
Gouverneur
1541–1553 Pedro de Valdivia
1815–1818 Casimiro Marcó del Pont

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Après la conquête du Pérou et l'échec d'une première expédition menée par Diego de Almagro, Francisco Pizarro envoya Pedro de Valdivia soumettre les Mapuches à la domination espagnole en 1540. En 1541, Valdivia est nommé capitaine général et gouverneur de la « Nouvelle-Estrémadure » et continue l'expansion de l'Empire espagnol vers le sud. La Nouvelle-Estrémadure est cependant victime de nombreuses révoltes indiennes dont la guerre d'Arauco.

La Nouvelle-Estrémadure devient la « province du Chili » en 1552, puis capitainerie générale du Chili en 1789. Ces territoires sont cependant aussi connus comme « royaume du Chili » durant toute l'époque coloniale[1]. En 1565, la Real Audiencia du Chili est créée, la justice espagnole sur les territoires chiliens ne dépendent donc plus du Pérou, sauf pour les questions révélant de l'Inquisition.

Le gouverneur du Chili avait aussi le titre de capitaine général de la région et était théoriquement dépendant des vice-rois du Pérou. En réalité, les vice-rois du Pérou ne pouvaient intervenir au Chili qu'en cas de troubles graves (comme des attaques de corsaires et des soulèvements indiens) et le gouverneur maintenait certaines relations directes avec le roi d'Espagne.

Les troubles indépendantistes commencent à émerger à partir de 1810 avant que Bernardo O'Higgins ne déclare l'indépendance du Chili en 1818.

Limites

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Carte des districts du royaume du Chili (1776).

En 1548, le territoire théorique accordé au Gouvernorat du Chili par Pedro de la Gasca, président de l'Audience royale de Lima, s'étendait du parallèle 27° sud au parallèle 41° sud, à proximité de Copiapó et Osorno, avec une profondeur de 100 lieues vers l'est à partir de la côte du Pacifique. Cette délimitation avait été confirmée par le roi Charles Ier en 1542. En 1554, celui-ci étendit la frontière méridionale du Chili jusqu'au détroit de Magellan, à la demande de Jerónimo de Alderete, qui fut également nommé gouverneur du Gouvernorat de Terra Australis aux côtés du Chili à partir de 1555[2]. En 1557, la côte orientale de la Patagonie jusqu'au détroit de Magellan fut attribuée à Jaime Rasquín, ce qui créa un chevauchement avec les 100 lieues attribuées au Chili. En 1563, le Tucumán fut séparé du Chili. En 1570, les territoires attribués à Rasquín furent transférés à Juan Ortiz de Zárate, gouverneur du Río de la Plata et du Paraguay, maintenant ainsi le chevauchement des revendications[3].

La région autonome de l'Araucanie, reconnue comme telle en 1641 lors du Parlement de Quilín, était considérée, sur le papier, comme faisant partie du territoire du gouvernorat.

En 1680, la Recopilación de Leyes de Indias fut publiée et, en 1681, une cédule royale précisa que toutes les lois qui entraient en contradiction avec la Compilation étaient dépourvues de validité[4]. Dans le livre II, titre XV, la Compilation définit les territoires relevant des différentes Audiences royales. Dans le cas de l'Audience du Chili, elle est la seule à mentionner explicitement le détroit de Magellan. Le texte dispose que son ressort comprend « tout ledit royaume du Chili, avec les villes, bourgs, villages, lieux et terres compris dans le gouvernement de ces provinces, tant ce qui est actuellement pacifié et peuplé que ce qui sera réduit, peuplé et pacifié à l'intérieur et à l'extérieur du détroit de Magellan, ainsi que les terres situées à l'intérieur jusqu'à et y compris la province de Cuyo »[5]. Manuel Ravest Mora interprète cette disposition comme le retour de la côte orientale de la Patagonie sous l'autorité du gouvernorat de La Plata, ramenant ainsi la limite chilienne aux 100 lieues à partir de la côte.

En 1768, le Chiloé commença à être administré directement depuis le Pérou à titre temporaire. En 1788, il fut officiellement replacé sous l'autorité du Chili, mais cette décision resta théorique et ne fut jamais mise en œuvre par le vice-roi. Le territoire théorique de Chiloé s'étendait vers le sud jusqu'au cap Horn[6].

En 1770, le vice-roi du Pérou Manuel de Amat y Junyent organisa une expédition à la recherche de la prétendue « Terre de Davis », confiant à Felipe González Ahedo deux navires, le vaisseau de ligne San Lorenzo et la frégate Santa Rosalía, avec 546 marins. Il atteignit l'île le 15 novembre de la même année, en prit possession au nom de la Couronne espagnole et la baptisa Isla San Carlos, en l'honneur du roi Charles III.

En 1776, l'abbé Juan Ignacio Molina souligna l'importance de l'île de Pâques pour ses « statues monumentales » dans le cinquième chapitre consacré aux « îles chiliennes » de son ouvrage Historia Natural y Civil del Reino de Chile[7]. Le même ouvrage mentionne également les îles San Félix et San Ambrosio, appartenant à l'archipel des Desventuradas[8]. Les îles Juan Fernández étaient également revendiquées comme faisant partie du territoire chilien. En 1808, l'île Salas y Gómez fut découverte.

Le Chili perdit une partie importante de son territoire lors des réformes bourboniennes de Charles III. En 1776, les territoires correspondant aux villes de Mendoza et de San Juan, appartenant à la province de Cuyo, furent transférés sous l'autorité du nouveau Vice-royauté du Río de la Plata[2],[9].

Des documents et des cartes, notamment du XVIIIe siècle, représentent la Patagonie orientale comme faisant partie du territoire chilien de jure, tandis que d'autres documents produits par le vice-royaume du Río de la Plata lui attribuent cette région. Au XIXe siècle, les républiques nouvellement constituées contestèrent la souveraineté sur ce territoire jusqu'au règlement de 1881[10].

Sur la frontière septentrionale, le territoire contesté se situait entre l'embouchure du fleuve Loa et Paposo. Un fleuve Salado aurait dû se trouver dans cette région, mais son emplacement exact demeure inconnu. Les historiens chiliens citent fréquemment une carte d'Andrés Baleato datée de 1793 pour soutenir l'hypothèse d'une frontière située sur le fleuve Loa[2], ainsi que d'autres documents de cet auteur.

Notes et références

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  1. (es) Recopilación de Leyes de Indias, Libro II De las Leyes, Provisiones, Cedvlas, y Ordenanças Reales, Título XV «De las Audiencias, y Chancillerias Reales de las Indias», Ley XII Audiencia y Chancilleria Real de Santiago de Chile.
  2. 1 2 3 (es) Eyzaguirre, Jaime, Breve historia de las fronteras de Chile, Editorial Universitaria,
  3. (es) Ravest Mora, Manuel, « La Patagonia oriental según una real cédula de 1570 menospreciada por la historiografía chilena », Historia (Santiago), Instituto de Historia, vol. 38, no 2, , p. 445–464 (ISSN 0717-7194, DOI 10.4067/S0717-71942005000200007 Accès libre)
  4. Miguel Luis Amunátegui, La cuestión de límites entre Chile i la República Arjentina, vol. 3, Imprenta Nacional, , 157–158 p. (lire en ligne)
  5. Recopilación de Leyes de Indias, Libro II, Título XV, Ley 12, dans « Límites Chileno-argentinos ». Exposición Chilena, volume I, Imprimerie Chaix, Paris, 1902, p. 72.
  6. Isidoro Vázquez de Acuña, « La jurisdicción de Chiloé (siglo XVI al XX) su extensión, exploración y dominio », Boletín de la Academia Chilena de la Historia, vol. 60, no 103, , p. 141, 143–144, 147, 149, 157–158 (lire en ligne)
  7. Marcos Moncada Astudillo, « Isla de Pascua: El Chile de Ultramar », Polinesia Chilena, (lire en ligne)
  8. Giovanni Ignazio Molina, Compendio de la historia geográfica, natural y civil del reyno de Chile, (lire en ligne), p. 7
  9. Guillermo Lagos Carmona, Los Títulos Históricos: Historia de Las Fronteras de Chile, Andrés Bello, (lire en ligne)
  10. (es) Pablo Lacoste, La imagen del otro en las relaciones de la Argentina y Chile (1534–2000), Buenos Aires, Fondo de Cultura Económica, , 283–284 p. (ISBN 9789505575565)

Annexes

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