Capitalisme fossile

système économique fondé sur l'extraction et la combustion d'énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) pour assurer sa production et sa croissance infinie.

Le capitalisme fossile est un système économique fondé sur l'accumulation du capital, permise par l'exploitation massive des combustibles fossiles, principalement le charbon, le pétrole et le gaz naturel. Le concept est notamment associé aux travaux du géographe suédois Andreas Malm, qui soutient que le réchauffement climatique contemporain résulte historiquement de la formation d'un mode d'accumulation capitaliste dépendant des énergies fossiles plutôt que d'une responsabilité indifférenciée de l'humanité dans son ensemble. Le concept est fréquemment mobilisé dans les débats relatifs à l'Anthropocène, au Capitalocène, à l'écosocialisme et à la justice climatique.

Historique du concept

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Travaux de Andreas Malm

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L'expression trouve son origine dans l'ouvrage Fossil Capital: The Rise of Steam-Power and the Roots of Global Warming, publié par le géographe et professeur en écologie humaine Andreas Malm en 2016[1],[2],[3]. Celui-ci soutient que l'adoption de la machine à vapeur dans l'industrie textile britannique du XIXe siècle ne s'explique pas principalement par sa supériorité technique sur l'énergie hydraulique, mais par les avantages qu'elle procurait aux industriels pour contrôler la main-d'œuvre et concentrer la production dans les centres urbains[4]. Selon Malm, l'origine historique du réchauffement climatique doit être recherchée dans l'expansion du capitalisme industriel britannique et de son recours croissant au charbon plutôt que dans des caractéristiques universelles de l'espèce humaine[5],[6]. Cette approche s'oppose aux interprétations de l'Anthropocène attribuant la crise écologique à l'humanité dans son ensemble[7].

Théorie

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Le concept de capitalisme fossile repose sur l'idée que les énergies fossiles ne constituent pas simplement une source d'énergie parmi d'autres, mais un élément structurel du développement historique du capitalisme moderne[8]. Dans cette perspective, les infrastructures énergétiques, les États, les institutions financières et les grandes entreprises forment un ensemble interdépendant favorisant la poursuite de l'extraction et de la consommation de combustibles fossiles malgré la connaissance de leurs conséquences climatiques[9],[10],[11]. Le concept a contribué à populariser la notion de capitalocène, utilisée par plusieurs auteurs pour désigner une époque géologique et historique caractérisée par l'impact du capitalisme sur le système terrestre plutôt que par celui de l'humanité en général[12].

Capitalisme fossile et État

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Plusieurs chercheurs ont étendu l'analyse du capitalisme fossile au rôle de l'État[13],[14]. Le philosophe Mohamed Amer Meziane décrit ainsi l'existence d'un « État fossile », dont les institutions politiques et administratives participent à l'organisation de l'extraction énergétique, de l'expansion industrielle et du maintien des rapports de domination hérités de la colonisation[15]. Dans cette perspective, l'État moderne apparaît non seulement comme régulateur du secteur énergétique mais aussi comme un acteur central dans la reproduction des structures économiques reposant sur les combustibles fossiles[15].

Capitalisme fossile et numérique

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Les chercheurs Armel Campagne et Marc-Antoine Pencolé émettent l'hypothèse que le numérique ne rompt pas avec le capitalisme fossile, mais en constitue une nouvelle étape en prolongeant sa dépendance aux énergies fossiles et aux logiques d’accumulation du capital[16]. Les auteurs montrent que les technologies numériques, souvent perçues comme immatérielles, reposent en réalité sur des infrastructures très énergivores (centres de données, réseaux, terminaux) et sur l'extraction massive de ressources naturelles[16]. La numérisation renforce également le « voile technologique » : elle éloigne les utilisateurs des lieux de production, de pollution et d'extraction, rendant moins visibles les impacts environnementaux réels du numérique[16]. Elle reconfigure aussi la géographie mondiale des pollutions et de la production, en favorisant la délocalisation des activités et le transfert des coûts écologiques vers les régions les plus pauvres[16]. Enfin, les auteurs estiment que les plateformes numériques (Amazon, Uber, Deliveroo, etc.) permettent au capitalisme de mieux contrôler le travail et de limiter les résistances sociales, au prix d'une aggravation de la crise écologique[16].

Impacts

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Critiques et débats

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Le concept de capitalisme fossile fait toutefois l'objet de débats[17]. Certains auteurs lui reprochent de sous-estimer le rôle des facteurs technologiques, démographiques ou géopolitiques dans l'émergence de la société industrielle[18]. D'autres considèrent néanmoins qu'il permet d'identifier les responsabilités différenciées dans l'origine du changement climatique et d'éclairer les liens entre crise écologique, inégalités sociales, tensions géopolitiques et rapports de pouvoir économiques[19],[20],[21]. Des organisations environnementales telles que Greenpeace mobilisent également la notion pour souligner les tensions entre industries fossiles, justice sociale et objectifs climatiques internationaux[22].

Influence politique

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Depuis les années 2020, le concept de capitalisme fossile est largement repris dans les mouvements pour la justice climatique, l'écologie politique et l'écosocialisme[22]. Il est également mobilisé dans les analyses des stratégies des grandes entreprises énergétiques, de leur influence politique et du phénomène de greenwashing. Le terme est notamment utilisé par Andreas Malm dans ses réflexions sur les formes de mobilisation face à l'urgence climatique et dans sa critique de l'insuffisance des politiques de transition énergétique reposant exclusivement sur les mécanismes de marché[23].

Notes et références

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  1. ↑ Armel Campagne, « Andreas Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam-Power and the Roots of Global Warming, Verso, Londres, 2016 », Écologie & Politique, Éditions Le Bord de l’eau, vol. 54, no 1,‎ , p. 167a–187a (ISSN 1166-3030, DOI 10.3917/ecopo1.054.0167a, lire en ligne, consulté le )
  2. ↑ « Fascisme fossile et enseignements pour les Verts », sur Fondation de l'Écologie Politique, (consulté le )
  3. ↑ Nicolas Truong, « Andreas Malm, le Lénine de l’écologie », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  4. ↑ Andreas Malm, « Les origines du capital fossile : le passage de l'eau à la vapeur dans l'industrie du coton britannique », dans L'anthropocène contre l'histoire : Le réchauffement climatique à l'ère du capital, La Fabrique Éditions, coll. « Hors collection », , 248 p. (ISBN 9782358720953, lire en ligne), p. 65 à 140
  5. ↑ Andreas Malm, L'anthropocène contre l'histoire. Le réchauffement climatique à l'ère du capital, La Fabrique,
  6. ↑ « Les débuts du capitalisme fossile : épisode du podcast Capitalisme, une histoire de la Terre », sur France Inter, (consulté le )
  7. ↑ Armel Campagne, « Le Capitalocène. Aux racines historiques du dérèglement climatique », HAL open science,‎ (lire en ligne)
  8. ↑ Attac-Liege, « Andreas Malm : histoire et action directe au capitalocène », sur Attac Liège, (consulté le )
  9. ↑ Juliette Quef, « Mickaël Correia : « Le capitalisme fossile menace notre survie sur cette planète » », sur Vert, (consulté le )
  10. ↑ Mickaël Correia, Criminels climatiques. Enquête sur les multinationales qui brûlent notre planète, La Découverte,
  11. ↑ Alexis Geisler, « Capitalisme fossile », revue projet,‎ (lire en ligne)
  12. ↑ Patricia Wilson, « Andreas Malm : histoire et action directe au capitalocène », Attac Liege, Attac Liège,‎ (lire en ligne)
  13. ↑ Marius Bickhardt, Gauthier Delozière, Cannelle Gignoux, « Le marxisme écologique et la question de l’État », sur Contretemps, (consulté le )
  14. ↑ « Capitalisme fossile », sur Mouvement Utopia, (consulté le )
  15. 1 2 Mohamed Amer Meziane, Des empires sous la terre. Histoire écologique et raciale de la sécularisation, La Découverte, , « Anatomie de l'État fossile : la question du Sécularocène »
  16. 1 2 3 4 5 Armel Campagne et Marc-Antoine Pencolé, « Le numérique, stade suprême du capitalisme fossile ? », HAL open science,‎ (lire en ligne)
  17. ↑ Bue Rübner Hansen, « Lumières et opacités chez Andreas Malm », sur Terrestres, (consulté le )
  18. ↑ Armel Campagne, « Andreas Malm, Fossil Capital. The Rise of Steam-Power and the Roots of Global Warming », Écologie & Politique,‎ (lire en ligne)
  19. ↑ Juliette Quef, « Mickaël Correia : « Le capitalisme fossile menace notre survie sur cette planète » », Vert,‎ (lire en ligne)
  20. ↑ Adam Hanieh, « Capital fossile et impérialisme. Entretien avec Adam Hanieh », sur Contretemps, (consulté le )
  21. ↑ Mickaël Correia, « États-Unis : « Trump a profité de la séparation entre sexisme et capitalisme fossile » », sur Mediapart, (consulté le )
  22. 1 2 « Pourquoi le capital fossile est-il incompatible avec la justice sociale ? », Greenpeace Les blogs, Greenpeace Afrique,‎ (lire en ligne)
  23. ↑ « Fossil capital at 10: Andreas Malm on capitalism, energy, and resistance », Cultural Studies,‎

Bibliographie

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  • Andreas Malm, Fossil Capital: The Rise of Steam-Power and the Roots of Global Warming, Verso Books,
  • Andreas Malm, L'anthropocène contre l'histoire. Le réchauffement climatique à l'ère du capital, La Fabrique,
  • Jean-Marc Sérékian, Capitalisme fossile, Éditions Utopia, , 264 p. (ISBN 978-2919160334)
  • Mohamed Amer Meziane, Des empires sous la terre. Histoire écologique et raciale de la sécularisation, La Découverte,
  • Mickaël Correia, Criminels climatiques. Enquête sur les multinationales qui brûlent notre planète, La Découverte,
  • Adam Hanieh, « Capital fossile et impérialisme », Contretemps,‎ (lire en ligne)

Voir aussi

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