Homonculus sensitif

Historique
modifierL'homoncule est un terme créé au XVIe siècle par les alchimistes. Paracelse affirmait ainsi qu'on pouvait créer à partir du seul sperme nourri avec du sang un « petit homme », ou « homoncule », sans l'intervention de la femme[1].
En 1888, Meynert crée une théorie cortico-centrique en affirmant que « Le corps tout entier avec son tégument sensible, avec ses muscles, avec son squelette, surface d’attache de la musculature, n’est qu’un appareil d’expansion sensible et de prolongement moteur qui fournit, à l’activité du cerveau antérieur, les conditions qui lui permettent de s’approprier l’image du monde et de réagir sur elle.». Il définit le « moi » comme « noyau de l’individualité en dehors du monde extérieur, dans les limites du corps ». Mais sa théorie neurologique, parfois qualifiée de fantaisiste, n'est pas reprise[2].
La question de l'existence distincte d’un cortex sensitif par rapport au cortex moteur s'est posée lorsqu'on a constaté que des anesthésies corticales étaient souvent accompagnées de paralysies. Ce constat a amené trois hypothèses : celle d'un cortex purement moteur, celle d'un cortex exclusivement sensitif et celle d'un cortex sensorimoteur. En, 1909 Harvey Cushing atteste l’existence séparée de zones cérébrales sensitives en provoquant des sensations sans mouvement. Le concept de cortex sensoriel postule la constitution d'une image du corps en soustrayant à l'image du monde tous les éléments étrangers.
Description
modifierL'idée du « moi psychomoteur » postulé par Meynert reprend vie dans les expériences cliniques sur le cortex sensorimoteur à la fin des années 1930.
Wilder Penfield, jeune neurologue au Royal Hospital de l’Université McGill de Montréal pratique des techniques d’ablation des tumeurs cérébrales ou de foyers épileptogènes. Pour délimiter avec précision les zones supprimables en épargnant les fonctions essentielles, il stimule simplement le cortex après une incision du scalp sous une simple anesthésie locale.
En 1937, Penfield et Boldrey publient dans la revue Brain un article rassemblant les résultats de ces investigations sur 163 patients. L'article est illustré d’un cartogramme intitulé « homoncule sensorimoteur ». L’ensemble des projections sensorimotrices est représenté sous forme anthropomorphique par un corps, un visage, une langue et une gorge.
Dans sa seconde représentation de l'homoncule en 1950, Penfield répartit les représentations corporelles le long de deux hémisphères, l’un moteur, l'autre sensitif[3].
Il postule qu'il existe au niveau du gyrus post-central (circonvolution pariétale ascendante) une topographie qui correspond à la forme distordue de notre corps (on parle de somatotopie sensitive qui est comparable à celle de l'homonculus de Wilder Penfield). Une surface de cortex correspond à une surface du corps, mais la représentation d'une partie du corps est d’autant plus étendue sur le cortex que la sensibilité est fine, complexe, riche dans la zone corporelle considérée : par exemple la représentation imagée des pieds est plus grande que celle des jambes.
Ainsi, la sensibilité générale du corps se projette au niveau du lobe pariétal du cortex cérébral, en arrière du sillon central (scissure de Rolando). On distingue à son niveau trois territoires successifs :
- l’aire 3 correspond à la réception primaire, localisée au niveau de la circonvolution pariétale ascendante (gyrus post-central) ;
- et les aires 1 et 2 correspondent aux aires psychiques.
Révision
modifierLe , lors du Congrès de la Société de cartographie du cerveau humain, à Toronto, le Dr Christian Kell et ses collègues de Francfort et Hambourg rectifient une erreur inhérente aux expériences de stimulations électriques effectuées en 1950 par Penfield et Rasmussen lors d’opérations de neurochirurgie. L'homonculus comportait en effet depuis un demi-siècle une projection du pénis dans la face médiale des hémisphères cérébraux, soit au-delà du pied. Kell et coll. utilisent une stimulation tactile et l’IRM fonctionnelle amenant la projection à la place attendue, c’est-à-dire sur la convexité du gyrus central postérieur[4].
En 2011, Barry Komisaruk de l'université Rutgers publie un article dans la Société internationale de médecine sexuelle 2011 complétant correctement la cartographie des organes génitaux en rajoutant ceux de la femme. En effet le cortex sensoriel génital de l'homoncule de Penfield obtenu par stimulation électrique cérébrale avait été décrit uniquement chez l'être masculin. La projection du vagin, du col de l'utérus et du mamelon vers le cortex sensoriel humain n'avait pas été étudiée. L'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) a permis de cartographier les réponses corticales sensorielles à l’autostimulation clitoridienne, vaginale et cervicale. Elle a montré que des régions corticales sensorielles distinctes sont activées, et qu'elles sont toutes regroupées dans le cortex médian, le lobule paracentral médian. L’autostimulation du mamelon a activé le cortex sensoriel génital et la région thoracique de la carte homonculaire[5].
Notes et références
modifier- ↑ Annie Amartin-Serin, « Homonculus, Mandragore et Golem », Littératures européennes, , p. 31–56 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Mathieu Arminjon, « L’homoncule de Penfield : Une icône neuropsychologique ? », sur www.espacestemps.net (consulté le )
- ↑ Dana G. Smith, « Où se trouve le pénis sur la carte tactile du cerveau ? », Cerveau & Psycho, no 148, (lire en ligne)
- ↑ Damien Mascret, « L'homunculus retrouve son pénis », Le Généraliste no 2340, .
- ↑ (en) B. R. Komisaruk, N. Wise, E. Frangos et W. Liu, « Women's Clitoris, Vagina, and Cervix Mapped on the Sensory Cortex: fMRI Evidence », The Journal of Sexual Medicine, vol. 8, no 10, , p. 2822–2830 (ISSN 1743-6109 et 1743-6095, PMID 21797981, PMCID 3186818, DOI 10.1111/j.1743-6109.2011.02388.x, lire en ligne, consulté le )