Cato Bontjes van Beek
Cato Bontjes van Beek, née le à Brême, morte exécutée le à Berlin dans la prison de Plötzensee, est une résistante allemande au nazisme.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité | |
| Domiciles |
Pays-Bas (- |
| Activités |
Résistante, employée de bureau |
| Père |
Jan Bontjes van Beek (en) |
| Mère |
Olga Bontjes van Beek (en) |
| Fratrie |
Mietje Bontjes van Beek (d) |
| Parentèle |
Amelie Breling (d) (tante maternelle) Heinrich Breling (grand-père) |
| Personnes liées |
Mietje Bontjes van Beek (d), Libertas Schulze-Boysen, Heinz Strelow (en) |
|---|---|
| Lieu de détention |
Prison pour femmes de Barnimstrasse (en) (à partir de ) |
Biographie
modifierJeunesse et famille
modifierCato Bontjes van Beek est née à Brême le 14 novembre 1920.
Elle passe son enfance et son adolescence dans la colonie d'artistes de Worpswede/Fischerhude près de Brême. Son père, le céramiste Jan Bontjes van Beek (de) et sa mère la danseuse et peintre Olga Breling (de), ne sont pas très riches mais vivent dans une ambiance de grande agitation intellectuelle et artistique. Elle a un frère et une sœur, Tim et Mietje Bontjes van Beek (de). La famille compte plusieurs artistes. Le peintre Heinrich Breling est son grand-père, la céramiste et sculptrice Amelie Breling (de), le peintre Otto Modersohn et la peintre Paula Modersohn-Becker ses oncle et tantes, tandis que le peintre Christian Modersohn (de) et la peintre et chanteuse Louise Modersohn-Breling (de) sont ses cousins[1].
Les enfants Bontjes van Beek sont éduqués de façon libre en ce qui concerne la politique et la religion, ils ne sont pas baptisés[1]. Leurs parents divorcent au début des années 1930 et Jan Bontjes van Beek s'installe alors à Berlin où il se remarie avec une designeuse d'ascendance juive[2].
Cato Bontjes van Beek passe deux ans chez une tante à Amsterdam où elle fréquente l'école allemande. Elle en revient en 1933, l'année de l'arrivée au pouvoir de Hitler[2]. En 1937, elle fait un séjour de six mois comme jeune fille au pair à Winchcombe dans le sud de l'Angleterre. Elle y apprend l'anglais et s'initie aux philosophies orientales[2],[1].
Entrée dans la Résistance
modifierCato Bontjes van Beek n'intégre pas la Bund Deutscher Mädel[2]. mais, passionnée de vol à voile, s'engage dans l'aviation nationale-socialiste pour pouvoir voler.
En 1937, Cato Bontjes van Beek entre dans une école de commerce à Berlin et effectue un apprentissage de céramiste dans l'atelier de son père.
Fin avril 1940, elle est enrôlée dans le Service du travail du Reich et affectée au camp de Blaustein, en Prusse-Orientale pour effectuer des travaux agricoles[1],[3]. Elle est libérée prématurément en raison d'une blessure. Elle et sa sœur Mietje vivent à partir de ce moment chez leur père à Berlin[2],[1].
A Berlin, elle assiste aux arrestations de voisins juifs, ce qui la pousse à l'action, notamment en faisant des collectes pour leur venir en aide[1],[4]. Avec sa sœur Mietje, elle apporte également de l'aide aux travailleurs forcés ou prisonniers de guerre français et ukrainiens, échangeant des messages ou leur donnant des produits de première nécessité[5],[1],[4],[3].
« Tout le monde parle – et personne n'agit »
— Cato Bontjes van Beek
Cato Bontjes van Beek rencontre Libertas Schulze-Boysen chez son père, en septembre 1940 ou 1941. Celle-ci est active dans un groupe berlinois de ce réseau que la Gestapo désignera sous le nom de « Orchestre rouge ». Elle décide d'associer Cato Bontjes van Beek à leurs activités[1],[2].
Avec son ami, le poète Heinz Strelow (en) et tout un groupe de personnes, Cato Bontjes van Beek rédige, reproduit et distribue des tracts appelant à la à la fin de la guerre et au renversement du régime nazi[4],[2].
Arrestation et condamnation
modifierLe 26 août 1942, le contre-espionnage allemand parvient à décrypter un message radio de Moscou, qui contient des informations importantes sur le réseau, dont des adresses. Harro et Libertas Schulze-Boysen sont arrêtés le 31 août puis quelque 130 sympathisants[1],[4].
Cato Bontjes van Beek est arrêtée le par la Gestapo à Berlin, en même temps que son père et Heinz Strehlow[5],[1].
Elle est jugée dans une parodie de procès, avec huit autres accusés devant le Reichskriegsgericht pour Aide à une entreprise de Haute trahison à partir du 15 janvier 1943. Le tribunal est placé sous la présidence d'Alexander Kraell (de) et l'accusation est menée par le juge militaire principal Manfred Roeder (en)[4].
Cato Bontjes van Beek est condamné à mort et à la privation définitive de ses droits civiques pour « complicité de haute trahison et aide à l'ennemi» le [1]. Les lettres écrites par Cato Bontjes van Beek entre sa condamnation et son exécution montrent que, face à la mort, elle s'est plongée dans une profonde étude de la Bible, en particulier du Nouveau Testament. « Tout m’est apparu très clair et simple durant cette période. Je constate que beaucoup a été écrit au fil des siècles, mais que peu d’écrits ont perduré, et la Bible en fait assurément partie. Je suis très heureuse de posséder le Nouveau Testament… J’ai une foi profonde, et j’ai réalisé ici que j’ai toujours été religieuse, ce qui m’a considérablement fortifiée. »[6]
Le 21 juillet 1943, Adolf Hitler rejette personnellement sa demande de grâce, ainsi que seize autres demandes[7].
Exécution
modifierElle est guillotinée le soir du , à la prison de Plötzensee, à l'âge de 22 ans, avec quinze autres condamnés, dont Hilde Coppi, Klara Schabbel, Liane Berkowitz, Ursula Goetze, Rose Schlösinger et Oda Schottmülle, entre 5h et 5h 45[8],[4],[3]. La veille de son exécution, elle écrit à sa mère : « Mon cœur déborde de gratitude envers toi, et je vous laisse à tous tout mon amour. […] Quel dommage de ne laisser au monde que mon souvenir. »[1]
« Je ne suis absolument pas communiste. Je ne suis pas une personne politiique ; je veux seulement être une chose : un être humain. »
— Lettre à Rainer Küchenmeister
Heinz Strehlow est exécuté le 13 mai 1943[5], Jan Bontjes van Beek est libéré après trois mois de prison[9].
Après l'exécution
modifierAprès son exécution, le corps de Cato Bontjes van Beek est immédiatement transporté à l'Institut d'anatomie de Berlin et disséqué sur place par Hermann Stieve, directeur de l'institut. En accord avec les autorités, celui-ci fait régulièrement transporter les corps de personnes exécutées, surtout des jeunes femmes, à son institut pour ses recherches scientifiques. Les corps sont ensuite incinérés et enterrés anonymement[3],[10],[11].
En 2016, environ 300 échantillons de tissus provenant de la succession de Hermann Stieve sont découverts. Ces échantillons sont inhumés au cimetière de Dorotheenstadt à Berlin le 13 mai 2019, lors d'une cérémonie commémorative[12],[10].
Cloche des morts
modifierDébut septembre 1943, environ un mois après l'exécution de Cato Bontjes van Beek, Friedrich Frerichs, le surintendant de Lilienthal fait sonner le glas dans l'église de Fischerhude, puis annonce sa mort pendant l'office et récite une prière pour elle. Cette manifestation de solidarité envers la jeune femme lui vaut d'être arrêté par la Gestapo et emprisonné pendant quatre semaines[5].
Réhabilitation
modifierLe 23 octobre 1948, sa mère, Olga Bontjes van Beek rencontre des difficultés pour obtenir les différentes indemnisations auxquelles elle et sa fille ont droit et surtout pour la réhabilitation de sa fille. Elle doit mener une bataille judiciaire durant des années avant d'obtenir 11 154 DM début 1959[13]. L'ancien procureur général, Manfred Roeder, accuse en effet Cato Bontjes van Beek, comme tous les membre de l'« Orchestre rouge », d'espionnage au profit de l'Union soviétique, sans lien avec la résistance allemande[14],[1],[3].
En 1998, le Bundestag allemand abroge finalement toutes les condamnations pour haute trahison prononcées par le système judiciaire nazi avec la Loi allemande du 25 août 1998 sur l'annulation des jugements injustifiables du régime national-socialiste.
Hommages
modifier
- Une stèle commémorative à la mémoire de Cato Bontjes van Beek est placée sur la tombe familiale du cimetière de Fischerhude.
- Un stolperstein est apposé le 12 juin 2009 devant son dernier domicile, au 22 Kaiserdamm à Berlin-Charlottenburg[2]
- Une plaque dans le hall de l'hôtel de ville de Schöneberg lui rend hommage.
- Une stèle commémorative à son nom est dévoilée à l'aérodrome de Schönhagen en 2023, où Cato Bontjes van Beek a effectué sa formation de pilote[15]
- Le Lycée Cato Bontjes van Beek (de) de la ville d'Achim, qui porte son nom depuis 1991[16], a créé un centre d'archives, qui permet notamment aux élèves d'accéder à des documents et des sources relatifs à la biographie de Cato Bontjes van Beek. Il est inscrit au registre des « Lieux de mémoire » de la Bundeszentrale für politische Bildung (Agence fédérale pour l'éducation civique)[16].
- Un chemin à Fischerhude porte son nom, avec un panneau explicatif[5].
- Une maison de la culture à Berlin-Lichtenrade porte également son nom.
Bibliographie (sélection)
modifier- (de) Hermann Vinke, Cato Bontjes van Beek. Ein Porträt, Hambourg, Arche Verlag, (1re éd. 2003) (ISBN 978-3-7160-2696-0)
- (de) Hermann Vinke, Cato Bontjes van Beek: „Leben will ich, leben, leben.“ Die junge Frau, die gegen die Nazis kämpfte und ihr Leben ließ, Munich, Elisabeth Sandmann Verlag,, (ISBN 978-3-945543-80-1)
- (de) Heidelore Kluge, Cato Bontjes van Beek. „Ich will nur eins sein, und das ist ein Mensch“. Das kurze Leben einer Widerstandskämpferin, 1920–1943, Stuttgart, Urachhaus, (ISBN 3-8251-7003-9)
- (de) Jürgen Brodwolf, Cato lebt weiter, Stuttgart, Radius-Verlag, (ISBN 978-3-87173-344-4)
- Hélène Camarade, « Cato Bontjes van Beek: jeune membre de l'Orchestre rouge », Résistantes allemandes - des femmes face à Hitler, Paris, Nouveau Monde, , p. 209-241 (ISBN 978-2-38094-647-5)
Filmographie
modifier- Cato – Ein kurzes Leben im Widerstand. Film documentaire de Dagmar Brendecke, 2008, 90 minutes[17]
- Cato ist immer noch hier, film documentaire de Dagmar Brendecke, 2009[2]
- CATO.film documentaire de Dagmar Brendecke et Walter Brun, 2010[2]
- Cato Bontjes van Beek. Ihr redet alle, aber keiner tut etwas! Film documentaire de Thomas Grimm et Regina Griebel, 1991, 54 minutes[18]
- CATO Konzertfilm , de Helge Burggrabe, à loccasion du 100e anniversaire de Cato Bontjes van Beek, avec Julia Jentsch[19]
Théâtre
modifier- Fliegen will ich – Das kurze Leben der Cato Bontjes van Beek, de Dagmar Brendecke, 2012[20]
Exposition
modifier- Catos Welt. Das familiäre und künstlerische Umfeld der Widerstandskämpferin Cato Bontjes van Beek, Kunstverein Fischerhude, 2017[21]
Voir aussi
modifierLiens externes
modifierNotes et références
modifier- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Cato Bontjes van Beek » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (de) Lara Track, « Cato Bontjes van Beek – Frau im Fokus » [archive du ], sur www.lpb-bw.de, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (en) « Cato Bontjes van Beek | Stolpersteine in Berlin », sur www.stolpersteine-berlin.de (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « 6 / Cato Bontjes van Beek dans la résistance contre le national-socialisme – Centre Franco-Allemand de Provence » (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Anne Nelson, Red Orchestra : the story of the Berlin underground and the circle of friends who resisted Hitler, New York, Random House, (ISBN 978-1-4000-6000-9, lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 (de) Gudrun Heuschen, « Cato Bontjes van Beek », sur www.frauenorte-niedersachsen.de (consulté le )
- ↑ Cato Bontjes van Beek : Lettre du 28 mars 1943 à une amie.
- ↑ (de) « Die Rote Kapelle - Gedenkstätte Plötzensee », sur www.gedenkstaette-ploetzensee.de (consulté le )
- ↑ (de) Stadt Hennigsdorf, « Klara Schabbel », sur Stadt Hennigsdorf (consulté le )
- ↑ « Jan Bontjes van Beek - Biographie - », sur www.janbontjesvanbeek.de (consulté le )
- 1 2 (de) Sebastian Krüger, « Wissenschaft unter den Nazis: Späte Würdigung für NS-Opfer », Der Tagesspiegel Online, (ISSN 1865-2263, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Sabine Hildebrandt, « The women on stieve's list: Victims of national socialism whose bodies were used for anatomical research », Clinical Anatomy, vol. 26, no 1, , p. 3–21 (ISSN 0897-3806 et 1098-2353, DOI 10.1002/ca.22195, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Médecins nazis: l'Allemagne inhume des victimes plus de 70 ans après », sur www.i24news.tv, (consulté le )
- ↑ (de) Hermann Vinke, Cato Bontjes van Beek. Ein Porträt, Zurich, Hambourg, Arche, (ISBN 978-3-7160-2696-0), p. 213 et suiv.
- ↑ (de) Helmut Schmidt, « Nur eins sein ein Mensch », Die Zeit, (ISSN 0044-2070, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (de) « Ehrung der Widerstandskämpferin Cato Bontjes van Beek », sur stadt-trebbin.de (consulté le )
- 1 2 (de) Bundeszentrale für politische Bildung, « "Ort des Erinnerns" im Cato Bontjes van Beek-Gymnasium | Themen », sur bpb.de (consulté le )
- ↑ (de) imfernsehen GmbH & Co KG, « Cato – Ein kurzes Leben im Widerstand », sur fernsehserien.de, (consulté le )
- ↑ (de) « Filmdetails: Ihr redet alle... aber keiner tut etwas! Erinnerungen an Cato Bontjes van Beek (1991/2006) », sur www.defa-stiftung.de (consulté le )
- ↑ (de) « Cato Bontjes van Beek: Konzertfilm CATO von Helge Burggrabe », sur Burggrabe (consulté le )
- ↑ (de) Ulrich Dammann, « "Fliegen will ich" », Weser Kurier, (lire en ligne)
- ↑ « Cato – Literaturliste », sur apps.medienberatung.online (consulté le )