Cesare Pavese

écrivain italien (1908-1950)

Cesare Pavese (Santo Stefano Belbo, 1908 - Turin, 1950) est un écrivain, essayiste, journaliste et traducteur italien.

Cesare Pavese
Cesare Pavese dans les années 1940.
Biographie
Naissance
Décès
(à 41 ans)
Turin (Italie)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
Domiciles
Formation
Activités
Autres informations
Genre artistique
Distinction
prix Strega (1950)
Œuvres principales
signature de Cesare Pavese
Signature.
Plaque commémorative.

Né dans le bourg de campagne de Santo Stefano, dont était originaire son père, greffier de justice de son état, Pavese passa ses années de jeunesse et d’étudiant à Turin, comme collégien dans une institution d’enseignement classique, où il faisait partie d’une « confraternité » composée d’élèves et de professeurs antifascistes (dont Leone Ginzburg), puis comme étudiant en lettres anglaises. Au moins autant que par des préoccupations politiques, Pavese était mû par une haute et exigeante ambition artistique, ainsi qu’il ressort de ses premiers écrits, composés dès ses années de collège, où s’expriment déjà ses aspirations personnelles (création d’une œuvre poétique hors norme, consécration publique), quelques-unes de ses futures thématiques (solitude du poète refusant la médiocrité sociale ; la grande ville moderne, avec ses futiles amitiés masculines ; impossibilité du couple, reflet, comme la guerre, de la violence agressive ; hantise de la nature et du passé ; mythe de la femme indissociable de la nature et de la terre ; propension à l’isolement à la campagne, dont les vieux rites renvoyaient à l’enfance de l’humanité ; thème récurrent du suicide, ce « vice absurde », etc.) et certaines caractéristiques de son style (rôle des échanges dialogués, métaphores paysagères, réalisme et sobriété, en particulier dans la description des campagnes, vers libres).

Son diplôme universitaire en poche, il gagna sa subsistance par des cours scolaires ou par des leçons privées, et par des traductions d’auteurs majoritairement américains, dont il faisait grand cas et qu’il encensait dans ses articles de presse. En 1935, alors qu’il travaillait pour l’éditeur Einaudi comme directeur de collection, il se vit infliger, sur le soupçon d’« activités antifascistes », une mesure de résidence surveillée (confino) de trois années en Calabre, réduite à une année après son recours en grâce. Pendant l’occupation allemande de Turin (à partir de ), Pavese, au contraire de ses anciens camarades qui s’étaient engagés dans la lutte armée, se retira dans une zone rurale et vallonnée de l’est du Piémont pour y donner des classes et méditer. Revenu à Turin, confronté à la mort au combat ou sous la torture de beaucoup de ses anciens compagnons, il en conçut du remords, au point de souhaiter s’impliquer dans l’action politique concrète, décidant alors d’adhérer au PCI et écrivant pour des organes de presse communistes.

Son suicide par surdose de barbituriques dans une chambre d’hôtel à Turin a été interprété et expliqué diversement, notamment comme résultant de sa mauvaise conscience politique après sa passivité pendant la guerre (thèse défendue surtout par son ami et biographe Davide Lajolo), de ses déconvenues sentimentales à répétition et de sa maladresse envers les femmes (thèse psychanalytique de Dominique Fernandez), par sa désillusion politique (rupture avec le PCI), ou par des motivations plus intellectuelles (échec artistique, prise de conscience d’un irrémédiable défaut de génie et de son échec poétique, aliénation, difficulté d’être, tensions angoissées, etc.).

Écrivain torturé, Pavese a laissé, hormis ses traductions, une œuvre écrite comprenant une douzaine de livres (poèmes, romans psychologiques, nouvelles, essais), de laquelle les œuvres de fiction peuvent toutes être considérées comme des fragments autobiographiques, presque au même titre que son journal intime, publié après sa mort sous le titre Le Métier de vivre.

Biographie

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Origines familiales et enfance

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Maison natale de Pavese à Santo Stefano Belbo.

Cesare Pavese vint au monde en à Santo Stefano Belbo (province de Cuneo), gros bourg de campagne situé dans les Langhe, région de collines couvertes de roseaux ou de vignobles[1], et était le dernier enfant d’une fratrie de cinq. Son lieu de naissance est la cascina (vaste ferme en carré, typique de la Lombardie et d’une partie du Piémont) San Sebastiano, où la famille avait coutume de passer les étés. Son père, Eugenio Pavese, natif lui aussi de Santo Stefano Belbo, était greffier au palais de justice de Turin, où il résidait avec sa femme, Fiorentina Consolina Mesturini, issue d’une famille de commerçants aisés originaires de Ticineto (dans la province d'Alexandrie), et avec une sœur aînée Maria (née en 1902), dans un appartement via XX Settembre[2].

En dépit de l’aisance économique de la famille, Pavese n’eut pas une enfance heureuse : une sœur et deux frères, nés avant lui, étaient morts prématurément. La mère, d’une santé précaire, dut le confier, aussitôt après sa naissance, à une nourrice du hameau de Moncucco voisin, puis, quand elle l’emmena avec elle à Turin, à une autre nourrice.

Son père décéda d’un cancer au cerveau le , alors que Cesare avait cinq ans. Comme l’affirme l’analyste Vincenzo Arnone, « il y avait là déjà toutes les causes  familiales et affectives  pour faire surgir précocement le petit Cesare [et pour composer] une préhistoire humaine et littéraire qui allait accompagner et marquer la vie de l’écrivain ». La mère, de caractère autoritaire, dut élever seule ses deux enfants ; son éducation sévère exacerba le caractère introverti préexistant de Cesare[3],[4].

À l’automne de la même année 1914, la sœur contracta le typhus et la famille dut rester à Santo Stefano Belbo, où Cesare fréquenta la première année de l’école primaire[4] ; quant aux quatre années restantes du cycle primaire, il les accomplit à Turin, à l’institut privé Trombetta situé via Garibaldi. Comme l’indique Armanda Guiducci[5], « S. Stefano fut le lieu de sa mémoire et imagination ; le lieu réel de sa vie fut, pour quarante années, Turin ». Dans l’atelier du menuisier Scaglione, sur la grand-route qui mène de Santo Stefano Belbo à Canelli, Cesare fit connaissance avec Pinolo, le plus jeune des enfants du menuisier, qu’il allait plus tard évoquer dans plusieurs de ses œuvres, plus particulièrement dans La Lune et les Feux, sous la figure de Nuto, et à qui il restera toujours lié[6].

Vue générale de Santo Stefano Belbo, prise par un drone survolant de près la colline et le hameau de Moncucco, but favori de promenade de l’auteur. À l’avant-plan tout en bas, partiellement visible, le sanctuaire de Notre-Dame-des-Neiges (Madonna della Neve). En contrebas, le bourg traversé par la rivière Belbo. Sur la colline d’en face se dresse la tour médiévale. En haut à gauche, le cimetière, que longe la route de Canelli. À quelques centaines de mètres plus à gauche (c’est-à-dire vers le nord-est), sur la même route, on aperçoit ce qui reste de la cascina, dont l’ancien corps de logis (non visible car dissimulé par des frondaisons) est la maison natale de l’auteur.

Formation

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Consolina Mesturini Pavese, mère de l’écrivain.

En 1916, sa mère, ne parvenant plus à prendre en charge la gestion des métairies et incapable de supporter les dépenses, décida de vendre la cascina de Santo Stefano et d’acquérir dans la foulée une maison dans la localité de Reaglie, sur la colline du Pô, rangée de hauteurs dominant Turin au sud-est. Tout au long de sa scolarité, jusqu’à la mort de sa mère en 1930, Pavese allait habiter à ses cotés à Turin même, au n° 3 de la via Ponza, non loin de la Piazza Solferino et, dans les mois d’été, à Reaglie.

À Turin, Cesare suivit les cours de l’enseignement moyen inférieur à l’Istituto sociale, dirigé par les jésuites, puis fut inscrit en 1921 au lycée Massimo D'Azeglio, dans la section moderne, laquelle ne comportait pas l’étude du grec ancien. Il commença à se passionner pour la littérature, plus particulièrement aux romans de Guido da Verona et de Gabriele D'Annunzio. Il noua avec son compagnon d’études Mario Sturani, futur peintre et céramiste, une relation d’amitié qui durera toute sa vie, et se mit à fréquenter la Bibliothèque municipale (Biblioteca Civica) et à écrire ses premiers vers.

Pendant ses trois années de lycée, à la section B, il eut pour professeur d’italien et de latin l’antifasciste Augusto Monti (1881-1966), autour de qui se constitua au cours de ces années une « bande », composée d’élèves et d’anciens élèves et emmenée par Leone Ginzburg. Monti lui enseigna une méthode rigoureuse d’analyse littéraire frappée au sceau de l’esthétique de Benedetto Croce, abstraction faite de quelques concessions à De Sanctis. Pavese allait se faire plusieurs amitiés au cours de ses années de lycée, dont celle avec Tullio Pinelli, à qui il fera lire en premier le tapuscrit de Paesi tuoi (Par chez vous) et à qui il devait plus tard écrire une lettre avant son suicide. C’est alors aussi qu’il fit la découverte de l’œuvre d’Alfieri.

En 1925, alors qu’il était en seconde, Cesare Pavese dut rester chez lui et éviter l’école à cause d’une pleurésie qu’il avait contractée en s’attardant longtemps sous la pluie (de 6 h de l’après-midi jusqu’à minuit) dans la vaine attente d’une chanteuse-danseuse de variétés du nom de Milly (Carolina Mignone à l’état-civil), dont il était tombé amoureux et à qui il avait donné rendez-vous dans un local fréquenté par les étudiants[note 1].

Au printemps 1925, il risqua d’être reporté à octobre pour son baccalauréat, mais son professeur de mathématique Pilo Predella défendit sa cause et obtint qu’il soit reçu.

L’année suivante fut dramatiquement marquée par la mort tragique de son camarade de classe, Elico Baraldi, qui s’était ôté la vie d’un coup de revolver. Ainsi qu’il ressort de son journal intime de jeunesse, Baraldi était pour Pavese un modèle de courage, de qui il estimait devoir être à la hauteur, et avec qui il se mit à dialoguer par delà la vie[7] :

« Baraldi, toi qui m’as donné l’exemple et qui attends que, par mes paroles, j’aie finalement moi aussi dans le cœur ton courage, mais en un peu plus pâle seulement. Pardonne-moi tout ce temps lâche où je t’ai fait défaut[8]. »

Cesare Pavese (au deuxième rang, premier à partir de la gauche) comme élève au lycée D'Azeglio de Turin en 1923.

Pavese eut la velléité d’imiter ce geste, comme en témoigne le poème envoyé le à son ami Sturani :

« J’ai marché un soir de décembre
par un sentier de campagne
tout déserté, avec le tumulte au cœur.
J’avais sur moi un revolver[9]. »

En 1926, une fois décroché son baccalauréat, il envoya à la revue Ricerca di poesia quelques poèmes lyriques, qui furent refusés. Il s’inscrivit à la faculté des Lettres de l’université de Turin et continua à écrire et à étudier avec ferveur la langue anglaise, enthousiasmé par la lecture de Sherwood Anderson, de Sinclair Lewis et surtout de Walt Whitman, pendant que ses amis se joignaient à ceux destinés à devenir par la suite des intellectuels antifascistes de premier plan, tels que Leone Ginzburg, Norberto Bobbio, Massimo Mila et Giulio Einaudi.

C’est l’époque aussi où il visita les maisons closes, y faisant son initiation à la sexualité. Par lettres, il en faisait part à Monti, devenu son confident malgré la différence d’âge. Il lui révéla aussi ses ambitions littéraires. Au bout de maintes tentatives, lui communiqua-t-il, il avait réussi à écrire un premier poème digne d’être montré et qui lui était dédié, avec pour titre : I mari del Sud (littér. les Mers du Sud), poème qui allait figurer plus tard à l’orée de son recueil de poésie Lavorare Stanca (Travailler fatigue).

Toujours vers 1927, il cofonda, conjointement avec d’autres jeunes prometteurs, dont Norberto Bobbio, Massimo Mila, Leone Ginzburg, Enzo Monferini, Mario Sturani, devenu peintre entre-temps, puis plus tard Giulio Einaudi lui-même, une « confraternité », dans le cadre de laquelle ils prirent l’habitude de se rencontrer au logis de l’un ou de l’autre en vue de discussions littéraires ou politiques. Le groupe se distingua très bientôt par son engagement antifasciste, dont témoigne en particulier la lettre de solidarité envoyée en 1929 à Benedetto Croce. Parmi les membres de ladite confrérie  lesquels, outre leur positionnement antifasciste, partageaient l’ambition commune d’accomplir quelque chose de grand dans la vie , figuraient le philosophe Ludovico Geymonat, l’homme politique et critique littéraire Franco Antonicelli, le musicologue Massimo Mila, intervenant en tant qu’expert en matière musicale, et Ginzburg, comme référence pour tout ce qui touchait à la littérature russe (il avait déjà alors traduit Tolstoï et Gogol), le tout sous les auspices de Monti, qui dans ces années travaillait à son livre I Sanssôssì, et avec qui Pavese allait continuer d’entretenir des relations d’amitié attestées par des échanges épistolaires soutenus se prolongeant jusqu’à la fin de la vie de l’auteur[10].

Leone Ginzburg, camarade de lycée de Pavese et militant antifasciste.

L'intérêt que portait Pavese à la littérature américaine n’avait cessé de croître, et il commença à réunir des matériaux en vue de son mémoire de fin d’études, tout en poursuivant ses timides amours empreintes de sa vision angélique de la femme. En même temps, il s’immergeait de plus en plus dans la vie citadine, d’après ce qu’il en écrivait à son ami Tullio Pinelli :

« Je ne sais plus maintenant si c’est par l’influence de Walt Whitman, mais je donnerais 27 campagnes pour une ville comme Turin. La campagne sera bonne pour un repos momentané de l’esprit, bonne pour le paysage, voir cela puis s’échapper vite dans un train électrique, mais la vie, la vraie vie moderne, comme moi je la rêve et la crains est une grande ville, pleine de vacarme, d’usines, de palais énormes, de femmes folles et belles (mais pas tant que je ne puisse les approcher)[11]. »

Lisant Babbitt de Sinclair Lewis, Pavese fut pris du désir d’appréhender à fond l’argot américain (slang), raison pour laquelle il entama une copieuse correspondance avec un jeune musicien italo-américain, Antonio Chiuminatto dont il avait fait la rencontre quelques années auparavant à Turin et qui l’aida à approfondir sa connaissance de l’américain contemporain. Pavese s’exprima comme suit devant son correspondant d’outre-océan[12] :

« Personnellement, je crois que le slang n’est pas une langue distincte de l’anglais comme l’est par exemple le piémontais par rapport au toscan […] Je vous le dis : tel mot est du slang et tel autre est classique. Mais se pourrait-il que le slang soit autre chose, à savoir : le tronc des mots et expressions anglais nouveaux, continuellement façonnés par les gens qui vivent, comme les langues de tous les temps ? Je veux dire : il n’y a pas de ligne qui peut être tracée entre les mots anglais et ceux du slang comme entre deux langues différentes […][13]. »

Son affinité pour la littérature américaine, exprimée plus tard dans des essais et des articles de presse, joua un rôle déterminant dans l’émergence du néoréalisme en Italie[14]. C’est du reste sur le modèle de la langue américaine que Pavese, dans Ciau Masino, son premier livre proposé à l’édition, s’évertua à expérimenter un langage littéraire nouveau, truffé d’expressions calquées sur le parler piémontais, dans sa quête d’une langue « moderne », apte à répondre au besoin d’un outil langagier vivant et à même de surmonter une tradition académique désormais obsolète. Le refus de publication que les éditeurs lui signifieront provoqua une panne seulement momentanée de sa prose, laquelle allait mûrir au cours des dix années suivantes d’une façon autonome vis-à-vis des modèles américains et aboutir dans un premier temps à Paesi tuoi (Par chez vous)[15].

En 1930, Pavese soutint sa thèse de fin d’études, intitulée Sulla interpretazione della poesia di Walt Whitman (littér. Sur l’interprétation de la poésie de Walt Whitman), mais Federico Olivero, le professeur devant qui il devait la défendre, la rejeta au dernier moment, au motif qu’elle était trop imprégnée d’esthétique crocienne et, partant, scandaleusement libérale à l’ère fasciste. Cependant, Leone Ginzburg intervint en sa faveur et la thèse de Pavese fut acceptée par le professeur de littérature française Ferdinando Neri, Pavese obtenant alors son diplôme avec une note de 108/110[16].

Premiers pas dans la carrière littéraire : Lotte di giovani

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Les écrits de jeunesse de Pavese présentent déjà la plupart des caractéristiques de son œuvre ultérieure. On y note la volonté de développer une thématique « moderne », axée sur la société turinoise contemporaine, industrialisée et mécanisée, et sur le malaise d’un jeune incapable de s’adapter à cette modernité. Dans le recueil de poèmes et de nouvelles Ciau Masino (1930-1932), Pavese met en scène des personnages appartenant au monde des usines, que côtoient des figures issues du milieu bourgeois, en particulier des artistes ratés[12]. Des auteurs américains, Pavese emprunte la technique d’insérer dans le récit des éléments du paysage fortement associés à la vie psychique des personnages et dotés d’une valeur symbolique[17]. Les héros pavésiens de l’époque correspondent à des types figés, repris dans les récits ultérieurs, avec une coïncidence frappante quant aux situations et au lexique, et avec un notable contenu autobiographique. Dans les premières proses se distinguent en particulier quelques figures spéculaires de l’auteur, telles que l’artiste raté, alter ego pavésien par excellence, le mendiant et la prostituée, évoluant en marge de la société, et auxquels il est uni par un profond sentiment de solitude[18].

L’ambition des jeunes pavésiens en est une morbide, qui tend à centrer toute l’expérience existentielle sur la performance artistique et qui est marquée par une détermination quasi-obsessionnelle de réaliser une œuvre par le biais de laquelle s’élever au-dessus de la masse informe, au prix d’une lutte contre la société et ses modèles littéraires jugés surannés et inaptes à se faire les interprètes de la vie moderne, et ce en collaboration avec d’autres jeunes ambitieux, doués d’une inspiration innée et d’un tempérament hardi, prêts à s’affronter avec les artistes à la réputation établie. Dans cette lutte entre faibles et titans, Pavese se place toujours du côté des vaincus qui, menacés par le spectre de l’échec, réagissent à la perspective d’une existence anonyme par le renoncement à la vie. Le suicide, seul geste de puissance accordé au faible, est compris, dans les années de jeunesse de l’auteur, comme un acte de rébellion héroïque face à un rang social médiocre[19].

Cesare Pavese.

Pendant ses années de lycée, d’ à , Pavese travailla à mettre en œuvre un ambitieux projet littéraire. De façon inconstante, en rassemblant et consignant notes et réflexions, il s’attela à la rédaction d’un roman intitulé Romanzo della gioventù (Roman de la jeunesse) exprimant les idées, les ambitions, et surtout les luttes existentielles de la jeunesse moderne, et les espérances de réussite littéraire et de renommée du jeune auteur[20]. Pourtant, en mars 1926, Pavese dut prendre acte de l’échec de son projet de roman[21]. En effet, en raison des difficultés éprouvées par Pavese à parvenir à une œuvre coordonnée, organique et cohérente sur le plan narratif, la difficulté à parvenir à un équilibre entre personnages et milieu, entre discours indirect et dialogue, l’impuissance à faire de chaque personnage un représentant crédible de la jeunesse moderne, le roman resta à l’état d’ébauche. La difficulté de représentation dérivait de la multiplicité des personnages, mais surtout de leur considérable diversité psychologique et morale[22].

Néanmoins, les matériaux recueillis pour ce projet abandonné allaient être exploités en partie en vue de l’écriture de pièces en prose plus courtes, sous la forme de nouvelles prenant pour sujet les mêmes luttes de la jeunesse moderne, mais où les trajectoires de types de personnage différents étaient traités non plus en corrélation entre eux, mais séparément et individuellement[23], l’accent restant placé sur cette question fondamentale, de dimension manifestement autobiographique, traversant les écrits de jeunesse de l’auteur, savoir : le combat du jeune artiste pour émerger de l’anonymat et acquérir renom et consécration publique[24]. Ce recueil de nouvelles, intitulé Lotte di giovani (littér. Luttes de jeunes), met en scène de jeunes artistes velléitaires et peu sûrs d’eux-mêmes, perclus du sens de leur inaptitude et du désir de mort. Les personnages féminins ne sont autres que des projections de l’esprit de l’auteur, que ce soit la prostituée, protagoniste du récit Per le strade di notte, ou la midinette, héroïne de Una breve opera[25]. Les personnages sont censés incarner des types de jeune, distincts quant à leur façon de faire et de penser, chacun luttant avec les armes dont la nature l’a équipé et en fonction de sa singularité, et obtenant des résultats différents. Néanmoins, leurs histoires sont étroitement imbriquées par le truchement des liens d’amitié et des relations sentimentales[26].

Le style de Pavese, à cette époque de jeunesse mais aussi dans la suite, est marqué par le rôle proéminent des échanges dialogués, innombrables et hautement fonctionnels, car indicatifs du caractère de chacun des protagonistes. La référence littéraire est, sur ce point, Shakespeare, qui, aux yeux de Pavese, a su créer les meilleurs personnages de la littérature et utiliser au mieux le dialogue comme outil indispensable pour relier les personnages entre eux[27].

Dans le projet de roman (dont les feuillets ont été retrouvés, dûment catalogués et conservés), l’individu « indécis », désigné aussi comme le « désespéré », le « disgracié », le « faible », qui « lutte sans réussir », et nommé invariablement Guido dans les notes de l’auteur, seul personnage présent dans presque tous les cahiers du roman[28], caractère mal assuré sur tous les plans[29], a été modelé par Pavese sur l’image qu’il se faisait de lui-même, ainsi qu’il ressort d’une de ses dernières notations[30]. Ce Guido, défini comme « tourmenté par une aspiration à la gloire et impuissant à y parvenir par l’application minutieuse et continuelle qui s’impose », meurt « consumé par l’effort infructueux ». Le mobile du suicide de Pavese n’est donc pas exclusivement la déception sentimentale, mais aussi et surtout la conscience d’un irrémédiable défaut de génie, la conscience d’avoir échoué dans la seule chose qui lui tenait à cœur, l’art poétique[31].

Outre l’importance du dialogue, Pavese indiquait, sur certains feuillets du projet de roman datés de 1924, comme prémisse stylistique conditionnant le bon roman (et qu’il devait mettre en application dans sa maturité) la métaphore paysagère, figure de style dont Pavese discernait l’emploi également dans l’œuvre de Shakespeare, qui était pour Pavese le modèle absolu de la dramatisation du récit et qui l’est resté au fil des ans[32],[33]. Non seulement l’auteur anglais a-t-il su faire du dialogue l’instrument privilégié pour exprimer les passions humaines, mais encore a-t-il créé des images propres à représenter « le coup d’œil donné aux choses extérieures au cours de la narration attentive de faits d’importance humaine » ; il a « découvert le paysage et l’art de l’imbriquer dans le dialogue »[34].

Activité de traducteur et enseignement

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L’antifasciste Tina Pizzardo.

À la suite de la mort de sa mère cette même année 1930, Pavese s’en alla résider avec sa sœur Maria et la famille de celle-ci (c’est-à-dire le mari Guglielmo Sini et leurs deux fillettes Cesarina et Maria Luisa) dans la maison de la via Lamarmora no 35, où il devait vivre jusqu’à l’avant-dernier jour de sa vie. Pour assurer sa subsistance, il se lança dans l’activité de traduction, l’exerçant de façon systématique, parallèlement à l’enseignement de la langue anglaise et à la publication, à partir de , dans la revue La Cultura dirigée par Arrigo Cajumi, d’articles de critique littéraire traitant d’auteurs américains qu’il découvrait et qu’il était occupé à traduire.

Sa première traduction fut celle de Our Mr. Wrenn de Sinclair Lewis, pour l’éditeur Enrico Bemporad, en 1931. Pour une rémunération de 1 000 lires, il traduisit Moby Dick d’Herman Melville et Dark Laughter (sous le titre Riso nero) de Sherwood Anderson. Il écrivit un essai sur ce dernier et, toujours pour le compte de La Cultura, un article sur Spoon River Anthology d’Edgar Lee Masters, un autre sur Melville et un encore sur O. Henry. Un des jalons de cette même année est le premier poème de Travailler fatigue. De à , Pavese composa un cycle de récits et de poésie intitulé Ciau Masino, longtemps demeuré inédit, qui sera publié pour la première fois en 1968 dans une édition hors commerce, concomitamment au premier volume des Racconti (récits) de ses œuvres complètes (Opere di Cesare Pavese).

Il lui fut donné d’effectuer des remplacements dans des écoles de Bra, de Verceil et de Saluzzo, et de donner des leçons au lycée classique G. Baldessano de Carmagnola ; il se mit même à donner des cours privés et à enseigner dans des écoles du soir. En 1933, pour pouvoir enseigner dans des écoles publiques il finit par céder, quoique de mauvaise grâce, aux insistantes pressions de sa sœur et de son beau-frère et prit une carte de membre du Parti national fasciste, ce qu’il devait plus tard reprocher à sa sœur Maria dans une lettre du , écrite depuis la prison de Regina Coeli : « À suivre vos conseils, et l’avenir, et la carrière, et la paix, etc., j’ai fait une première chose à l’encontre ma conscience ».

Il poursuivit ses activités de traducteur et d’enseignant en langue, ne les cessant qu’en 1947. En 1933, il livra une traduction du 42e parallèle de John Dos Passos et de Portrait de l'artiste en jeune homme de James Joyce. Il eut à cette époque une relation sentimentale orageuse avec Tina Pizzardo, la « femme à la voix rauque », à qui il allait dédier les vers d’Incontro dans le recueil de poésie Travailler fatigue :

« Je l’ai rencontrée un soir : une tache plus claire
sous les étoiles ambiguës, dans la brume d’été.
Il y avait à l’entour la senteur de ces collines
plus profonde que l’ombre, et tout à coup je songeai
comment aurait pu surgir de ces collines, une voix plus nette
et âpre en même temps, une voix des temps perdus[35]. »

Poste chez l’éditeur Einaudi

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Giulio Einaudi avait entre-temps fondé sa maison d’édition. Deux revues, La Riforma Sociale de Luigi Einaudi (père de Giulio) et La Cultura, conçue par Cesare De Lollis et dirigée alors par Cajumi, furent fusionnées, donnant le jour à une nouvelle publication, La Cultura, dont Leone Ginzburg allait assumer la direction. Cependant, en 1934, nombre de participants du mouvement Giustizia e Libertà, dont aussi Ginzburg, furent arrêtés, suite à quoi la direction de la revue passa à Sergio Solmi. Après que Pavese eut demandé à la maison d’édition que ce soit lui qui remplace Ginzburg, au motif qu’il était politiquement le moins compromis, et que cette demande eut été entendue, sa collaboration avec Einaudi débuta à partir de mai de cette année, Pavese prenant la tête pendant un an de La Cultura et prenant à sa charge la section d’ethnologie.

Toujours en 1934, grâce à la recommandation de Ginzburg, Pavese réussit à envoyer à Alberto Carocci, directeur à Florence de la revue Solaria, les poèmes de Travailler fatigue. Ceux-ci furent alors lus par Elio Vittorini, qui émit un jugement positif, si bien que Carocci décida de les publier.

Arrestation et condamnation pour antifascisme

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En 1935, Pavese, se proposant de reprendre son activité d’enseignement, démissionna de sa fonction chez Einaudi et se prépara à se soumettre aux examens de latin et de grec, mais le , par suite d’une délation de l’écrivain Dino Segre[36], les intellectuels liés à Giustizia e Libertà furent mis en détention. Pavese, soupçonné de fréquenter le groupe d’intellectuels autour de Ginzburg, subit une perquisition à son domicile durant laquelle fut trouvée, parmi ses papiers, une missive d’Altiero Spinelli, écroué pour raisons politiques dans la prison romaine. Accusé d’antifascisme, Pavese fut arrêté à son tour et incarcéré d’abord à la prison Le Nuove de Turin, puis à Regina Coeli à Rome, avant d’être condamné au terme de son procès à trois ans de confino (résidence surveillée) à Brancaleone, en Calabre, où il connut Vincenzo De Angelis. En réalité, Pavese était innocent en l’occurrence, parce que la lettre trouvée dans son logis était adressée à Tina Pizzardo, la « femme à la voix rauque » de qui il était épris. Celle-ci, très engagée politiquement, était affiliée au Parti communiste clandestin et était restée en contact épistolaire avec Spinelli, dont les lettres parvenaient au domicile de Pavese, ce dernier lui ayant donné la permission d’utiliser son adresse.

Cesare Pavese.

Le , Pavese se rendit en Calabre, à Brancaleone, d’où il écrivit à Augusto Monti[37] :

« Ici, les paysans m’ont accueilli humainement, m’expliquant que, du reste, il s’agissait d’une de leurs traditions et qu’ils en agissent ainsi avec tous. Je passe la journée à faire des tours, je lis çà et là, je réétudie pour la troisième fois le grec, je fume la pipe, je laisse venir la nuit ; m’indignant chaque fois de ce que, avec tant d’inventions fameuses, le génie italique n’ait pas encore élucubré une drogue qui vous administre une léthargie à volonté, dans mon cas pour trois ans. Pour trois ans ! Étudier n’est qu’un mot ; on n’est apte à rien qui vaille dans cette incertitude de la vie, si ce n’est savourer, dans toutes ses qualités et quantités les plus sordides, l’ennui, le désœuvrement, la sécheresse, le dégonflement, le spleen et le mal au ventre. J’exerce les plus misérables des passetemps. L’attrape les mouches, je traduis du grec, je m’abstiens de regarder la mer, je parcours les champs, je fume, j’entretiens les zibaldone, je relis la correspondance venant de la patrie, j’observe une inutile chasteté. »

En octobre de cette année, Pavese commença à tenir ce que dans la lettre à Monti il avait désigné par « zibaldone » (mélange, miscellanées, mot employé par Leopardi), c’est-à-dire un journal intime appelé à devenir plus tard Le Métier de vivre. Sur sollicitation de sa sœur, il introduisit un recours en grâce, à la suite duquel il se vit accorder une remise de peine de deux ans[38].

En 1936, pendant son confino, parut la première édition du recueil de poésie Travailler fatigue, mais passa presque inaperçue, malgré sa forme hautement innovante.

Retour à Turin

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Le , Pavese put donc retourner à Turin, mais eut la désillusion de voir Tina Pizzardo s’apprêter à épouser un autre homme et de constater que ses poèmes avaient été ignorés par la critique. En mai, un autre de ses amis de collège, Carlo Predella, fils du professeur de mathématiques qui onze ans auparavant avait pris sa défense, se suicida avec le même mode opératoire qu’Elico Baraldi. Pour subvenir à ses besoins, Pavese reprit son travail de traducteur et traduisit en 1937 La Grosse Galette (The Big Money) de John Dos Passos pour l’éditeur Mondadori et Des souris et des hommes de John Steinbeck pour la maison d’édition Bompiani. Il accepta de travailler chez Einaudi à partir du , dans un emploi stable et pour un salaire de mille lires par mois, au service des collections Narratori stranieri tradotti (Narrateurs étrangers traduits) et Biblioteca di cultura storica (Bibliothèque de culture historique), tout en traduisant Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders de Daniel Defoe, puis l’année suivante David Copperfield de Charles Dickens, en plus d’Autobiographie d'Alice Toklas de Gertrude Stein[14].

Passage à la prose

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Dans les années de jeunesse de Pavese, son élan créateur était tendu avant tout vers la production poétique, qui fut constante et copieuse[39]. Quand il écrivait en prose, il semblait privilégier la forme narrative de la nouvelle, plus immédiate comparé au roman, utilisant celle-ci non seulement dans les textes en prose successifs de Ciau Masino (écrits entre 1930 et 1932), mais également dans le recueil de la maturité Feria d’agosto, qui regroupe des récits écrits de 1941 à 1944[39]. Toutefois, les nouvelles de Pavese n’allaient être publiées qu’à titre posthume, d’abord sous les espèces du recueil Notte di festa (littér. Nuit de fête), puis du volume I racconti. Du au , il acheva de rédiger son premier court roman, intitulé Il carcere (La Prison ; le titre choisi tout d’abord était Memorie di due stagioni, littér. Mémoires de deux saisons), où il évoquait son expérience du confino et qui n’allait être publié que dix ans après. Du au , il écrivit Paesi tuoi (Par chez nous, littér. Tes villages), paru en 1941, qui sera sa première œuvre de narration à être imprimée.

Dans le même temps, l’activité du groupe clandestin Giustizia e Libertà et celle des communistes emmenés par Ludovico Geymonat s’intensifiait après que Leone Ginzburg fut revenu de son lieu de confino à Pizzoli, dans les Abruzzes. Pavese, qui était clairement antifasciste, à défaut d’un positionnement politique précis et déclaré, s’y impliqua et se mit à assister avec un intérêt croissant aux fréquentes discussions qui se tenaient à la maison de ses amis. À cette période, Pavese fit connaissance avec le journaliste Giaime Pintor (1919-1943), qui contribuait alors à quelques revues littéraires et occupait une fonction chez Einaudi comme traducteur de l’allemand et comme conseiller, et avec qui il noua une solide amitié.

Années de guerre

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En 1940, tandis que l’Italie était entrée en guerre, Pavese se lança dans une nouvelle aventure sentimentale, cette fois avec une jeune universitaire, du nom de Fernanda Pivano, qui avait été son élève au lycée D’Azeglio et qui lui avait été présentée par Norberto Bobbio. La jeune fille, très intéressée par les questions culturelles, eut un effet tel sur l’écrivain que le il lui proposa de l’épouser, ce qu’elle refusa. Cependant leur amitié ne s’en est pas moins maintenue, et Pavese lui dédia quelques poèmes, dont Mattino (Matin), Estate (Été) et Notturno (Nocturne), qu’il inséra dans la nouvelle édition de Travailler fatigue. Davide Lajolo écrit que

« Durant cinq années, Fernanda fut sa confidente, et c’est à travers elle que Pavese se reprit à espérer avoir une maison et un amour. Mais cette expérience — tellement différente — déboucha pour lui tout autant sur un échec. Sur le frontispice de Feria d’agosto sont consignées deux dates, et , lesquelles rappellent les deux demandes en mariage faites à Fernanda, avec les deux croix figurant le sens des réponses[40]. »

Région de Monferrato dans les environs de Casale.

La même année, Pavese écrivit Le Bel Été (intitulé au départ La tenda, « la Tente »), qui fut publié en volume sous le même titre en 1949, lequel volume regroupait aussi les courts romans Il diavolo sulle colline (le Diable sur les collines) et Tra donne sole (Entre femmes seules). De 1940 à 1941, il rédigea La spiaggia, dont une première publication vit le jour en 1942 dans la collection Lettere d’oggi (Lettres d’aujourd’hui) de Giambattista Vicari. En 1941, avec la parution de Paesi tuoi (Par chez vous), c’est-à-dire avec les débuts de Pavese comme prosateur narratif, la critique sembla enfin s’aviser de son existence.

En 1942, Pavese se voyait régulièrement confier des tâches par l’éditeur Einaudi, au titre d’employé de première catégorie et en étant payé le double du salaire prévu par la convention collective de travail dans l’industrie[41]. En 1943, pour raisons éditoriales, Pavese élut domicile à Rome, où lui parvint le l’avis de mobilisation. Toutefois, en raison du type d’asthme d’origine nerveuse dont il était atteint, il bénéficia, après six mois de convalescence à l’hôpital militaire de Rivoli, d’une dispense de service militaire[41] et revint à Turin, qui avait entre-temps subi une longue série de bombardements et qu’il trouva désertée par un grand nombre de ses amis, pendant que dans les montagnes les premières formations de résistants étaient en cours d’organisation[42].

Serralunga di Crea, lieu de séjour de Pavese pendant l’occupation allemande du Piémont.

En 1943, au lendemain de l'armistice de Cassibile du , Turin fut occupée par les troupes allemandes, et même la maison d’édition dut accepter la présence dans ses locaux d’un commissaire de la République sociale italienne. Pavese, à la différence de beaucoup de ses amis qui s’apprêtaient à s’engager dans la lutte clandestine, partit se réfugier à Serralunga di Crea, petit village de la région de Monferrato, vers lequel sa sœur Maria avait été évacuée et où il se lia d’amitié avec le comte Carlo Grillo, dont il s’inspira pour créer le personnage principal de Le Diable sur les collines[42]. En décembre, pour échapper à un coup de filet de la Garde nationale républicaine et des Allemands, il demanda l’hospitalité au collège (avec pensionnat) des pères de Somasque à Casale Monferrato, en contrepartie de quoi il dispensa des cours aux élèves. Dans le même temps, il lisait et écrivait, apparemment en toute sérénité. Le , alors qu’il se trouvait encore à Serralunga, la nouvelle lui parvint de la mort tragique de Leone Ginzburg, qui avait succombé sous la torture à la prison de Regina Coeli. Le , il s’exprima à ce propos comme suit dans son journal intime :

« Je l’ai appris le . Les autres existent-ils pour nous ? Je voudrais que ce ne fût pas vrai, pour ne pas être mal. Je vis comme dans un brouillard, y pensant toujours mais vaguement. On finit par prendre l’habitude de cet état, où l’on renvoie toujours à demain la vraie douleur, et, de la sorte, on oublie et on n’a pas souffert[43]. »

Années d’après-guerre (1945-1950)

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Adhésion au Parti communiste et activité au journal "L’Unità"

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Retourné à Turin après la libération, Pavese apprit soudainement la mort de quantité de ses amis : Giaime Pintor avait été déchiqueté par une mine sur le front de progression des alliés ; Luigi Capriolo avait été pendu à Turin par les fascistes ; et Gaspare Pajetta, un de ses anciens élèves, frère de Gian Carlo et de Giuliano Pajetta, alors âgé de 18 ans seulement, avait péri au combat dans le Val d'Ossola. Sans doute travaillé par un certain remords, qu’il exprima ensuite dans les vers du court poème La terra e la morte et dans maintes pages de ses romans, Pavese s’efforça dans un premier temps de s’isoler des amis qui lui restaient, mais se résolut peu après, comme tentative de réparer sa défection, à s’affilier au Parti communiste italien et commença à collaborer au quotidien l'Unità[44],[14] ; il en fit part le depuis Rome, où il avait été envoyé fin juillet avec mission de réorganiser la filiale romaine d’Einaudi, à son ami Massimo Mila, commentant : « J’ai finalement réglé ma position en adhérant au PCI ». Selon son ami Davide Lajolo,

Cesare Pavese.

« Son affiliation au parti communiste correspond, outre au cas de conscience, à coup sûr aussi à l’exigence qu’il ressentait de se rendre digne de cette manière de l’héroïsme de Gaspare et de ses trois autres amis qui étaient tombés au combat. Dans un effort pour faire taire ses remords et surtout pour s’engager à tout le moins dans un travail apte à racheter son antérieure absence et à le mettre quotidiennement en contact avec les gens […]. Par cette attache, et son côté disciplinaire, il tentait de rompre l’isolement, de créer des liens, de marcher ensemble vers les autres. C’était la dernière ressource à laquelle il se raccrocha pour apprendre le métier de vivre[45]. »

Dans les mois passés à la rédaction de l’Unità, il fit connaissance avec Italo Calvino, qui le suivit chez l’éditeur Einaudi, dont il devint à partir de ce moment l’un des collaborateurs les plus estimés, et avec Silvio Micheli, qui s’était rendu à Turin en pour s’entretenir avec Pavese de la publication de son roman Pane duro[46].

À la succursale romaine d’Einaudi

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Vers la fin de 1945, Pavese quitta Turin pour Rome, où il était missionné de développer plus avant le siège local de la maison d’édition Einaudi[47]. La période romaine de Pavese, qui s’étend jusqu’à la deuxième moitié de 1946, fut ressentie par l’écrivain comme un temps d’exil, car se détacher de la sphère turinoise, de ses amis et surtout de sa nouvelle activité politique le faisait rechuter dans la mélancolie[48].

Au secrétariat du siège romain d’Einaudi travaillait une jeune femme, Bianca Garufi, pour qui Pavese allait concevoir une nouvelle passion, plus prenante que sa précédente idylle avec Fernanda Pivano, et qu’il vivait intensément et dont il souffrait[49].

Il nota dans son journal intime, à la date du , en manière de bilan de l’année écoulée et sous la forme d’un dialogue avec lui-même :

« Celle-là aussi est finie. Les collines, Turin, Rome. Brûlé quatre femmes, publié un livre, écrit de beaux poèmes, découvert une nouvelle forme qui synthétise de nombreux filons (le dialogue de Circé). Es-tu heureux ? oui, tu es heureux. Tu as la force, tu as le génie, tu as à faire. Tu es seul.
Deux fois cette année, tu as frôlé le suicide. Tout le monde t’admire, te complimente, te fait la fête. Eh bien ?
Tu n’as jamais lutté, rappelle-le-toi. Tu ne lutteras jamais. Est-ce que tu comptes en rien pour quelqu’un ?[50] »

En , en collaboration avec Bianca Garufi, chacun écrivant à tour de rôle un chapitre, il amorça la rédaction du roman resté inachevé et publié posthumément en 1959 sous le titre, choisi par l’éditeur, de Fuoco grande (littér. Grand Feu)[49].

Directeur à Turin de la Collezione di studi religiosi, etnologici e psicologici

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Plaque commémorative sur la maison de Pavese via Lamarmora à Turin.

Retourné à Turin, il s’attela à développer la thématique qu’il avait ébauchée mentalement quand il se trouvait à Serralunga. Il commença à composer Dialogues avec Leucò et à l’automne 1946[51], tout en terminant cette œuvre, entama l’écriture des premiers chapitres d’Il compagno, par lequel il entendait témoigner de son engagement politique, décidé en vertu d’un choix précis.

Ayant mis la dernière main à Dialogues avec Leucò, et en attendant la parution du livre, qui eut lieu fin novembre dans la série Saggi (Essais), il traduisit Captain Smith and Company de Robert Henriques, publié ensuite sous le titre Capitano Smith.

L’année 1947 fut une année d’intense activité éditoriale, où Pavese s’intéressait plus particulièrement à la Collezione di studi religiosi, etnologici e psicologici[52], collection qu’il avait conçue conjointement avec Ernesto de Martino et qui visait à faire connaître dans les milieux culturels d’Italie les œuvres d’auteurs tels que Lévy-Bruhl, Malinowski, Propp, Frobenius, Jung, et qui ouvrit la voie à de nouvelles théories anthropologiques. En outre, Pavese inaugura aussi la nouvelle série de fiction narrative, dénommée Coralli (Coraux), qui vit le jour cette même année en remplacement des Narratori contemporanei.

Intense activité littéraire

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De à , Pavese écrivit, concomitamment avec Il compagno (le Camarade), le roman La casa in collina (La maison sur la colline), qui parut l’année suivante, en même temps que la Prison, dans le volume Avant que le coq chante, dont le titre, reprenant la réplique du Christ à l’apôtre Pierre, se réfère, avec une tonalité manifestement autobiographique, à ses trahisons politiques. Suivit, entre juin et , Il diavolo sulle colline (le Diable sur les collines).

À l’été 1948, il se vit décerner, pour le Camarade, le prix Salento, mais Pavese avait écrit à son ami Carlo Muscetta de le radier de tout prix littéraire, quel qu’il soit, présent et futur.

À la fin de la même année sortit Avant que le coq chante, aussitôt louangé par les critiques Emilio Cecchi et Giuseppe De Robertis. Du au , il écrivit Entre femmes seules et, ce court roman achevé, partit passer une semaine à Santo Stefano Belbo, où il séjourna en compagnie de son ami Pinolo Scaglione, très familier des campagnes environnantes, et où il commença à travailler au roman La luna e i falò (la Lune et les Feux), la dernière de ses œuvres publiées de son vivant (au printemps 1950), dont il acheva la rédaction en l’espace de seulement trois mois[53].

Le parut le triptyque Le Bel Été, comprenant trois courts romans composés à des moments différents, nommément le texte éponyme de 1940, le Diable sur les collines de 1948, et Entre femmes seules de 1949.

Séjour à Rome et ultime amour

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Doris Dowling, sœur de Constance, aux côtés de Pavese

Après un bref séjour à Milan, Pavese fit un voyage à Rome, où il resta du au , mais où il n’éprouva que désenchantement, notant le dans son journal :

« Rome est un groupe de jeunes gens qui attendent de se faire cirer les souliers.
Promenade matinale. Beau soleil. Mais où sont les impressions de 45-46 ? Retrouvé à grand peine les points de départ, mais rien de neuf.
Rome se tait. Ni les pierres ni les arbres ne disent plus grand-chose. Cet hiver extraordinaire ; sous le mordant ciel sans nuages, les baies de Leucos. L’histoire habituelle. Même la douleur, le suicide étaient vie, étonnement, tension. Au fond, dans les grandes périodes, tu as toujours éprouvé la tentation du suicide. Tu t’étais abandonné. Tu avais dépouillé ton armure. Tu étais un gosse.
L'idée du suicide était une protestation de vie. Quelle mort que de ne plus vouloir mourir[54]. »

Constance Dowling (face à Andrea Checchi), dans le film La Strada finisce sul fiume de 1950.

C’est dans cet état d’esprit qu’il fit la rencontre, chez des amis, de l’actrice américaine Constance Dowling, alors présente à Rome avec sa sœur Doris pour interpréter leur rôle dans le film Riz amer (avec Vittorio Gassman et Raf Vallone), et sous le coup de sa beauté, tomba amoureux d’elle.

De retour à Turin, il se prit à penser qu’une fois encore, il avait laissé échapper l’occasion, et lorsque Constance se rendit a Turin pour une intermède de repos, les deux se revirent et la jeune femme le convainquit d’aller à Breuil-Cervinia, où Pavese à nouveau se leurra. Constance avait une relation avec l’acteur Andrea Checchi et s’en retourna bientôt en Amérique pour tenter sa chance à Hollywood, laissant derrière elle l’écrivain dépité et plein d’amertume. En manière d’adieu, Pavese dédia à Constance son roman la Lune et les Feux, en ces termes : « For C. - Ripeness is all » (approx.: À l’intention de C. – La maturité, tout est là).

Prix Strega

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Au printemps et à l’été 1950, Pavese publia la revue Cultura e realtà, dont il faisait partie de l’équipe de rédaction. Le premier numéro de la revue s’ouvrait sur un sien article, consacré au mythe, où il manifesta une vision poétique à tendance vichienne, ce qui ne fut pas apprécié dans les milieux liés au parti dont Palmiro Togliatti était alors premier secrétaire[55].

Pavese fut attaqué et, de plus en plus aigri, nota dans son journal le  : « “Pavese n’est pas un bon communiste”… Intrigues partout. Louches manœuvres, qui sont peut-être du reste les propos de ceux qui te tiennent le plus à cœur »[56], puis le  : « Je me suis engagé dans la responsabilité politique, laquelle m’écrase. Il n’y a qu’une seule réponse : le suicide »[57].

Pavese était plongé dans une profonde dépression, qu’il sut néanmoins surmonter pour se faire remettre, accompagné de Doris Dowling, sœur de sa bien-aimée Constance, le prix Strega, qui lui avait été attribué en pour Le Bel Été[55].

Suicide

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À l’été 1950, Pavese passa quelques jours à Bocca di Magra, à proximité de Sarzana, en Ligurie, alors destination estivale de nombreux intellectuels. Il y fit la connaissance d’une jeune fille alors âgée de 18 ans, Romilda Bollati, sœur de l’éditeur Giulio Bollati, issue de la famille noble Bollati de Saint-Pierre (et future épouse d’abord de l’entrepreneur Attilio Turati, puis du ministre Antonio Bisaglia[58]). Les deux vécurent une brève histoire d’amour, comme en témoignent les manuscrits de l’auteur, qui l’appelait du pseudonyme de « Pierina ».

Toutefois, cette nouvelle affaire sentimentale ne réussit pas à dissiper sa dépression. Dans une lettre d’, il écrit :

« Puis-je te dire, mon amour, que je ne me suis jamais réveillé avec une femme à mes côtés, que celles qui j’ai aimées ne m’ont jamais pris au sérieux, et que j’ignore le regard de gratitude qu’une femme adresse à un homme ? Et te rappeler que, à cause du travail que j’ai fait, j’ai eu les nerfs sans cesse tendus, et la fantaisie prompte et précise, et le goût des confidences d’autrui ? Et que je suis au monde depuis quarante-deux ans ? On ne peut brûler la chandelle des deux bouts – dans mon cas, je ne l’ai brûlée que d’un seul bout et les cendres sont les livres que j’ai écrits.
Je ne te dis pas tout cela pour t’apitoyer — je sais ce que vaut la pitié, dans de tels cas — mais par souci de clarté, pour que tu ne croies pas que quand je boudais, je l’aie fait par sport ou pour me rendre intéressant. Je suis désormais par delà la politique. L’amour, c’est comme la grâce de Dieu – il ne sert à rien de ruser. Quant à moi, je te veux du bien, Pierina, je te veux une flambée de bien. Appelons cela le dernier frétillement de la chandelle.
Je ne sais si nous nous reverrons encore. Moi, je le voudrais — au fond, je ne veux que cela — mais je me demande souvent ce que je te conseillerais si j’étais ton frère. Malheureusement, je ne le suis pas. Amour[59]. »

Le , il nota dans son journal : « Voilà le bilan de cette année non finie, que je ne finirai pas. », et le , il clôtura comme suit son journal : « Tout cela me dégoûte. — Pas de paroles. Un geste. Je n'écrirai plus » (Tutto questo fa schifo. Non parole. Un gesto. Non scriverò più)[60].

Tombe de Cesare Pavese à Santo Stefano Belbo.

En proie à un profond malaise existentiel, tourmenté par sa récente déception amoureuse avec Constance Dowling, à qui il dédia les vers de Je verrai la mort et elle aura tes yeux, Pavese mit fin à sa vie le , dans une chambre à une personnes de l’hôtel Roma Rocca Cavour sur la place Carlo-Felice de Turin, qu’il avait louée le jour précédent. On le trouva étendu sur le lit, après qu’il eut avalé plus de dix sachets de barbituriques, qu’il utilisait comme somnifère[61]. Depuis lors, la chambre d’hôtel a été laissée intacte, les propriétaires ayant tenu à préserver ce lieu de souvenir[62],[63].

Vue rapprochée de la tombe.

Sur la première page des Dialogues avec Leucò, qui se trouvait sur la table de chevet, il avait écrit : « Je pardonne à tous et demande pardon à tous. Ça va ainsi ? Ne faites pas trop de commérages »[64]. À l’intérieur du livre était inséré un feuillet avec trois phrases tracées de sa main : une citation tirée du livre susmentionné, « L’homme mortel, Leucò, n’a que ceci d’immortel : le souvenir qu’il porte et le souvenir qu’il laisse. », et une de son propre journal, « J’ai travaillé, j’ai donné de la poésie aux hommes, j’ai partagé les peines de beaucoup », et enfin « Je me suis cherché moi-même ». Quelques jours plus tard eurent lieu les funérailles civiles, sans cérémonie religieuse, le suicide ayant été sous le pape Pio XII déclaré un péché[65],[66] relevant de l’athéisme[67]. Pavese allait par la suite être réhabilité en tant qu’auteur ayant éprouvé le besoin d’un signe concret, un sens à donner à la vie, mais ne l’ayant pas trouvé[68].

Il était inhumé au cimetière monumental de Turin jusqu’en 2002, date à laquelle, sur volonté expresse de sa famille, ses restes furent translatés au cimetière de Santo Stefano Belbo.

Il a beaucoup été spéculé sur les mobiles de ce suicide. Ont été postulées des raisons politiques, plus particulièrement sa désillusion et sa rupture avec le PCI ; des raisons sentimentales, après un nouvel et dernier échec amoureux ; des raisons psychanalytiques (défendues notamment par Dominique Fernandez), en rapport avec sa conscience très ancienne d’une infirmité sexuelle et avec une enfance marquée par la mort précoce du père, quand Pavese n’avait que six ans, et par son éducation tombée alors aux mains d’une mère autoritaire et puritaine, avec absence d’un modèle viril auquel s’identifier et constitution d’un surmoi lui défendant de prendre trop d’intérêt aux femmes et se traduisant (selon les termes de Fernandez) par un « fiasco dévirilisant » à l’âge mûr. Son intense sentiment de culpabilité face à la mort de plusieurs de ses amis dans la résistance, alors que lui-même avait choisi de se recroqueviller dans une petite ville au milieu des collines, n’est pas, de l’aveu du même Fernandez, « une des causes mineures du suicide. […] Incapable d’établir un rapport stable avec une femme, [Pavese] s’était révélé de surcroît un déserteur et un lâche »[14]. Peuvent y être ajoutées des motifs d’ordre plus intellectuel, le suicide étant entendu par Pavese dès l’adolescence comme geste héroïque et seule réponse au constat d’échec sur le plan artistique[69],[note 2].

Caractérisation générale

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L’importance de l’œuvre de Pavese, composée d’une douzaine de livres en tout, est fondée non seulement sur un ensemble de romans, de nouvelles et de poésies, mais aussi sur un corpus d’essais et de chroniques littéraires et sur son travail de traducteur. Ce dernier comprend, outre l’Antologia americana, publiée sous les auspices d’Elio Vittorini, la traduction en italien de quelques classiques de la littérature de langue anglaise, allant de Moby Dick de Melville en 1932, à des œuvres de John Dos Passos, de William Faulkner, de Daniel Defoe, de James Joyce et de Charles Dickens. En 1951 parut à titre posthume chez Einaudi, avec une préface d’Italo Calvino, le volume La letteratura americana e altri saggi (littér. La Littérature américaine et autres essais), renfermant l’ensemble des essais et articles écrits par Pavese entre 1930 et 1950. Son activité de critique littéraire contribua à faire surgir en Italie vers le milieu de la décennie 1930 un certain « mythe de l’Amérique ». En tant que collaborateur de la maison d’édition Einaudi, il mit également à disposition du public cultivé italien une série d’écrits sur des thèmes divers, jusque-là peu abordés en Italie, tels que l’idéalisme, et aussi sur des sujets religieux, ethnologiques et psychologiques.

Située au croisement des littératures purement réalistes et des littératures purement individualistes, l’œuvre de Pavese signe la liquidation définitive de la rhétorique dannunzienne et le retour à l’art sobre, dépouillé, elliptique des grands classiques du passé[14]. Selon Dominique Fernandez,

« toutes ses œuvres, presque au même titre que son journal […] sont des fragments autobiographiques. Pavese est le type de l’écrivain torturé, incapable de s’adapter à la vie, timide jusqu’à la névrose, angoissé surtout devant les femmes. Déchiré entre la révolte impossible et la fascination de l’échec, entre la poursuite désespérée de l’amour et l’exaltation désabusée de la mort[1]. »

Parmi les thèmes de ses œuvres de fiction se détache celui de l’impossibilité du couple, dont il donne une vision sado-masochiste. Par l’incommunicabilité de leurs natures, l’homme et la femme semblent condamnés à un rapport de violence agressive. En parallèle, le thème, plus léger, des camaraderies faciles et futiles est développé, se traduisant par de sempiternelles promenades dans Turin et les collines environnantes, ou plus emblématiquement par des balades en voiture, où chaque personnage est rivé sur son siège, l’automobile faisant figure de ce qui enferme l’homme[14].

Dans les romans de Pavese, une seule voie d’issue s’offre aux personnages : quitter le monde, quitter la ville, s’isoler dans les campagnes, se livrer aux rêveries secrètes dans les collines bienveillantes. La solitude rustique est une solitude heureuse, et l’homme qui contemple un champ cultivé n’a pas à regretter d’être exclu des rapports humains. La campagne en outre a été le lieu de l’enfance de l’écrivain. Rien d’étonnant donc à ce que, au fur et à mesure qu’il avançait dans son œuvre, il y ait développé jusqu’au statut de mythe ce double thème de la nature et du passé. L’univers champêtre de l’enfance compose, dit-il, un trésor d’événements « qu’une valeur unique, absolue, arrache à la causalité naturelle et isole au milieu de la réalité »[14].

Le rythme, soutenant les contenus, a toujours été sa préoccupation non seulement dans ses poésies, mais aussi dans ses œuvres en prose[77].

Mythe et archétypes

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Au rebours des postulats du néoréalisme qui prédominaient dans les années 1940 et 1950, Pavese entendait mettre en lumière, au-delà de la réalité phénoménologique, des zones mystérieuses et inexplorées du moi, pour atteindre une dimension mythico-symbolique de l’être. Le mythe constitue la clef de lecture et le noyau thématique d’une partie importante de la production littéraire de Pavese[78]. L’auteur tend à sublimer les tensions et les pulsions humaines par le biais d’un processus symbolique de transfert depuis un microcosme personnel vers le macrocosme des mythes et archétypes universels. Dans l’œuvre de Pavese convergent donc non seulement les échos de la culture moderne contemporaine, mais aussi les suggestions et les mythes d’un passé millénaire qui a laissé des traces dans notre inconscient individuel et collectif[79].

Cesare Pavese.

Comme Giambattista Vico, Pavese pose que les premiers hommes, incapables de discerner les causes rationnelles des choses, ont inventé les caractères poétiques, qui sont des genres ou des universaux fantastiques, c’est-à-dire des représentations idéelles de la réalité. Cette attitude humaine fondamentale, consistant à réduire à certains modèles toutes les spécificités particulières, n’est rien autre, selon Pavese, que l’attitude religieuse. La poésie vigoureuse produite par cette source religieuse s’applique à transformer les événements historiques en images et symboles métahistoriques, c’est-à-dire transcendants[80],[81]. L’individu découvre ainsi la réalité cosmique, une correspondance entre les choses et le spirituel, par un jeu de symboles qui transfigurent les choses quotidiennes et leur donnent une valeur et une signification sans lesquelles le monde serait squelettique[82].

Dans la conception de Pavese, et en contradiction avec la vision marxiste, le mythe constitue le nœud central de toute problématique existentielle, poétique et spirituelle de l’homme. Selon l’auteur, le mythe tire son origine de l’enfance, tant de l’individu que des peuples, c’est-à-dire de ces heures aurorales où a eu lieu le contact fondamental avec les choses et avec le monde, et où l’homme s’est trouvé dépourvu et désemparé. Ces instants ont été représentés par Pavese dans certains textes poétiques, mais surtout dans le récit La Lune et les feux[83]. Cependant, ce cheminement mental à rebours ne présente pas un caractère consolateur, mais débouche au contraire sur une issue tragique, car au bout de ce processus, ce que l’homme découvre dans la dimension primordiale, ce sont les racines de la violence, du sang, de l’immolation rituelle[84].

Pour Pavese, la vocation de la poésie est d’éclairer, d’ordonner et de rationaliser le mythe, afin que la pratique poétique devienne révélation, affirmation du soi authentique[85] :

« Si le poète recherche vraiment la clarté et s’applique à exorciser ses mythes en les transformant en figures, il y a lieu de signaler qu’il pourra dire l’avoir fait seulement si cette clarté s’est manifestée en tant que telle aux yeux de tous, c’est-à-dire est devenue un bien commun, où la culture générale de son temps pourra se reconnaître[86]. »

Deux archétypes reviennent constamment dans les écrits de Pavese : l’enfant, qui représente emblématiquement la condition primordiale de l’être, prenant souvent la figure d’adolescents solitaires (solitaires par choix, ou parce qu’orphelins ou abandonnés par leurs parents). Dans les nombreuses œuvres de Pavese où apparaît ce mythe, l’enfance n’est pas seulement préhistoire de l’homme et mémoire d’un temps perdu, mais aussi éternel retour à la condition originelle de l’être[87]. La condition existentielle de l’enfance, avec sa dimension mythique caractérisée par un état de béatitude désormais hors de portée de l’homme adulte[88], est transposée par l’auteur du plan personnel vers une dimension cosmique[89]. Inversement, Pavese cherche inconsciemment dans la fusion avec les forces cosmiques de la vie, de la mort et de la renaissance, la communion intime et primigène avec les figures parentales qui lui apparaissent lointaines et insaisissables[90],[86].

Complémentaire au mythe de l’enfance, le prototype de la femme, figurée en femme fatale, froide, cynique, mystérieuse, est souvent liée aux forces cosmiques et terribles de la nature. Si cette figure est capable aussi de faire montre d’une nature douce et maternelle, ce qui toutefois prédomine toujours est la dimension surnaturelle et panique de la femme, qui imprègne tous les aspects de la nature  collines, eaux, forêts  et par quoi la femme incarne le principe vital qui anime l’univers[91]. Le corrélatif objectif de l’image féminine chez Pavese sont les collines, les vignes, la terre, la mer et la lune[92].

L’attirance qu’éprouvait Pavese pour cette image féminine mystérieuse et inaccessible prend la forme d’une attirance à la mère. Étant refoulée au plus profond de l’inconscient, cette attirance s’incarne alors dans la propension à se fondre dans la mère nature, génitrice primordiale de toutes les créatures, qui accueille le poète dans ses bras avec la secrète promesse d’une vie future[93]. Dans d’autres épisodes, la femme est celle qui a rompu, y compris malgré elle, la barrière entre monde humain et monde divin, en s’unissant à un dieu, mais se condamnant ainsi elle-même à une mort certaine. Le mythe de la femme est la clef herméneutique de tout l’univers poétique pavésien, l’aboutissement de toutes ses fantaisies et de son aspiration à franchir les limites de son propre moi pour réaliser la rencontre entre le corps et l’âme[94],[95].

Désir de mort

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Le thème du suicide fut l’obsession majeure de l’auteur depuis ses quinze ans jusqu’à la maturité et est un élément récurrent dans son œuvre. Pourtant, Pavese lutta avec la plus grande énergie contre son penchant à la mort, contre son « vice absurde », comme il le désignait dans son journal[14]. Dans ses jeunes années, le suicide était entendu comme geste héroïque et comme seule réponse au constat d’échec sur le plan de l’activité artistique, et prend plus d’une fois la forme obsessionnelle du coup de revolver à la tempe, à l’instar de ce à quoi le Pavese lycéen avait assisté directement, encore qu’il ait été incapable d’imiter ce geste. Le suicide en compagnie de la femme aimée est un sujet poétique et littéraire fréquent dans ses œuvres composées entre 1926 et 1928[69].

Chez les personnages de ses nouvelles de jeunesse prévaut une attitude baudelairienne de l’artiste exilé volontaire de la société des gens sains, qui s’en morfond certes mais qui en même temps se complaît dans cet ostracisme. Anges déchus, pénétrés d’un sentiment de torpeur et de lassitude de vivre, les jeunes héros pavésiens oscillent entre désir d’amour et de mort, entre existence idéelle et réelle[96]. Selon Attilio Dughera :

« Cette tension, ce continuel ressassement de sa propre sombre dissolution, l’annulation totale sur l’autel de l’art, mettent à nu le drame de Pavese : le cauchemar de l’impuissance littéraire. Art, amour et suicide sont une sorte d’archétype adolescent qui chez Pavese ne connaîtra pas ensuite maturation et évolution, mais finira par devenir une seconde nature, par s’enraciner profondément dans sa personnalité, compromettant la possibilité même de vivre[97]. »

Si le jeune Pavese, sous l’influence d’Augusto Monti, concevait, suivant en cela Benedetto Croce, l’art comme synthèse expressive, accomplie dans l’éclair de l’intuition créatrice, il s’en détourna plus tard en faveur d’une interprétation décadente de la littérature, vue désormais comme produit d’un esprit prêt à se sacrifier à l’art, lequel en effet requiert de la part de l’artiste une « existence malade et antipathique », un dévouement total de l’âme, absorbée intégralement par une activité exigeant des forces « surhumaines », à l’effet d’atteindre une gloire « surhumaine »[98],[99]. L’art, « tourment continu » et « torture indéfectible » du corps et de l’esprit, est compris par Pavese comme le produit d’une étude continue, frénétique et exténuante, considérée comme un véritable travail, et ayant pour vocation d’appréhender les hommes et l’histoire et à produire dans le champ littéraire des œuvres plus riches et plus lucides, tout en veillant à l’affinement du style et de l’esprit[100],[101]. Dans les écrits de jeunesse, le mot d’ordre qui, à côté d’effort et de travail, revient incessamment est lutter[102], en particulier dans le récit Sfoghi[103], et s’accompagne de la crainte de ne jamais voir les fruits des « peines terribles et stériles »[104],[105]. Mais alors que pour beaucoup parmi les jeunes gens de la Confraternité de D'Azeglio, il s’agissait de lutte politique, et qu’aux yeux de tous la lutte portait sur le rajeunissement d’une culture ne répondant plus aux problèmes de l’âge moderne, la lutte engagée par Pavese en est au contraire une pour la consécration artistique, telle qu’elle devait résulter de la compétition avec les autres jeunes prometteurs[106].

Son refus de se résigner à être un homme parmi d’autres, de devenir un enseignant ou un employé, activités jugées par le jeune Pavese n’être que des expédients, monotones et improductifs, indignes d’un intellect voué à accomplir des grandes œuvres, se manifeste comme un refus de la vie elle-même, comme l’exprime un de ses personnages[104] :

« Je me tuerais aussitôt si j’étais sûr de finir professeur ou employé. Une vie pareille, toujours reclus, tout toujours égal, oh ! je voudrais plutôt crever[107]. »

Liste des œuvres de Pavese

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Les listes d’œuvres ci-dessous suivent l’ordre chronologique sur la base de la date de parution de la première édition. Attendu que nombre d’écrits furent publiés des années après leur rédaction, la date de composition a été indiquée, s’il y a lieu[108].

Romans et nouvelles

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  • Paesi tuoi, Turin, Einaudi, 1941 (roman). Traduction française : Par chez nous
  • Prima che il gallo canti, Turin, Einaudi, 1948 (contient le roman Il carcere, écrit en 1938-1939, et La casa in collina, écrit en 1947-1948). Traduction française :
  • La spiaggia, publié d’abord dans la revue "Lettere d'oggi", année III, numéros 7-8, 1941, puis en volume, Rome, éd. Lettere d’oggi, 1942, et à Turin, chez Einaudi, 1956 (court roman). Traduction française :
  • Feria d'agosto, Turin, Einaudi, 1946 (29 récits). Traduction française : Vacance d’août.
  • Dialoghi con Leucò, Turin, Einaudi, 1947 (27 dialogues entre des personnages de la mythologie grecque). Traduction française : Dialogues avec Leuco.
  • Il compagno, Turin, Einaudi, 1947 (roman). Traduction française : le Camarade.
  • La casa in collina, Turin, Einaudi, 1948 (roman). Traduction française : La Maison sur la colline.
  • La bella estate, Turin, Einaudi, 1949 (contient les courts romans La bella estate, de 1940, Il diavolo sulle colline, de 1948 et Tra donne sole, de 1949). Traduction française : Le Bel Été.
  • La luna e i falò, Turin, Einaudi, 1950 (roman). Traduction française : La Lune et les Feux.
  • Notte di festa, Turin, Einaudi, 1953 (23 récits). Traduction française : Nuit de fête.
  • Fuoco grande, écrit à quatre mains par Pavese et Bianca Garufi, Turin, Einaudi, 1959 (roman inachevé).
  • Ciau Masino, Turin, Einaudi, 1968 (manuscrit de 1932).
  • Lotte di giovani e altri racconti (1925-1930), Turin, Einaudi, coll. « Collana Nuovi Coralli », (ISBN 978-88-061-3200-2) (recueil de 14 nouvelles, texte établi par Mariarosa Masoero).
  • Il carcere, collana Supercoralli, Turin, Einaudi, 1961, 471 pages. Rééd. sous la direction de Chiara Tavella, dans : Prima che il gallo canti, sous la direction de Laura Nay et Chiara Tavella, Milan, BUR Contemporanea, 2021. Traduction française : La Prison.

Poésies

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Couverture de la rééd. de 1943 de Lavorare stanca.
  • Lavorare stanca, Florence, Solaria, 1936 ; éd. augmentée de poèmes composés entre 1936 et 1940, Turin, Einaudi, 1943. Trad. française : Travailler fatigue. La mort viendra et elle aura tes yeux. Poésies variées (trad. Gilles de Van, préf. Dominique Fernandez), Paris, Gallimard, coll. « Poésie », , 320 p. (ISBN 978-2070321803).
  • La terra e la morte, dans : "Le tre Venezie", numéro 4-5-6, 1947 ; repris dans : Verrà la morte e avrà i tuoi occhi, Turin, Einaudi, 1951; compris également dans Poesie edite e inedite, sous la direction d’Italo Calvino, Turin, Einaudi, 1962 (9 poèmes).
  • Verrà la morte e avrà i tuoi occhi, Turin, Einaudi, 1951 (10 poèmes inédits, inclus aussi dans La terra e la morte).
  • Poesie del disamore e altre poesie disperse, Turin, Einaudi, 1962 (contient : Poesie del disamore, Verrà la morte e avrà i tuoi occhi, les poèmes exclus de Lavorare stanca, des poèmes de 1931‑1940 et deux de 1946).
  • Poesie edite e inedite, sous la direction d’Italo Calvino, Turin, Einaudi, 1962 (comprend : Lavorare stanca, La terra e la morte, Verrà la morte e avrà i tuoi occhi et 29 poèmes inédits).
  • 8 poesie inedite e quattro lettere a un'amica (1928-1929), Milan, éd. All'insegna del pesce d'oro, 1964.
  • Poesie giovanili, 1923-30, sous la direction d’Attilio Dughera et de Mariarosa Masoero, Turin, Einaudi, 1989.

Essais et journaux intimes

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  • La letteratura americana e altri saggi, Turin, Einaudi, 1951 (essais et articles écrits entre 1930 et 1950).
  • Il mestiere di vivere. Diario 1935-1950, Turin, Einaudi, 1952 ; nouvelle édition établie d’après les manuscrits par les soins de Marziano Guglielminetti et de Laura Nay, Einaudi, 1990, (ISBN 88-06-11863-3) ; nouvelle éd. établie par Ivan Tassi, éd. Garzanti, 2021, (ISBN 978-88-118-1742-0). Trad. française sous le titre Le Métier de vivre (trad. Michel Arnaud), Paris, Gallimard, coll. « Du monde entier », , 327 p. (ISBN 2-07-037895-0) (la pagination utilisée ici correspond à celle de l’éd. de poche Folio).
  • Saggi letterari, Collana Opere di C. Pavese no 12, Turin, Einaudi, 1968.
  • Interpretazione della poesia di Walt Whitman. Tesi di laurea, 1930, sous la direction de Valerio Magrelli, Turin, Einaudi, 2006 (édition de 1000 exemplaires numérotés).
  • Dodici giorni al mare (journal intime inédit de 1922), sous la direction de Mariarosa Masoero, Gênes, éd. Galata, 2008. (ISBN 978-88-95369-04-4).
  • Il quaderno del confino, sous la direction de Mariarosa Masoero, Alessandria, Edizioni dell'Orso, 2010. (ISBN 978-88-6274-184-2).
  • Il taccuino segreto, sous la direction et assorti d’un essai de Francesca Belviso, avec une introduction d’Angelo d'Orsi et un essai de Lorenzo Mondo, appendices documentaires, Turin, éd. Aragno, 2020, (ISBN 978-88-938-0077-8) (écrits datés entre août 1942 et décembre 1943).
  • La scoperta dell'America, sous la direction de Dario Pontuale, préface d’Ernesto Ferrero, éd. Nutrimenti, Rome, 2021.

Correspondance

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  • Lettere 1924-1950
I, Lettere 1924-1944, sous la direction de Lorenzo Mondo, Turin, Einaudi, 1966.
II, Lettere 1945-1950, sous la direction d’Italo Calvino, Turin, 1966.
  • Vita attraverso le lettere (texte établi par Lorenzo Mondo), Turin, Einaudi, coll. « Gli Struzzi », , 266 p..
  • Cesare Pavese-Ernesto De Martino, La collana viola. Lettere 1945-1950 (texte établi par Pietro Angelini), Turin, Bollati Boringhieri, (ISBN 978-88-339-0529-7).
  • Officina Einaudi. Lettere editoriali, 1940-1950, Introduction de Franco Contorbia, sous la direction de Silvia Savioli, Turin, Einaudi, 2008, (ISBN 978-88-06-19352-2).
  • Cesare Pavese. I libri (texte établi par Claudio Pavese et Franco Vaccaneo), Turin, Aragno, (ISBN 978-88-8419-372-8).
  • Cesare Pavese - Felice Balbo - Natalia Ginzburg, Lettere a Ludovica [Nagel] (texte établi par Carlo Ginzburg), Milan, Archinto, (ISBN 978-88-776-8517-9).
  • Cesare Pavese - Renato Poggioli, «A Meeting of minds». Carteggio (1947-1950) (texte établi par Silvia Savioli), Alessandria, Edizioni dell'Orso, (ISBN 978-88-627-4219-1).
  • Una bellissima coppia discorde. Il carteggio tra Cesare Pavese e Bianca Garufi 1945-1950 (texte établi par Mariarosa Masoero), Florence, Olschki, coll. « Collana Saggi e testi no 20 », (ISBN 978-88-222-6074-1).
  • Noi non siamo come i personaggi dei libri. Carteggio Cesare Pavese-Nicola Enrichens 1949-1950 (texte établi par Mariarosa Masoero, postface de Paolo Borgna), Alessandria, Edizioni dell'Orso, , 152 p. (ISBN 978-8836130726) (enrichi de plusieurs écrits d’Enrichens).
  • Non ci capisco niente, sous la dir. de Federico Musardo, Rome, L’orma, 2021.

Traductions

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  • Sinclair Lewis, Il nostro signor Wrenn. Storia di un gentiluomo romantico, Florence, Bemporad, 1931. Titre original : Our Mr. Wrenn: The Romantic Adventures of a Gentle Man.
  • Herman Melville, Moby Dick o La balena, Turin, Frassinelli, 1re éd. 1932 Titre original : Moby-Dick; or, The Whale).
  • Sherwood Anderson, Riso nero, Turin, Frassinelli, 1932. Titre original : Dark Laughter.
  • James Joyce, Dedalus. Ritratto dell’artista da giovane, Turin, Frassinelli, 1933. Titre original : A portrait of the Artist as a Young Man (Portrait de l’artiste en jeune homme).
  • John Dos Passos, Il 42º parallelo, Milan, A. Mondadori, 1934. Titre original : The 42nd Parallel (42e parallèle).
  • John Dos Passos, Un mucchio di quattrini, Milan, A. Mondadori, 1938. Titre original : The Big money (La Grosse Galette).
  • John Steinbeck, Uomini e topi, Milan, Bompiani, 1938. Titre original : Of Mice and Men (Des souris et des hommes).
  • Gertrude Stein, Autobiografia di Alice Toklas, Turin, Einaudi, 1938. Titre original : The Autobiography of Alice B. Toklas (Autobiographie d'Alice Toklas).
  • Daniel Defoe, Fortune e sfortune della famosa Moll Flanders, Turin, Einaudi, 1938. Titre original : The Fortunes and Misfortunes of the Famous Moll Flanders (Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders).
  • Charles Dickens, David Copperfield, Turin, Einaudi, 1939.
  • Christopher Dawson, La formazione dell'unità europea. Dal secolo V al secolo XI, Turin, Einaudi, 1939.
  • George Macaulay Trevelyan, La rivoluzione inglese del 1688-89, Turin, Einaudi, 1940.
  • Herman Melville, Benito Cereno, Turin, Einaudi, 1940. Titre original : Benito Cereno.
  • Gertrude Stein, Tre esistenze, Turin, Einaudi, 1940. Titre original : Three Lives (Trois Vies).
  • Christopher Morley, Il cavallo di Troia, Milan, Bompiani, 1941. Titre original : The Trojan Horse.
  • William Faulkner, Il borgo, Milan, A. Mondadori, 1942. Titre original : The Hamlet (Le Hameau).
  • Robert Henriques, Capitano Smith, Turin, Einaudi, 1947. Titre original : Captain Smith and Company.
  • Hésiode, La Teogonia et trois Inni omerici, Turin, Einaudi (version datée des années 1947-1948). Titre français : Théogonie (avec trois hymnes homériques).
  • Percy Bysshe Shelley, Prometeo liberato, Einaudi, Turin, 1997 (version de 1925). Titre original : Prometheus Unbound (Prométhée délivré).
  • Horace, Le Odi, Olschki, Florence (traduction de 1926). Titre français : Odes.
  • Francesca Belviso (préf. Angelo D'Orsi), Amor Fati. Pavese all'ombra di Nietzsche. La volontà di potenza nella traduzione di Cesare Pavese, Turin, Aragno, (ISBN 978-88-841-9772-6) (le livre comprend en appendice la traduction partielle par Pavese de la Volonté de puissance, produite de 1945 à 1946, mais refusée par Einaudi).

Éditions en recueil

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  • Racconti, 3 vol., Turin, Einaudi, 1960 (contient les nouvelles de Vacances d’août et de Nuit de fête, complétées de fragments de nouvelles et de nouvelles inédites).
  • Opere complete, 16 vol., œuvres complètes, éditées sous la direction d’Italo Calvino, dans la coll. Collana Nuovi Coralli, Turin, Einaudi, 1968-1977, (ISBN 978-88-061-5792-0).
  • Tutti i romanzi, recueil complet des romans, sous la direction de Marziano Guglielminetti, Turin, Einaudi, 2000. (ISBN 88-446-0079-X).
  • Tutti i racconti, recueil complet des nouvelles, sous la direction de Mariarosa Masoero, avec une introduction de Marziano Guglielminetti, Turin, Einaudi, 2002. (ISBN 88-446-0081-1) (contient les nouvelles déjà éditées auparavant, ainsi que Ciau Masino et d’autres textes déjà publiés depuis 1968 dans l’édition des œuvres complètes).

En français

Adaptations cinématographiques

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  • Michelangelo Antonioni, Femmes entre elles (Le amiche, 1955), d'après la nouvelle Tra donne sole, parue en français sous le même titre que le film
  • Raoul Ruiz, El realismo socialista (1973)
  • Vittorio Cottafavi, Le Diable sur les collines, (Il diavolo sulle colline, 1985), d'après le roman Le Diable sur les collines, (Il diavolo sulle colline, 1949)
  • Matías Piñeiro, Tu me brûles (Tú me abrasas, 2024), d'après les Dialogues avec Leuco (à savoir le dialogue Écume de vague)
  • Jean-Marie Straub et Danièle Huillet ont adapté six fois les Dialogues avec Leuco au cinéma :
    • 1979 : Dalla nube alla resistenza (De la nuée à la résistance), 35 mm, couleur, 105 min (film divisé en deux parties : la seconde est une adaptation de La Lune et les Feux)
    • 2006 : Ces rencontres avec eux (Quei loro incontri), 35 mm, couleur, 68 min
    • 2007 : Le Genou d'Artémide, 35 mm, couleur, deux versions de 26 min et 27 min (réal. J.-M. Straub seul)
    • 2008 : Le Streghe - Femmes entre elles, 35 mm, couleur, 21 min (réal. J.-M. Straub seul)
    • 2010 : L'Inconsolable, mini DV (Panasonic AG DVX 100), couleur, deux versions de 15 min environ (réal. J.-M. Straub seul)
    • 2011 : La madre, HD (Canon 5D), couleur, deux versions de 20 min environ (réal. J.-M. Straub seul)

Adaptation théâtrale

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Notes et références

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  1. L’épisode est évoqué par Francesco De Gregori dans une sienne chanson de 1973 : « e Cesare perduto nella pioggia sta aspettando da sei ore il suo amore ballerina » (et Cesare perdu dans la pluie est en train d’attendre depuis six heures son amour la danseuse).
  2. Dans son journal intime, l’auteur manifeste son désir de mort à maintes reprises :
    • Et c’est à cela que je ne me résigne pas : pourquoi ne recherche-t-on pas la mort volontaire, une mort qui soit l’affirmation d’un libre choix, qui exprime quelque chose ? Au lieu de se laisser mourir ? pourquoi ? Pour la raison suivante. On remet volontiers la décision parce qu’on sait — parce qu’on espère — qu’un autre jour, une autre heure de vie pourraient être affirmation, expression d’une volonté ultérieure que, choisissant la mort, nous exclurions. Parce qu’en somme — je parle pour moi-même — on pense qu’il y aura toujours le temps. Et le jour de la mort naturelle viendra. Et nous aurons perdu la grande occasion de faire pour une raison l’acte le plus important de la vie[70].
    • À part la question de la plus grande ou de la moindre douleur, il reste toujours que vouloir se tuer, c’est désirer que sa mort ait une signification, soit un choix suprême, un acte unique en son genre. Il est donc naturel que le candidat au suicide ne supporte pas l’idée de tomber par hasard sous un véhicule ou de crever d’une pneumonie ou de quelque chose d’aussi insensé[71].
    • Est-il concevable que l’on tue une personne pour compter dans la vie de cette personne ? Alors, il est concevable que l’on se tue pour compter dans sa propre vie. La difficulté de commettre le suicide réside en ceci : c’est un acte d’ambition que l’on ne peut commettre que lorsqu’on a dépassé toute ambition[72].
    • La solitude vraie, c’est-à-dire celle dont on souffre, apporte avec soi le désir de tuer[73].
    • Même la douleur, le suicide étaient [à Rome en 1945-1946] vie, étonnement, tension. Au fond, dans les grandes périodes, tu as toujours éprouvé la tentation du suicide. Tu t’étais abandonné. Tu avais dépouillé ton armure. Tu étais un gosse. L’idée du suicide était une protestation de vie. Quelle mort que ne plus vouloir mourir[54].
    • La béatitude de 48-49 est entièrement payée. Derrière cette satisfaction olympienne, il y avait ceci — mon impuissance et mon refus de m’engager. Maintenant, à ma manière, je suis entré dans le gouffre : je contemple mon impuissance, je la sens dans mes os, et je me suis engagé dans la responsabilité politique, laquelle m’écrase. Il n’y a qu’une seule réponse : le suicide[74].
    • Le stoïcisme, c’est le suicide[75].
    • Les suicides sont des homicides timides. Masochisme au lieu de sadisme[76].

Références

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  1. 1 2 D. Fernandez (1985), p. 39.
  2. D. Lajolo (1967), p. 19.
  3. V. Arnone (1998), p. 11-13.
  4. 1 2 D. Lajolo (1967), p. 21.
  5. A. Guiducci (1967), p. 15.
  6. D. Lajolo (1967), p. 25-26.
  7. S. Cavaliere (2007), p. 136.
  8. Cf. Frammenti della mia vita trascorsa (journal intime de jeunesse), publié en appendice à Il Mestiere di vivere. Diario 1935-1950, nouvelle éd. établie d’après le manuscrit par M. Guglielminetti et L. Nay, chez Einaudi, Turin, 1990, p. 410. Cité d’après S. Cavaliere (2007), p. 136.
  9. Lettere, 1924-1944 (correspondance de Pavese, éditée par Lorenzo Mondo, Einaudi, Turin 1966.
  10. S. Cavaliere (2007), p. 8.
  11. L. Mondo (2006), p. 22.
  12. 1 2 S. Cavaliere (2007), p. 6.
  13. Lettres à Antonio Chiumatto, 12 janvier 1939, p. 171.
  14. 1 2 3 4 5 6 7 8 D. Fernandez (1985), p. 40.
  15. S. Cavaliere (2007), p. 6-7.
  16. (it) Roberto Gigliucci, Cesare Pavese, Milan, Mondadori, , 214 p. (ISBN 978-8842497301), p. 10.
  17. S. Cavaliere (2007), p. 57.
  18. S. Cavaliere (2007), p. 5.
  19. S. Cavaliere (2007), p. 7.
  20. S. Cavaliere (2007), p. 11-16.
  21. S. Cavaliere (2007), p. 41.
  22. S. Cavaliere (2007), p. 17 & 42.
  23. S. Cavaliere (2007), p. 17.
  24. S. Cavaliere (2007), p. 12.
  25. S. Cavaliere (2007), p. 51.
  26. S. Cavaliere (2007), p. 19.
  27. S. Cavaliere (2007), p. 18 & 59.
  28. S. Cavaliere (2007), p. 22 & 27.
  29. S. Cavaliere (2007), p. 24.
  30. S. Cavaliere (2007), p. 25.
  31. S. Cavaliere (2007), p. 27.
  32. S. Cavaliere (2007), p. 54-55.
  33. C. Pavese, Le Métier de vivre, 9 octobre 1935, p. 17.
  34. S. Cavaliere (2007), p. 56.
  35. Extrait de Incontro, dans Cesare Pavese, Poesie edite e inedite, Einaudi, Turin 1962, p. 29.
  36. (es) Franco Fucci, Le polizie di Mussolini, Milan, Mursia, , 416 p. (ISBN 978-8842527954), p. 177.
  37. Lettera ad Augusto Monti, datée du et publiée dans D. Lajolo (1967), p. 142.
  38. D. Lajolo (1967), p. 157.
  39. 1 2 S. Cavaliere (2007), p. 4.
  40. D. Lajolo (1967), p. 196.
  41. 1 2 D. Lajolo (1967), p. 214.
  42. 1 2 D. Lajolo (1967), p. 215.
  43. C. Pavese, Le Métier de vivre, , éd. Folio, p. 327.
  44. D. Lajolo (1967), p. 226-227.
  45. D. Lajolo (1967), p. 228.
  46. D. Lajolo (1967), p. 230.
  47. D. Lajolo (1967), p. 231.
  48. D. Lajolo (1967), p. 232.
  49. 1 2 D. Lajolo (1967), p. 233.
  50. C. Pavese, Le Métier de vivre, , éd. Folio, p. 361-362.
  51. D. Lajolo (1967), p. 237-238.
  52. L. Caputo (2001), p. 206.
  53. D. Lajolo (1967), p. 252.
  54. 1 2 C. Pavese, Le Métier de vivre, , éd. Folio, p. 447-448.
  55. 1 2 (it) « 1950 Cesare Pavese » [archive du ], sur premiostrega.it (consulté le ).
  56. C. Pavese, Le Métier de vivre, , éd. Folio, p. 454.
  57. C. Pavese, Le Métier de vivre, , éd. Folio, p. 462.
  58. (it) « Romilda Bollati, la Pierina di Pavese » [archive du ] (consulté le )
  59. C. Pavese, Vita attraverso le lettere, p. 254-255.
  60. C. Pavese, Le Métier de vivre, 17 et , éd. Folio, p. 466.
  61. (it) Andrea D’Avino, « 27 août 1950. Cesare Pavese si suicida a Torino. La fine della vita disperata di un genio della letteratura italiana », La Voce, Milan, (lire en ligne).
  62. (it) Maurizio Ternavasio, « Nella stanza 346 il tempo è fermo al 27 agosto 1950, il giorno dell’addio di Cesare Pavese (foto) », La Stampa, Turin, (ISSN 1122-1763, lire en ligne).
  63. « 70 anni fa l'addio a Cesare Pavese: la camera d'albergo è come allora (foto) », La Stampa, (ISSN 1122-1763, lire en ligne).
  64. Presque la même phrase que celle écrite par Vladimir Maïakovski, mort suicidé 20 ans auparavant : « Et, s’il vous plaît, aucun commérage... »
  65. (it) Piermassimo Paloni, Il giornalismo di Cesare Pavese, Legnano, Landoni, , 147 p., p. 11.
  66. (it) Serena Martini, « "Suicidio atto grave. Il diritto canonico valuta le ragioni" », Il Giornale, Milan, (lire en ligne).
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  107. C. Pavese, Lotte di giovani, p. 190.
  108. Cronologia in C. Pavese, Racconti, 1960, Turin, Einaudi, 1960, p. 517–22.
  109. « Le plaisir des autres d'Agnès Mallet d'après Cesare Pavese - Extrait télévisé »

Voir aussi

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Une catégorie est consacrée à ce sujet : Cesare Pavese.

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Bibliographie

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  • Dominique Fernandez, l’Échec de Pavese, Paris, Grasset, , 508 p. (ISBN 978-2246118015) (le célèbre italianiste a consacré sa thèse de doctorat ès lettres sur Pavese en 1958. Son interprétation de la vie de Pavese est biopsychanalytique).
  • Dominique Fernandez, Encyclopedia Universalis, vol. 14, Paris, Encyclopedia Universalis France S.A., (ISBN 2-85229-281-5), « Pavese, Cesare (1908-1950 », p. 39.
  • (it) Lidia Caputo, « Eziologia del mito in Cesare Pavese », Idee, Lecce, Université du Salento, vol. 48, , p. 203-223 (ISSN 1591-0733, lire en ligne).
  • Frédéric Pajak, L’Immense Solitude avec Friedrich Nietzsche et Cesare Pavese, orphelins sous le ciel de Turin, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Perspectives critiques », , 336 p. (ISBN 978-2130504122).
  • Jean-Charles Vegliante, « Rythme du vers, rythme de la prose dans quelques pages de Pavese », Chroniques italiennes, Paris, Sorbonne nouvelle, no 4, , p. 103-125.
  • Valérie-Angélique Deshoulières, « Le Spleen de Dionysos. Les perspectives dépravées de l’hospitalité dans II diavolo sulle colline de Cesare Pavese », Littératures, Toulouse, Presses Universitaires Blaise-Pascal, no thématique : Mythes et représentations de l’hospitalité, , p. 295-309 (lire en ligne).
  • Davide de Camilli, « Quelques noms de personnages dans l’œuvre de Cesare Pavese », dans Actes des colloques de la Société française d'onomastique (Actes du Colloque d’onomastique d’Aix-en-Provence (octobre 1994, Onomastique et histoire - Onomastique littéraire), Paris, Société française d’onomastique, (lire en ligne), p. 347-353.
  • Philippe Renard, Pavese: Prison de l'imaginaire, lieu de l'écriture, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, coll. « Études italiennes », , 295 p. (ISBN 978-2878540574), rééd. de l’ouvrage de 1972 paru chez Larousse, coll. Larousse Université / Thèmes et Textes (Pavese vu selon une optique lacanienne).

Liens externes

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